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Troisième des quatre premiers films tournés par le réalisateur, tous à la Continental. Jacques Siclier l'évoque d'ailleurs dans son fameux bouquin, le jugeant comme "le meilleur film de Cayatte à cette époque". Effectivement, il se regarde avec intérêt. Surtout sa première partie, charmante, qui se déroule dans les années 10. La seconde, située 20 ans plus tard, est plus mélodramatique et ces pics-là réussissent un peu moins à Cayatte. L'émotion n'est pas à son comble dans un dernier mouvement qui paraît expédié (le film dure moins de 75 minutes), juste rehaussé par une ultime réplique froide et cassante tombant sur l'héroïne "condamnée" à ne plus vivre qu'avec son vieux mari. Tout est cependant bien écrit, en apportant la profondeur psychologique nécessaire, tandis que la mise en scène est assez fluide et dynamique. Si les interprètes des deux rôles-titre ne sont pas inoubliables, Renée Saint-Cyr est touchante et crédible, même vieillie, et Noël Roquevert, bien qu'à l'opposé de l'image que l'on se fait du personnage du Père Roland à la lecture, est remarquable d'autorité satisfaite, énergique et aveugle. A découvrir le Cayatte après Une femme sans amour, on se rend compte que le film de Buñuel (et de ses deux scénaristes) est bien un remake plutôt qu'une adaptation directe du roman de Maupassant, tout le travail de remise à plat ayant été fait par le réalisateur-scénariste français avant d'être repris, neuf ans plus tard, par l'équipe mexicaine qui a modifié plusieurs éléments et plusieurs passages mais qui a conservé cette nouvelle structure d'ensemble.