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visconti

  • Les Damnés (Luchino Visconti, 1969)

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    A la revoyure, très longtemps après et en étant resté sur une forte impression, je mégote un peu sur la première heure (qui m'a, par conséquent, fait douter). Le symbolisme y est poussé, avec des jeux de scène et de couleurs (rouge et vert, beaucoup, partout), ainsi qu'une distribution de rôles familiaux représentant par pôles antagonistes les tensions de la société allemande des années 30 : mort du patriarcat industriel traditionnel, opposition entre SS et SA, ostracisation du libéral anti-nazi... Visconti n'y va pas avec le dos de la cuillère pour caractériser chacun, surtout Martin, celui qui survivra, tout à la fois androgyne, provocateur, irresponsable, pédophile etc. Visconti retourne ainsi l'accusation de dégénérescence contre les nazis et contre cette aristocratie livrant leur destinée à eux. Comme dans L’Étranger, deux ans plus tôt mais sous un climat nordique pourtant moins accablant, les visages sont toujours transpirants, manifestation physiologique de l'ignominie sans doute. Omniprésente, la musique (Maurice Jarre) est un élément parmi d'autres installant l'esthétique opératique. Puis viennent l'orgie et le massacre des SA. Il s'opère tout à coup un ample élargissement, bien au-delà de la famille étudiée. La longueur du morceau de bravoure porte le film à une autre altitude, sur un plateau dont il ne redescendra pas. Avec le retour au huis-clos du château, en effet, la théâtralité ne fait plus tiquer, parce qu'elle est concentrée sur une poignée de personnages et parce que le vide est fait (plan saisissant de la grande table n'accueillant dorénavant qu'une moitié de la famille). L'ultime cérémonie à la fois nuptiale et funèbre se déroule sans musique, la seule qui finisse par arriver est dérisoire, morne accompagnement dans l'attente faussement festive de la mort par suicide. Et Helmut Berger peut alors tendre le bras dans son nouvel uniforme, image conclusive et condensant toute la démarche symboliste de Visconti : c'est le nazisme qui, s'étant joué de toutes les forces de la société allemande, en premier lieu la grande bourgeoisie, a fait le vide autour de lui.

  • L'Etranger (François Ozon, 2025) & L'Etranger (Luchino Visconti, 1967)

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    Hyper-chiadé et parfaitement lisse, modernisé juste comme il faut (touche de solidarité féminine et un peu plus de place laissée aux personnages arabes), le film d'Ozon m'a laissé indifférent. L'interprétation va du mauvais (Lottin) au terne (Voisin) en passant par le convenu (Lavant qui engueule puis pleure son chien). Comme Ozon tient à son image pop-rock, il s'offre Killing an Arab en générique de fin sans se soucier du fait que cela entre en contradiction avec la manière illustrative qui précède. Le seul avantage est de m'avoir donné envie de découvrir le Visconti malgré sa faible réputation.
    Au moins celui-ci est un film vivant. Par la couleur, par les zooms et autres mouvements presque fébriles, par le montage parfois brutal. La partie consacrée au procès est visuellement dynamisée par la pertinente idée des éventails agités par le public. Trouvaille nullement gratuite puisque la chaleur est ressentie tout au long du film, la sueur dégoulinant sur chaque visage. Même si, à l'exception du principal, les rôles sont tenus par des français (Anna Karina, Georges Géret, Bernard Blier, Georges Wilson, Bruno Cremer...) privés de leur voix dans la version italienne, tout le monde est meilleur dans cette adaptation-là. Reste le cas Mastroianni. Il est vrai que, démarrant avec son peps et son sourire habituels, il ne peut empêcher que ça coince ensuite par endroits, lorsqu'il s'agit de montrer la passivité, l'indifférence ou l'indécision du personnage. Celles-ci paraissent alors en décalage, comme le geste fatal, sauf peut-être à y voir une sorte de schizophrénie, non-conforme au roman même si c'est une autre façon d'envisager l'inexplicable. Évidemment, le film aurait été tout autre si Delon avait pu jouer Meursault, comme prévu initialement par Visconti.