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C'était mieux avant... (Juin 1985)

- Vous dites ? Plus de quinze jours de retard pour ma chronique mensuelle ? Mais non !

- Messi !

- Ah ne commencez pas avec le foot ! J'ai déjà perdu assez de temps comme ça.

- Je suis sûr que vous allez retrouver votre rythme de croisière, avec Toulalan qui vous caractérise.

- Vous n'êtes pas drôle.

- Pourtant, Thierry Henry encore...

- Bon, ça va bien maintenant ! Vous n'allez quand même pas en faire une avec Kaka ?

- Non, mais j'en connais une excellente à propos de Schweinsteiger.

- Ecoutez, si vous voulez, vous pouvez repasser un autre jour avec des jeux de mots sur les cinéastes, du genre "Bela Tarr que jamais".

- Mais la Hongrie n'est pas qualifiée...

- Arrêtez. De toute façon, les cinéphiles n'aiment pas le foot.

- Si, il y a Joachim.

- Oui, d'accord. Mais depuis qu'il écrit aux Cahiers, il n'a plus trop le temps...

- Il est pris dans l'Eto'o.

- S'il vous plaît... Il faut vraiment que je lance ma chronique. Je vais encore perdre une place au classement wikio.

- C'est peut-être dû à l'habillage du blog. Refaites la Deco.

- Sortez !

- Pffff..., Cissé comme ça que vous le prenez, la discussion est Klose. Espèce de Buffon !

*****

Mai est déjà très loin et il est plus que temps de revenir sur les sorties cinéma du mois de Juin 85 :

Autant le dire tout de suite, la livraison n'a pas grand chose d'exaltant et la désagréable impression de toucher le fond se fait ressentir lorsque l'on observe ce corpus par le biais des genres cinématographiques.

phenomena.jpgIl en va ainsi, en premier lieu, de la comédie avec Les anges se fendent la gueule de Jamie Uys (soit 1h35 de caméra cachée), Y a pas le feu de Richard Balducci et Gros dégueulasse de Bruno Zincone (d'après Reiser avec Maurice Risch dans le rôle titre). Derrière un tel tiercé, on en arriverait presque à être tenté par Patrouille de nuit de Jackie Kong (parodie américaine de film policier) ou Drôle de samedi de Bay Okan (suite franco-suisse de saynètes humoristiques ciblant le quotidien, avec Francis Huster, Carole Laure, Jacques Villeret, Michel Blanc, Jean-Luc Bideau...).

Au rayon SF, Starfighter de Nick Castle n'a pas l'allure d'un classique et, côté fantastique, le Phenomena de Dario Argento est, la plupart du temps, présenté comme une simple resuçée de Suspiria.Le spectateur friand d'action n'est guère mieux servi avec Destructor de Max Kleven (un sous-Rambo tirant vers la parodie), L'enfer en quatrième vitesse d'Antonio Margheriti (une série B italienne sur les courses de bagnoles), Cocaïne (un film de gangs new yorkais étrangement signé par Paul Morrissey), Portés disparus de Joseph Zito (l'un des pires films sur l'après-Vietnam, avec l'intense Chuck Norris) ou La rage de tuer de René Cardona Jr. (un polar bis italo-mexicain). En serait-il réduit, le spectateur, à chercher le salut dans les produits importés de Hong-Kong (Les douze piliers de Shaolin de Chian Lien, Ninja fury de Godfrey Ho, Shaolin contre Léopard de Cheng Hung Man, Les guerriers du temple maudit de William Lan) ?

Malheureusement, force est de constater qu'il est aussi peu probable que l'extase soit au rendez-vous devant les productions plus "sérieuses", qu'il s'agisse d'Aspern d'Eduardo de Gregorio (film portugais d'après Henry James, avec Bulle Ogier), du Consul honoraire de John Mackenzie (d'après Graham Greene, film que l'on devine tenu essentiellement (uniquement ?) par les acteurs : Michael Caine, Richard Gere, Bob Hoskins), de Desiderio d'Anna-Maria Tato (un premier film italien, avec Fanny Ardant), de French lover de Richard "Jedi" Marquand (une chronique de l'infidélité située à Paris et qui n'a pas peur des clichés, avec Karen Allen et Thierry Lhermitte), de Marjorie de Martin Ritt (biopic académique (pléonasme ?) sur l'écrivain Marjorie Kinnan Rawlings) ou des Poings fermés de Jean-Louis Benoit (les traumatismes de la guerre étudiés sous l'angle du symbolisme).

