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2020s

  • Mandibules (Quentin Dupieux, 2021)

    *
    Comme Dupieux use de sa stratégie habituelle de l'évitement et du non-rythme, il nous force ici à nous confronter à la nullité de jeu des deux gars du Palma Show moulinant leur humour approximatif et débraillé (Lustig, seul, était bien plus performant, car plus cadré, lui et son personnage, dans Au poste !). Réduit à n'offrir que l'étrangeté, elle aussi habituelle, de la mise en images et en son du cinéaste (équilibre et déséquilibre dans un même plan par la disposition du flou et du net dans la profondeur ou par les différences de niveau sonore, via le personnage de la fille handicapée), le film est déjà quasiment foutu quand interviennent enfin de véritables acteurs et actrices (Lochet, Hair, Exarchopoulos) capables de nous sortir, un temps, de l'ennuyeuse et anodine cour de recréation créée autour des deux prétendus comiques. 

  • I'm Thinking of Ending Things (Charlie Kaufman, 2020)

    ***
    Brillant et tordu, comme on peut s'y attendre, le film de Kaufman est surtout original et flippant. Il est structuré par deux très longues séquences de trajet automobile encadrant une autre, de visite et présentation aux parents. La lumière, les sons, les dialogues, les voix, les réactions et, par-dessus tout, le montage ne vont cesser, dans chacune, de créer des décalages et du mystère, jusqu'à l'angoisse. D'une part, cela crée une ambiance fantastique et d'autre part, en faisant dérailler régulièrement la réalité (a priori du point de vue de la jeune femme), cela amène à accepter peu à peu les changements de registre dans les dialogues, le recours aux citations, les références multiples, rien n'apparaissant dès lors gratuit ou désincarné (les personnages pourraient perdre leur épaisseur en même temps que leur identité/réalité mais ils nous touchent jusqu'au bout). Dès le début, par sa brusquerie, le montage déroute. Le point culminant est atteint lors de la rencontre chez les parents, ce montage accentuant la grande étrangeté des comportements par ses coupes sèches. L'ensemble est une plongée dans la dépression, semblant, via la liaison amoureuse, faire défiler toute la vie, de l'enfance à la mort, comme un film d'horreur (versant lynchien). Souvent soumis à des secousses temporelles rendant plusieurs moments plutôt indéterminés, l'œuvre parvient aussi à parler avec pertinence du monde d'aujourd'hui, dans le rapport à la culture et la création. Parmi plusieurs interprétations possibles, une en particulier paraît se détacher assez nettement au final, plutôt déceptive. L'important est qu'elle n'annule pas les autres, échafaudées au fil de ce récit stimulant, mis en scène avec une réelle audace. 

  • Days (Tsai Ming-liang, 2020)

    °
    En 1995, le très long plan final de Vive l'amour où Yang Kuei-mei se mettait à pleurer sur un banc venait en point d'orgue valider une découverte cinématographique sidérante. 25 ans après, le premier plan de Days où Lee Kang-sheng regarde immobile la pluie tomber sur son balcon pendant 5 minutes a, lui, valeur d'avertissement. On sait où l'on va : vers "l'expérience", ou plutôt l'épreuve. Dans des plans fixes longs de plusieurs minutes, s'amorce, se réalise et se termine la rencontre érotique et tarifée de deux hommes solitaires. Successivement, nous voyons ainsi, in extenso, comment préparer un repas, manger, dormir, se faire soigner, se faire masser, se faire astiquer... Radical, Tsai se teste. Et teste Lee Kang-sheng. Au point d'imposer un plan à trois, non pas avec le second comédien, mais avec le spectateur. Car l'émotion ne peut naître que du rapport au corps changé par les ans de Lee, à son regard comme vidé. Cela jusqu'au malaise. Cet acteur va bientôt mourir devant la caméra de Tsai, se dit-on. Or, si cette émotion ne tient qu'à cela, cela veut dire que le cinéaste ne souhaite plus dialoguer qu'avec ceux qui l'ont découvert et tant aimé au tournant du siècle dernier, ceux qui connaisse cette histoire d'acteur et de réalisateur, ceux qui ont tissé ce lien avec eux deux. Alors ces plans ont beau bruisser et paraître ouverts au hasard, ils n'en sont pas moins écrasants et ils semblent même exclure, se refermer. Ou alors c'est moi qui n'arrive plus à y entrer. 

  • Peninsula (Yeon Sang-ho, 2020)

    *
    Décevante "suite" du bon Dernier Train pour Busan. Si le travail sur le genre reste sérieux, à la coréenne, non abêtissant, l'écueil de la vaine surenchère n'est pas vraiment évité. Les prémices de l'apocalypse sont sans doute plus gratifiants à filmer qu'un monde atomisé pour de bon, où survit une poignée d'individus rendus violents. Difficile d'innover sur ce plan-là. Quelques séquences jouent efficacement sur les amoncellements de corps zombifiés (bloquant les véhicules par exemple), mais l'abus du numérique et le recul pris pour cadrer en nombre rendent l'horreur très peu viscérale, ce qui est handicapant pour un film de morts-vivants. Cela devient presque aussi anodin que les armées de squelettes de Ray Harryhausen. Par ailleurs, le final tire en longueur et s'avère cousu de fil blanc. 

  • Enola Holmes (Harry Bradbeer, 2020)

    °
    Un produit netflixien d'une vacuité étourdissante, ne semblant destiné qu'à une seule et unique cible : les jeunes adolescentes et celles qui rêvent de l'être encore. Pourquoi se donner un minimum de mal dans la reconstitution (numérique, of course) d'une époque lointaine si c'est pour parler exclusivement de la nôtre, en cochant toutes les cases nécessaires pour bien se placer dans le sens du vent ? Le discours féministe attendu est martelé du début à la fin, les formules visant à la leçon de vie tombent toutes les 10 minutes, l'acte révolutionnaire est évité par une miraculeuse réforme... Et si la jeune héroïne ne cesse de s'adresser en aparté à la caméra, cela ne donne pas l'occasion de faire dérailler la fiction (les fabricants de ce bidule n'ont aucune envie de réfléchir à ce genre de chose), cela la rapproche juste d'une quelconque youtubeuse en goguette dans le Londres victorien. 

  • Tenet (Christopher Nolan, 2020)

    °
    Des agents de la CIA (enfin je crois...) sauvent le monde en se bastonnant, tout en affichant de solides connaissances en physique nucléaire et en maniant avec dextérité les concepts philosophiques au fil de leurs dialogues quotidiens. On ne comprend rien, jamais, à l'histoire inventée par Nolan. Cette opacité est notamment due au montage, d'une rapidité volontairement excessive lors des échanges, ce qui rend ceux-ci totalement déconnectés du réalisme minimum (dans la vie, personne ne laisse si peu de temps entre la fin de la question et le début de la réponse). Quant à cette idée d'inversion, on se demande si elle n'est pas purement scénaristique, tant elle ne produit à l'écran que des séquences à l'action confuse, jamais gratifiante pour le spectateur totalement paumé. Dès lors, l'enjeu, si important soit-il tel qu'il est présenté, devient sans intérêt. Nolan a dû se dire que s'il était impossible de le suivre en une projection, ses fans iraient de toute façon voir son film à plusieurs reprises et les autres se contenteraient de la trame romanesque hyper-convenue en croyant en avoir pris plein les yeux et les oreilles. Ratage total. Ni le premier, ni le dernier, de son auteur.