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  • Cahiers du Cinéma vs Positif (1957)

    Suite du flashback.

     

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    positif22.jpg

    1957 : L'année commence par quelques amabilités. Eric Rohmer, qui est en passe de devenir rédacteur en chef au même titre que Jacques Doniol-Valcroze et André Bazin, se positionne contre John Huston et contre la secte des critiques de Positif. Ces derniers couvrent de louanges Moby Dick et renvoient les Cahiers vers l'extrème-droite. Chacun s'émeut toutefois de la mort d'Humphrey Bogart.
    Positif fête doublement les débuts d'Andrzej Wajda et présente l'oeuvre d'Akira Kurosawa. Louis Seguin craque pour Cyd Charisse et Paul-Louis Thirard pour Dorothy Malone, Roger Tailleur survole les westerns de l'année 56. Le cinéma italien (de Giuseppe de Santis à Lucia Bose), le cinéma chinois, la science-fiction sont abordés.
    En face, Bazin tente de mettre en garde contre les excès de la politique des auteurs menée par ses jeunes collègues de bureau. En décembre, François Truffaut, lui, assassine Clouzot. Auparavant sont publiés des entretiens avec Anthony Mann, Max Ophuls et Vincente Minnelli, et des textes de Robert Bresson, Federico Fellini, Elia Kazan et Sergueï Eisenstein (sur Dovjenko). Doniol-Valcroze revient sur Sacha Guitry et Lotte Eisner sur Erich von Stroheim.
    La rédaction de Positif annonce en début d'année que le "mot "mensuel" sur (leur) couverture dépasse maintenant le cri d'espoir pour friser la vérité". Cela durera à peine six mois... Quant aux choix des couvertures par les Cahiers, ils continuent à montrer un certain louvoiement entre le prolongement logique de leur ligne critique et les exigences commerciales (Guerre et paix en une pour la deuxième fois en quatre mois).

     

    Janvier : Je reviendrai à Kandara (Victor Vicas, Cahiers du Cinéma n°67) /vs/ Cyd Charisse (Positif n°20)

    Février : L'amour à la ville (Collectif, C68) /vs/ Une fille a parlé (Andrzej Wajda, P21)

    Mars : Guerre et paix (King Vidor, C69) /vs/ Les sept samouraïs (Akira Kurosawa, P22)

    Avril : Sait-on jamais ? (Roger Vadim, C70) /vs/ Lucia Bose (P23)

    Mai : "Situation du cinéma français" (Celui qui doit mourir, Jules Dassin, C71) /vs/ Dorothy Malone (P24)

    Juin : La symphonie nuptiale (Erich von Stroheim, C72) /vs/---

    Juillet : Le salaire du diable (Jack Arnolds, C73) /vs/---

    Septembre : Guendalina (Alberto Lattuada, C74) /vs/ Kanal (Andrzej Wajda, P25-26)

    Octobre : Les nuits de Cabiria (Federico Fellini, C75) /vs/---

    Novembre : Drôle de frimousse (Stanley Donen, C76) /vs/---

    Décembre : Le soleil se lève aussi (Henry King, C77) + Jean Renoir (C78) /vs/---

     

    cahiers78.JPGpositif23.jpgQuitte à choisir : Pour une fois, mis à part le spécial Renoir (et le retour sur Stroheim), il n'y a pas grand chose d'enthousiasmant du côté des couvertures des Cahiers (un Fellini de moyenne envergure et un Donen juste sympathique). Les gens de Positif en profitent, exaltés par Les sept samouraïs et Kanal, et troublés par un sacré tiercé d'actrices. Allez, pour 1957 : Avantage Positif.

     

    A suivre...

    Sources : Calindex & Cahiers du Cinéma

  • La grande lessive (!) & La cité de l'indicible peur

    (Jean-Pierre Mocky / France / 1968 & 1964)

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    grandelessive.jpgLa grande lessive (!) (oui, avec un point d'exclamation derrière) raconte la croisade du professeur de lettres Armand Saint-Just (Bourvil) contre la télévision. Celui-ci en a assez de faire son cours quotidien devant une classe assommée. A l'écran, nous voyons en effet tous les élèves dormir, affalés sur leur bureau. Jean-Pierre Mocky construit ainsi son film sur des gags énormes, rarement drôles, parfois navrants. Franchouillardises, fesses à l'air, poursuites pataudes, gesticulations vaines, dialogues grossiers et pauses poétiques reservées aux enfants, rien ne distingue vraiment La grande lessive du tout venant de la gaudriole cinématographique de cette époque et de la suivante (celle des pochades des années 70), si ce n'est son message gentiment anar.

