19.06.2009
Les Cahiers Positif(s)
(sur deux incontournables revues de cinéma, d'hier à aujourd'hui - 1ère partie)
Avant propos
Lorsqu'en mars dernier je décidai de me lancer dans une série de notes censée tracer l'histoire parallèle, par le biais d'un jeu de confrontation de couvertures, des deux revues de cinéma historiques que sont les Cahiers du Cinéma et Positif, l'un de mes lecteurs s'étonna de la démarche et pointa rapidement, par commentaire interposé, les insuffisances de la méthode. L'aspect ludique et volontairement restrictif de l'approche était (et reste) parfaitement assumé. Mais, en soulignant la nécessité de se focaliser principalement sur les textes afin de déterminer l'importance respective de ces deux revues, mon interlocuteur appuyait avec insistance là où j'espérais que l'on me laisse tranquille. En effet, si compiler plusieurs décennies de couvertures mensuelles était une chose, plonger dans les écrits en était une autre, bien plus fastidieuse, dont je n'avais ni l'envie, ni le temps, ni les moyens. A moins que... quelqu'un se charge d'une moitié du labeur : évoquer la revue pour laquelle je n'avais pas suffisamment d'affinités, de connaissances, ni de sources disponibles.
J'invitai donc mon commentateur dubitatif (intervenant régulier ici et chez quelques blogueurs amis) à rédiger un ou plusieurs textes dans cette perspective. Contact fut pris, proposition faite, principe accepté, mails échangés, tergiversations passées, découragements surmontés... Le père Delauche s'occuperait bien de la partie Cahiers et votre serviteur de la partie Positif.
Nous avons convenu de ne pas refaire l'histoire de ces deux revues mais de suivre un plan commun pré-défini, pour dégager ce qui a fait leur identité, rappeler l'importance de leurs apports et pointer leurs égarements. Nous avons surtout voulu faire ressortir ce qui peut encore nous "parler" : les plus pertinentes critiques, les grands écrits théoriques, les études défricheuses, les dossiers imposant certains auteurs, les entretiens ; bref, proposer une sorte de florilège pour le lecteur, qu'il soit néophyte ou non. Ainsi, nous voudrions insister sur l'intérêt qu'il peut y avoir, aujourd'hui encore, à se replonger dans ces pages jaunies, au-delà de l'éventuel fétichisme lié à l'objet lui-même ou de l'attachement que l'on peut avoir pour certains numéros, parfois uniquement dû à la présence en couverture de Louise Brooks ou des Yeux sans visage, d'Anna Karina ou de Psycho (ces "unes" simplement ornées d'un nom de revue et d'une photo de film, qui nous éloignent décidément de notre quotidien publicitaire).
Nous nous sommes limités, pour commencer, aux quinze premières années d'existence des Cahiers et de Positif, certainement la période la plus faste, au moins pour l'une des deux publications. Si le Très Haut nous prête vie, nous tâcherons de poursuivre ce panorama, sans craindre d'être moins bienveillants, au fil des époques abordées, envers notre revue préférée respective. Je ne vous donne pas de rendez-vous précis pour la suite, le rythme de publication de cette mini-série (en trois ou quatre épisodes ?) pouvant très bien ressembler au final à celui, très aléatoire, des premiers numéros de Positif. Disons, vers la rentrée...
Mais pour l'heure : Back to the 50's...
Ed
Texte à lire sur place ou à emporter (en pdf ici)
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Les "Cahiers jaunes" [1951-63 : l'esprit Cahiers]
par le père Delauche
Présentation
Dans les années 50, dans un contexte critique assez mou, de jeunes spectateurs, la plupart autodidactes, épaulés par quelques aînés, lancèrent "la politique des auteurs" : de grands cinéastes étaient injustement ignorés, il fallait, par tous les moyens, les imposer comme artistes (cf. "De la politique des auteurs", par André Bazin, n°70, pp. 2-11, avril 57). Aujourd'hui, on retient encore les célèbres entretiens enregistrés au magnétophone - une nouveauté à l'époque - dont le plus fameux reste celui d'Alfred Hitchcock par François Truffaut, repris en livre (appelé communément le "Hitchbook"), et régulièrement diffusé à la radio. Le terme "auteurs" renvoyait à la littérature : ceux qui étaient tenus pour d'habiles faiseurs de films étaient des auteurs au même titre que Balzac, Dostoïevski ou Faulkner. Les "Jeunes Turcs" défendaient ainsi, avec le goût de la polémique, des personnalités comme Fritz Lang, Howard Hawks ou Nicholas Ray.
Les grandes plumes du début étaient André Bazin (qui collaborait à d'autres journaux et revues : France-Observateur, Arts, Esprit) et Eric Rohmer (de son vrai nom Maurice Schérer). Leurs premiers textes dans les Cahiers du Cinéma assurèrent la réputation (méritée) de la revue. Ils évoquent tour à tour Renoir, Bresson, Chaplin, Welles, le plan-séquence, la peinture. Revue à forte consonance littéraire, on pouvait également croiser des écrivains - actuels ou futurs - tels Jacques Audiberti, François Mauriac, Alexandre Astruc, ou encore, l'académicien récemment élu, François Weyergans. Quelques numéros plus tard, ils sont vite rejoints par d'autres rédacteurs emblématiques : Jean Douchet (toujours en activité) et les futurs cinéastes que seront Jacques Rivette, François Truffaut et Luc Moullet. D'autres collaborateurs se sont faits remarquer par la suite, davantage pour leurs films que pour leurs articles : Godard, Chabrol. Comme on le sait maintenant, les Cahiers sont indissociables de la "Nouvelle Vague", un peu comme si la revue avait été un atelier pour apprentis réalisateurs.
Toutefois, quand on parcourt les archives, on s'aperçoit, un peu dépité, malgré la constante qualité des documents, qu'un numéro est "bon" uniquement par la publication d'un seul texte ou entretien, et par la mise en valeur des films qui sont "restés" ou qui ont marqué l'histoire du cinéma (même si l'article reste évasif !) ; et selon l'actualité, le numéro devient assez terne lorsque des films ou cinéastes importants furent "délaissés". En dehors d'une mise en page pas toujours conviviale et quelques grands cinéastes "expédiés" (Buñuel, Ford, ou encore Antonioni), une orientation idéologique quelque peu droitière - pas totalement infondée -, les "Cahiers jaunes" furent néanmoins l'alliage de la défense de cinéastes jusqu'à lors méprisés (et aujourd'hui unanimement reconnus : Hitchcock, Hawks, Bresson, Rossellini...), l'anti-chambre du renouveau du grand cinéma français, sur fond de "modernité" (sur laquelle, il est toujours délicat de s'étendre) avec une attitude mi-passionnelle (non-exempte de mauvaise foi), mi-dandy, frisant parfois la fumisterie...
Identité de la revue
Pour dégager l'identité de la revue, le mieux encore est peut-être de se contenter de décrire les premiers numéros...
- N°1, avril 51 - Sunset boulevard en couverture : Joe Gillis (William Holden) assis sur un fauteuil, une cigarette à la main, regarde Norma Desmond (Gloria Swanson), debout, dans une pose théâtrale, le bras gauche levé. Un rai de projecteur, venant de la gauche, traverse la pièce, et éclaire l'actrice. Au sommaire, le titre de l'article d'André Bazin annonce : "Pour en finir avec la profondeur de champ" (pp. 17-23). Egalement, dans le numéro, les critiques de Sunset Boulevard (Billy Wilder), Le Journal d'un curé de campagne (Robert Bresson), Give us the day (Edward Dmytryk) et les Onze fioretti de François d'Assise (Roberto Rossellini).
