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  • Fjord (Cristian Mungiu, 2026)

    ***

    Je pensais que ce serait sans moi. Parce que j'ai aimé de moins en moins le cinéma manipulateur de Mungiu. Et parce que ça commence à bien faire le "dos à dos". Mais, esprit de contradiction, il me semble que Fjord, c'est autre chose. Sa problématique et sa densité prêtent à la récupération, c'est vrai, et ça n'a pas manqué. Mais pour ma part (et chaque spectateur semble sortir de projection avec un ressenti différent), je n'y ai pas tellement vu de mise en miroir de deux périls et moins encore une charge envers une société qui se perdrait dans le "wokisme". A mes yeux, ce n'est pas un choc culturel qui est organisé ici, mais l'exposition d'un cas personnel, très particulier, qui "dérape" faute d'outils de compréhension (la langue, les procédures), à petites doses produisant de grands effets. Jusqu'à l'implication des politiciens roumains, mais qui sont ridiculisés, justement, par la récupération qu'ils opèrent (ce sont eux, d'abord, qui "orientent" l'affaire vers le conflit culturel). Dans l'engrenage, les longues séquences de procès gagnent leur utilité. Il s'agit moins de trancher sur une culpabilité ou de distribuer les points entre la famille traditionaliste et l'institution judiciaire inflexible que de mettre la loi à l'épreuve, de voir comment elle s'en sort face à ce cas. Bien sûr, on peut dire aussi que Mungiu sait pertinemment à quoi s'attendre, sur le fond et sur la forme. Sa mise en scène ne se débarrasse jamais totalement d'un certain sadisme qui fait toujours craindre le pire (et qui lui "facilite" le travail pour installer du mystère ou de l'ambiguïté) : ellipses, fins de séquences brutales, dialogues et comportements cachés au spectateur, compositions aussi belles que menaçantes (le fauteuil en bout de jetée), cadrages inquiétants (les sauts des ados depuis les fenêtres très hautes), leurres dramatiques. Mais cette fois-ci, je me suis senti beaucoup moins prisonnier (il faut d'ailleurs mettre à son crédit cette idée de double avalanche qui ne débouche sur rien de spécial mais qui servira de prétexte au réveil des enfants). Au bout d'un moment j'ai même trouvé assez admirable cet art de créer un réseau de relations entre autant de personnages, tous magnifiquement interprétés. L'échec final n'est pas celui d'un Etat qui serait à la fois trop accueillant et trop progressiste (ou, inversement, masquant son intolérance). D'ailleurs, cqfd, ce sont les enfants qui trinquent d'être encore une fois si peu consultés et écoutés.

  • Memory of Princess Mumbi (Damien Hauser, 2025)

    **

    Décousu et inégal mais original. Faux documentaire sur le tournage d'un film tel qu'il pourrait se faire dans les années 2090 et vrai travail de deuil et d'amour, cette fragile œuvre d'anticipation nous trimballe entre l'Afrique et la Suisse, aux trousses d'une princesse fugitive et de son amant. Le geste est à la fois très intimiste et très ambitieux, nous parlant de la permanence des sentiments humains par delà les siècles agités. C'est surtout une réflexion ludique sur le cinéma, le pouvoir des images, leur mémoire et leur vérité... et le rapport à l'IA. L'IA qui est utilisé ici 1) pour une bonne raison, palier au manque de moyens, et 2) dans le seul but qui vaille vraiment, décupler l'imaginaire.

  • Twin Peaks, épisodes 24, 25 & 26 (James Foley, Duwayne Dunham & Jonathan Sanger, 1991)

    Depuis 3 ou 4 épisodes, ça se retend, ça se resserre. James a dégagé, Ben Horne a arrêté de jouer aux soldats de plomb et les choses sérieuses ont enfin commencé pour Windom Earle. La part mystérieuse retrouve ses droits et les notions de white lodge et de black lodge se précisent. Mystères à Twin Peaks donc, ok. Mais se signalent aussi, dans ces parties-là, la bonté, l'amitié et l'amour.
    La conversion de Ben Horne à l'écologie militante, découlant d'une volonté inédite d'œuvrer pour le bien de la communauté, est un revirement plus intéressant que sa folie passagère (mais qui paraissait interminable).
    Au-delà de l'ode à la petite ville, fût-elle hantée par des forces obscures, Twin Peaks est aussi une belle série sur l'amitié. La crise du shériff Truman après la mort de Josie en apporte une nouvelle preuve lorsque Cooper vient le réconforter et l'aider à sortir du trou.
    Plus loin, au Double R Diner, une scène remarquable mêle amitié et amour, en une sorte de passage de relai, quand Truman encore meurtri regarde avec attendrissement la complicité amoureuse s'installant entre Cooper et Annie. Attendrissant aussi ce passage (que j'avais totalement oublié !) où Gordon Cole, rencontrant Shelly, se rend compte, sous le charme, qu'il entend parfaitement sa voix à elle exclusivement. Lynch louant à travers son personnage la beauté des femmes de Twin Peaks d'une part, Cooper tombant éperdument amoureux d'autre part, voilà qui est très beau et fait chaud au cœur.
    Dire que dans trois épisodes tout ça va...