    Pris séparément, on ne peut pas dire que les plans soient baclés, certains étant même assez soignés, mais leur articulation est bien fastidieuse et le rythme en découlant est trop inconstant. De ce point de vue, seule la séquence vaudevillesque dans le grand appartement de Michel Lonsdale, purement mécanique, trouve sa forme et son tempo. L'érotomanie du personnage de Francis Blanche peut à l'occasion arracher quelques sourires, mais le meilleur numéro du film, le seul à être entièrement convaincant, est celui de Jean Poiret en patron de la télévision nationale.

    citeindiciblepeur.jpgJ'avais découvert il y a quatre ans un Mocky moins connu mais plus satisfaisant : La cité de l'indicible peur (initialement distribué sous le titre La grande frousse, dans un montage renié par le cinéaste). Les premières minutes, consacrées à l'évasion du criminel Mickey, sont laborieuses et inquiètent vraiment, mais l'arrivée de l'inspecteur lancé à ses trousses dans un petit village terrorisé par les attaques d'une "Bête" redonne espoir. Le film s'améliore effectivement au fil du récit, de plus en plus surprenant et irréel, et semble défricher les rivages absurdes où accosteront plus tard les meilleurs films de Blier, Buffet froid en tête.

    Esthétiquement agréable à regarder et construite adroitement (en évitant l'effet sketchs), la comédie bénéficie en outre d'une brillante interprétation. Bourvil est très étonnant dans son rôle d'inspecteur sautillant et chantonnant (bien plus qu'il ne le sera dans La grande lessive, caché derrière un personnage univoque et au final peu attachant). Autour de lui s'agitent de grands barjots, réjouissants (Francis Blanche, Jacques Dufilho, Jean-Louis Barrault), remarquables (Jean Poiret en gendarme, René-Louis Lafforgue, le boucher faisant la Bête), voire géniaux (Raymond Rouleau en Maire de village peroxydé au sourire indélibile et finissant, sans s'en rendre compte, une phrase sur deux par le mot "...quoi!" en guise de ponctuation).

  • Martyrs

    (Pascal Laugier / France / 2008)

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    martyrs.jpgJe vous ai parlé l'autre jour de cet ami qui m'a prêté le dvd du navet d'Alexandre Bustillo et Julien Maury. J'ai omis toutefois de vous préciser qu'il s'agissait d'un paquet à double détente, comprenant l'autre "film de genre à la française" ayant défrayé la chronique en 2008.

    Je ne peux pas dire que Martyrs (puisqu'il s'agit bien de lui) m'ait plu, mais je l'ai trouvé bien moins naze qu'A l'intérieur. L'introduction nous montre la fin du calvaire de Lucie, dix ans, s'évadant de l'endroit où elle fut longtemps séquestrée et torturée. Tentant, tant bien que mal, de se reconstruire en hôpital psychiatrique, elle se lie d'amitié avec Anna. Quinze ans plus tard, les deux jeunes femmes se côtoient toujours. Lucie retrouve la trace de ses anciens tortionnaires, cachés sous l'apparence d'une famille sans histoire, et les abat au fusil de chasse. Anna l'aide à nettoyer le pavillon. Cela prend tu temps, d'autant que Lucie se débat avec ses propres démons sanglants. Anna découvre alors un sous-sol...

    La première heure de Martyrs voit s'accumuler de manière éprouvante des agressions à répétition qui, hormis un carnage familial filmé très brutalement, en appellent aux tics esthétiques habituels destinés à créer l'angoisse (ce qui ne manque pas d'arriver) : stridences sonores, brusques changements de point de vue, caméra flottante épousant un regard de voyeur. La psychologie se réduit à peu de choses, ne découlant que du traumatisme initial (ce que l'on peut, dans une certaine mesure, accepter, en comprenant que le cinéaste souhaite foncer tête baissée et sans porter de jugement moral) et l'interprétation est dans l'ensemble assez mauvaise (ce qui est beaucoup plus rédhibitoire). La bataille engagée entre Lucie et son effrayante alter ego imaginaire met à contribution le coeur et l'estomac (ça taillade à tout va). Malgré leur relative réussite technique, ces scènes-là sont particulièrement fatigantes.

    Le film avance par segments d'intérêt inégal mais cette construction finit par intriguer. Le scénario déroule un programme qui n'est pas vraiment celui auquel nous nous attendons. Des protagonistes disparaissent subitement, sans que ne clignote juste avant, sur leur front, l'avertissement "Prochaine victime". De leur côté, les deux filles restent sans trop de raison valable dans ce pavillon inondé de sang, le monde semblant se réduire à ce lieu clos. L'arbitraire se change alors imperceptiblement en étrangeté, permettant l'acceptation de nouvelles ouvertures narratives fort improbables.

