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09.08.2009

Douches froides

(Antony Cordier / France / 2005)

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douchesfroides.jpgGrossière erreur de ma part que d'enchaîner J'ai tué ma mère et Douches froides, deux premiers films axés sur la douloureuse sortie de l'adolescence d'un garçon. Là où le Canadien installe un dispositif rigoureux et ne cesse d'y insuffler de la vigueur, le Français part d'un réalisme désespérément appliqué pour n'aboutir qu'à un énième récit initiatique et psychologisant.

Mickael est en terminale et pratique le judo. Il a une petite amie attirante, un père qui fait le taxi mais boit un peu trop et une mère femme de ménage qui surveille le compteur électrique de l'appartement et le coupe lorsque la consommation devient trop importante. Son sport l'amène à côtoyer un fils de bourgeois qui les rejoindra, sa copine et lui, dans leurs étreintes.

La pratique du judo n'est qu'un prétexte et ne semble décrite que pour légitimer la séquence centrale, glissement d'un corps à corps en kimono à un rapport sexuel à trois, car rien de saillant ne ressort de ces images d'entraînement ou de combat, découpées sans aucune originalité (le plan de coupe attendu sur la prise de main qui fera gagner le match, les regards obliques du héros vers sa copine lors de son combat le plus important). Contrairement à celle de Céline Sciamma dans Naissance des pieuvres, réalisé un peu plus tard et centré sur des filles s'exerçant à la natation synchronisée, la mise en scène du sport n'offre rien qui puisse résonner au-delà.

Les cadrages et le montage laissent vraiment à désirer, gâchant la grande scène sexuelle (semblant d'abord nous être offerte in extenso avant qu'un raccord brutal nous fasse passer des caresses et des baisers à l'approche de l'orgasme) et rendant incohérente, dans sa temporalité et son développement dans l'espace, celle de l'hôtel.

Comme 95% des cinéstes français, Antony Cordier ne sait pas filmer une fête : l'ivresse n'est rendue sensible que par le biais de la caricature et la musique y est réduite à un vague fond sonore sur lequel trop de figurants miment la danse et la bonne humeur. Il faut dire d'ailleurs que, dans Douches froides, la musique n'est jamais à la bonne place ou au bon niveau : quantité négligeable lors de la soirée autour de la piscine, elle illustre ailleurs, mécaniquement, l'intensité d'un combat ou d'un acte amoureux. Chose étrange, les élèves travaillent, pour l'épreuve d'Anglais du baccalauréat, ce qui est présenté évasivement comme un "poème" et qui est en fait une chanson de PJ Harvey, Meet ze monsta. Cordier a dû vouloir se faire un plaisir personnel et y trouver une symbolique bien pratique pour son récit.

Ne comptez pas sur plus de subtilité au niveau social : les bourgeois sont mystérieux et charmeurs mais probablement pervers et les ouvriers sont des gueulards parfois imbibés mais si humains. Aucun rythme dans les scènes de ménage (le portrait des parents, mal interprétés, est affligeant), dialogues au ras du tatami. Film encensé par une bonne partie de la presse en 2005 (une "érotisation de la lutte des classes", mais oui bien sûr...). Film sans intérêt.

Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : cordier, france, 2000s | |  Facebook | |  Imprimer