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Ne croyez surtout pas que je hurle (Frank Beauvais, 2019)

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Frank Beauvais parle comme s'il lisait son journal intime sur des images des films des autres, ne laissant d'autre son que celui de sa voix. Les extraits choisis ne vont que rarement au-delà de 4 ou 5 secondes et refusent généralement de montrer quelque visage que ce soit. Même si l'on connaît le film, il est difficile et donc très rare que l'on parvienne à l'identifier (la liste est déroulée au générique de fin). Ainsi l'image ne résonne qu'avec le texte dit et la brièveté empêche de réfléchir au sens nouveau qui est donné, sinon à quelques saillies ironiques. Au contraire de ce qu'il se passe avec Godard ou Marker, ici, il n'y a pas de triple échange entre le cinéaste-monteur, le film qu'il retravaille et le spectateur. L'image est mise au seul service de l'auteur Beauvais (dont le film tient finalement plus lieu du record que d'autre chose, puisqu'il nous prévient qu'il a vu 400 films en 6 mois). Et nous sommes sommés de choisir : soit scruter les images et ne pas pouvoir ecouter les mots, soit bien tendre l'oreille et abandonner toute réflexion sur le support visuel. Donc, forcément, au bout d'un moment, on choisit le texte. Celui-ci contient évidemment des aveux touchants et exprime parfois une rage comprehensive. Sauf qu'elle trahit souvent un profond mépris pour tout ce qui n'appartient pas au cercle du cinéaste et qu'elle donne lieu à une leçon de morale en forme de partage bien tranché. Il faut donc préférer Paris, vivante et métissée, au village, enfermé dans ses vieilles croyances et avec ces gens qui se ressemblent tous (la campagne n'est vivable comme lorsque Françoiz Breut vient y chanter). Il faut savoir distinguer la bonne de la mauvaise foule : la bonne est celle de Nuit Debout, la mauvaise est celle des supporters de foot, forcément avinés, racistes et machistes. La vie ne vaut d'être vécue qu'avec nos mêmes, c'est-à-dire avec les amis du monde cultivé, en repoussant les autres qui, de toute façon, ne pensent qu'à bader leurs enfants et leur petite maison, au lieu d'exprimer quotidiennement leur dégoût du néo-capitalisme et leur indignation face au sort des réfugiés. Il ne faut côtoyer que les personnes de goût, pour pouvoir parler en paix d'Eugène Green et de Bonnie "Prince" Billy. 

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