- Couverture du deuxième numéro (mai 51) : All about Eve, de Joseph Mankiewicz. Description de la photo : c'est la soirée de remise des prix. Une composition triangulaire : à la base, sur notre gauche, Bette Davis, et, à droite, Ann Baxter tenant un oscar dans les mains. Au-dessus de la statuette, le compagnon de Margo Channing dans le film - Bill Sampson (Gary Merrill) - guette, l'œil en coin, la réaction de la vedette "sortante". Dans la revue, Jacques Doniol-Valcroze revient sur le parcours et la personnalité de l'auteur, avec : "All about Mankiewicz" (pp. 20-30). Plus loin, Pierre Kast propose une étude sur "le dandysme et l'exercice du cinéma" ("Des confitures pour des gendarmes", pp. 36-44).
- Tabou de Murnau, en couverture du n°3 (juin 51) : Reri, en paréo, dansant les bras en l'air. En amorce, André Bazin : "Stylistique de Robert Bresson" (pp. 6-21) et Maurice Schérer : "Vanité que la peinture" (pp. 22-29).
- Dossier sur "le nouveau cinéma allemand", fort de près de quarante pages ; dont une contribution de Chris Marker ("Siegfried et les Argousins" ou le cinéma allemand dans les chaînes), dans le n°4 (juillet-août 51 ; en couverture Froken Julie, d'Alf Sjöberg).
- Hedy Lamarr, légèrement (dé)vêtue, ses épaules, ainsi que ses cuisses, s'offrent au regard du chaland (couverture du n°5, sept. 51). Dans une pose mi-inquiétante, mi-lascive, elle est Dalila dans le film de Cecil B. de Mille, Samson and Delilah. En pp. 19-32, un texte sur De Mille : "Samson, Cecil et Dalila", par Jacques Doniol-Valcroze.
En cinq numéros, le ton est donné - et la barre est mise très haute : un goût cinéphile très (voire trop ?) sûr , une réflexion érudite sur un large champ du cinéma comme art à part entière, une intransigeance à la fois très détachée et très immédiate ; au risque de quelques malentendus...
Les textes "majeurs"
Avant d'aborder les controverses, nous évoquerons les textes "majeurs" - ceux qui ont scellé la marque "Cahiers" - , et ensuite, les cinéastes les plus "chouchoutés". Rétrospectivement, quand par curiosité, on reprend isolément les premiers numéros, on est surpris de ne pas retenir grand-chose. Quelques couvertures restent frappantes : on pense à celle du premier numéro, du n°60 (gros plan sur le visage de Kim Novak, dans Vertigo), du n°136 (avec L'Homme qui tua Liberty Valance) ; et quelques textes fondateurs çà et là. Pourtant, au total, ils sont nombreux, et certains sont devenus célèbres.
André Bazin est le critique-phare de la revue. Sa connaissance du cinéma est vaste, et il va voir les films sans a-priori (ou si peu). Il peut tout à la fois aborder le cinéma aussi bien de façon très théorique (pour ne pas dire "ontologique") que par des détails dans un film. De lui, on citera : "Pour en finir avec la profondeur de champ" (n°1, pp. 17-23, avr. 51), "Éloge du plan-séquence", "Montage interdit" (n°65, pp. 17-23, déc. 56), "Cabiria ou le voyage au bout du néo-réalisme" (n°76, nov. 57, pp. 2-7) ; "Si Charlot ne meure..." (sur Les Feux de la rampe, n°17, nov. 52), sur Le Mystère Picasso, de Clouzot (n°60, juin 56), sur Seven men from now, de Budd Boetticher : "Un western exemplaire" (n°74, août-sept. 57).
Schérer/Rohmer, ami du précédent (ils sont de la même génération), est également un pilier de la revue. Universitaire, ancien professeur de lettres et romancier (il a publié Elizabeth, sous le pseudonyme de Gilbert Cordier, en 1946, chez Gallimard), très érudit, voire un brin austère. La publication de son article "Le cinéma, art de l'espace", dans le n°14 de La Revue du cinéma (ancêtre des Cahiers), en juin 48, fait sensation auprès des jeunes cinéphiles. On retiendra, entre autres : "Vanité que la peinture" (n°3, pp. 22-29, juin 1951), "Le goût de la beauté" (n°121, pp. 18-25, juil. 61), des articles sur Renoir ("Renoir américain", n°8, pp. 62-64, janv. 52, "Eléna et les hommes", n°64, nov. 1956, "Jeunesse de Jean Renoir, n°102, déc. 59) ; sur Dreyer (Ordet, dans le n°55, janv. 56), sur Nicholas Ray (Bigger than life, n°69, févr. 57).
En collaborateur plus rare, mais peut-être plus exalté, on doit à Jacques Rivette des textes - à lire absolument - comme : "Génie de Howard Hawks" (n°23, pp. 16-23, mai 53), "La lettre sur Rossellini" (n°46, pp. 14-24, avr. 55), sur Kapo, de Gillo Pontecorvo : "De l'abjection" (n°120, juin 61) ; sur Bonjour tristesse, de Preminger (n°82, p. 54, avr. 58).
Et, que serait la revue sans les analyses toujours éclairantes de Jean Douchet ? Pour se faire une idée de son importance, on invite à lire ne serait-ce que ses textes sur Fritz Lang (You only live once/J'ai le droit de vivre) : "Le faux coupable" (n°81, mars 58) ; sur Minnelli (Les Quatre cavaliers de l'apocalypse) : "Le Rouge et le vert" (n°129, mars 62) ; sur la critique : "L'art d'aimer" (n°126, déc. 61).
Parmi les articles marquants de la revue à cette période, on doit également retenir, quoi qu'on pense de la carrière ultérieure du cinéaste, les textes (souvent polémiques) de François Truffaut - tant le "grand public" identifie sa personnalité à la Nouvelle Vague et, par voie de conséquence, aux Cahiers du Cinéma : "Une certaine tendance du cinéma français" (n°31, pp. 15-29, janv. 54), "Clouzot au travail ou le règne de la terreur" (n°77, pp. 18-22, déc. 57), "Positif, copie 0" (n°79, pp. 60-62, janv. 58). Textes offensifs ("critique d'attaque" selon l'expression de Charles Tesson) contre une forme d'académisme - parfois injuste à l'égard de certains - ou un cinéma confortable (le "cinéma de papa"), qui ne doivent pas non plus faire oublier que le réalisateur-critique était aussi un grand admirateur (de Bresson, Cocteau, Guitry, Chaplin, Welles, Rossellini), et aussi un cinéphile très sensible aux vedettes : les actrices, bien sûr, mais aussi les acteurs (Michel Simon, Gene Kelly) et les chanteurs (Trenet, Aznavour, Boby Lapointe).
Et enfin, signalons au passage, un texte isolé, mais loin d'être négligeable, pour saisir l'effervescence cinéphile de l'époque : "Sur un art ignoré", par Michel Mourlet (n°98, août 59).
Très tôt, les Cahiers du Cinéma inaugurent une pratique peu répandue alors - et vite reprise par les revues rivales : les "entretiens inédits" au magnétophone. Se succéderont tour à tour : Anthony Mann (n°69, févr. 57), Vincente Minnelli (n°74, août-sept. 57), Nicholas Ray (n°89, nov. 58), Luchino Visconti (n°93, mars 59), Jacques Tati (n°83, mai 58), George Franju (n°101, nov. 59 & n°149, nov. 63), Jean Rouch (n°144, juin 63).
