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  • Yellowjackets (série d'Ashley Lyle et Bart Nickerson, Showtime, 2021)

    Exceptionnellement, j'ai regardé avec ma fille les 9 épisodes de la saison 1. Je ne me suis jamais intéressé qu'aux séries créées et/ou réalisées par des cinéastes dont je suivais la carrière : depuis les années 90, Twin Peaks de Lynch, Tanner '88 d'Altman, The Kingdom de von Trier, P'tit Quinquin de Dumont, Top of the Lake de Campion, Wednesday de Burton. Parties intégrantes d'œuvres cinématographiques, ces séries-là ont d'ailleurs souvent été conçues pour se jouer des codes de la télévision.
    L'expérience est donc ici bien différente et je me garderai d'en évaluer la qualité, n'ayant pas d'autres repères dans le domaine. Mais quand même, réflexions persos :
    - Bien que réalisateurs et réalisatrices se succèdent, les épisodes se ressemblent tous. Rien ne se distingue dans la mise en scène, la construction narrative, les tons adoptés, jusqu'à la place réservée invariablement, à la fin de chaque premier tiers, à la séquence de transition musicale (jamais désagréable d'ailleurs puisque faisant remonter divers tubes pop-rock indés des années 90). On est bien sûr à l'opposé de Twin Peaks, malgré l'accumulation de mystères. Dans les deux premières saisons de Twin Peaks, les différences étaient parfois spectaculaires d'un épisode à l'autre en fonction des signataires. Les meilleurs étaient évidemment, de très loin, ceux réalisés par Lynch lui-même. Soyons juste, le génie pur n'était pas la seule explication. Co-auteur avec Mark Frost, supervisant l'ensemble, Lynch, lorsqu'il revenait derrière la caméra, pouvait tout se permettre. Il se passe encore autre chose avec la troisième saison, œuvre de Lynch à 100%. Les épisodes y sont différents les uns des autres, radicalement, volontairement. Rien à voir donc avec une série comme Yellowjackets où il s'agit de surprendre le spectateur mais jamais par la forme, de le surprendre en le laissant profiter de son confort.
    - Le récit progresse en alternant deux époques. En 1996, une équipe de football féminin subit un crash aérien. Durant plusieurs mois ces filles vont devoir vivre en milieu hostile et faire face à de violentes manifestations surnaturelles. Parallèlement, nous suivons la poignée de survivantes confrontées 25 ans plus tard à des événements aussi dramatiques, en lien avec leur tragique expérience commune. On passe sans cesse d'une époque à l'autre. Mais aucun problème pour se repérer : dès le premier plan de chaque séquence, nous savons à quel temps nous sommes, passé ou présent. Ni rupture ni doute. Le procédé le plus régulier pour assurer la compréhension de ces transitions est le raccord effectué sur un même personnage, immédiatement reconnaissable.
    - L'avantage de traiter aussi équitablement deux époques est que l'on peut toucher au moins deux générations de spectateurs, sensibles à la description des émois adolescents ou alors à celle des vicissitudes de la vie d'adultes. Choisir une équipe sportive permet aussi de montrer un maximum de caractères. Il est bien pratique, pour développer l'histoire dans tous les sens, d'impliquer une fille ayant des visions, une autre très croyante, une troisième rebelle, etc. Cela dit, la diversité sert aussi une visée progressiste. Les liaisons homosexuelles ne posent aucun problème et la normalité caractérise la représentation d'un couple de lesbiennes mariées avec enfant, ces deux femmes étant par ailleurs afro-américaines et installées dans la bonne société. Au détour de quelques dialogues, racisme et sexisme sont clairement brocardés. Le genre de série que doit avoir en horreur les néo-fachos trumpistes.
    - L'addiction tient au désir que soient enfin dévoilés les mystères de cette angoisse histoire. Quelque chose de terrible s'est déroulé dans cette forêt. La piste du cannibalisme, tabou ultime, est ouverte dès le début (et toujours pas refermée au terme de la première saison, ce qui est très agaçant). Dans chaque épisode, quelques brefs plans gores de blessures diverses maintiennent la tension, la possibilité du pire. Le recours à des plans subjectifs faisant sentir une menace invisible au cœur de cette nature est plus éculé. Ces procédés relèvent de la mécanique. De même, les séquences suivent une évolution unique. Ce n'est pas la fin de chaque épisode qui accroche, c'est chaque séquence qui doit empêcher le spectateur de se lever de son canapé. Qu'elles reposent sur des actions ou des dialogues, à de rares exceptions près, toutes commencent en posant une problématique avant d'enchaîner sur une seconde, un autre événement qui vient perturber et relancer, mais toujours dans l'ébauche, en laissant en suspens ce qui sera à son tour développé... plus tard. Comment résister alors à l'envie d'en savoir plus ?
    - Série très programmatique donc, reproduisant un modèle à l'infini, représentative d'un mode de fonctionnement général sans doute, malgré ses petites originalités dont la principale est un très assumé mélange des genres.