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30.12.2008

Les plages d'Agnès

(Agnès Varda / France / 2008)

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plagesdagnes.jpgCertainement dans un mauvais jour, je n'ai guère goûté ce voyage au pays des merveilles d'Agnès et me suis ainsi retrouvé à nager à contre-courant, croisant l'ensemble des critiques et blogueurs. Cette autobiographie en images de Varda démarre assez joliment : nous voyons le film en train de se faire, la cinéaste et ses techniciens mettant en place tout un dispositif scénographique à base de miroirs sur une plage. A partir de là, les souvenirs affleurent, qui iront de l'enfance en Belgique à la mort de Jacques Demy et aux récentes invitations à exposer dans de grands musées d'art contemporain. Mêlant photographies, extraits de films, reconstitutions et balades, le récit d'une vie se déroule, passant souvent du coq à l'âne, bien que la chronologie soit, dans l'ensemble, préservée.

Mis à part son enfance, bien évidemment, et ses années de formation de photographe (la partie la plus intéressante), le parcours d'Agnès Varda est très bien connu et il n'y a malheureusement, de ce côté-là aucune surprise. Cela d'autant moins, que cette sacrée bonne femme a toujours lesté ses oeuvres d'une grande part autobiographique. Nous n'apprenons donc rien de bien nouveau (certaines séquences, comme celle avec Harrison Ford, sont mises en avant par beaucoup de commentateurs qui ne précisent pas qu'elles sont tirées de films précédents de la cinéaste) et Les plages d'Agnèsprennent parfois l'allure d'un best of dispensable. A chaque période, ses films ont parlé pour elle : Cléo de 5 à 7 est tellement dans la Nouvelle Vague, L'une chante l'autre pasest tellement dans le féminisme, qu'il est inutile de les survoler ainsi, aussi superficiellement, malgré le plaisir que l'on peut prendre à en grappiller quelques plans.

Pour articuler dans le présent ces souvenirs, Varda, cherche des trucs improbables, bricole avec plus ou moins de bonheur, déploie une série de dispositifs tirant vers le surréalisme. J'avoue ne pas avoir saisi l'intérêt d'installer des trapézistes au bord de la mer, ne pas avoir souri à la vision de cette plage-bureau créée en pleine rue parisienne. Toutes ces installations ont fini par me lasser.

Bien sûr, pour parler d'elle, Agnès Varda a voulu parler des autres. De Jacques Demy, en premier lieu. L'évocation des derniers jours, pendant le tournage de Jacquot de Nantes est émouvante, mais cette oeuvre de 1990 me semble justement plus forte et mieux équilibrée. Parmi les nombreux amis de passage, le génial et mystérieux Chris Marker a droit à un traitement bien pataud. D'autres ne sont que des silhouettes, dont on se demande un peu pourquoi elles apparaissent, sinon pour le plaisir que prend la réalisatrice à les nommer. La brièveté des séquences (mais le film est déjà de toute façon trop long) font que certains portraits tombent dans le pittoresque (l'amateur de trains) ou l'anecdotique (le couple marié depuis 45 ans). Agnès Varda sût pourtant si bien faire parler les anonymes ailleurs que dans ce film monotone (voir les merveilleux Daguerréotypes, Les glaneurs et la glaneuse et son bonus Deux ans après, Quelques veuves de Noirmoutier).

Je termine là cette note qui peut paraître sévère. C'est que l'on m'avait promis monts et merveilles et je me suis ennuyé. Un mauvais jour, vous dis-je...

Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : varda, france, documentaire, 2000s | |  Facebook | |  Imprimer

Commentaires

C'est vrai qu'il faudrait un coeur de pierre pour ne pas être ému ou touché par plusieurs moments de ce film d'emblée si éminemment sympathique... mais pour autant, je suis bien content de lire un avis qui détonne au milieu du concert de louanges, et même si je ne suis pas aussi sévère que toi.
En fait, je suis assez d'accord avec la critique de JS Chauvin dans Chronicart, quand il dit que le film est quand même marqué, au final, par une profonde introversion. C'est ce côté "ne pas sortir de la maison, ne pas couper le cordon ombilical" que remarque elle-même Varda dans le film mais qui finir par me gêner un petit peu quand même. Je ne crois pas que le théorème "parler de soi, c'est accéder à l'universel" ou "en se racontant soi, on raconte aussi les autres" marche si facilement que ça. J'en veux pour preuve les séquences sur la maison d'enfance que je trouve assez plates et laborieuses, en tout cas à mille lieux de l'émotion poignante et de la poésie domestique que fait naître Cavalier dans ses films à la première personne.
Bon, en même temps, le film est aussi intéressant dans son rapport artisanal au cinéma (les installations comme le montage, c'est du bricolage joyeux). Et contrairement à toi, j'aime bien les trapézistes même si c'est kitsch. A ce moment-là, il y a juste le plaisir de filmer un mouvement... Quoi qu'il en soit, c'est quand même beaucoup moins bien que "les glaneurs et la glaneuse" (qui l'air de rien, parlait vraiment de la société française avec une vraie éthique du regard).

Écrit par : Joachim | 31.12.2008

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