Parallèlement, ils explorent des "territoires cinématographiques" sous forme de dossier : "Un genre historique : le western", par Jean-Louis Rieupeyrout (n°9, pp. 4-18), le kammerspiel (n°10), "Où va le cinéma anglais" (n°13). A partir du numéro 44 (févr. 55), on trouve le début de l'étude érudite sur l'art, en cinq volets, d'Eric Rohmer : Le celluloïd et le marbre. Ière partie : Le Bandit Philosophe ; puis, IIè partie : Le siècle des peintres (n°49), IIIè partie : de la métaphore (n°51), IVè partie : Beau comme la musique (n°52), Vè partie : architecture d'apocalypse. D'avril à juin 56 (n°58, 59, 60) : étude en trois parties sur le "serial", par Fereydoun Hoveyda.
Des études très denses, on passe aisément aux dossiers très fouillés. Titre du n°54 (noël 55) : "Situation du cinéma américain". Sont convoqués : Max Ophüls, Eric Rohmer, Jacques Rivette, André Bazin, Claude Chabrol, Jean Domarchi, Pierre Kast... Près de dix ans plus tard, on refait le point : "Situation du cinéma américain II" (n°150/151, déc. 63 / janv. 64). Un dossier sur le cinéma indien dans le n°110 (août 60).
Le n°30 (noël 53) est un numéro spécial, très... "touffu" : "La Femme et le cinéma". Signalons le document "F comme Femme" : c'est un "joli" dictionnaire d'actrices (pp. 29-41). En écho, l'année suivante, un autre numéro spécial : L'amour au cinéma (n°42, déc. 54), avec des textes de Jacques Audiberti, André Bazin, Robert Lachenay, Louise de Vilmorin... Le n°66 (noël 56) est un spécial : "L'acteur" (contributions de Josef von Sternberg, Nicholas Ray,...). Les Cahiers sont critiques, on le savait déjà. Mais, surtout, ils sont auto-critiques ! Du coup, on trouve dans le 126 (déc. 61), un dossier sur la critique. Et, dès lors, rien de plus "naturel" que de trouver un dossier... sur la Nouvelle Vague : entretiens avec Chabrol, Godard, Truffaut, etc. (n°138, déc. 62) ; avec en couverture : Adieu Philippine.
Parfois, il va s'agir de rendre un hommage à une "forte" personnalité, liée plus ou moins directement au monde du cinéma. André Bazin décède le 11 novembre 1958. Dans le n°91 (janv. 59) qui lui est consacré, on lira l'hommage d'Eric Rohmer : "La "somme" André Bazin". Le n°114 (déc. 60) est consacré à Bertold Brecht. De même, plus tard, au moment des états généraux du cinéma, en mars 1968, on trouvera un spécial Henri Langlois. Il arrive aussi de faire un point sur un film, qui n'a pas "marché" : Limelight de Chaplin (n°18, déc. 82, pp. 20-48), ou qui suscite un "événement" : une table ronde (Rohmer, Rivette, JLG, Kast...) autour d'Hiroshima, mon amour (n°97, juil. 59), un ensemble sur L'Avventura, d'Antonioni (n°110, août 60).
Mais le cas le plus fréquent, c'est l'étude ou le dossier sur un cinéaste. Ainsi, dans le n°6 (oct.-nov. 51), Curtis Harrington retrace le parcours de Josef von Sternberg (étude + filmographie, pp. 6-21). En complément, on pourra lire l'entretien en deux parties avec von Sternberg : "Mehr Licht" (n°63 & n°64, oct. & nov. 56). Trois numéros pour une étude en trois parties par Jean Mitry : "Thomas Ince, premier dramaturge de l'écran" (n°19, 20, 21, de janv à mars 53). Également, dans le n°21, une étude de Jean Domarchi : "Présence de Murnau" (pp. 3-11). N°24 (juin 53) : hommage à Jean Epstein ; Cocteau et Gance signent deux interventions. Et, surtout, une longue contribution d'Henri Langlois. N°32 (févr. 54) : première partie d'une étude sur Jacques Tati par Barthélémy Amengual : "L'Etrange comique de Monsieur Tati" (deuxième partie, dans le n°34, avr. 54). Un dossier Ingmar Bergman (n°85, juil. 58). Une étude sur Samuel Fuller par Luc Moullet (n°93, mars 59). Ce dernier livre également une étude très inspirée sur l'œuvre commençante de Jean-Luc Godard, à partir d'A bout de souffle (n°106, avr. 60). Également dans ce numéro, un dossier sur Jacques Becker. Fritz Lang sur le tournage du Tigre du Bengale, en couverture du n°99 (sept. 59) : un dossier lui est consacré. Dans les Cahiers n°154 (avr. 64), un dossier Raoul Walsh.
Les cinéastes "favoris"
Durant les quinze premières années de recension critique, il est aujourd'hui difficile de déterminer un ordre précis de préférence pour tels ou tels cinéastes. Quatre ou cinq noms émergent cependant. En premier lieu, Hitchcock. Ensuite, Renoir, Welles. Et enfin, Rossellini, Hawks et Bresson.
Hitchcock est très certainement le plus "couvert" : déjà, dans le n°44 (févr. 55), André Bazin interroge : "Comment peut-on être Hitchcocko-Hawksien ?" (pp. 17-18). Les pages suivantes (pp. 19-31) sont consacrées à un entretien avec... Alfred Hitchcock ! Ensuite, deux numéros spéciaux Alfred Hitchcock, avec en couverture, Grace Kelly (et Robert Cummings) dans Dial M for murder (n°39, oct. 54), et Hitchcock (himself) dans le n°62 (août-sept. 56). Parmi les films défendus : Lifeboat, par Eric Rohmer (n°60, juin 56, visage en gros plan de Kim Novak en "couve"), Vertigo (n°92, févr. 59, avec quatre pages d'une de ses conférences de presse ; n°93, mars 59, article de Rohmer : "L'hélice et l'idée"), ou Psycho dans le n°113 (nov. 60), avec notamment un texte de Jean Douchet : "Hitchcock et son public" (et aussi un texte de Robin Wood). Car ce sera sans doute Douchet le meilleur exégète d'Hitchcock (et de quelques autres) de la revue. Qui n'a pas lu son analyse "La troisième clé d'Alfred Hitchcock" (n°99, sept. 59, et n°102, déc. 59), a encore bien des choses à découvrir.
Le Fleuve fait la couverture du n°8 (janv. 52) : dossier Jean Renoir (pp. 5-56). En complément, la critique du film (The River) par Maurice Schérer : "La robe bleue d'Harriet" (pp. 62-64). Quelques numéros plus tard, les Cahiers fêtent "Les soixante ans de Jean Renoir" (n°38, août-sept. 54). Couverture du n°47 (mai 55) : French Cancan, avec un article de Bazin : "Portrait d'Auguste Renoir" en guise de critique du film (pp. 35-38). Pour le n°78 (noël 57), une photo de lui en couverture (numéro spécial Renoir). Un article d'Eric Rohmer : "Jeunesse de Jean Renoir" (n°102, déc. 59). Quant à Orson Welles, il aura droit à un traitement similaire. Une critique d'Eric Rohmer sur Confidential Report (n°61, juil. 56). Puis, presque "gratuitement", une photo de Welles en couverture du n°73 (juil. 57) : il joue dans Le Salaire du diable, de Jack Arnold. A l'intérieur, aucune mention du film, ni de Welles... Entretien avec Orson Welles dans les Cahiers n°84 (juin 58). A nouveau Welles en couverture (n°87, sept. 58) : c'est un gros plan sur le visage, et un dossier lui est consacré. A signaler, une étude d'André S. Labarthe sur La Splendeur des Ambersons : "My name is Orson Welles" (n°117, mars 61).
