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Un réalisateur espagnol reconnu qui filme une histoire très précisément située dans le Finistère, ce n'est pas banal. Pas question de dépaysement ou d'un quelconque décalage pour autant. La capacité à rendre compte d'un environnement éclate dès le début, en deux-trois plans. Puis viennent ces jeunes personnages, qui seront regardés tout du long avec respect et empathie, vivants tout simplement. Entre rigueur et liberté, les dialogues vont bien au-delà du bavardage entre lycéens sur l'amour et le sens de la vie. L'histoire est connue, toujours la même depuis au moins un siècle de cinéma : les sentiments adolescents. Et parfois, un miracle arrive : un ou une cinéaste parvient à raconter cela autrement, comme si c'était la première fois. Des noms affleureront à la surface de la mémoire, de Rohmer à Resnais, mais Jaime Rosales réussit à s'affranchir aussitôt de ses références et à nous faire croire à la vérité neuve de ce qu'il filme. Morlaix est aussi incarné qu'expérimental, avec ses changements de format d'écran, ses arrêts sur images et ses accélérés, ses passages de la couleur au noir et blanc. Et en assumant parfaitement ses emboîtements narratifs, il touche au cœur comme à la mémoire. Questions cruciales et pourtant rarement (jamais comme cela ?) posées, naturellement et avec délicatesse : Que retient-on d'un film après l'avoir vu ? Est-ce qu'un film reste toujours le même ? Et si les images de cinéma agissent sur nous, spectateurs, est-ce qu'on peut agir en retour sur ces images ? Petite merveille.