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audry

  • Olivia (Jacqueline Audry, 1951)

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    Très étonnante découverte que ce film de pensionnat, ressorti il y a 6 ou 7 ans, remettant en lumière la réalisatrice Jacqueline Audry. Ce qui surprend véritablement, c'est sa franchise dans la description d'un univers féminin où les affects peuvent se développer jusqu'à l’attirance homosexuelle. Des défauts apparaissent bien ici ou là (la performance de la jeune première Marie-Claire... Olivia ne suffit pas toujours à elle seule à justifier le chamboulement provoqué par l'arrivée de son personnage ; si savoureux soient-ils, de nombreux apartés en cuisine reposent plus sur une astuce théâtrale ; une légère chute de la tension s'opère dans la dernière partie pourtant dramatique) mais ils sont balayés à la fois par le traitement du sujet et par la sûreté de la mise en scène. Tournant essentiellement en studio, Audry sait dynamiser son décor, en le chargeant de motifs, en disposant les groupes, en variant les angles (vers la fin nous est montré un recoin insoupçonné de la chambre de Cara), en embrassant souvent l'espace par une plongée. Nait alors la sensation d'un monde à part, autonome, malgré quelques excursions à l'extérieur. Des familles des pensionnaires, il n'est guère fait mention. Quant aux hommes, ils sont relégués. Contrairement à ce qui est dit parfois pour le présenter, le film n'est pas, à l'écran, exclusivement féminin. Brièvement, un jeune officier apparaît au second plan, puis un jardinier au travail, mais ils sont muets. Quand trois hommes parlent, lors d'un interrogatoire des employées, ils sont filmés de dos. Repousser à la marge plutôt qu'exclure radicalement, belle manière de mieux faire comprendre le projet tout en évitant l'arbitraire. Les pensionnaires (de bonnes familles) s'égayent dans cet espace où règne la bienveillance, elles y vivent leur meilleure vie. Mais dans cette bulle de gaieté, de culture et de liberté, une chose étonne, le rapport des deux directrices (Edwige Feuillère et Simone Simon, rien que ça), entre elles, apparaissant tel un couple marié, mais aussi avec leurs élèves, en s'adonnant à une sorte de compétition de séduction jusqu'à la formation inéluctable de deux clans d'admiratrices. Cela pourrait donner lieu à une satire mordante, à une implacable dénonciation morale ou à un noir thriller psychologique. Or, Jacqueline Audry joue de l’ambiguïté et tient son récit en équilibre jusqu'au bout. L'homosexualité féminine est décrite chastement mais directement (et sans la moindre notion de péché) : les filles se disent amoureuses de leur modèle, les regards ne trompent pas, les baisers finissent toujours à deux doigts des lèvres. Le film est passionnant à voir aujourd'hui. Projet féministe "absolu", il a un côté libérateur. Mais, au-delà de sa douceur mêlée de passion, il entraîne également vers des problématiques tout à fait actuelles, emprise et même pédophilie. Et sur ce point précis, sa retenue, qui est aussi, malgré son grand trouble, celle du personnage d'Edwige Feuillère à l'égard de ses protégées, devient une nouvelle qualité.