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  • Scarlet dawn

    (William Dieterle / Etats-Unis / 1932)

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    scarletdawn.jpgNikita Krasnoff, prince russe et membre de la garde du tsar, combat les communistes, est dépossédé de ses biens par la Révolution, parvient à passer en Turquie en compagnie de sa servante qu'il épouse dans la foulée. A Constantinople, sans un sou, il doit travailler de ses mains pour la première fois de sa vie. Devenu serveur de restaurant, il croise une ancienne maîtresse qui l'entraîne alors dans une machination destinée à dépouiller une riche famille américaine. Au dernier moment, Nikita trouve la force morale de renoncer à l'arnaque. Venant d'apprendre que les Turcs renvoient tous les Russes réfugiés chez eux, il coure rejoindre sa femme qu'il avait abandonné à son sort. Il la retrouve in extremis avant de s'embarquer, épuisée et probablement enceinte.

    Ce récit rocambolesque tient à l'écran en cinquante-huit minutes. A l'instar de Patrick Brion, on peut apprécier la concision de ce cinéma disparu. On peut aussi trouver cela proprement ahurissant et se sentir largué devant tant de raccourcis, d'approximations, de superficialité et de clichés. Scarlet dawn est particulièrement difficile à caractériser en termes de genre, quasiment chaque séquence jouant sur un registre différent de la précédente. Nous passons ainsi de l'aventure à la comédie sophistiquée, du film historique à la chronique réaliste, de l'exotisme au suspense, de la guerre au mélodrame. N'oublions pas une séquence dansée et des plans documentaires de défilés militaires sous le régime tsariste.

    La première partie présente la révolution russe de manière caricaturale et désinvolte et débouche sur l'éloge de l'individualisme à travers ce personnage d'aristocrate débrouillard (Douglas Fairbanks Jr, dont le jeu ne se distingue pas par sa subtilité). Franchement désarçonné par ce Tintin au pays des Soviets, le spectateur se raccroche à l'ambiance nocturne et onirique créée par la mise en scène de Dieterle, à coups d'éclairages travaillés, de décors chargés, de voiles et de sur-cadrages.

    Cependant, le charme de l'irréalisme ne perdure pas et les défauts se font de moins en moins supportables. Le film est bien évidemment parlé en anglais, ce qui n'a rien de scandaleux. En revanche, le bref usage de l'arabe, caractérisant la propriétaire de la chambre louée par les tourtereaux (femme, qui plus est, voleuse), ainsi que les quelques mots de français et d'allemand, ne sont là que pour faire couleur locale à peu de frais.

    Le récit prend tellement de virages qu'il finit par agacer. Des personnages importants débarquent d'on ne sait où pour disparaître aussitôt. La fille de l'Américain surgit à l'écran et se présente comme déjà amoureuse de Nikita. Un peu plus tôt, ce dernier a repensé avec émotion et nostalgie au jour de son mariage, scène que nous avons vécu à peine dix minutes auparavant. La notion du temps explose. Il n'y a plus que des péripéties, du scénario. A peine a-t-on profité de quelques jolis moments éparses (le mariage improvisé, les poignantes retrouvailles)... Au final, décrochés, nous avons l'impression d'avoir vu un peu n'importe quoi.

  • Cahiers du Cinéma vs Positif (1983)

    Suite du flashback.

     

