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Dune (David Lynch, 1984)

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Je ne l'avais pas revu depuis au moins 30 ans, bien que ce soit l'un de mes premiers souvenirs de cinéma en salle. A posteriori, Lynch évaluait l'expérience avec un quart de positif et trois quart d'horreur absolue. Attiré par la poésie de l'œuvre, il l'avait vu aussitôt passer à la trappe lors du tournage et s'était senti impuissant. L'abstraction ne subsiste que dans les intermèdes représentant les visions des personnages, transitions dont les retours entraînent une certaine monotonie plutôt que l'étrangeté fonctionnant si bien dans les autres films. Le rythme est bancal, à la fois relativement calme et pourtant trop rapide, particulièrement dans la deuxième partie, véritable précipitation narrative. Si les effets spéciaux faisaient le taf a l'époque (en tout cas pour un gamin de 13 ans), ils gâchent aujourd'hui le plaisir visuel de la moitié des scènes à cause d'incrustations parfois catastrophiques. Entre le champ (le personnage) et le contrechamp (le spectacle), le gouffre n'est jamais résorbé, il n'y a ni articulation ni émotion (la musicalité, malgré les soubresauts, de la mise en scène, augmentée de l'émotion est pourtant la force habituelle du cinéaste). Le travail sur le son est un peu plus satisfaisant, en tout cas lorsque le bourdonnement n'est pas dérangé par les guitares électriques de Toto. La voix off utilisée comme expression des pensées des personnages, intercalée parfois très rapidement entre leurs propos, est une belle idée mais pas toujours efficace, parfois redondante avec ce que l'on voit ou ce que l'on comprend sur le moment. En revanche, pour filmer la guerre, on sent Lynch complètement désemparé, sans inspiration. La violence spectaculaire n'est pas pour lui. Il préfère l'horreur tapie et sordide, celle du face à face, du peau à peau, du fluide contre fluide. On trouve cela dans toutes les scènes mettant en vedette le baron Harkonnen (Kenneth McMillan), les seules qui semblent inventer quelque chose de concret, de troublant, d'incarné. Ailleurs, on est donc réduit à lister quelques signes : une boîte à douleur, une structure noire protégeant une forme flottante, un visage féminin sur un ciel étoilé, un rêve éveillé. Sting en slip caoutchouc est plus rigolo qu'autre chose, Brad Dourif et Linda Hunt c'est de la bizarrerie classique, et avoir sous la main Max von Sydow, Jürgen Prochnow ou Silvana Mangano ne change pas grand chose. Là aussi, le petit plaisir ne tient qu'à la présence des figures ayant un passé ou un avenir lynchien : autour de Kyle MacLachlan (et de Lynch lui-même !), Freddie Jones, Dean Stockwell, Jack Nance et Everett McGill. Finalement, on comprend l'inquiétude et la déception de la plupart des critiques de l'époque qui craignaient, de l'explosion d'Eraserhead au professionnalisme (même magnifique) d'Elephant Man puis à cette dissolution dans une grosse production, un glissement fatal à la carrière du cinéaste. Heureusement vint Blue Velvet.

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