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25.04.2008

Funny games

(Michael Haneke / Autriche / 1997)

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301117529.jpgFunny games U.S., auto-remake de Michael Haneke sort sur les écrans cette semaine. Cette copie est apparemment conforme à l'original, au plan près. Le but du cinéaste était de proposer sa démonstration à un maximum de spectateurs américains en tournant sa nouvelle version sur place et avec des interprètes du cru. Pour ceux qui connaissent déjà Funny games Autriche, le degré d'envie de revivre l'expérience variera certainement selon les gens du refus de se replonger dans le sordide au plaisir du jeu des sept différences. Je n'ai pour ma part pas encore tranché, mais je profite de l'occasion pour revenir sur la première mouture, découverte seulement l'an dernier.

D'entrée, je signale que Funny games est effectivement très éprouvant à suivre et difficile à conseiller à sa Tata Renée qui vient d'aller voir les Ch'tis. Michael Haneke a l'art de nous faire la morale, depuis ses débuts. C'est parfois insupportable (Benny's video, La pianiste), parfois stimulant (71 fragments d'une chronologie du hasard, Code inconnu, et surtout, Caché, de loin son meilleur film). Avec Funny games, il me semble qu'il fait autre chose : une expérience avec le spectateur. Je reconnais qu'être dans la position du cobaye n'est pas spécialement agréable. Toujours est-il que le cinéaste semble nous poser tout du long la question : "Qu'est-ce que vous regardez et jusqu'où pouvez-vous regarder ?". Il faut donc prendre Funny games comme tel, vraiment comme une expérience, pas comme une histoire, sinon, c'est intenable. En filmant ces deux jeunes gens propres sur eux, insondables, qui terrorisent une famille, Haneke s'est vu beaucoup reproché, entre autres choses, de lourdement "montrer qu'il ne montre pas". Je ne m'en plains pas personnellement. Cela vaut toujours mieux que d'être complaisant. Tant mieux donc que la violence soit hors-champ, que l'on en voit que les prémisses et le résultat.

Le tabou suprême affronté ici est celui de la violence envers l'enfant. Ce sont bien sûr les scènes les plus difficiles à supporter. Le pire est inévitable, mais reconnaissons que sa mise en scène est magistrale. L'impensable réalisé, les parents se retrouvent seuls dans le salon, à côté du petit corps. Le plan est long, interminable (près de dix minutes certainement) : ils ne réagissent plus, tout juste tentent-ils de se relever, puis de s'échapper. Là, Haneke échoue. Mais on se demande de toute façon comment réussir ça, surtout en gardant ce style frontal : filmer l'après-meurtre, la réaction immédiate. A l'image des victimes, le film se relève difficilement de ce trou noir, dans les minutes qui suivent. La tentative de fuite semble tout à coup bien dérisoire. Malheureusement pour le couple et heureusement pour nous, les deux jeunes tortionnaires en gants blancs réapparaissent. On se dit alors que le face à face peut reprendre. Tortures et meurtres peuvent bien advenir, le pire est derrière nous. On retombe, toutes propoportions gardées, sur du classique. Cette dernière partie est selon moi la meilleure, avec entre autres réjouissances, ce coup incroyable (et si décrié) de Haneke : le fameux retour en arrière à l'aide de la télécommande, qui annule tout espoir de vengeance.

Film "pas mal". Etrange d'écrire cela d'une oeuvre si ouvertement destinée à provoquer des réactions tranchées. Funny games reste en mémoire très longtemps et, je pense, pour de bonnes raisons.

Pour finir par un retour sur le remake, je vous invite à lire la note du bon Dr Orlof qui, traitant des deux versions, dégage une vision proche de la mienne, à quelques détails près.

Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : haneke, autriche, 90s | |  Facebook | |  Imprimer

Commentaires

Je n'ai pas encore vu le remake, je ne sais pas si j'irais, je suis globalement d'accord avec ta note. On peut dire d'Haneke est un cinéaste de l'extrême qui, du fait de ses méthodes, se prêtent à des critiques qu'il est difficile de ne pas considérer (dont la tarte à la crème il utilise la violence pour dénoncer la violence). C'est en tous cas un cinéaste passionnant, explicitement dans le réflexif (le médium est questionné en tant que tel), brillant.

Je suis d'accord aussi avec toi, Caché est un film extraordinaire, qui, notamment, thématise avec virtuosité la question de la manipulation par l'image.

Écrit par : el pibe | 25.04.2008

Bonjour Ed, en lisant ton billet, je sais maintenant qu'il y a un mort, je ne savais pas que c'était le petit garçon. Je n'ai donc plus besoin d'aller voir le remake. La bande-annonce m'a suffit. Je n'ai pas vu l'original. De Hanecke, j'en ai vu 3 : La pianiste que j'ai adoré (je suis fan d'Huppert), Le temps du loup (qui m'a insupportée et pourtant il y a Huppert) et Caché, je n'ai pas aimé du tout et le suicide de Bénichou est à vomir.

Écrit par : dasola | 27.04.2008

Si, Dasola, le coeur bien accroché, tu peux voir l'un ou l'autre malgré ce que j'en ai défloré, car je te rassure (?), cette mort n'est pas la seule horreur du film.
Le cinéma de Haneke est tellement à part, qu'il suscite des réactions très opposées. Mes sentiments sont ainsi exactement inversés par rapport aux tiens sur deux des films que tu connais (pas vu Le temps du loup). J'ai déjà parlé, il y a quelques semaines, de Caché, qui m'a beaucoup impressionné.

Je suis donc plus en phase, sur Haneke, avec toi, El Pibe. Effectivement, son caractère réflexif poussé à fond, si il le mène parfois vers trop de discours et de lourdeur démonstrative, donne aussi des choses passionnantes.

Écrit par : Ed | 27.04.2008

Effectivement, "Caché" est sans doute l'un de ses meilleurs films. Tu connais mon opinion sur le "remake" (merci pour le lien) et je suis globalement assez d'accord avec cette critique.
Par contre, je pense que ce qui m'avait plu dans le premier "Funny games", c'était à la fois la radicalité de l'expérience mais également le fait qu'Haneke est, malgré tout, obligé de sacrifier au genre (la course-poursuite entre le gamin et le tueur fout vraiment les jetons et le cinéaste la filme de manière magistrale). C'est un film de terreur qui rend mal à l'aise et c'est plutôt bien.
10 ans plus tard, j'avoue être moins sensible au côté "doctoral" du projet et de ces prises à parti du spectateur destinée à la culpabiliser...

Écrit par : Doc Orlof | 28.04.2008

Les commentaires sont fermés.