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Tristana (Luis Buñuel, 1970)

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Film d’un autre retour provisoire en Espagne (encore sous le franquisme mais dans sa dernière phase), Tristana a beau être l’un des classiques de Buñuel, il me semble toujours l’un des plus difficiles à appréhender, intraitable par ses préoccupations déployées sans aucune volonté de séduction. « Triste Ana » dit lui-même Don Lope dans l’un de ses moments d’abattement. Buñuel filme à Tolède un nouveau récit d’enfermement, au sein d’appartements où s’impose la lourdeur d’une décoration faite de marron, d’ocre et de vert, ou dans des rues d’une remarquable étroitesse délimitées par des constructions dont on ne voit jamais les toits. Pas de ciel non plus, donc. A cela s’ajoute encore le noir du deuil porté par Tristana, noir qu’elle ne quittera que pour mieux le retrouver dans la dernière partie. On sent que Buñuel a mis beaucoup de lui-même dans cette adaptation, notamment à travers le personnage de Don Lope, que l’on peut voir (beaucoup l’avançaient à l’époque) comme le vieillard que le cinéaste craignait de devenir. Cousin du Francisco de El, Don Lope ne peut toutefois en reproduire totalement l’emprise sur sa femme pour cause de trop grandes contradictions morales : tuteur de Tristana, il veut en être alternativement le père et le mari ; il est contre tout travail mais reste attaché à celui qu’assure sa domestique ; permettant la fuite d’un voleur, il n’adresse pas moins des amabilités au commandant de la police ; dégoûté par l’argent, il accepte volontiers l’héritage familial ; contempteur des superstitions catholiques, il finit par boire le chocolat chaud avec les curés ; à sa femme, il propose la liberté mais dans les limites imposées par lui. Difficile de faire plus ambivalent (alors que Tristana, elle, s’impose constamment de choisir entre deux choses ou deux chemins). Obstacle supplémentaire, d’un bout à l’autre, Fernando Rey arbore un épais masque de vieillesse (alors qu’il n’a que 52 ans lors du tournage). Le visage de Catherine Deneuve, lui, s’endurcit au fur et à mesure, bientôt maquillé de noir. Tristana se retrouve prise au piège. La tragique amputation de sa jambe droite n’altère évidemment en rien son pouvoir érotique. Ce sont plutôt les faiblesses de ses trois partenaires qui la précipite à terre. La scène de l’exhibition volontaire de son corps la montre d’ailleurs au plus haut, au balcon de sa porte-fenêtre, seul moment du film où la lumière semble se réchauffer, éclaircie qui fait dire que Tristana aurait mérité un bien meilleur destin.

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