Dans le n° 26 (août-sept. 53), Maurice Schérer, dans un article de synthèse revient sur les cinéastes favoris de la revue : "De trois films et d'une certaine école" (pp.18-25). Il établit des passerelles entre Le Carrosse d'or, Europe 51 et I confess. Et, de son côté, Jacques Rivette apporte régulièrement ses indispensables contributions à Hawks : "Génie de Howard Hawks" (n°23, mai 53, pp. 16-23) ; et Rossellini : "Lettre sur Rossellini" (n°46, avr. 55, pp. 14-24). Eric Rohmer et François Truffaut s'entretiennent avec Roberto Rossellini, pour faire le point sur ses films (n°37, juillet 54), Rivette et Truffaut s'entretiennent avec Howard Hawks dans le n°56 (févr. 56). Et, le n°139 (janv. 63) signe l'apothéose de l'auteur de Rio Bravo, avec une longue étude par Henri Langlois, et une filmographie commentée par l'ensemble de la rédaction. Pour Bresson, on retrouve régulièrement des interventions (n°75, n° 104, n°140), des critiques élogieuses de ses films (n°1 ; n°140, févr. 63), et même une défense par une attaque contre la presse, ayant mal accueilli son Procès de Jeanne d'arc (n°143, mai 63).
Les controverses
Quand on évoque les cinéastes "expédiés", le nom de Buñuel revient le plus fréquemment, même chez les plus fervents partisans de la revue. Il est certain que le cinéaste espagnol ne fut pas le plus chouchouté. Par deux fois, le jeune Douchet portera des coups blessants ; et il le regrettera probablement toute sa vie. Une première fois, à la fin de son compte-rendu pour le festival de Cannes en 61 (n°120, juin 61), il glisse une vacherie dans son article, dans l'ensemble élogieux : "[C'est ainsi que le milieu de Viridiana est d'une lenteur désespérante. Chaque plan pèse une tonne. Et, soudain, à partir du repas des mendiants, nous passons dans un autre monde. Tout devient irréel, léger, aérien. Le grotesque à la Goya touche au sublime. Le laid se change en beau. Cette scène restera comme l'une des plus étonnantes réussites du cinéma poétique et délirant.] Ne serait-ce que pour elle, on pardonne à l'auteur les nombreuses faiblesses de son œuvre." La seconde fois, l'année suivante du festival de Cannes, l'arrêt est beaucoup plus tranché - et tranchant : "Le dernier film de Buñuel, L'Ange exterminateur, présenté cette fois par le Mexique, ne m'a pas déçu, étant donné que je n'ai jamais rien attendu de cet auteur, mais il m'a, en revanche, profondément ennuyé. J'hésite d'autant moins à le dire qu'il a des supporters enthousiastes, et qu'il sera certainement défendu dans ces Cahiers avec acharnement et pertinence. Mais toutes les raisons du monde, et certainement les mieux venues, ne me convaincront jamais du talent de Buñuel." (n°132, juin 62). Dans ce passage, le critique a raison sur un point, puisque Luc Moullet rédigera un article en faveur du film dans le n°145 (juil. 63), comme il l'aura fait auparavant pour La Jeune fille dans le n°123 (sept. 61).
Ou, dans le même ordre d'idées, regardons comment est accueilli La Vie criminelle d'Archibald de la Cruz. Dans un premier temps, une notule très enthousiaste du film vu en projection privée, le 15 juillet 1955, par Jacques Doniol-Valcroze (n°50, août-sept. 55). Puis, deux ans plus tard, dans le n°76, (nov. 57, pp. 53-55) au moment de sa sortie, il est relegué en quatrième position dans la section "les films" (ceux qu'il faut voir). Même si l'article de Philippe Demonsablon est favorable, devant lui, on trouve, dans l'ordre : La Blonde explosive, de Frank Tashlin (le papier est signé par Eric Rohmer), L'Invraisemblable vérité, de Fritz Lang (encore un texte brillant de Rivette, La Main), et... Porte des Lilas, de René Clair (également signé Rohmer).
Pourtant, lorsque l'on consulte les numéros antérieurs, on trouve déjà en couverture du n°7 (en déc. 51)... Los Olvidados ! Ainsi dans cette livraison, Pierre Kast livre ses notes sur l'œuvre de Buñuel, dans son article "Une fonction de combat" (pp. 6-23). A mentionner également, la critique du film (Los Olvidados) par Jacques Doniol-Valcroze (pp. 52-54). On trouve plus tard, dans le n°36 (juin 54) un entretien avec Luis Buñuel.
L'autre grand cinéaste convoqué pour disqualifier le goût des Cahiers, est John Ford. C'est peut-être davantage sur la question de la mise en scène que le cinéaste d'origine irlandaise pose problème, plus - on le suppose - que sur le fond idéologique. Pourtant, quand on se penche là encore dans les archives, on trouve dans le n°45 (mars 55), un article de Jean Mitry qui relate sa rencontre avec le réalisateur, de passage à Paris, à l'occasion de la publication de sa monographie sur l'œuvre du cinéaste. On trouve également "trois textes sur John Ford", dans les Cahiers n°86 (août 58), avec Buster Keaton dans Le Mécano de la Générale, en couverture. Enfin, signalons avec les quelques photos de tournage qui agrémentent certains numéros, la couverture du n°136 (oct. 63), avec The Man who shot Liberty Valance. Décrivons cette photo : James Stewart (de face, sur la droite, avec une expression douloureuse au visage) colle une beigne mémorable à John Wayne (de dos, à gauche, plié à la renverse).
Autre idée reçue : les Cahiers n'ont pas fait grand cas de John Huston. Il suffit de reprendre le n°12 (mai 52), pour constater le contraire. The Red badge of courage, en couverture ; et un texte récapitulatif de la filmographie de John Huston par... Gilles Jacob (que l'on connaît aujourd'hui pour ses fonctions au festival de Cannes) : "Du côté de chez Huston" (pp. 6-17). Également, dans cette même livraison des "Notes sur Conrad et le cinéma", dans l'article "Fiançailles avec le notaire" de Pierre Kast. Aussi, et surtout, pour se faire une meilleure idée, on pourra se reporter au texte d'Eric Rohmer : "Leçon d'un échec" (sur Moby Dick, de John Huston (n°68, janv. 57).
Pour contredire les affirmations hâtives que les Cahiers n'avaient pas d'affection pour Joseph Losey, on invite à consulter le n°111 (sept. 60), auquel un dossier est consacré ; et pour Kazan, on trouve un entretien dans le n°130 (avr. 62) ; tout comme pour Arthur Penn (n°140, févr. 63). Certes, ces derniers n'étaient pas les plus "chouchoutés"...
