Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • J'ai tué ma mère

    (Xavier Dolan / Canada / 2009)

    ■■■□

    jaituemamere.jpgJ'ai tué ma mère est revigorant comme une chanson punk. Du punk tendance Undertones plutôt que Sex Pistols, soit un punk "pop", dans lequel le nihilisme cède la place à une révolte trahissant avant tout une demande desespérée d'attention de l'autre (*). La jeunesse, l'aspect frondeur et la joie du coup de gueule se retrouvent dans ce premier film de Xavier Dolan, auteur complet (scénariste, metteur en scène et acteur principal, à compétences égales). Insister sur l'âge du jeune homme (17 ans à l'écriture, 19 au tournage, 20 à Cannes) ne revient pas seulement ici à prendre acte du phénomène : il est en effet essentiel de savoir que J'ai tué ma mère est un film réalisé au coeur même de l'adolescence. Bien sûr, s'y déploient des aspirations fortement liés à cet âge, telles que l'ouverture à la poésie ou la tentative de journal (vidéo) intime, ainsi que l'étourdissement des sens par la sexualité, la danse ou la drogue.

    L'argument est ténu. Hubert ne supporte plus sa mère (qui l'élève seule dans sa petite maison) mais ne peut se résoudre à la repousser irrémédiablement. Ni avec toi, ni sans toi. Cet amour-haine se décline donc au rythme des allers-retours d'Hubert, des fugues et des abandons, et surtout des crises de nerfs provoquant chez le jeune homme un déversement de paroles vindicatives et blessantes. La répétition de ces éclats a tendance à les dédramatiser et certains sont proprement irrésistibles, par l'invention des répliques et la présence des deux comédiens (un point reste à éclaircir : dans quelle mesure l'accent québécois oriente notre réception comique du film ? ce paramètre a-t-il été pris en compte par Dolan ? joue-t-il volontairement dessus, l'accentue-t-il ?).

    L'équilibre entre comique et tragique séduit réellement car il repose sur un dispositif mis en place avec une étonnante maîtrise. Xavier Dolan semble savoir exactement ce qu'il fait. Il joue de manière assez réjouissante sur l'attente du spectateur en repoussant par des blancs les réponses les moins évitables et les plus chargées (d'émotion ou de références) : "...ma mère est morte" (à la prof), "...je t'aime" (à sa mère). Les intermèdes et les ruptures musicales laissent affleurer certaines réminiscences (la plus évidente renvoie à Wong Kar-wai) mais parviennent à se fondre dans le mouvement général et traduisent parfaitement les "déconnexions" intempestives de l'esprit adolescent. Le cadre resserré, très sensible dès les premières minutes avec la fragmentation imposée aux visages, laisse entrer aussi peu d'individus que de lumière et semble repousser ainsi le monde extérieur pour mieux en recréer un autre, plus personnel, dans un geste, encore une fois, très adolescent. Une distanciation est à l'oeuvre, s'ajoutant à l'humour des situations, ainsi qu'un effet de confinement et de récit intemporel (les posters aux murs représentent James Dean ou des tableaux de Munch ; Dolan a-t-il craint de réaliser un objet facilement démodable ?).

    On remarquera également la belle galerie de personnages, tous remarquablement dessinés et campés. Rarement ado aura aussi bien porté la mèche sur les yeux. La mère est quant à elle, par moment, vraiment chiante et le père, qui déboule à mi-récit, en impose tout de suite. Le final est imparfaitement bouclé mais les images d'enfance tournées en amateur achèvent, par l'interrogation sur leur statut réel, de rendre le film attachant. Attachant et bluffant.

     

    (*) : Si l'on prolonge le parallèle musical, sur le plan purement thématique cette fois-ci, on ne peut qu'évoquer l'univers de Morrissey et des Smiths. Sensation d'être une personne à part, forte relation à la mère, goût pour les icônes et les poètes, dureté des pensionnats, humour cassant, homosexualité : ce dont parle Dolan, Morrissey l'a chanté comme personne.

    Deux autres avis, très différents dans l'approche mais similaires dans le jugement final : celui de Joachim et celui de Rob Gordon.