    cdc346.jpgPOS264.JPG1983 : Année de consensus, nonobstant Garrel et Godard.
    Les deux films élus en janvier s'étaient déjà retrouvés l'un et l'autre en couverture courant 82, Travail au noir sur celle de Positif et Identification d'une femme sur celle des Cahiers. Plus tard, Fanny et Alexandre est aussi un amour partagé. Quant à Raoul Ruiz, un numéro spécial des Cahiers lui est consacré en mars avant que Positif ne concocte un dossier autour de son œuvre en décembre. Sans bénéficier de "doubles couvertures", La valse des pantins, Boat people, A nos amours et la redécouverte chinoise Les anges du boulevard sont largement étudiés dans Positif alors que T'es fou Jerry et La ballade de Narayama le sont dans les Cahiers. Dans les deux revues apparaissent également au sommaire des textes ou des entretiens liés à La vie est un romand'Alain Resnais, Furyode Nagisa Oshima et Poussière d'Empire de Lâm Lê.
    Aux  Cahiers, les autres principaux écrits portent sur Mikio Naruse, André Bazin, le "cinéma d'auteur" et Carl Dreyer. La revue publie un entretien avec Gilles Deleuze à l'occasion de la parution de L'image-mouvement, ainsi qu'avec Isabelle Adjani. En face, Positifchoisit de rencontrer une autre actrice, Shelley Duvall. La revue propose un dossier Billy Wilder, un hommage à Bunuel, un entretien avec Ennio Morricone, un ensemble sur la science-fiction et un coup d'œil sur le cinéma français (du droit d'auteur aux femmes réalisatrices). 1983 est également l'année d'un retour sur D.W. Griffith, au centre de plusieurs numéros de l'une et l'autre des deux revues.

    Janvier : Travail au noir (Jerzy Skolimowski, Cahiers du Cinéma n°343) /vs/ Identification d'une femme (Michelangelo Antonioni, Positif n°263)

    Février : L'enfant secret (Philippe Garrel, C344) /vs/ Sans soleil (Chris Marker, P264)

    Mars : Les trois couronnes du matelot (Raoul Ruiz, C345) /vs/ Tootsie (Sydney Pollack, P265)

    Avril : Fanny et Alexandre (Ingmar Bergman, C346) /vs/ L'écran magique (Gianfranco Mingozzi, P266)

    Mai : La valse des pantins (Martin Scorsese, C347) /vs/ Fanny et Alexandre (Ingmar Bergman, P267)

    Juin : L'argent (Robert Bresson, C348-349) /vs/ T'es fou Jerry (Jerry Lewis, P268)

    Eté : Ludwig (Luchino Visconti, C350) /vs/ Certains l'aiment chaud (Billy Wilder, P269-270)

    Septembre : Boat people (Ann Hui, C351) /vs/ La ballade de Narayama (Shohei Imamura, P271)

    Octobre : Prénom Carmen (Jean-Luc Godard, C352) /vs/ Et vogue le navire (Federico Fellini, P272)

    Novembre : A nos amours (Maurice Pialat, C353) /vs/ A la poursuite de l'étoile (Ermanno Olmi, P273)

    Décembre : Les anges du boulevard (Yuan Mu Zhi, C354) /vs/ La ville des pirates (Raoul Ruiz, P274)

     

    cdc348.jpgPOS272.JPGQuitte à choisir : Dans ce climat de concorde critique, doit-on marquer une préférence ? J'aurai tendance à mettre en rapport les estimables Boat people et Tootsie, les stimulants Pantins et Narayama, les beaux Bresson et Olmi. Et Bergman, Godard, Antonioni, Skolimowski, Ruiz, Pialat, Fellini, Marker... Du beau monde des deux côtés, la plupart du temps pour des titres majeurs. Allez, pour 1983 : Match nul.

     

    A suivre...

    Sources : Calindex & Cahiers du Cinéma

  • There will be blood (2)

    Quelques notes complémentaires et illustrées sur l'immense film de Paul Thomas Anderson, suite à une nouvelle visite, deux ans après la première.

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    L'histoire est, entre autres, celle d'un lien père-fils qui se noue puis se dénoue. Au fil du récit, les contacts se font de plus en plus nombreux, les bras étreignent de plus en plus fort, avant que les gestes d'affection disparaissent peu à peu. Accompagnant et amplifiant cette évolution, la mise en scène commence par réunir à chaque occasion les deux personnages dans le même cadre. Puis, une fois passé l'accident, les champs-contrechamps prennent le relais, jusqu'à devenir la figure quasi-exclusive des scènes les mettant en présence, jusqu'à mettre finalement entre eux une limite infranchissable (un bureau), une distance impossible à annuler.