Conclusion
Pour ces "quinze" premières années (en fait, douze), on aura vu que les Cahiers du cinéma fut une revue exigeante, érudite et audacieuse, et qui ne s'est pas toujours prise au sérieux ; il n'y a qu'à voir cette mention dans le sommaire du n°90 (déc. 58) : "Ne manquez pas de consulter page 20 la liste des 12 meilleurs films de tous les temps selon les Cahiers du cinéma"... ou encore, ce passage de l'article d'Hans Lucas (pseudonyme de Jean-Luc Godard) sur Le Temps d'aimer et le temps de mourir (n°94, avr. 59) : "Avant de parler de la forme, parlons rapidement de celles de Liselotte Pulver. Tout le monde la méprise. Moi, je l'aime. Vous la trouvez maigrichonne. Mais quoi, nous sommes en guerre, et le sujet du film n'est pas : Lise, ôte ton pullover." Et, le texte est plus sérieux qu'il n'y paraît...
Nous aurons également observé que les reproches des adversaires de la revue, quant aux grands cinéastes "expédiés", étaient finalement assez discutables. De plus, quand on prend la peine de les lire, à quelques rares exceptions près, on ne peut pas les qualifier d'"illisibles". Mais, comme cela n'a pas suffi à les discréditer totalement, on les a - un peu facilement - taxés de "revue de droite". Sans doute, un "parfum" légèrement "droitier" peut s'en dégager, mais bien malin, celui qui pourra dénicher des textes qui prônent ouvertement cette idéologie. Les rédacteurs eux-mêmes s'en défendent : "Une revue de droite ? Pour moi, c'était une revue de cinéma." diront en substance, avec peut-être un peu de mauvaise foi, les concernés.
Et, pour finir provisoirement, afin de ne pas tromper le lecteur, il y a une personnalité que nous avons préféré taire pour le moment - alors qu'il a été régulièrement une référence pour les rédacteurs de la revue -, parce qu'on verra qu'il tiendra une place prépondérante dans la décennie suivante. Il s'agit d'Eisenstein. La fois prochaine, nous verrons comment, la revue fondée par Jacques Doniol-Valcroze, Lo Duca, et André Bazin, a elle aussi connu des déboires de publication identiques à celle de sa légendaire rivale, et comment elle a dû s'adapter aux années 70...
* * * * *
"Les premiers Positif" [1952-65 : le cinéma au combat]
par Ed
Présentation
L'histoire commence à Lyon, en 1952, lorsque Bernard Chardère crée la "revue mensuelle de cinéma" Positif, épaulé par quelques collaborateurs occasionnels comme Jacques Demeure, Paul-Louis Thirard, Georges Sadoul, Henri Agel ou le Révérend Père Tillette (authentique). Les tout premiers numéros posent quelques fondements (dès le n°1 de mai 52, Chardère signe un texte sur Los Olvidados de Buñuel qu'il titre "De l'honnêteté") ; mais, à la relecture et compte tenu de la diversité des plumes, ils paraissent très éclectiques, traitant tantôt de l'actualité (dans une recension se limitant à quatre ou cinq films seulement par numéro), tantôt de sujets très généraux (la musique de film, les cinémas soviétiques ou ibériques).
La cohérence éditoriale ne se met en place que par étapes. Le n°3 (juil. 52) propose quarante pages d'études sur John Huston et un copieux numéro spécial Jean Vigo (n°7, mai 53) fait autorité. Mais pour que la revue trouve définitivement sa ligne, il faut attendre 1954-55 avec un déménagement à Paris et l'arrivée au sein de la rédaction de sang neuf et bouillant, en partie issu de la mouvance surréaliste, avec Ado Kyrou, Louis Seguin, Robert Benayoun, Roger Tailleur ou Raymond Borde,.
Au cours des quinze premières années, Positif doit affronter un handicap de taille, celui d'une parution très aléatoire, le rythme pouvant tomber à seulement deux numéros par an, comme en 1959. De "mensuelle", la revue n'aura longtemps que l'appellation. Pas facile dans ces conditions d'occuper le terrain... sauf à crier très fort ! Les rédacteurs ne se veulent pas "critiques professionnels" et ne désirent pas non plus faire de leur revue un cheval de Troie infiltrant le cinéma français : ce sont des amateurs passionnés, exaltés souvent, enragés parfois.
Identité de la revue
Lancée au cœur de l'effervescence cinéphilique du début des années 50, la revue, comme ses consœurs plus ou moins célèbres de l'époque, a cherché avant tout à placer le cinéma au même niveau que les autres arts. Ensuite, les œuvres défendues par les rédacteurs devaient être caractérisées par deux qualités conjointes : l'éthique et le style. Car Positif, dès ses débuts mais plus ouvertement à partir du milieu des années 50, se veut une revue engagée, combative et ancrée à gauche. On y juge les films à l'aune de leur honnêteté intellectuelle et de leur clarté, on soutient le cinéma militant et clandestin français (présentation de Robert Mennegoz par François Michel dans le n°9 : "Mennegoz ne fait peut-être pas le cinéma de votre opinion... [Il] est communiste"), on salue (excessivement) le progressisme des Américains Biberman, Benedek ou Brooks. Il ne s'agit pas, toutefois, et fort heureusement, de tenir compte uniquement des bonnes intentions de l'auteur : ainsi André Cayatte est le cinéaste qu'ils "auraient aimé aimer" et qu'ils n'aimeront jamais.
Cet engagement politique pousse naturellement Positif à batailler sans relâche contre la censure. Dès le n°12 (nov. 54), une rubrique nommée "Les infortunes de la liberté" fait son apparition. Elle sera alimentée durant plus de vingt ans pour rendre compte en détail des différentes affaires de censures politiques, économiques, militaires ou religieuses. Autre terrain sur lequel la revue s'engage : la découverte de cinématographies nationales mal connues. Sont ainsi balayés du regard, sous la forme de dossiers ou de longs articles, les cinémas espagnols (n°4, nov. 52 & n°32, fév. 60) portugais (n°4), mexicain (n°10, mai 54), chinois (n°24, mai 57), cubain (n°53, juin 63)... Le champ ne se limite donc pas aux territoires français, anglo-saxons et italiens. Par ailleurs, la revue innove en proposant de larges comptes-rendus des festivals les plus importants, Ado Kyrou ouvrant le bal à Cannes en 1954, pour le n°10.
L'attention portée aux différents genres cinématographiques est une habitude prise également très tôt par la revue. Dès le n°12 (nov. 54), consacré au cinéma américain, on peut lire des textes privilégiant cette approche : "Epouvante et science-fiction" (par F. Hoda), "Bilan du nouveau dessin animé" (Robert Benayoun), "Notes sur l'érotisme des films dansés" (Ado Kyrou). Les sorties de western sont régulièrement regroupées en articles généraux : "Défense et illustration du western" (Jacques Demeure, n°12, nov. 54), "Pour sauver la race" (Demeure et Roger Tailleur, n°14-15, nov. 55), "1956 : Une année de western" (Tailleur, n°21, fév. 57 & n°22, mars 57), "Men of the West" (Louis Seguin, n°30, juil. 59 & n°31, nov. 59), "Children of the West" (Tailleur, n°32, fév. 60 & n°33, avr. 60). Dans d'autres registres, on pourra lire également "Slapstick, burlesque, goona-goona, non-sense et crazy-show" (Ado Kyrou, n°32, fév. 60, sur les comiques américains), "H-Pictures" (Jean-Paul Török, n°39, mai 61 & n°40, juil. 61, sur le fantastique à l'anglaise), "Le peplum et la cape (Précisions sur le cinéma italien d'inspiration fantastique)" (Gérard Legrand, n°50-51-52, mars 63) et "La comédie du miracle" (Goffredo Fofi, n°60, avr. 64, sur la comédie italienne).
