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  • Intolérable cruauté

    (Joel Coen / Etats-Unis / 2003)

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    7b7639fdcd64f6430d965548f549c231.jpgSéance de rattrapage pour un opus mineur mais plaisant des frères Coen. Chassé-croisé amoureux entre Miles (George Clooney), avocat à succés et Marylin (Caterine Zeta-Jones), croqueuse d'hommes riches, le film s'inscrit dans la lignée des comédies romantiques. Les deux frangins ont souvent parsemé leurs films d'hommages aux classiques hollywoodiens des années 30-40, de façon plus ou moins marquée (par exemple dans Le grand saut). Ici, le sujet permet de convoquer les figures des comédies du remariage de Sturges, Hawks ou Capra. Ce dernier est le plus explicitement évoqué lorsque Miles, qui doit faire un discours très attendu devant ses collègues avocats, se lance de façon totalement improvisée dans un plaidoyer pour la tolérance, l'écoute des clients et l'amour. Sans la réminiscence des discours de James Stewart chez Capra, la scène paraîtrait un peu trop facile, mais nous savons bien que nous sommes chez les Coen et qu'un gros grain de sable viendra bientôt gripper la machine à consensus. Ces références restent toutefois très indirectes, contrairement au cinéma de Tarantino.

    Le scénario et cet environnement de cabinets d'avocats et de salles de procès contraignent parfois la mise en scène et lui donnent un aspect trop mécanique. Elle reste tout de même traversée par des éclairs grotesques et baroques qui, si ils n'explosent pas au milieu d'un paysage à la Fargo ou dans un décor inquiétant à la Barton Fink, vivifient considérablement le récit. L'art des Coen pour les gags morbides et hilarants resurgit avec la mort du tueur à gages asthmatique, confondant malheureusement son inhalateur et son flingue. Leur goût pour les jeux de mots balancés à 100 à l'heure (et difficiles à suivre) et pour le cartoon à la Tex Avery passe remarquablement par Clooney, très à l'aise. Zeta-Jones compose une vamp très sobre. Et le grand plaisir des Coen c'est la distribution des seconds rôles, dont se détachent aisément ici le caméléon Billy Bob Thornton en faux milliardaire Texan et Geoffrey Rush (la démesure dont il fait preuve dans l'introduction font regretter sa disparition quasi-totale par la suite).

    Intolérable cruauté, comme O'Brother 4 ans avant (et Ladykillers peut être, le seul que je ne connais pas), fait patienter de façon amusante avant le retour annoncé en grande forme avec l'imminent No country for old men.

  • La question humaine

    (Nicolas Klotz / France / 2007)

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    57a9ea5eef29803e37bc00eef93a3aea.jpgDans La question humaine, Nicolas Klotz rapproche le monde des grandes entreprises actuelles du système d'extermination des juifs mis en place par les nazis. Forcément, dis comme cela (et c'est ce que retiennent les lecteurs de  journaux ou les auditeurs qui ont entendu parler du film, moi y compris), ça fait bizarre. Heureusement, l'oeuvre est bien plus subtile que ne le laisse entendre cette accroche. Elle est surtout ambitieuse, à la fois sur le plan moral et sur le plan esthétique, ce qui devient rare au sein du cinéma français actuel où l'on a l'impression que seuls les anciens (Resnais, Rivette, Rohmer...) parviennent à concilier liberté dans le choix des sujets et affirmation d'une mise en scène personnelle. Décrire un monde qui ne soit pas exactement le nôtre tout en lui conférant une épaisseur suffisamment réaliste, faire preuve de rigueur dans la construction sans ennuyer, alterner le chaud et le froid, inscrire un discours à travers une trajectoire personnelle plutôt qu'un message surplombant le tout : voilà le programme.

    Dès le premier plan, Simon (Mathieu Amalric) prend en charge le récit et présente sa fonction et son entreprise d'une façon froide et technique, sur des images caractérisées de la même façon, allées et venues dans les locaux de cadres en costumes sombres. Ambiance de déshumanisation, couleurs froides, figures quasi-spectrales et échanges sans émotion : le monde de l'entreprise n'est pas abordé d'une façon documentaire mais fantastique. Ces scènes de bureau sont saisissantes, créant un léger décalage avec la réalité. L'extérieur subit le même traitement, effet culminant avec l'étrange scène de rave. Car ces cadres, une fois la journée terminée, se libèrent, laissent parler leurs instincts primaires (danser, se saouler, baiser) et attendent l'aube pour repartir au boulot, toujours plus pâles. La séquence se clôt sur un plan illustrant parfaitement l'entre-deux du film : la caméra balaye une façade délabrée, deux ou trois corps sont au sol. Un cauchemar, des SDF dans la rue ? Il faut quelques secondes pour réaliser que nous sommes bien au lever du jour, à la fin de la rave et que les gisants ne sont que des fêtards assommés.