chinablue.jpgCertes, il y a bien dans le lot quelques titres plus connus que ces derniers mais aucun ne m'a laissé de souvenir impérissable. Le baiser de la femme-araignée d'Hector Babenco est un assez fameux film à tiroirs sur les maux de l'Amérique latine, bénéficiant de l'interprétation de William Hurt, récompensé à Cannes, et de Raul Julia. Choose me est une ronde moderne et altmanienne d'Alan Rudolph, lequel m'a quelque fois intéressé sans jamais me passionner réellement, y compris à cette occasion (malgré Geneviève Bujold et Keith Carradine). Escalier C de Jean-Charles Tacchella connut un beau succès mais cette vue en coupe d'un immeuble parisien dans lequel se croisaient entre autres Robin Renucci, Jacques Bonnaffé et Jean-Pierre Bacri, débouche-t-elle sur autre chose qu'un "film sympathique" ? A l'opposé de ce registre de demi-teinte, nous pouvons placer Les jours et les nuits de China Blue du provocateur Ken Russell, qui filmait là Kathleen Turner en train de mener sa double vie dans les quartiers chauds. Cette virée nocturne et allumée s'offrait à nous, adolescents, nimbée de scandale. Vingt-cinq ans après, l'odeur de souffre persiste-t-elle ? Je n'en sais absolument rien, faute d'avoir revu le film depuis. Ce que j'ai fait en revanche pour La forêt d'émeraude de John Boorman, entreprise ambitieuse, spectaculaire et poétique, évènement du mois, probablement. Sauf que... La puissance visuelle et narrative libérée par cette aventure amazonienne m'avait soufflé à quinze ans, puis fortement agacé à vingt-cinq. Peut-être aurais-je dû m'y replonger à trente-cinq, histoire de voir si le balancier se remettait à l'équilibre, bien que la carrière de Boorman me paraisse aussi accidentée qu'un manège à sensations, passant du très haut au très bas sans s'arrêter à mi-chemin.

repoman.jpgFinalement, dans la jungle de ce mois de juin 85, mieux vaut peut-être chercher son bonheur dans les marges. Profiter de la reprise d'un mélodrame indien réputé de 1957 (Assoiffé de Guru Dutt). Se laisser tenter par l'inclassable Repo man d'Alex Cox (avec Harry Dean Stanton et Emilio Estevez), récit passant par le prisme de divers genres, du film noir à la SF, par Des terroristes à la retraite, documentaire signé Mosco sur le groupe Manouchian, sorti alors en salles à la sauvette et diffusé à la télévision après bien des péripéties (les obstacles rencontrés étant dus à une volonté de protéger l'image du Parti Communiste, mis en cause dans l'affaire) ou par Visages de femmes de l'Ivoirien Désiré Ecaré. Voire, pour les plus aventureux, se frotter à l'improbable drame secouant le milieu de l'aérobic conté par Lawrence Dane dans Heavenly Bodies, au film de prison chaud-bouillant américano-ouest-allemand Chaleur rouge de Robert Collector (Linda Blair y est emprisonnée par le KGB et subit les sévices de Sylvia Kristel, le tout étant à l'époque interdit aux moins de 18 ans), à l'érotique Joy et Joan de Jacques Saurel (pour voir Brigitte Lahaie ailleurs que dans du X). Ou bien, en désespoir de cause, se reporter sur Colossale débauche pour une femme frigide de Youri Berko, porno se distinguant de la production courante au moins par son titre.

starfix27.jpgDans les kiosques, la plupart des revues proposaient alors des dossiers sur le Festival de Cannes. Cinéma 85 (318) et les Cahiers du Cinéma (373) mettaient en valeur Rendez-vous d'André Téchiné, Starfix (27) un quatuor de films composé de Mishima (Paul Schrader), Pale rider (Clint Eastwood), Witness (Peter Weir) et d'un autre non identifié. Cinématographe (111), qui rendait hommage aux acteurs, affichait Miranda Richardson, alors que Premiere (99) célèbrait la rencontre entre Sigourney Weaver et Gérard Depardieu (dans le film de Daniel Vigne, Une femme ou deux). Positif (292) et La Revue du Cinéma (406), choisissaient pour orner leur couverture Mishima (sorti en mai, comme le Téchiné cité précédemment), Jeune Cinéma (167) Au-delà des murs d'Uri Barbash (sorti en avril) et enfin L'Ecran Fantastique (57) Starfighter.

Voilà pour juin 1985. La suite le mois prochain...

 

Pour en savoir plus : Starfighter, La forêt d'émeraude & Phenomena vus par Mariaque.