Nous l'avons vu, l'acte de naissance de la revue est établi en 1952, soit un an après celui des Cahiers du Cinéma, pour toujours leurs aînés. L'antériorité et l'influence immédiate, sur tout le paysage culturel de l'époque, de ces derniers vont pousser Positif, que ses rédacteurs le reconnaissent ou non, à construire une large part de son identité contre eux (après trois ou quatre premières années de rapports courtois). Dans le n°20 de janvier 1957, un article introductif signé de la rédaction le montre bien. La réponse à une série d'écrits offensifs parus dans les Cahiers sous la plume d'Eric Rohmer permet en effet de repousser l'accusation de suivisme et d'affirmer une position, celle du refus de la "politique des auteurs" et de l'annexion de tel cinéaste. A Positif, les films sont jugés sur pièces. Si Renoir ennuie à partir de French Cancan (n°14-15, nov. 55), on ne rend plus compte de ses nouveaux films. Si Bresson tiraille de plus en plus la rédaction, on donne deux points de vue antagonistes sur Un condamné à mort s'est échappé ("Une leçon de morale" par Marcel Ranchal et "Le cinéma condamné à mort" par Ado Kyrou, n°20, jan. 57) avant de le lâcher pendant vingt ans. Si Aldrich est le meilleur cinéaste américain en 1955-56, ses Feuilles d'automne sont mal reçues l'année suivante (n°20). Si l'importance de Bergman et celle de Fellini sont tôt reconnues, leurs productions respectives n'en restent pas moins discutées. L'auteur de films n'est donc pas intouchable : même l'ami Huston a ses mauvais jours. Si les œuvres de Welles, de Buñuel ou d'Antonioni font exception, c'est que, tout simplement, la qualité y est constante.
La revue n'a jamais nié l'importance des Cahiers du Cinéma en ce qui concerne la publication de grands entretiens avec les metteurs en scène. Positif, de son côté, s'est vu reconnaître unanimement au moins deux caractéristiques propres : l'humour et le penchant pour l'érotisme. Pour apprécier la première, il faut notamment se pencher sur les écrits de Paul-Louis Thirard (actuellement encore présent au comité de rédaction), lui qui est à l'origine de deux dossiers-canular sur le "célèbre" cinéaste Maurice Burnan (n°13, mars 55 & n°14-15, nov. 55), qui écrivit sur Planète interdite "à la place" d'Ado Kyrou (n°24, mai 57 : "Paul-Louis Thirard, craignant que Kyrou, surchargé de travail, n'ait pas le temps de faire la critique de Planète interdite, a cru bon de rédiger cet article. Pour plus de sûreté, il a défendu successivement deux points de vue.") et qui fournit la première étude sur le grand cinéma national de la Dubrovie ("Le cinéma dubrovien", n°27, fév. 58). Mais c'est régulièrement, au fil des numéros, parfois dans les recoins que l'on tombe sur de savoureuses sentences (sous le sommaire du n°40, juil. 61, on lit : "Malgré tous nos efforts, ce numéro n'a pas encore été saisi" ; en février 1960, au moment où le rythme de parution est le plus chaotique, "toujours soucieuse de ne pas se laisser dépasser par les évènements, la rédaction de Positif souhaite à ses fidèles abonnés et à ses lecteurs de Joyeuses Pâques").
Quant à l'érotisme (féminin, car la rédaction, presque entièrement masculine, ne trace pas de portraits d'acteurs sinon ceux des classiques Humphrey Bogart et Gary Cooper, ou ceux des burlesques américains), il est glorifié dans les écrits enamourés sur Kim Novak (n°16, mai 56), Harriett Andersson (n°18, nov. 56), Cyd Charisse (n°20, jan. 57), Lucia Bose (n°23, avr. 57), Dorothy Malone (n°24, mai 57), Brigitte Bardot (n°45, mai 62) ou Marilyn Monroe (un large hommage dans le n°48, oct. 62). Surtout, on s'arrache depuis l'été 1964 l'impressionnant triple numéro (61-62-63) "spécial érotisme" : 260 pages riches en photos et abordant toutes les formes cinématographiques que peut prendre le sujet, des plus distinguées... aux moins avouables. Parmi les textes les plus marquants du volume : "Femme x Film = Fétiche" (Gérard Legrand), "No man's land" (Raymond Borde), "Le désir sous les ruines" (Jean-Paul Török).
Les textes "majeurs"
Positif est donc classée comme étant une revue de gauche, surréaliste, érotomane et violente. La virulence dont elle a fait preuve à plusieurs occasions envers certains auteurs établis et quelques concurrents a marqué les esprits au point d'occulter toute une série de textes denses et sensibles publiés dans la revue au cours de ces années-là.
Ado Kyrou, Robert Benayoun et Gérard Legrand arrivent à Positif après la brève expérience de la revue surréaliste L'Age du cinéma. Kyrou devient, dans la deuxième moitié des années 50, la figure de proue de Positif. Ses avis tranchés, son goût de la polémique, son amour des femmes et de la révolte, sa haine des curés, font s'étouffer les uns et suscite l'admiration des autres. Parmi ses nombreuses contributions, il faut relire ses défenses de Bergman ("La clef pour la serrure", sur Sourires d'une nuit d'été et Jeux d'été, n°18, nov. 56), de Wajda ("Canaux sanguins", sur Kanal, n°25-26, sep. 57) ou bien sûr, de Buñuel (voir plus loin). Arrivé à peu près en même temps à la rédaction, Robert Benayoun met un peu plus longtemps à s'imposer mais devient peu à peu incontournable pendant toutes les années 60/70. "Pour un bilan positif du sujet" (sur La nuit d'Antonioni et Rocco et ses frères de Visconti, n°40, juil. 61), "Les demeures de Roger Corman" et "Jerry Lewis, man of the year" (n°50-51-52, mars 63), "Le phénix de l'animation" (n°54-55, juil. 63), "Les naufragés du hasard" (sur Muriel d'Alain Resnais et Le feu follet de Louis Malle, n°56, nov. 63) ont déjà frappé les esprits lorsque sort le n°57 de la revue (déc. 63), sous-titré "Vous vous croyez à Hollywood ?" et constitué entièrement de ses textes relatant ses rencontres avec Tex Avery, Jerry Lewis ou Roger Corman. Cette série hollywoodienne se poursuivra dans le n°69 de mai 65 (sur Frank Tashlin et Sam Peckinpah) et le n°71 de septembre (article sur Don Siegel). Moins flamboyants sont les écrits de Gérard Legrand, mais son "Maîtrise de Losey" (n°61-62-63, juin 64) et surtout ses "Notes pour un éloge de Fritz Lang" (n°50-51-52, mars 63) restent des textes critiques très stimulants.