    A la dimension fantastique s'ajoutent des éléments de film d'espionnage et de film noir. Simon se retrouve coincé entre deux dirigeants de l'entreprise : le premier, Karl Rose, lui a commandé une enquête sur la personnalité du deuxième, Mathias Jüst. Le passé de chacun resurgit. Simon en perd les pédales. Mathieu Amalric délaisse ses rôles d'histrion charmeur pour le masque blanc de ce personnage au bord du gouffre. Edith Scob en quelques plans nous rappelle qu'elle n'a pas perdu sa douceur inquiétante des Yeux sans visage d'il y a 50 ans. Michael Lonsdale est immense, pas seulement dans sa grande scène de déballage devant Amalric, qu'il termine par un magnifique et las "Maintenant, faîtes ce que vous voulez...". Jean-Pierre Kalfon lui aussi n'a pas été aussi glaçant depuis longtemps.

    Un long gros plan du profil de ce dernier, lors d'une entrevue avec Simon, signe la force de la mise en scène de Klotz. Un moment comme celui-ci réaffirme tout à coup la force expressive que peut prendre un simple choix de cadrage. L'ensemble du film avance par larges blocs de séquences collés frontalement, audace qui ne manque pas de faire claquer les sièges des spectateurs impatients et sans doute énervés de ne pas trouver le film social qu'ils attendaient. Certains trouveront peut-être que la rigueur que s'impose le cinéaste est trop théorique, que sa direction d'acteur tend vers la pose et surtout, que son propos ne sert qu'une thèse provocante. Je pense personnellement qu'il évite tout cela, et en particulier sur le dernier point. A aucun moment, le film ne dit que le monde de l'entreprise d'aujourd'hui est l'égal du système nazi ou qu'un licenciement massif équivaut à envoyer des juifs à la mort. Par contre, il y a bien un rapprochement dans l'usage de la langue technique qui dépersonnalise. Il y a surtout une résurgence du passé, provoquée par l'enquête de Simon, des réminiscences terribles qui l'obsède et lui font perdre pieds. Enfin, la mise en parallèle entre licenciement et extermination est le dernier coup porté à Simon, à travers une accusation aussi insultante que révélatrice pour lui de son degré de compromission. Cette contamination du récit par la tragédie de la Shoah n'est donc pas le résultat d'un discours malsain asséné par les auteurs, mais passe bien à travers l'esprit troublé du personnage de Simon. L'une des preuves en est l'intrusion de plus en plus fréquente d'images rêvées par ce dernier au sein du récit. Ce plan d'une montagne de chaussures autour de laquelle s'affairent des ouvrières dans un hangar parait d'abord à la limite. Mais Nicolas Klotz l'explique par un cauchemar et donc le légitime, montrant ainsi qu'il est tout sauf irresponsable. Car tout film traitant la question, quelque soit l'angle d'attaque, les choix esthétiques, la qualité cinématographique ou la position morale, se voit à un moment ou à un autre qualifié d'irresponsable (à ce moment là, qu'on décide le black-out total et qu'on en reste une fois pour toutes à Nuit et brouillard et à Shoah, mais pas sûr que cela fasse avancer les choses d'un point de vue éducatif). Le débat semble sans fin (comme l'a montré l'émission Du grain à moudre de vendredi dernier sur France Culture, intéressante mais, par moments, s'éloignant trop de la réalité du film).

    Pour finir avec ce film marquant, et ne pas rester sur ce problème, je dois évoquer la musique, seul part d'humanité non entachée du film, seul espoir. La séquence de rave déjà évoquée, une boîte de nuit au son de New Order et deux longs chants de flamenco et de fado attestent de la présence des corps et de l'art malgré tout. Une musique originale remarquable de Syd Matters enrobe également plusieurs scènes.