Commentaires

  • Ouais finalement à force de se dire que c'était mieux avant et qu'aujourd'hui, bof bof bof, pour m'être replongée dans l'année 83 (je prépare le fameux topito mais faut pas être pressé non plus, il recommence à faire beau sur Paris), je dois reconnaître que oui ! les souvenirs offrent une jolie patine qui n'a rien à voir avec la réalité d'antan...
    PS. Ne me dis pas que tu te bats toi aussi pour avoir le ballon ? ^^

  • Mexico, Mexiiiiicooo... ne me faites pas rire, j'ai les lèvres gercées :)

    Bon, juin 85 c'est vrai, c'est pas terrible. J'ai acheté "Escalier C" mais jamais eu le courage de le revoir alors que c'est un bon souvenir. Le Boorman m'avait un peu déçu d'emblée, jamais revu depuis mais je doute que ça s'arrange avec le temps (ceci dit, j'aime beaucoup nombre de ses films). Pour le reste j'ai vu et oublié le Babenco, le Castle est gentillet et je n'ai toujours pas vu le Argento, le film de la rupture au sein des fans (je reviendrais là-dessus). Allez, à juillet.

  • Oh, un [début de] billet sous forme de dialogue ! Et, qui plus est, très enlevé !

    Bravo, quel génie ;-DDD

    Sinon, quelques remarques sur ton tour d'horizon de "mai 85".

    "le Phenomena de Dario Argento"
    - De mémoire, plutôt pas mal : Jennifer Connelly - adolescente - et des ambiances étranges ("surnaturelles"). Cependant, je ne me souviens pas de connexions avec Suspiria. Un Argento, "valable".

    "L'enfer en quatrième vitesse d'Antonio Margheriti (une série B italienne sur les courses de bagnoles)"
    - Pas vu celui-ci, mais j'ai eu l'occasion d'en voir quelques autres. Les qualités - et l'importance - du réalisateur dépassent généralement les "arguments" (assez risibles) de ses productions. Mais, on peut dire ça de beaucoup de cinéastes ; à commencer par Hawks, par exemple, et Red line 7000, pour rester dans le trip !

    "Portés disparus de Joseph Zito"
    - Pas vu.

    "(l'un des pires films sur l'après-Vietnam"
    - Pourtant, un classique du genre ?!

    "avec l'intense Chuck Norris)."
    - :-D Attention : Chuck Norris est maintenant un acteur culte !

    "[Marjorie de] Martin Ritt (biopic académique (pléonasme ?)"
    - Euh, le pléonasme, c'est "académique" : non pas pour "biopic"... mais pour Martin Ritt !-DDD

    "La Forêt d'émeraude de John Boorman"
    - Moi, dès la première vision du film (en vidéo), ça ne m'a vraiment rien fait ! En le revoyant une dizaine d'années plus tard, j'étais consterné !!! Je me demande ce que ça fera si je le revois encore dans dix ans !-DDD

    "bien que la carrière de Boorman me paraisse aussi accidentée qu'un manège à sensations, passant du très haut au très bas sans s'arrêter à mi-chemin.
    - Le "Très haut", à part Point blank (et encore !), je ne vois pas ;-DDD Mais, je ne suis pas [dans les deux sens] le perspicace Michel C.

    "Voire, pour les plus aventureux [...] Ou bien, en désespoir de cause, se reporter sur Colossale débauche pour une femme frigide de Youri Berko, porno se distinguant de la production courante au moins par son titre."
    - C'est assez marrant, ce décalage "culturel" avec le porno" vingt ou trente ans après. Quand on pense que nos aînés (euh, la génération de nos parents) s'excitaient sur Sylvia Krystel et Brigitte Lahaie ?!! Franchement, il n'y avait pas de quoi ?! Si ? Heureusement, nous (enfin, moi :-], on a eu Laure Sinclair et Tera Patrick !!!

  • Fred : J'avoue m'être battu, à une époque, pour avoir le ballon. :)

    Vincent : Et quelle rigolade, ces jours-ci...

    Père Delauche :
    - Tu vas vraiment finir par me rendre curieux de Margheriti...
    - "Portés disparus" classique du genre et Norris acteur culte : tout se tient.
    - Martin Ritt : Bien vu... enfin, "a priori", car j'ai des lacunes (mais plutôt un bon souvenir de "L'homme qui tua la peur").
    - Sur mon rapport à Boorman, je peux renvoyer à une note déjà ancienne :
    http://nightswimming.hautetfort.com/archive/2008/06/01/etes-vous-boormanien-ne.html
    - Tiens, sans rentrer dans les détails :), je peux, pour ma part, tout à fait comprendre l'émotion de mes aînés devant Lahaie et ses consoeurs. Peut-être, est-ce dû au fait que, question d'âge, la mienne (d'émotion de ce genre) naît avec Traci Lords etc... (soit la génération se situant entre celles des "pionnières" et celle des actrices que tu cites).

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