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Hyper-chiadé et parfaitement lisse, modernisé juste comme il faut (touche de solidarité féminine et un peu plus de place laissée aux personnages arabes), le film d'Ozon m'a laissé indifférent. L'interprétation va du mauvais (Lottin) au terne (Voisin) en passant par le convenu (Lavant qui engueule puis pleure son chien). Comme Ozon tient à son image pop-rock, il s'offre Killing an Arab en générique de fin sans se soucier du fait que cela entre en contradiction avec la manière illustrative qui précède. Le seul avantage est de m'avoir donné envie de découvrir le Visconti malgré sa faible réputation.
Au moins celui-ci est un film vivant. Par la couleur, par les zooms et autres mouvements presque fébriles, par le montage parfois brutal. La partie consacrée au procès est visuellement dynamisée par la pertinente idée des éventails agités par le public. Trouvaille nullement gratuite puisque la chaleur est ressentie tout au long du film, la sueur dégoulinant sur chaque visage. Même si, à l'exception du principal, les rôles sont tenus par des français (Anna Karina, Georges Géret, Bernard Blier, Georges Wilson, Bruno Cremer...) privés de leur voix dans la version italienne, tout le monde est meilleur dans cette adaptation-là. Reste le cas Mastroianni. Il est vrai que, démarrant avec son peps et son sourire habituels, il ne peut empêcher que ça coince ensuite par endroits, lorsqu'il s'agit de montrer la passivité, l'indifférence ou l'indécision du personnage. Celles-ci paraissent alors en décalage, comme le geste fatal, sauf peut-être à y voir une sorte de schizophrénie, non-conforme au roman même si c'est une autre façon d'envisager l'inexplicable. Évidemment, le film aurait été tout autre si Delon avait pu jouer Meursault, comme prévu initialement par Visconti.
Commentaires
Bon, on ne va pas se battre sur Marcello mais je l'appelais intérieurement à corps et à cris devant l'autre narcisse (bon sang, je ne peux pas saquer BV... je pense que désormais je ferais l'impasse) ne serait-ce que parce qu'il y a toujours un mystère dans ses interprétations. Bien sûr, Delon, ça aurait été la tragédie annoncée mais Marcello quoi ! En fait, il ne prenait rien au sérieux ce garçon et c'était bien agréable souvent.
Pour Lottin, je suis partagée. Je n'ai pas encore osé me mettre devant les Tuche, mais voici un garçon que j'apprécie... tout en me disant, c'est étrange mais il me fait penser à quelqu'un. Là, j'ai trouvé. Noël Roquevert ! on dirait un descendant non ?
Lavant, c'est épouvantable mais cela fait quelques années que je le trouve tout aussi impossible. Il tourne en rond.
Bon, après, je ne trouve pas cette année grandiose même s'il y a eu de grandes et belles choses. Ou alors c'est moi qui ai trop bien noté toutes les années précédentes et là, je me venge parce que depuis que Bowie est mort, le monde (du cinéma) part en sucette... dixit Gary Oldman. Et alors depuis (je ne m'y suis toujours pas faite) la disparition de Lynch, franchement, le ciné, ce n'est plus ce que c'était et mon indulgence légendaire est DCD avec lui (non, lui, est parti en voyage !)
Marcello a l'air de s'en foutre de tout mais avec son sourire habituel, ça fait bizarre par rapport au personnage. Mais je préfère toujours ça au jeu blanc de B. Voisin.
Lottin le marlou qui fait toc-toc-badaboum en rentrant dans chaque scène, c'est insupportable.
Et D. Lavant, on est d'accord, toujours le même cinéma dans ses dernières apparitions.
Quant au cinéma de 2025, ça partait plutôt bien (malgré la mort de Lynch) puis ça s'est dégonflé au fil des semaines...