  • Sonic Youth, Larry et Marylin

    fe93d44e0abd26a83a5477690234fe21.jpgLa vision de plusieurs clips de Sonic Youth mettent en évidence la proximité de leur travail avec celui du cinéaste Larry Clark. A ma connaissance, celui-ci n'en a jamais réalisé directement pour eux. Mais dans cette optique, l'une des vidéos les plus troublantes du groupe est celle de Sunday, morceau datant de 1998. Le réalisateur en est Harmony Korine, cinéaste ayant signé deux ou trois longs-métrages que je n'ai pas vu (Gummo, Julian Donkey Boy...) et scénariste de Kids et de Ken Park, tous deux de Larry Clark. Composé essentiellement de plans rapprochés filmés au ralenti du jeune acteur Macauley Culkin, le clip fait irrésistiblement penser aux portraits photographiques de Clark. Ce rapprochement entre le groupe et le cinéaste n'est pas juste le résultat d'un hommage à travers une vidéo unique. Depuis leurs débuts dans les années 80, Sonic Youth aime à se faire filmer au milieu de son public. Chaque vidéo voit le groupe jouer, dans des endroits plus ou moins réalistes, mais toujours au contact de jeunes gens. Ces jeunes ne sont pas utilisés comme simple figurants, mais sont parfois suivis dans des mini-intrigues et toujours filmés de façon honnête et sans aucune niaiserie ou condescendance. C'est ce regard à hauteur d'ado, si inhabituel, que Sonic Youth partage avec le cinéma de Larry Clark.

    Une rencontre plus concrète s'est faîte en 2001, à l'occasion de la réalisation de Bully, troisième long métrage de Clark. Nouvelle variation sur l'univers des adolescents américains, le film tire peu à peu vers le genre noir avec la vengeance brutale d'un petit groupe de jeune envers l'un des leurs. Parmi nombre de scènes fortes, celle du meurtre est éblouissante de par son rythme, sa lumière et la conscience exacte qu'a le cinéaste du point limite à ne pas dépasser dans la stylisation de la violence. Elle est enfin soutenue par un long morceau instrumental, sombre et tendu, signé Thurston Moore de Sonic Youth, intitulé Bully murder scene.

    Pour en finir avec ce groupe (qui maintient sa production discographique de façon régulière à un niveau d'excellence et d'exigence unique depuis 25 ans) et ses rapports avec le cinéma, rappelons-nous de Sugar Kane, l'un des titres de l'album Dirty, paru en 92. Sugar Kane est le nom du personnage interprété par Marilyn Monroe dans Certains l'aiment chaud de Billy Wilder. Un fou-furieux a concrétisé ce fantasme : mettre la musique de Sonic youth sur les images du film. Le résultat est magique. Chanson géniale, film génial, actrice géniale. Allez le voir sur YouTube.

  • Palais royal !

    (Valérie Lemercier / France / 2005)

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    c37abef35387d6c92ea7efa960cfb7ff.jpgA la recherche du cinéma comique français des années 2000...

    Troisième réalisation de Valérie Lemercier (et première que je vois), Palais royal ! s'attache à la description parodique des us et coutumes d'une famille de têtes couronnées. Situé dans un pays imaginaire mais ressemblant plus ou moins à la Belgique, le scénario adapte ici et là des traits et des épisodes connus de la vie récente des familles royales britanniques et monégasques. Lemercier s'est ainsi taillé un costume de princesse qui emprunte autant à Lady Di qu'à Stéphanie de Monaco.

    Le film avait été bien accueilli à sa sortie, ce que rappelle au dos du DVD la flopée de superlatifs, dont un "Jubilatoire" tiré de Feu-Les Inrockuptibles. L'univers comique de Valérie Lemercier étant l'un des rares à être intéressant au milieu de toute la médiocrité issue de la télé, on espérait bien qu'elle réussisse son pari. Les premiers plans intriguent, comme pour toute comédie démarrant sur un contre-pied, ici l'enterrement de l'héroïne qui précédera le long flash-back que constitue le reste du film (mais déjà, la présence de Maurane en chansons et à l'écran inquiète). On déchante vite. Lemercier, un peu comme Edouard Baer, s'autorise à élaborer des gags qui n'en sont pas vraiment, des moments de gêne, pas vraiment drôles (et le résultat, pour l'un comme pour l'autre, au cinéma, s'avère être un échec). Son personnage apparaît dans la première partie comme une potiche encombrée et déphasée qui, du coup, paralyse tout le film. Bien sûr, Lemercier place quelques répliques vives et vulgaires, fait gesticuler les autres acteurs. Mais rien n'accroche : la mise en scène est banale, l'interprétation est uniformément mauvaise, de Lambert Wilson à Catherine Deneuve et le scénario opère un basculement totalement arbitraire pour transformer la fille bêtasse du début en princesse moderne qui bouleverse bien sûr toutes les habitudes du palais. Les clins d'oeil vers le destin de Diana sont d'un ennui total et il ne faut chercher aucune critique du système établi ni réflexion sur la popularité de ces familles. Quand certains parlent de vitriol pour cette comédie inoffensive emballée comme un magazine féminin, comment qualifier The Queen de Stephen Frears, bien plus casse-gueule et ambitieux ?

