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Crimes et délits

(Woody Allen / Etats-Unis / 1989)

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b3612605106e5fabdf89b630af427fb4.jpgPetit évènement personnel : je connais enfin tous les longs-métrages de Woody Allen. Car mis à part Scoop, dont j'ai sous le coude un enregistrement et le tout récent Rêve de Cassandre, que je m'empresserai d'aller voir ces jours-ci, il ne me restait plus qu'à découvrir ce Crimes et délits (Crimes and misdemeanors), cru 89 de son auteur et l'un des plus vantés de la période. Si ce n'est finalement pas, pour moi, l'un des sommets de l'oeuvre allenienne, cet opus se révèle tout à fait passionnant et figure bien parmi ses belles réussites (réussites qui, depuis Annie Hall en 77 sont majoritaires dans cette filmographie imposante, aux côtés de travaux mineurs mais toujours agréables, et selon moi, d'un seul ratage, pourtant alléchant sur le papier, le Hollywood ending de 2002).

Crimes et délits déroule parallèlement deux histoires : celle d'un riche ophtalmologue, Judah Rosenthal (Martin Landau), encombré d'une maîtresse de plus en plus vindicative et se laissant entraîner vers le pire pour régler ce problème et celle de Clifford Stern (Woody Allen), documentariste underground, obligé de réaliser un portrait filmé très conventionnel de son beau-frère, cinéaste star. Depuis toujours, Allen est un adepte du coq à l'âne. Rarement pourtant, jusqu'à ce film, aura-t-il laissé vagabonder sa narration, multipliant les personnages et les micro-intrigues au hasard des rencontres des principaux protagonistes (voir par exemple, le récit, illustré à l'image, dans lequel se lance tout à coup la soeur de Clifford). Plus tard, cette déconstruction ré-apparaîtra, encore plus maîtrisée sans doute (Harry dans tous ses états, Melinda et Melinda). Ici, elle donne une impression de trame un peu foutraque, mais très séduisante dans ses à-coups mêmes. Allen ne se contente d'ailleurs pas d'excroissances scénaristiques. Il place des extraits de vieux films qui sont vus au cinéma par Clifford et qui en même temps commentent savoureusement les événements dramatiques du récit. Il insert des plans remémorés ou fantasmés par Judah, en rapport à sa liaison extraconjugale. Il fait converser celui-ci avec sa famille, revenue de l'au-delà, au cours d'une séquence extraordinaire, qui débute dans l'émotion de la visite de sa maison d'enfance et qui se termine en débat familial irrésistible autour de l'identité et des croyances juives.

Parallèles, les deux histoires principales donnent lieu à peu de croisements, sinon un mariage final où se rencontrent pour la première fois Judah et Clifford. Toute la partie consacrée à l'ophtalmologue, élevée au rang de tragédie, frappe par sa noirceur, que rien ne vient atténuer, et qui annonce, la sauvagerie du crime en moins, Match point. Celle qui se concentre sur Clifford est plus dans la lignée des (auto-)portraits habituels de Woody Allen. Elle parvient toutefois à surprendre régulièrement, tant dans le registre comique (les affrontements impayables entre Clifford et son beau-frère insupportable de suffisance, personnage interprété brillamment par Alan Alda et "sauvé" finalement en quelques phrases par sa nouvelle femme Halley, chipée à Clifford) que dans l'émotion (les jolies hésitations amoureuses entre Woody Allen et Mia Farrow).

De ce film aux tons multiples, et parmi les nombreuses pistes ouvertes, insistons enfin sur ce mystérieux personnage de rabbin qui devient aveugle au fur et à mesure. Ben (Sam Waterston), autre beau-frère de Clifford, visite régulièrement Judah pour ses ennuis de santé visuelle, lui explique sa façon de voir les choses, ne se plaint jamais de ce médecin qui est manifestement incapable de le soigner, tellement il s'intéresse peu aux autres, et se voit offrir le dernier plan du film, quelques pas de danse aveugles, traces d'une de ces autres tragédies qui auront parcouru souterrainement l'oeuvre, masquées par le cauchemar de film noir qu'a vécu l'égoïste Judah.

