Nous sommes dans le ventre mou, qui a commencé à se former après la résolution de l'enquête sur le meurtre de Laura. Les différents scénaristes et réalisateurs tentent de garder le cap, Lynch étant occupé par ailleurs. Subsistent toujours des plans étirés, des perspectives accentuées, des angles insolites, et l'équilibre reste le même entre émotions directes et satire du genre télévisé, entre percées oniriques et détours burlesques. Mais parmi ces derniers, je préfère le vaudeville entre Lucy, Andy et Dick à la dévastatrice retombée en adolescence de Nadine, tandis que du côté sombre, le méchant Windom Earle se fait attendre et ce grand benêt de James se laisse entraîner loin de Twin Peaks dans un film noir assez mauvais.
Rien de rédhibitoire cependant, car, entre autres :
- L'importance du major Briggs (excellent Don S. Davis, auquel on ne pense pas assez au sein de la galerie d'interprètes), est progressivement et remarquablement mise en évidence.
- Des séquences au goût de déjà vu peuvent se rehausser en un clin d'œil, comme lors de la prise d'otage de Cooper par Jean Renaud. Le second explique au premier les raisons de sa haine mortelle, habile occasion de récapituler quelques événements qui devient expression d'un point de vue pertinent sur toute cette aventure : "Avant ton arrivée, tout été simple à Twin Peaks. (...) Puis une jolie fille est morte. Et tu es arrivé et tout a changé. (...) Soudain, les gens tranquilles perdent toute tranquillité. Soudain leurs rêves simples se transforment en cauchemars. Alors si tu meurs, tu seras peut-être le dernier à mourir. Tu es peut-être venu avec un cauchemar. Et peut-être ce cauchemar mourra-t-il avec toi."
- Enfin, il y a cette trouvaille géniale du personnage (après Albert et Gordon, autres agents très marquants) de Dennis/Denise Bryson, soit David Duchovny en travesti. Ce qui est très beau, c'est la complicité de Cooper, sa curiosité et sa compréhension, mais aussi le fait que dans le regard des autres, le trouble passe en un souffle léger et que le comique soit juste effleuré, comme la main de Denise touche amicalement de cou de Dale. De surcroît, cette identité apparemment fluctuante colle parfaitement avec les réflexions plus générales chères à Lynch sur la dissociation ou, au contraire, la cohabitation dans un même corps.