    Merci à Nicolas pour la recommandation.

  • 38 questions pointues

    L'ami Vincent, inlassable scrutateur du net cinéphile en VO ou en VF, a relayé ce questionnaire d'origine américaine, paru notamment dans les pages de Flickhead. Voici mes réponses, rapides et parfois embarassées :

    1) Quel est votre second film favori de Stanley Kubrick ?

    Joker n°1. Je suis absolument incapable, pour une fois, de hiérachiser entre mes cinq Kubrick préférés. Cela se joue donc entre Dr Folamour, 2001 : l'Odyssée de l'espace, Barry Lyndon, Shining et Eyes Wide Shut.

    2) Quelle est l'innovation la plus significative / importante / intéressante dans le cinéma de la dernière décade (pour le meilleur ou pour le pire) ?

    Les travellings flottants de Gus Van Sant.

    3) Bronco Billy (Clint Eastwood) ou Buffalo Bill Cody (Paul Newman)?

    Clint Eastwood, assez nettement (mais je ne connais ni son Bronco Billy, ni le Altman).

    4) Meilleur film de 1949.

    Le troisième homme (Carol Reed).

    5) Joseph Tura (Jack Benny) ou Oscar Jaffe (John Barrymore)?

    Jack Benny (alias Joseph Tura dans To be or not to be). Le film avec Barrymore, Twentieth century de Hawks, m'est inconnu.

    6) Le style de mise en scène caméra au poing et cadre tremblé est-il devenu un cliché visuel ?

    Oui mais lorsque c'est Lodge Kerrigan (Keane, 2005) qui l'utilise, c'est génial (voire, dans leurs meilleurs moments, les frères Dardenne).

    7) Quel est le premier film en langue étrangère que vous ayez vu ?

    J'ai dû en voir avant mais le premier dont je sois sûr de la version est le film de Wenders, Les ailes du désir, lors de sa sortie en salles en 1987.

    8) Charlie Chan (Warner Oland) ou Mr. Moto (Peter Lorre)?

    Peter Lorre, sans connaître ces films-là.

    9) Citez votre film traitant de la seconde guerre mondiale préféré (période 1950-1970).

    Duel dans le Pacifique (John Boorman, 1968).

    duelpacifique.jpg

    10) Citez votre animal préféré dans un film.

    Le dernier que j'ai croisé était la chienne Lucy (Wendy et Lucy, Kelly Richardt, 2008).

    11) Qui ou quelqu'en soit le fautif, citez un moment irresponsable dans le cinéma.

    Le viol d'Irréversible.

    12) Meilleur film de 1969.

    Les damnés (Luchino Visconti).

    13) Dernier film vu en salles, et en DVD ou Blu-ray.

    Whatever works (Woody Allen) et Cloverfield (Matt Reeves).

    14) Quel est votre second film favori de Robert Altman ?

    The Player (1992).

    15) Quelle est votre source indépendante et favorite pour lire sur le cinéma, imprimé ou en ligne ?

    La revue Positif et la vingtaine de blogs ci-contre.

    16) Qui gagne ? Angela Mao ou Meiko Kaji ?

    Joker n°2. Aucune idée. Disons plutôt Feng Hsu chez King Hu (A touch of zen, Raining in the mountain).

    17) Mona Lisa Vito (Marisa Tomei) ou Olive Neal (Jennifer Tilly)?

    Pas très inspiré. Jamais vu Mon cousin Vinny mais j'aime beaucoup Coups de feu sur Broadway, alors je choisis Jennifer Tilly.

    18) Citez votre film favori incluant une scène ou un décor de fête foraine.

    Pour ne pas reparler de l'évident Jour de Fête, disons Mouchette (Robert Bresson, 1967).

    mouchette.jpg

    19) Quel est à aujourd'hui la meilleure utilisation de la video haute-definition sur grand écran ?

    Bien que ses films me touchent moins que je ne le souhaiterai, Nuri Bilge Ceylan compose des plans à la texture inoubliable.

    20) Citez votre film favori qui soit à la fois un film de genre et une déconstruction ou un hommage à ce même genre.

