Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Une femme sans amour (Luis Buñuel, 1951)

*

"Sans doute mon plus mauvais film" disait Buñuel dans ses Mémoires. Pas si sûr. Non parce qu'il aurait fait bien pire dans sa carrière mais parce qu'il a réalisé là, dans les limites du mélodrame commercial, un ouvrage correct quant à son rythme, son interprétation etc. Le scénario est adapté de "Pierre et Jean" de Maupassant, avec de nombreuses modifications. Le film est beaucoup plus direct, moins tortueux que le roman, comme le soleil de Mexico s'oppose aux brumes du Havre. L'aventure amoureuse de la mère est ici exposée lors d'un long prologue alors que sa confirmation n'arrive que tardivement dans le livre. La position du spectateur est donc radicalement différente de celle du lecteur. Chez Buñuel, la droiture morale du personnage féminin est, dès le début, indiscutable : par l'infidélité, elle connaît enfin un véritable amour et seule son honnêteté l'empêchera de le vivre pleinement. Par ailleurs, plutôt que le poison du doute remarquablement décrit dans le livre, c'est une série de chocs violents qui perturbe l'esprit du fils aîné. Jalousie envers son jeune frère, obsession de la réussite matérielle et machisme maladif le jettent dans une grande confusion. On le sait, Buñuel excelle à pointer cet état d'agitation mentale, avec un sourire en coin. Les femmes, elles, sont traitées au mieux d'arrivistes au pire de putains par ces hommes qui ne comprennent finalement rien à rien. Clairement, ce sont eux que le cinéaste accuse des maux de la bourgeoisie mexicaine, l'hypocrisie en premier lieu. La fin heureuse, dans la réconciliation et le pardon, ne fait pas oublier que, durant tout le reste du temps, on a observé la façade se lézarder. Il est juste regrettable que le traitement manque d'originalité formelle (et que la belle sincérité dans l'adultère fasse l'économie de tout érotisme).

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.

Optionnel