A Positif, le rôle de Paul-Louis Thirard ne se limite pas à faire rire les lecteurs, comme nous l'avons lu plus haut. Il est le principal relai des débats critiques qui secouent les cinématographies italiennes, cubaines ou soviétiques. Surtout, c'est essentiellement de lui que vient de temps à autre la contradiction face aux intransigeances de Kyrou et des autres, notamment sur le terrain de la morale et de la religion (en gros, selon lui, un film ambigu politiquement n'est pas nécessairement à rejeter). Parmi ses meilleurs textes : "Les nuits blanches de Fellini" (n°28, avr. 58), "Lola, d'une élégance fabuleuse" (sur Lola de Jacques Demy, n°40, juil. 61), "Le père Joseph et la mère Jeanne" (sur Mère Jeanne des Anges de Jerzy Kawalerowicz, n°41, sep. 61). Spécialiste du fantastique et du cinéma britannique, Jean-Paul Török a écrit plusieurs papiers remarquables, pas seulement dans ces deux domaines : "Look at the sea" (sur Le voyeur de Michael Powell, n°36, nov. 60), "Le point sensible" (sur Tirez sur le pianiste de Truffaut, n°38, mars 61), "Le cadavre exquis" (sur Le masque du démon de Mario Bava, n°40, juil. 61). Louis Seguin et Raymond Borde sont deux autres figures importantes de Positif. Du premier, on lira par exemple "La fin de l'été avec Monica" (sur L'Avventura d'Antonioni, n°38, mars 61) et du second "Un émigré de l'intérieur : Claude Autant-Lara" (n°41, sep. 61)
L'une des plumes les mieux trempées est celle de Roger Tailleur. Ses articles passionnés sont un régal de lecture : "Avènement de Robert Aldrich" (n°16, mai 56), "Le tout sur Le Trou, de Jacques Becker" (n°37, jan. 61), "Cléo, d'ici à l'éternité" (sur Cléo de 5 à 7 d'Agnès Varda, n°44, mars 62), "Sur trois films légendaires de John Ford : Young Mister Lincoln, Iron horse, Wagon master" (n°64-65, oct. 64). A partir de 1963, apparaît une nouvelle signature, celle de Michel Ciment, actuel directeur de la publication. Ses premiers articles, longs et très argumentés, le placent très vite au centre de la vie de Positif : "Citizen K" (sur Le Procès de Welles, n°53, juin 63), "Le monde de Satyajit Ray" (n°59, mars 64), "Les incertitudes d'Elia Kazan" (n°64-65, oct. 64).
D'autres écrits, signés de contributeurs plus occasionnels, ont leur importance dans l'histoire de la revue : "Shakespeare de Broadway" (par Michel Subiéla, sur Orson Welles, n°6, avr. 53), "L'œuvre de Vincente Minnelli" (par Etienne Chaumeton, n°12, nov. 54), "Les deux visages d'Akira Kurosawa" (par F. Gaffary, n°22, mars 57). Au hasard des relectures, on peut aussi tomber sur un article titré "Le plus grand cinéaste français : Georges Franju" alors que celui-ci n'a encore tourné que des courts-métrages (n°16, mai 56, par Jacques Demeure et Ado Kyrou) ou sur une critique de L'Ultime razzia de Stanley Kubrick se terminant sur ces mots : "un nom à retenir" (n°21, fév. 57, par Jacques Sternberg).
Les cinéastes favoris
Le premier "coup" de Positif a été la parution d'un numéro spécial entièrement consacré à Jean Vigo en mai 53, alors que l'auteur de L'Atalante était beaucoup moins adulé qu'aujourd'hui. Vite épuisé, ce volume devra être réédité quelques années plus tard. Il est composé de témoignages, d'analyses (un bel "Essai pour situer Jean Vigo" de Barthélémy Amengual) et de documents. Positif s'est fait une spécialité de la publication de textes signés de la main de cinéastes : Huston, Brooks, Lattuada, Antonioni, Buñuel (mais aussi Louise Brooks et Mae West).
La carrière de Vigo n'étant bien sûr pas contemporaine de la revue, son influence resta réelle mais souterraine. Les deux principaux "auteurs Positif", célébrés dès les premiers numéros, sont John Huston et Luis Buñuel (auteurs brièvement partagés, au départ, avec les Cahiers du Cinéma).
Huston est le premier à bénéficier d'un entretien dans le n°3 (juil. 52) qui lui est quasi-exclusivement consacré. On y trouve quatre textes généraux (dont "Naissances du héros hustonien" par Jean-Louis Touchant et "Pour un juste hommage" par Bernard Chardère) et des critiques de Quand la ville dort, La Charge victorieuse, African Queen et Le Trésor de la Sierra Madre. Dès lors, Huston sera l'un des compagnons de route de la revue qui verra en lui, jusqu'à son ultime film, le remarquable technicien, le formidable raconteur d'histoires et surtout l'homme honnête. L'amitié ne rend toutefois pas aveugle. Les échecs du cinéaste ne sont pas recouverts du voile de la politique des auteurs. Moby Dick enthousiasme la revue ("Les chasses de John Huston", Roger Tailleur et "La grande découverte", Ado Kyrou, n°20, jan. 57), Dieu seul le sait étonne mais Les Racines du ciel font lâcher à Paul-Louis Thirard un inquiétant "Adieu John ?" (n°30, juil. 59). Heureusement arrivent vite Les Désaxés et La Nuit de l'iguane.
L'amour du cinéma de Buñuel souffre de moins d'aléas. Paru dans le n°10 (mai 54), "Un chef d'œuvre : El de Luis Buñuel" est un texte-matrice de douze pages, signé de la rédaction, où le film est étudié sous toutes les coutures, du scénario à la morale, forcément athée, de l'histoire. De Los Olvidados au Journal d'une femme de chambre, les chefs d'œuvre sont fêtés comme il se doit. De La Montée au ciel à Simon du désert, les films "mineurs" ne sont pas analysés avec moins de passion. Entre les numéros 31 (nov. 59) et 42 (nov. 62), on ne trouve pas moins de huit textes sur le seul Nazarin (l'opus buñuélien ayant fait le plus débat). Pour la revue, Cannes 1961 est le festival de Viridiana, et 1962 est celui de L'Ange exterminateur. Kyrou écrit à propos de ce dernier l'un de ses meilleurs textes, "Buñuel et l'Ange exterminateur" (n°50-51-52, mars 63) et, parmi les différentes études, on peut renvoyer à "La terre de la mort sans yeux" de Marcel Oms (n°42, nov. 61).
A la fin des années 50, un troisième cinéaste intègre le Panthéon de la revue : Michelangelo Antonioni. Un épais dossier lui est consacré dans le n°30 (juil. 59), qui permet de revenir sur chacun de ses films jusqu'au Cri. Puis, la présentation de L'Avventura est vécue comme une révolution, accompagnée par toute une série d'études (n°35, juil. 60 & n°38, mars 61). Il en ira de même pour La Nuit, L'Eclipse et surtout Le Désert rouge.
Les controverses
Nous l'avons évoqué plus haut, le positionnement critique de la revue, jugeant les films pour ce qu'ils sont réellement, explique que les écrits théoriques soient rares dans les pages de Positif et que les textes présentant la vision du cinéma qu'ont ses rédacteurs soient essentiellement des textes de réaction (la difficulté de coller à l'actualité permettant finalement de juger à la fois le film et sa réception). "Quelques réalisateurs trop admirés : Lang, Hawks, Hathaway, Ray, Preminger, Mankiewicz, Cukor" est un article signé par l'ensemble de la rédaction dans le n°11 (sep. 54), article parfois dur à avaler mais un peu plus nuancé que ne l'indique son titre-choc et rapidement amendé, au moins en ce qui concerne Fritz Lang. Toutefois, là ne se trouvent pas les principales cibles de la revue. Rossellini et Hitchcock sont des auteurs bien plus malmenés. Le premier, auquel il est préféré De Santis, Fellini puis Antonioni, est à chaque occasion descendu en flèche, laissé à ses admirateurs en quête de "grâce". Marcel Oms exprime clairement, dans le n°28 (avr. 58), tout le mal que la revue pense de l'œuvre du cinéaste italien dans son article "Rossellini : du fascisme à la démocratie chrétienne". Le second est attaqué une première fois par Louis Seguin dans son "Petit bilan pour Alfred Hitchcock", à propos de Fenêtre sur cour et du Crime était presque parfait. La sentence finale est radicale : "Oui, sans doute, il faut mépriser Alfred Hitchcock" (n°14-15, nov. 55). On lit plus tard un ironique "Hitch au miroir" (Mardore, n°32, fév. 60 & n°33, avr. 60). Le seul film relativement bien accueilli sera La Mort aux trousses et il faudra attendre les années 70 pour que la revue change son regard sur Sir Alfred. Rossellini et Hitchcock : voilà bien les deux aveuglements les plus flagrants de la revue à cette époque. Cependant, en relisant ces attaques lancées avec style, auxquelles on peut ajouter celles d'Ado Kyrou contre Bresson, de Louis Seguin contre Dreyer ou de Robert Benayoun contre Godard, une ambivalence se fait sentir : certes ils se sont trompés mais leur hargne n'est-elle pas préférable au consensus mou dans lequel baigne la critique de nos jours ?
