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50s

  • L'Adorable Voisine (Richard Quine, 1958)

    ***
    Avec ses sourcils diaboliquement redessinés et son regard identique à celui de son chat, Kim Novak est fascinante en ensorceleuse moderne. Face à elle, James Stewart, coincé dans ses costumes et ses 50 balais (le double de sa partenaire), paraît totalement déplacé, ce qui convient parfaitement pour le rôle. L'une des belles idées du film est la cohabitation, devant la plupart du temps demeurer secrète, de la confrérie des mages et sorcières et des humains normaux (parmi les premiers, un impayable Jack Lemmon en apprenti immature et féru de bongos, et pour faire le lien entre les deux mondes, un savoureux Ernie Kovacs en écrivain journaliste spécialisé dans le domaine de la magie mais plutôt fantaisiste). L'étonnement vient du balancement entre le fantastique et la romance classique. Il y a très peu de manifestations surnaturelles mais une ambiance étrange, obtenue grâce à un travail époustouflant sur la lumière, la couleur, le cadre et le décor, culminant avec la création du Zodiac Club, lieu de rendez-vous jazzy de la confrérie. C'est à la fois limpide et mystérieux, drôle et tendre, retenu et singulier. 

  • Bigamie (Ida Lupino, 1953)

    ***
    Peut-être le statut même de l'actrice-réalisatrice conditionne-t-il notre regard mais sa direction semble permettre des interprétations d'une justesse rarement ressentie à ce point. Lupino elle-même, Joan Fontaine et Edmond O'Brien sont admirables d'un bout à l'autre dans cette histoire d'un homme pris au piège de son amour pour deux femmes, se débattant paradoxalement à la suite de ses recherches de sincérité absolue, coincé par de malheureuses coïncidences l'empêchant d'aller au bout de ses aveux. Ce film écartelé (même le juge, au final, ne parvient pas à trancher) est par moments franchement déchirant. Il faiblit à peine dans sa deuxième moitié, gardant sa droiture, sa confiance, sa lucidité, sa sobriété, mais perdant légèrement en tension et en concentration. Ce qui reste fascinant, en revanche, ce sont ces rapports adultes entre les personnages et le fait que ceux-ci ne soient jamais "sacrifiés", même un instant, afin de simplifier les choses pour le spectateur. Par exemple, la fébrilité du personnage masculin lors du rendez-vous pour l'adoption est remarquée aussi bien par sa femme que par son interlocuteur, et pas seulement par nous. Ce réalisme de la mise en scène de Lupino est infiniment précieux et sert de base au déploiement des émotions les plus intenses.

  • Les Sentiers de la gloire (Stanley Kubrick, 1957)

    ****
    L'ultime scène est construite en 3 temps : le premier, le tohu-bohu des soldats impatients, s'oppose au deuxième, le silence s'imposant à l'écoute de la voix de la fille allemande sur scène, avant que le troisième réconcilie les deux précédents en faisant chanter tout le monde. Tout le film, le premier qui soit aussi nettement kubrickien dans sa mise en scène, se tient ainsi en séries d'oppositions, esthétiques, rythmiques, sonores, architecturales, morales... Or le génie est ici de le faire sentir sans que cela apparaisse comme systématique, froid ou arbitraire. Comme les passages entre les 3 temps du final sont progressifs, il existe entre les panneaux qui s'opposent, des liens et des transitions (le personnage de Kirk Douglas, déjà, qui va d'un lieu à un autre). Si l'expressionnisme de nombreuses compositions renvoie à Welles (et à Aldrich, Ralph Meeker étant d'ailleurs de la partie), la différence est que, contrairement à celui-ci, qui tend alors, et tendra de plus en plus, son cinéma vers l'éclatement, Kubrick cherche l'unification, tente paradoxalement, compte tenu de toutes les lignes qu'il trace, de créer le cercle parfait faisant du film un monde. 

  • Au gré du courant (Mikio Naruse, 1956)

    ***
    Naruse filme la vie quotidienne dans une maison de geishas. C'est une histoire contemporaine et, en même temps, on le sent, la fin d'un monde. Ce qui frappe tout de suite, c'est le calme, qui va jusqu'à donner l'impression d'une absence de dramatisation. La construction accentue cette impression : avec ces courtes séquences, parfois réduites à un ou deux plans, ces bribes de quotidien, ces personnages multiples et non hiérarchisés, ces scènes semblant prises en cours de route et semblant interrompues avant leur terme, ces coupes enjambant aussi bien, et sans distinction, quelques minutes ou plusieurs jours, la mise en scène est, malgré sa modestie apparente, d'une grande modernité, ou du moins ne date jamais. Rien n'y est surligné, pas plus l'émotion que les croisements incessants de personnages (presque exclusivement féminins) qui ne sont absolument pas posés comme des "types" mais qui révèlent leur caractère et leur personnalité au fil du film. Et par-dessus tout cela, le voile de tristesse propre à Naruse. 

  • La Chevauchée de la vengeance (Budd Boetticher, 1959)

    ***
    L'argument est des plus classiques, basé sur l'escorte d'un criminel par un chasseur de primes en territoire dangereux, entre menace indienne et poursuite par le grand frère du justiciable. S'ajoutent deux personnages "accompagnants" rendus intéressants par leur dilemme moral à l'égard du héros et celui d'un femme, a priori fort et singulier mais s'entendant donner un peu trop souvent des explications sur la vie et elle-même, de la part de ces messieurs. S'il s'agit de l'un des meilleurs Boetticher c'est parce que le matériau est transcendé par la mise en scène de l'espace, dans toutes ses dimensions, grâce à une magnifique utilisation de l'écran large, l'absence de toute scène d'intérieur, le rendu des éléments (vent, pierre, poussière, feu...). Surtout, la longueur des plans et la profondeur de champ (qui donne à voir, au fond, des mouvements opposés ou complémentaires), ainsi que le nombre élevé de moments où c'est le regard porté au loin par un personnage et annonçant un événement qui semble articuler les séquences et le récit, tout cela fait que ce western donne une sensation rare d'ouverture infinie et de progression constante et dynamique. Même si le dernier mouvement amène à un point précis de résolution hautement dramatique (l'arbre aux pendus pour un duel final et l'accomplissement de la vengeance), ce sont encore de nouvelles avancées qui sont promises par les ultimes plans. 