Commentaires

  • Heureux que tu es de (quasiment) terminer ta filmo de Woody par une pièce maîtresse, qui plus est matrice de "Match Point" et (apparemment parce que pas encore vu) de son dernier. Pour ma part, je trouve que ce film dégage une alchimie rare entre le pessimisme foncier et une allégresse d'écriture assez étonnante. Je le trouve plus "mille-feuilles" de tons que "Match point" car c'est un film que je redécouvre à chaque nouvelle vision (enfin, je l'ai vu vraiment que deux fois, mais je me fais régulièrement des petits passages en DVD).

  • Puisqu'a lieu ici le rendez-vous des admirateurs de Woody, je me permets de me joindre à la table pour renchérir sur Joachim : je ne l'ai pas revu depuis un certain temps mais "Crimes et délits" me semble l'une des plus belles réussites du maître, subtil alliage de drôlerie Allenienne et de cette noirceur qui enveloppe ses dernières oeuvres. Pour ma part, je le trouve très supérieur à Melinda et Mélinda que je considère comme un agréable exercice de style...

  • Tout le monde semblait tenir "Crimes et délits" pour une grande réussite, il me tardait donc de le voir. Mais pour ma part, je ne trouve pas "Melinda et Melinda" forcément inférieur. C'est l'un de mes préférés dans les derniers Allen. Chacun a ses petites hiérarchies. C'est bien la preuve, quoi qu'en disent ses détracteurs, de la richesse et de la variété de la filmographie de W.A.
    J'attends de voir "Le rêve de Cassandre" et je me garderai bien de lire avant la note que j'ai entraperçu chez vous, Dr Orlof.

  • Je me joins au club, juste pour aller dans le sens du dr Orlof. J'ai un très bon souvenir de "Crimes et délits", particulièrement de la prestation de Martin Landau et de l'atmosphère assez sombre, un peu triste, de cet opus. Par contre, j'ai beaucoup aimé "Hollywood ending", c'est même l'un de ses films récents que j'ai vu plusieurs fois. Je trouve cette idée du réalisateur aveugle assez géniale et il y a au moins deux scènes d'anthologies franchement drôles. mais comme vous le dites, avec Allen, chacun a ses petites hiérarchies...

  • Pour faire la fine bouche, je dirais que le problème de "Melinda et Melinda", c'est qu'il théorise assez laborieusement ce que Woody faisait de manière (qui avait l'air) naturelle dans "Hannah et ses soeurs" ou "Broadway Danny Rose", c'est-à-dire cet alliage unique et réversible entre du vraiment très drôle et du vraiment très douloureux. Peut-être même a-t-il trop tourné ce qui a pu rendre certains spectateurs blasés, alors que si on fait le compte, il a quand même, même ces vingt dernières années, produit au moins cinq ou six films de tout premier plan.

  • Ah oui! Moi aussi j'aime beaucoup "Hollywood ending"...

  • On pourrait jouer au petit jeu des préférences. Par exemple, pour moi, en se limitant aux films des années 2000 :
    Le meilleur : Melinda et Melinda
    Les grandes réussites : Le sortilège du scorpion de Jade, Match point, Scoop, Le rêve de Cassandre
    Les films mineurs : Escrocs mais pas trop, La vie et tout le reste
    Les déceptions : Hollywood ending
    On pourrait réflechir à un truc comme ça, de temps en temps, pour le filmos les plus connues (Allen, Kubrick, Truffaut...). On aurait sans doute quelques surprises. Si quelqu'un veut s'y coller...

  • Je m'y colle pour ces années 2000 (en toute subjectivité)

    Le meilleur : Anything else
    La grande réussite : Match point
    Les très bonnes comédies : Le sortilège du scorpion de Jade, Scoop, Hollywood ending
    Intéressant mais inégal : Le rêve de Cassandre
    Exercices de style mineurs mais pas désagréables : Melinda et Melinda, Escrocs mais pas trop.
    Les déceptions : aucune avec Woody depuis Lily la tigresse

  • Je vais y aller de mon petit classement mais amoureux de Manhattan l'escapade à Londres, que pourtant j'aime bien, m'a un peu chagriné...
    Crimes et délits me parait être le sommet allenien suivent Hannah et ses soeurs, Coups de feu sur broadway, Manhattan, Harry dans tous ses états, Broadway Danny Rose...

  • Si je prends toute la filmographie de Allen, je choisirais peut-être Maris et femmes, puis les mêmes : Hannah et ses soeurs, Manhattan, Harry dans tous ses états, Broadway Danny Rose... J'avoue les choisir sans trop réflechir et avec un lointain souvenir pour certains. C'est pour cette raison que je m'étais dans un premier temps limité aux années 2000.

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