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    Paul Thomas Anderson ne filme pas des couchers de soleil mais les effets de la lumière sur les personnages. Accessoirement, retourner ainsi sa caméra lui permet de mettre en valeur des gestes à la fois simples, précis, réalistes, justifiés et marquants. Se faisant, il fait sienne l'une des caractéristiques les plus admirables du cinéma américain classique.
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    L'usage récurrent du plan-séquence n'est pas le marqueur d'une virtuosité spectaculaire, cette technique n'étant pas employée pour orchestrer de complexes et vains croisements. Anderson y voit plutôt le moyen de fondre parfaitement ses personnages, ses objets, ses motifs, son récit dans le paysage, et cela dans toutes ses dimensions, profondeur, longueur. Un long travelling n'est pas là pour en mettre plein la vue mais pour prendre une mesure. Paul Thomas Anderson est un arpenteur. Cette approche de l'espace et du temps, d'une part, donne son ampleur au film et, d'autre part, l'assouplit, le rend plus flottant, plus libre, en ménageant par exemple la surprise d'entrées dans le champ inattendues, des entrées non forcées, presque aussi poétiques que celles que l'on observe chez Miklos Jancso.
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    Dans There will be blood, ceux qui se retrouvent, à un moment où à un autre, à terre, finissent par trépasser...
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    ... Certes, Daniel Plainview, lui, bien que tombé ou affalé plusieurs fois ne mourra pas à l'écran. C'est que, contrairement aux autres, nous le voyons à chaque fois se relever, dans la continuité du plan.
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    ... Mais quelque chose nous dit que ses redressements ne s'effectueront pas éternellement. Arrivés au seuil de cette histoire, nous le quitterons assis, en sursis. Et finalement, le seul protagoniste à être sauvé n'aura jamais été projeté à terre. H.W., puisqu'il s'agit de lui, aura en effet vu sa chute, provoquée par le souffle de l'explosion du puits, être amortie par le toit d'une baraque, très haut-dessus du sol.
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    La réussite du pari de Plainview, construire un pipeline pour l'exploitation de son pétrole, marque le début de la fin. En cessant de chercher à s'élever, en préférant travailler sur l'horizontalité, il s'assure la fortune mais il provoque sa perte ou du moins, une certaine dévitalisation. C'est à ce moment-là, d'ailleurs, que le récit, à coups de larges ellipses temporelles, se met alors à survoler, à s'élancer vers son dénouement dramatique.
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    Au milieu du final, l'insertion d'un très beau flash-back sans paroles audibles ne sert pas seulement à faire ressentir la déchirure que provoque la rupture du lien entre le père et le fils, bien plus douloureuse que le premier ne vient de l'affirmer violemment. Ce décrochage, par la façon dont il est raccordé en sa sortie, en opposant deux mouvements inverses, permet également de saisir une chose : l'ascension de Plainview n'aura été possible qu'en la présence de H.W. La répudiation du fils entraîne la descente, sans remontée possible, du père dans son sous-sol.
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    Doit-on blâmer la bouffonnerie du dernier acte ? Non si l'on veut bien admettre qu'elle s'inscrit de façon logique dans le prolongement des séquences consacrées à l'affrontement entre Daniel Plainview et Eli Sunday. Cet antagonisme a progressivement pris la forme d'une mascarade, de façon plus marquée à chaque étape : le camouflet de la bénédiction du premier forage, la raclée administrée sur fond de musique allègre puis le baptême vociférant et ironique. En cela, le dénouement est cohérent. Il met un point final à cette relation entre Daniel et Eli qui doit aussi se lire par rapport à celle entre Daniel et Henry. Toutes deux sont imprégnées de violence mais s'opposent sur tous les autres points. D'un côté, la violence est explosive, instinctive, exhubérante, presque ludique. De l'autre, elle est sèche, froide, réfléchie, préméditée, peut-être plus terrible encore. Daniel et Eli s'affrontent toujours en plein air ou sous de fortes lumières. Les plans larges laissent admirer les gestuelles. En revanche, les séquences centrées sur Daniel et Henry sont majoritairement nocturnes et cadrées de manière serrée. Sur la plage, une ombre vient se porter sur Henry. Il ne verra pas le jour.
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    Photos : captures DVD Miramax