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06.06.2009

La guerre de sécession

(Ken Burns / Etats-Unis / 1990)

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civilwar.jpgLa guerre de sécession (The civil war) est le premier documentaire au long cours de Ken Burns (qui réalisera notamment par la suite : Baseball, Jazz, The war). En neuf épisodes et 680 minutes, il revient sur un événement fondamental de l'histoire des Etats-Unis, ce conflit courant de 1861 à 1865, qui n'a donc pas été filmé mais assez largement photographié (un million de clichés auraient été pris avant que le temps n'efface beaucoup de ces traces). Le pari de Ken Burns est relativement osé : intéresser le spectateur sur une très longue durée, sans disposer de sources cinématographiques et sans passer par la reconstitution (la seule concession, sur ce plan-là, étant l'illustration "sonore" des documents). Les images proviennent quasi-exclusivement de l'iconographie que produisit l'époque (photographies, tableaux et coupures de journaux), ne réservant qu'une toute petite place aux brèves interventions d'une poignée d'historiens et à quelques plans de nature. Le commentaire suit la chronologie des faits, de nombreux extraits de lettres, articles et discours s'intercalant dans la narration. Un récit polyphonique se met ainsi en place, croisant les regards des politiques, des généraux, des soldats et des civils (au risque parfois d'un certain éparpillement).

L'extrême longueur permet de creuser le sujet, de lier le général au particulier, de tirer plusieurs fils thématiques, de partir de bien avant et de finir sur l'après (tout le dernier épisode est consacré aux conséquences de la guerre : de l'assassinat de Lincoln à la fragile liberté des Noirs).  L'utilisation des photographies se fait à bon escient, limitant les reprises et évitant globalement la lassitude stylistique. Parmi les quelques intervenants, plutôt qu'à d'autres historiens, la préférence est donnée à l'écrivain-spécialiste Shelby Foote, dont on peut trouver les propos trop tournés vers l'anecdote ou le bon mot historique. Voici d'ailleurs la seule faiblesse du commentaire de ce film : à vouloir faire "parler" tous les témoins et à rechercher les expressions les plus significatives, il arrive aux auteurs de placer quelques phrases aussi vagues qu'empesées, du type "Ils arrivaient sur nous comme des diables, se rappellera un soldat de l'Union".

Nous découvrons ici toute l'importance du conflit dans le ciment de la nation américaine et les nombreux aspects qui peuvent pousser à le définir comme étant la première guerre moderne : industrie du pays mise entièrement au service de l'armée, guerre d'usure et de tranchées, camps de prisonniers se transformant en camps de la mort, succession d'une "vingtaine de Waterloo" aboutissant au bilan le plus élevé de l'histoire des Etats-Unis en termes de pertes humaines (620 000 morts). En 1862, après la bataille d'Antietam (où périrent plus de soldats que lors du débarquement de 1944), a lieu la première exposition de photographies de la guerre. A voir quelques uns des ces clichés de cadavres et de mutilés, il n'est guère étonnant que les télespectateurs américains aient été aussi bousculés en 1990 que leurs ancêtres les découvrant à l'époque. Ils contrastent sérieusement avec l'image lointaine d'une guerre réduite, le temps passant, à un bel idéal.

Cet idéal, la liberté des esclaves, s'avère en fait avoir été une sorte de patate chaude. L'abolition est l'une des causes de l'éclatement du conflit mais Lincoln, très travaillé par la question, mit du temps à trancher en faveur de l'émancipation. Il ne la proclama, sous la pression continue de quelques partisans (minoritaires dans la population), qu'à l'automne 1862, désireux avant tout d'ennoblir la cause du Nord et de s'assurer la non-intervention des puissances européennes. Malgré ses réticences, son mérite fut toutefois de tenir sa parole jusqu'au bout, y compris lorsque les Démocrates le sommaient de mettre fin à la guerre qui s'enlisait et lui reprochaient d'abâtardir la nation. A l'image de celui de Lincoln, Ken Burns trace des portraits nuancés et éclairants des personnalités engagées dans le conflit. Une étonnante galerie de généraux défile (Nathan Bedford Forrest et sa cavalerie insaisissable, Joseph Johnson le fou de Dieu, George McClellan le timoré, William Sherman l'indépendant bravache...), qui nous fait sortir du simple parallèle entre les deux grandes figures parfaitement contradictoires et passionnantes par cette opposition même que sont Grant et Lee.

Dans La guerre de sécession, par-delà quelques flottements, le style et l'éthique de Ken Burns, grand documentariste, sont déjà bien en place.

Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : burns, etats-unis, documentaire, 90s | |  Facebook | |  Imprimer

Commentaires

j'ai vu quelque chose comme un épisode et demi, ça reste quand même très scolaire comme documentaire, très didactique. du point de la forme, c'est vite redondant. après, le sujet est passionnant, et trop méconnu par chez nous mais je suis pas certain que 15 heures de films soit l'idéal pour sensibiliser un novice au sujet.

j'aime mieux me refaire les films de John Ford liés au sujet. ou Sante Fe trail

Écrit par : Christophe | 07.06.2009

c'est aussi la première pour laquelle les journalistes ont eu l'autorisation (ils ont en fait étaient envoyé par le gouvernement) de prendre des morts et des champs de bataille en photo. Pour les guerres précédentes, seuls les portraits des généraux étaient autorisés!

bisous

Écrit par : aurelie | 07.06.2009

Christophe : Sur 11h30 de film (seulement et non pas 15h), il est inévitable qu'une certaine redondance formelle arrive, mais l'utilisation de ces photographies est vraiment habile. "Scolaire", ou plutôt "universitaire", si l'on veut... Le but n'était de toute façon pas de faire une oeuvre de création pure mais bien d'éclairer tout un pan de l'histoire et d'informer les "novices" (que nous sommes tous plus ou moins). Je ne suis pas sûr que les films de Ford suffisent à expliquer cette guerre. Pour ma part, sur ce type de sujet, j'aime bien avoir aussi, à côté, un regard "d'historien". Et le travail de Ken Burns est vraiment passionnant, ne se limitant pas à "l'information" mais organisant de vrais récits (ne pas oublier également, par rapport aux quelques réserves sur la forme, que c'était-là son premier documentaire de cette ampleur).

Aurélie : Sans doute aussi que la photographie ayant été inventée peu de temps avant (20 ou 30 ans, non ?), l'armée ne savait pas trop quoi faire de ces documents-là. Sur le sujet, dans le documentaire, les liens éventuels qu'a pu avoir le photographe ayant pris les clichés de la fin de la bataille d'Antietam avec l'armée ne sont pas évoqués, il me semble. En tout cas, ce qui est certain, c'est que les photographies ont changé tout à coup la perception de la guerre par les civils.
A plus.

Écrit par : Ed | 08.06.2009

Les commentaires sont fermés.