    Reservoir Dogs (Quentin Tarantino, 1992).

    21) Meilleur film de 1979.

    Apocalypse now (Francis Ford Coppola).

    22) Quelle est la plus réaliste / Sincère description de la vie d'une petite ville dans un film ?

    Le boucher (Claude Chabrol, 1970).

    23) Citez la meilleure créature dans un film d'horreur (à l'exception de monstres géants).

    Celle d'Alien (Ridley Scott, 1979).

    24) Quel est votre second film favori de Francis Ford Coppola ?

    Le Parrain, deuxième partie (1974).

    25) Citez un film qui aurait pu engendrer une franchise dont vous auriez eu envie de voir les épisodes.

    Cris et chuchotements (Ingmar Bergman, 1973) avec son titre de parfait slasher.

    26) Votre sequence favorite d'un film de Brian De Palma.

    Le morceau de bravoure étant l'une des spécificités (l'une des limites ?) du cinéma de DePalma, le choix est difficile. A seize ans, j'aurai dit celle, eisenstenienne, de l'escalier de la gare dans Les incorruptibles (1987) et à vingt ans celle, à la vision longtemps redoutée, de la tronçonneuse dans Scarface (1983). Aujourd'hui, disons la scène des toilettes du Festival de Cannes dans Femme fatale (2001).

    femmefatale.jpg

    27) Citez votre moment préféré en Technicolor.

    L'affrontement final entre Jennifer Jones et Gregory Peck dans Duel au soleil (King Vidor, 1946).

    28) Votre film signé Alan Smithee préféré.

    Joker n°3. Jamais vu aucun film "signé" par ce pseudo. J'aurai préféré la question "Quel film semble être signé Alan Smithee ?". A ce moment-là, j'aurai cité les derniers Wenders américains (lui qui est si attiré par Hollywood et son histoire).

    29) Crash Davis (Kevin Costner) ou Morris Buttermaker (Walter Matthau)?

    Ni Duo à trois ni La chouette équipe ne me sont familiers, mais j'aime assez Kevin Costner.

    30) Quel film post-Crimes et délits de Woody Allen préférez vous ?

    Maris et femmes (1992), juste devant Vicky Cristina Barcelona.

    31) Meilleur film de 1999.

    Eyes Wide Shut (Stanley Kubrick).

    32) Réplique préférée.

    "I suggest you have your architect investigated as well" (L'inspecteur Clouseau à son hôte, après s'être pris le mur au lieu de franchir le seuil de la porte).

    clouzeau.jpg
    Quand l'inspecteur s'emmêle (Blake Edwards, 1964)

    33) Western de série B préféré.

    Difficile de délimiter la catégorie lorsque l'on est pas spécialiste. Le seul qui me vienne à l'esprit est La chevauchée de la vengeance (Budd Boetticher, 1959).

    34) Quel est selon vous l'auteur le mieux servi par l'adaptation de son oeuvre au cinéma?

    Disons que je ne connais en général les grands auteurs que par les adaptations qui leur sont consacrés. Le temps retrouvé (Proust/Ruiz, 1999).

    35) Susan Vance (Katharine Hepburn) ou Irene Bullock (Carole Lombard)?

    J'adore L'impossible monsieur Bébé mais je n'ai pas une passion immodérée pour Katharine Hepburn. Choix par défaut donc, connaissant très peu Miss Lombard.

    36) Quel est votre numéro musical préféré dans un film non musical ?

    "I can't stand the quiet..."

    Simple men (Sonic Youth/Hal Hartley, 1992)

    37) Bruno (Le personnage si vous n'avez pas vu le film, ou le film si vous l'avez vu) : une satire subversive ou un stéréotype ?

    Un stéréotype subversif. Non, pas vu en fait. Joker n°4.

    38) Citez cinq personnes du cinéma, mortes ou vivantes, que vous auriez aimé rencontrer.

    Ado Kyrou, Marcello Mastroianni, Alain Cavalier, Sandrine Bonnaire, Paul Thomas Anderson (étant entendu qu'il s'agit là de discuter...).