    Palais Royal ! trouve sa place à peine devant les calamiteux Bronzés 3, juste derrière le mauvais, bien que pas indigne, Camping, à côté du plantage de RRRrrrr !!!, de l'énervante Mission Cléopâtre et de la déjà oubliée Bostella. Ce n'était pas ce que j'attendais. La seule petite surprise reste donc le limité mais inventif film de Laurent Baffie Les clefs de bagnole, le seul à ne pas se prendre pour ce qu'il n'est pas (et le seul dont la culture ne se limiterai pas aux Enfants de la télé). La recherche continue...

  • Saw

    (James Wan / Etats-Unis / 2004)

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    086e72bccba2b9cd068dfbb1fb4c5eab.jpgRégulièrement déboulent sur les écrans des petits thrillers horrifiques, soit pré-vendus comme "déjà culte" avant même leur sortie, soit bénéficiant réellement d'un bon bouche à oreille. Ce renouvellement perpétuel signe la vivacité du genre. On serait par contre bien en peine de retenir un nom parmi tous les nouveaux réalisateurs attachés à ce type de film.

    En 2004, c'était donc au tour de Saw de faire son petit effet. Deux hommes se réveillent enchaînés dans une pièce inconnue. Ils n'ont aucune idée d'où ils se trouvent et ne se connaissent pas, mais finissent par réaliser qu'ils sont sous la surveillance d'un serial killer qui leur impose de terribles épreuves. Nous avons donc là une sorte de Fort Boyard de l'horreur (je ne développe pas ce rapprochement, quelqu'un ayant eu la même idée, voir plus bas).

    La publicité était centrée sur le tour de force du huis-clos. Pourtant, ce dispositif de base n'est même pas assumé entièrement par le réalisateur, qui distille petit à petit des flash-backs sur les méfaits précédents du tueur. Ceux-ci sont filmés comme des clips vidéo des années 90 et mettent en scène des instruments de torture sophistiqués jusqu'au risible. Entre deux retours dans la pièce où se joue le duel entre les deux victimes, James Wan rajoute en parallèle la description de l'enquête que mènent deux flics (un Noir, vieux routier du crime, et un jeune dynamique, tiens... où ai-je déjà vu ça ?...). Ces scènes baignent dans des lumières glauques très travaillées puisque, depuis Seven (oups, ça y est je l'ai dit), apparemment, on ne peut plus filmer une enquête policière sans des tonnes d'effets lumineux (un peu comme depuis le Soldat Ryan, on ne peut plus filmer la guerre que dans la mêlée et avec une caméra tremblotante). Ainsi cisaillé par le montage, l'affrontement entre nos deux enchaînés perd ainsi la force qu'il pouvait garder dans le rendu de l'écoulement du temps. L'évolution psychologique est balisée (incrédulité, méfiance, tromperies, entraide...) et la narration n'avance que grâce à des retournements ou des coups de théâtre. Le découpage de la jambe pour se libérer de la chaîne, scène gore tant attendue est escamotée et nous n'avons même pas droit à un plan sur le pied sectionné, ce qui nous laisse sceptiques : doit-on être soulagés ou y voir une concession ?. Le final est forcément à rebondissements et, si il ne cède pas au happy end, reste assez affligeant (sans trop dévoiler, disons que le serial killer n'a pas intérêt à avoir de crampes pour réussir son coup). Un bien mauvais film, ma foi.

    Deux autres volets ont été réalisés en 2005 et 2006 et un quatrième se prépare. Peu de chances que j'y courre. Mais rien que pour le plaisir des titres, j'aimerais assez qu'ils aillent jusqu'à Saw 6 et Saw 7.

     

    PS : J'écris sur ce film, vu seulement au printemps dernier, après en avoir lu une critique chez le bon Dr Orlof. En ces temps d'ouverture, je vous invite à lire son avis, plus positif que le mien, en cliquant ici.