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Je pensais que ce serait sans moi. Parce que j'ai aimé de moins en moins le cinéma manipulateur de Mungiu. Et parce que ça commence à bien faire le "dos à dos". Mais, esprit de contradiction, il me semble que Fjord, c'est autre chose. Sa problématique et sa densité prêtent à la récupération, c'est vrai, et ça n'a pas manqué. Mais pour ma part (et chaque spectateur semble sortir de projection avec un ressenti différent), je n'y ai pas tellement vu de mise en miroir de deux périls et moins encore une charge envers une société qui se perdrait dans le "wokisme". A mes yeux, ce n'est pas un choc culturel qui est organisé ici, mais l'exposition d'un cas personnel, très particulier, qui "dérape" faute d'outils de compréhension (la langue, les procédures), à petites doses produisant de grands effets. Jusqu'à l'implication des politiciens roumains, mais qui sont ridiculisés, justement, par la récupération qu'ils opèrent (ce sont eux, d'abord, qui "orientent" l'affaire vers le conflit culturel). Dans l'engrenage, les longues séquences de procès gagnent leur utilité. Il s'agit moins de trancher sur une culpabilité ou de distribuer les points entre la famille traditionaliste et l'institution judiciaire inflexible que de mettre la loi à l'épreuve, de voir comment elle s'en sort face à ce cas. Bien sûr, on peut dire aussi que Mungiu sait pertinemment à quoi s'attendre, sur le fond et sur la forme. Sa mise en scène ne se débarrasse jamais totalement d'un certain sadisme qui fait toujours craindre le pire (et qui lui "facilite" le travail pour installer du mystère ou de l'ambiguïté) : ellipses, fins de séquences brutales, dialogues et comportements cachés au spectateur, compositions aussi belles que menaçantes (le fauteuil en bout de jetée), cadrages inquiétants (les sauts des ados depuis les fenêtres très hautes), leurres dramatiques. Mais cette fois-ci, je me suis senti beaucoup moins prisonnier (il faut d'ailleurs mettre à son crédit cette idée de double avalanche qui ne débouche sur rien de spécial mais qui servira de prétexte au réveil des enfants). Au bout d'un moment j'ai même trouvé assez admirable cet art de créer un réseau de relations entre autant de personnages, tous magnifiquement interprétés. L'échec final n'est pas celui d'un Etat qui serait à la fois trop accueillant et trop progressiste (ou, inversement, masquant son intolérance). D'ailleurs, cqfd, ce sont les enfants qui trinquent d'être encore une fois si peu consultés et écoutés.