  • Le Courrier de l'or (Budd Boetticher, 1959)

    *
    Peu réputé, Le Courrier de l'or est bien le maillon faible de la série des Boetticher-Scott. Les transparences utilisées pour la première scène de diligence annoncent involontairement que les décors, assez nombreux, manqueront d'authenticité et le film en général, de profondeur. La faute notamment à un scénario médiocre, à des dialogues lourdingues (particulièrement ceux autour de la guerre civile, de "l'humanité" des ennemis), à l'absence de figure marquante, que ce soit du côté des bons ou des méchants. Dans cette œuvre décousue, même la violence semble édulcorée et la tension ne se fait guère sentir, ce qui rend les dilemmes du personnage scottien cette fois-ci bien peu intéressants, fut-il pris (mais à peine) entre deux femmes de caractère. 

  • L'Aventurier du Texas (Budd Boetticher, 1958)

    **
    La sécheresse habituelle de Boetticher s'applique ici à un scénario assez dense, du moins dans les relations qu'il tisse entre des personnages principaux au nombre plutôt élevé, éloignant d'ailleurs pendant plusieurs minutes de l'écran, et bien qu'il reste le héros de l'histoire, Randolph Scott. Les retournements de situation y sont incessants, provoquant de savoureux et dynamiques chassés-croisés. L'humour est constant mais la peinture reste finalement assez sombre : une fratrie cherche à garder une petite ville sous sa coupe jusqu'à s'entretuer, les habitants ne font qu'attendre l'heure des pendaisons et les seuls faisant preuve de noblesse et échappant à la corruption ambiante sont, avec le Texan du titre, les deux Mexicains.

  • Le Petit Fugitif (Ray Ashley, Morris Engel & Ruth Orkin, 1953)

    *
    A sa présentation en 53, le film avait fait sensation auprès de nombreux critiques français, par sa production en marge et par le nouveau naturel qu'il affichait. Il est décevant lorsqu'on le découvre aujourd'hui. Le mode de tournage et l'esthétique n'empêchent pas, à plusieurs moments, l'impression de voir là quelque chose de "fabriqué", particulièrement dans les scènes de dialogues, le montage serré et l'absence de son direct atténuant fortement le naturel en question. De plus, le récit n'est guère passionnant et, encombré d'une musique avec orgue et harmonica assez pénible, tend plutôt à l'attendrissement qu'autre chose. Reste donc seulement la valeur documentaire des images, il est vrai très soignées malgré la modestie des moyens. 

  • L'Homme de l'Arizona (Budd Boetticher, 1957)

    **
    Le début est plutôt léger, fait de scènes bienveillantes voire même carrément comiques. Pourtant les contre-plongées sur Randolph Scott, légères (au niveau des épaules) ou plus accentuées (dès qu'il est sur son cheval), nous préviennent : celui qui se destine à la simple installation comme fermier sera bientôt entraîné dans un tragique engrenage. Le film se fixe rapidement dans un décor rocailleux qui sied parfaitement à la mise en scène de Boetticher, même si le ton reste changeant, oubliant certes l'humour mais ménageant des pauses intimes au profit des deux otages, Scott et Maureen O'Sullivan. Le scénario donne au premier l'occasion d'élargir sa palette mais contraint un peu la seconde dans un statut plus convenu. Riche de détails parlants et de personnages singuliers, le film n'a pas toujours la même intensité. Ainsi, la sécheresse dont sait faire preuve le cinéaste se signale surtout par éclairs, à travers des séquences d'une rare violence. Un corps à corps finit par un coup de feu sous la machoire et plus tôt, on nous dit que l'ami et le petit garçon ont fini dans le puits. A cette occasion, Boetticher ne fait pas de plan sur ce puits, ni sur le sucre d'orge jeté à terre par le tueur, il lui suffit de montrer, brièvement, le visage interdit de son héros. 

  • C'est arrivé le 20 juillet (Georg Wilhelm Pabst, 1955)

    **
    Les dix premières minutes sont consacrées aux justifications morales du groupe de putschistes voulant assassiner Hitler, des héros cherchant à mettre fin aux souffrances de l'Europe. Elles sont tout à fait indigestes, presque ridicules, alourdies de surcroît par une voix off didactique. Heureusement, celle-ci ne reviendra qu'à la fin, et les dialogues "psychologiques" vont se faire très rares, ne gâchant qu'une poignée des scènes suivantes. Car dès que l'attentat a lieu, le film devient document, attaché seulement aux faits et gestes, avec une tension assez prenante. L'insistance sur les heures exactes se teinte d'ironie avec l'échec du complot, et toute l'absurdité du système hiérarchique militaire saute aux yeux avec la valse des ordres contradictoires venant des deux côtés. Militaire, le film l'est pleinement, et cette focalisation le sauve (pas de peuple, à peine une épouse de général). Le but initial était de faire des martyrs de ces gradés osant trahir le Führer mais on les regarde aujourd'hui sans pitié (le film est d'ailleurs assez froid) s'illusionner longuement sur ce qu'ils croient être le succès de leur opération, avant d'être fatalement éliminés.