    Le dernier virage amorcé par le récit fait tout le prix (certes discount) de Martyrs. Du slasher pur jus, nous basculons dans la parabole mystique, certes toujours extrèmement violente mais beaucoup plus froide (et plus reposante, oserai-je dire, sinon moralement, du moins physiquement). La caméra se fixe enfin, la lumière est plus vive, les dialogues remplacent les cris incessants, le regard est clinique. Moins protégé par la présence d'un genre définissable, on s'interrogera à satiété sur le terme de "complaisance" après avoir assister à cette série de tortures sur une femme. Notons tout de même de réels parti-pris qui tendent selon moi à rendre supportable et donc intéressante la chose : l'ancrage du récit dans un nouveau décor inclinant vers la science-fiction, la mise à jour d'un complot dont on ne soupçonnait rien, la ritualisation des outrages, la caractérisation de bourreaux-fonctionnaires. Dans cette dernière demi-heure, Laugier met sa caméra à la bonne distance.

    Finalement, il s'agissait donc de torturer pour créer des figures de martyrs pouvant témoigner de l'au-delà. Moralement, la réflexion des auteurs est fort discutable mais le ridicule est évité constamment, notamment dans ce dénouement terriblement casse-gueule et dans lequel le cinéaste, avec un bel aplomb et une audace certaine, tend vers l'abstraction et laisse affleurer quelques réminiscences glorieuses, de Dreyer à Kubrick. Que ces noms remontent, même de manière subliminale, dans ce contexte-là, est plutôt un bon signe.

    Trop de défauts plombent la première heure de Martyrs pour que je m'engage dans une réelle défense de l'oeuvre, mais elle est à prendre au sérieux et mérite mieux qu'un revers de main dédaigneux (ou une réduction à une affaire d'interdiction aux moins de 18 ans).

  • Cahiers du Cinéma vs Positif (1956)

    Suite du flashback.

     

    cahiers60.JPGpositif16.JPG1956 : Kim Novak fait tourner les têtes des rédacteurs des deux bords et Buñuel a l'honneur de la première couverture "partagée", à l'occasion de la sortie de La mort en ce jardin. L'existence de ces ponts entre les revues n'est pourtant qu'un leurre, les relations commençant à s'envenimer sérieusement. Positif lance quelques piques par Dreyer, Rossellini et Hitchcock interposés, provoquant un "passage en revue" virulent de Rohmer dans les Cahiers, qui entraînera lui-même etc, etc... La guerre des tranchées commence.

    Les Cahiers publient plusieurs textes de cinéastes (Ophuls, Renoir, Dreyer, Sternberg), des entretiens avec Howard Hawks, Robert Aldrich et Joshua Logan, un nouveau dossier sur Alfred Hitchcock, un texte sur Luchino Visconti. Fereydoun Hoveyda (l'un des seuls critiques à avoir écrit en même temps dans les deux revues) fait l'éloge du serial américain, quelques uns, dont Jean-Luc Godard, s'interrogent sur le montage et Eric Rohmer présente Ingmar Bergman. Le mystère Picasso est l'objet de plusieurs études.

    A Positif, Roger Tailleur intronise Robert Aldrich, Georges Franju est désigné comme "le plus grand cinéaste français", Richard Brooks a droit à un dossier, les situations de René Clément et d'Henri-Georges Clouzot sont abordées et Ingmar Bergman est défendu... surtout à travers Harriett Andersson. A part ça, les rythmes de parutions ne sont toujours pas synchrones.

    Janvier : Ordet (Carl Theodor Dreyer, Cahiers du Cinéma n°55) /vs/---

    Février : Une jeune fille des Flandres (Helmut Kautner, C56) /vs/---

    Mars : Il Bidone (Federico Fellini, C57) /vs/---

    Avril : La rose tatouée (Daniel Mann, C58) /vs/---

    Mai : Le mystère Picasso (Henri-Georges Clouzot, C59) /vs/ Du plomb pour l'inspecteur (Richard Quine, Positif n°16)

    Juin : Kim Novak (C60) /vs/ Le cirque infernal (Richard Brooks, P17)

    Juillet : Sourires d'une nuit d'été (Ingmar Bergman, C61) /vs/---

    Septembre : Alfred Hitchcock (C62) /vs/---

    Octobre : La mort en ce jardin (Luis Bunuel, C63) /vs/---

    Novembre : Bus stop (Joshua Logan, C64) /vs/ Gervaise (René Clément, P18)

    Décembre : Guerre et paix (King Vidor, C65) + "L'acteur" (James Dean, C66) /vs/ La mort en ce jardin (Luis Bunuel, P19)

     

    cahiers63.JPGpositif19.JPGQuitte à choisir : Ouais, le Dreyer et le Bergman sont pas trop mal... (Aïe !). Tendresse particulière pour le Fellini, rarement mis en avant. Si l'on ajoute Kim, Alfred et Henri-Georges, la messe est dite, cela même sans connaître le Richard Quine, ni ce Bunuel-là d'ailleurs. Gervaise et Le cirque infernal, tout solides qu'ils soient, ne font pas le poids. Allez, pour 1956 : Avantage Cahiers.

     

    A suivre...

    Sources : Calindex & Cahiers du Cinéma