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Memoria (Apichatpong Weerasethakul, 2021)

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Une femme provisoirement basée à Medellin entend régulièrement un son, un coup sourd et indéfinissable que personne d'autre n'entend. Au gré de ses rencontres, elle tente de le décrire, de le reconstituer, de soigner ce potentiel symptôme de folie, d'en comprendre l'origine. L'idée est déjà intrigante mais Weerasethakul la concrétise en Colombie et en partenariat avec Tilda Swinton (et notamment, dans des rôles secondaires, Jeanne Balibar et Daniel Gimenez Cacho vu chez Ripstein, Almodovar, Lucrecia Martel, etc.). Le film avance en plans longs et lents. Chaque coupe fait figure d'événement, modifiant la perception d'une séquence ou propulsant vers un ailleurs absolument imprévisible. A plusieurs reprises, les plans semblent même s'arrêter, comme dans le dernier quart l'un des personnages s'arrête de respirer en dormant. Cela provoque l'étonnement et une disposition, car on finit toujours par percevoir un frémissement, une manifestation restant discrète ou se faisant plus évidente, qu'elle soit visuelle ou sonore, souvent les deux à la fois. Comme ailleurs, le cinéaste mobilise mythes ancestraux et outils de la modernité, produit un frottement des temps et fait coexister des univers sensibles différents (ce son pourrait venir des profondeurs de la terre et si l'on observe des paléontologues au travail, le final penche vers un inexplicable partage de souvenirs enfouis). Le fil narratif est extrêmement fin, tiré par le personnage principal seulement. Parfois, on en vient à douter de la réalité de ses interactions avec les autres. S'étirant progressivement, au fur et à mesure qu'il s'éloigne de l'agitation citadine, le film, qu'on peut classer par commodité comme film fantastique, est étrange et superbe, hypnotique comme la plupart des réalisations de son auteur. Impossible de s'en détacher jusqu'à la fin de son générique déroulé sur un envoûtant bruit de pluie.

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