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Voir Kinuyo Tanaka dans Ginza Cosmetics m'a incité à enfin me pencher sur l'une de ses réalisations, la troisième et la plus réputée (les six à son actif sont visibles actuellement sur Arte). Maternité éternelle est un beau mélodrame, bien plus audacieux que son titre français ne le laisse penser (une traduction de l'original donne plutôt "Des seins pour toujours"). La progression se fait par larges segments accolés sans transition, ce qui peut désarçonner mais qui s'accorde bien au caractère de l'héroïne Fumiko (inspirée d'une poétesse bien réelle ayant connu cette tragique destinée) : jeune femme et mère mal mariée, douée pour la poésie, divorcée indépendante, atteinte d'une maladie incurable, subissant une ablation de la poitrine et décédant au moment où le succès arrivait. Le récit de ce parcours douloureux est caractérisé par la franchise, celle du personnage relayée par celle de la cinéaste. Elle prend place dans des plans généralement longs, dynamisés soit par de remarquables mouvements de la caméra, soit par un sens affirmé de la composition (en intérieur ou en extérieur). Le film est clairement un film de femme, dans sa volonté, dans son histoire, dans ses thématiques, mais surtout dans le sens où l'on imagine mal un réalisateur de l'époque montrer certaines choses aussi directement, comme l'auto-palpation devant le miroir et tout ce qui touche à la maladie dans une seconde moitié très forte, où brille l'actrice Yumeji Tsukioka. Ce dramatique basculement pourrait passer pour un retour de bâton, un prix à payer pour l'indépendance féminine, d'autant que la démence semble parfois guetter. Mais c'est là aussi que surgit le désir chez Fumiko, en même temps que son corps s'épuise, et le film laisse alors entrer, avant d'en finir fatalement, un puissant souffle d'amour fou.