Il reste un point à aborder. La bataille engagée avec les Cahiers du Cinéma et donc, par ricochet, avec la Nouvelle Vague, a pu donner l'impression que Positif était une revue "anti-cinéma français". En fait, Resnais, Franju, Marker, Varda et Cavalier sont à cette époque régulièrement soutenus. C'est seulement la marque de fabrique, l'emballage publicitaire "Nouvelle Vague" qui hérissent les rédacteurs. Si l'éreintement des films de Godard restera longtemps le sport favori à Positif, les attaques systématiques envers ceux de Chabrol cesseront dans la deuxième moitié de la décennie 60. La chose est encore moins connue, à propos de Truffaut : Les 400 coups sont accueillis sereinement, et Tirez sur le pianiste est l'objet d'une belle critique. Enfin, Rivette est très apprécié : son Paris nous appartient plaît et il est soutenu dans ses déboires pour tourner et sortir La Religieuse. Encore une fois, la virulence de certains papiers a occulté ces prises de positions. Il est vrai qu'en juin 62, le n°46, sous-titré "Feux sur le cinéma français", n'y va pas de main morte. Un "Dictionnaire partiel et partial d'un nouveau cinéma français" éreinte à peu près tout le monde et deux articles démontent les systèmes d'analyse de deux valeurs sûres de la critique de l'époque : "L'hypothèque Sadoul" (8 pages sur Georges Sadoul, par Raymond Borde) et "Les délices de l'ambiguïté (Eloge d'André Bazin)" (75 pages sur deux numéros, par Gérard Gozlan). Finalement, le seul soutien inconditionnel est apporté au cinéma de témoignage : présentation du film clandestin, anonyme et interdit Octobre à Paris, sur les manifestations algériennes de 1961, et étude sur "Le cinéma marginal et la guerre d'Algérie" (Raymond Borde).
Conclusion
Si la Nouvelle Vague en elle-même n'est rien pour Positif, elle aura eu le mérite de clarifier la ligne de la revue pour les années à venir. Ce rejet aurait pu l'enfermer ; elle l'a paradoxalement libéré. "Le roi est nu", un texte au vitriol signé Robert Benayoun, en ouverture du fameux n°46, renvoie le mouvement à son formalisme et à son flottement idéologique tout en annonçant le programme pour la revue, qu'il considère à un tournant. Positif veut "désembourgeoiser le cinéma français", privilégiant notamment un "internationalisme de principe". En repoussant ainsi la Nouvelle Vague, la revue tourne la page et sort progressivement de l'ombre des Cahiers. De plus, elle devient au milieu des années 60 réellement mensuelle, change de maquette au n°69 de mai 65 (pour une meilleure lisibilité et l'abandon de "cahiers photos" au profit de l'intégration des images dans le texte) et base alors beaucoup moins son écriture critique sur la réaction aux papiers publiés par les autres. Elle poursuit avec plus d'assurance encore son travail de découverte d'auteurs issus de territoires cinématographiques peu défrichés, travail qu'elle avait entamé dès la fin des années 50 en saluant Kurosawa et Bardem, en mettant les trois premiers films de Wajda en couverture et en s'entretenant avec Polanski dès son premier long métrage. Elle saura ainsi parfaitement rendre compte des déflagrations des nouveaux cinémas américains, polonais, brésiliens, japonais ou tchèques. Elle pourra enfin accompagner les mouvements politiques autour de 68 sans bouger d'un pouce sa ligne directrice. On ne pourra pas en dire autant de sa rivale.
* * * * *
A suivre...
Sites internet : Cahiers du Cinéma, Positif, Calindex (index des numéros de Positif)
Photo en haut de note tirée des Sièges de l'Alcazar de Luc Moullet (1989)
19:44 Publié dans Revue | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : cahiers du cinéma, positif







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Commentaires
Messieurs, chapeau bas devant le travail accompli. Je m'en vais imprimer cela et le lire à tête disponible, comme il se doit.
Ecrit par : Vincent | 19.06.2009
bravo pour le travail abattu.
on se rend compte quand même que les Cahiers avaient un meilleur goût que les apparatchiks de Positif. Entre Wajda et Hawks, mon choix est vite fait.
Ecrit par : Christophe | 22.06.2009
Merci Christophe (et Vincent).
Pour les années 50, on peut certes détacher les choix des Hussards des Cahiers, mais à mon avis, pour la suite, c'est beaucoup moins évident. Et puis, on pourrait dire aussi, au lieu de "Wajda et Hawks" : "Cendres et diamant" et "Les cousins" par exemple. Et là...
Ecrit par : Ed | 22.06.2009
Hein, quoi ?!!! seulement trois commentaires... et encore !
Pfff, vraiment ! A quoi ça sert que Ducros, il se décarcasse :-D
Enfin, moi, j'dis : "Ed, pas de nouvelles notes, s'il n'y a pas au moins 450 comm !"
Bon, c'est un peu beaucoup...
Alors, disons, 50 !
Encore trop ?
Bon, à toi de voir...
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Sinon, juste sur les "goûts". Sans faire de vérification "méthodique" (reprendre les numéros respectifs contenant "Cendres et diamant" et "les Cousins"), sur la durée, c'est quand même (selon moi) Chabrol qui l'emporte haut la main !!!
Ou autrement, si on veut polémiquer encore, on peut prendre :
le tiercé Cahiers : Hitchcock-(on enlève Hawks et Welles)-Rossellini-Bresson
vs
le tiercé Positif : Vigo-Buñuel-Antonioni...
Il y a comme un léger avantage aux Cahiers, non ?
Ecrit par : le père Delauche | 23.06.2009
Pas de panique, cher co-auteur. Laissons le temps à nos lecteurs d'ingurgiter ce texte.
Et puis, soyons en sûr, les époques les plus récentes créeront plus de débats...
Pour ma part, je suis le premier à trouver pénible les blogueurs se plaignant de ne pas avoir assez de commentaires. Donc, je reste de marbre :-D
Pour les goûts et les couleurs, je n'ai que peu d'entrain belliqueux ce soir. Peut-être que, sur la durée, l'oeuvre chabrolienne est plus importante. Encore faudrait-il pouvoir voir les Wajda, bien moins diffusés.
J'ai lancé ces deux noms en réponse à Christophe pour avoir quelque chose de plus "comparable" que ce qu'il proposait (deux cinéastes d'une même génération et leaders de leurs "nouvelle vague" respective). J'aime beaucoup "Kanal" et "Cendres et diamant".
Ecrit par : Ed | 23.06.2009
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