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En couverture (#3)

Cahiers du Cinéma, n°353, novembre 1983

Sandrine Bonnaire, une fleur rose dans les cheveux

par Jean-Luc Lacuve

(Ciné-club de Caen)

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Novembre 1983 : Sandrine Bonnaire, en gros plan, de profil, une fleur rose dans les cheveux sur un fond de ciel azur et, en haut à droite, un bandeau blanc signalant le dossier "Cinéma d’auteur, la cote d’alerte".

Novembre 1983 : ma dernière année de fac de science-éco à Nantes. Je découvrirai A nos amours, un film immédiatement et toujours aimé, un mois plus tard au Katorza. C’est en effet en décembre que les Cahiers critiqueront A nos amours (très bel article de Pascal Bonitzer) dans un bon dossier consacré à Pialat et à son actrice (mais avec en couverture un film chinois de 1937). Peut-être le fait de retrouver dans le film l’image vue le mois précédant dans mon magazine préféré a-t-il participé à mon émotion. La photographie se révélant comme le signe précurseur de quelque chose d’important se déroulant là, soudain, au cours du film. Sandrine Bonnaire s'adressant à un Perdican féminin dans leur répétition des Jeux de l’amour et du hasard, la fleur dans les cheveux, le ciel bleu azur comme la certitude, soudain, que l’amour existe.

Si la photographie de couverture a pu fonctionner comme signe c’est probablement que ce numéro des Cahiers je l’avais aussi beaucoup consulté pour son dossier sur le cinéma d’auteur.

Serge Toubiana y évoquait la baisse des spectateurs à Paris. Fini le temps des 30 000 à 80 000 spectateurs pour un film d'auteur : le spectateur cinéphile n’irait en salle que pour voir de grandes reprises (c’était avant le DVD), perdant le goût du risque. Aujourd’hui, seuls ceux bénéficiant d’un tarif à moins de 4 euros - merci aux cartes d’abonnement du Lux et au Café des Images - ou de cartes illimitées peuvent se permettre ce goût du risque. Serge Toubiana concluait en revendiquant une ligne de combat plus ambitieuse pour distinguer les vrais auteurs des faux.

Pascal Bonitzer analysait la création d'une émotion de masse avec pour prototype La fièvre du samedi soir (BD, fast food, rock industriel) en opposition avec One from the heart ou Un jeu brutal, loin des standards d'émotion.

Mais l’article fondamental pour moi fut celui d’Alain Bergala dont le concept de "boiterie" résonnait avec l’éloge des signes de L’image mouvement de Gilles Deleuze. Bergala propose de distinguer "les exécutants d’un programme, fut-il le leur, et ceux qui, dans n’importe quel système de production et avec n’importe quel moyen technologique, réussissent à imprimer à leur film cette singularité par où ce film leur ressemble et ne ressemble qu’à eux, serait-ce par sa boiterie. (… ) On pourrait définir cette boiterie comme ce qui peut infléchir, dévoyer ou carrément faire obstacle (comme accident ou comme échec) à la réalisation en tant que bonne exécution du programme. C’est ce qui fait toute la différence entre la singularité et l’originalité : l’originalité peut faire partie du programme d'un film, pas la singularité qui est par définition ce qui perturbe le programme et donne au film cet aspect bancal, naufrage inconfortable dont n’a cessé de parler Jean Cocteau. L’originalité est affaire de codes et de modes et se démonétise très vite : ce qui était original hier peut devenir banal ou vieillot aujourd’hui. Ce qui est réellement singulier reste singulier (La nuit du chasseur, Gertrud, La règle du jeu le sont autant aujourd’hui qu'au jour de leur sortie) car la singularité n’est pas recyclable. On ne peut rien faire de la boiterie d’un autre…" (Cahiers du Cinéma n°353, p. 16)

 

(Publié le 10/04/2012)

 

Précédents numéros :

Principe

#1, LE MASQUE D'ARGILE DE TIM ROBBINS (Positif, n°377, juin 1992) par Edouard Sivière

#2, LE DOSSIER EASTWOOD (Cahiers du Cinéma, n°674, janvier 2012) par David Davidson

Écrit par Edouard S. Lien permanent | Commentaires (0)

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