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Ces messieurs dames

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La première partie de Ces messieurs dames, œuvre qui en compte trois, est l'une des choses les plus agaçantes qu'il m'ait été donné de voir ces derniers temps sur un écran, au point que je me suis demandé si j'allais pouvoir tenir jusqu'au bout. Elle est centrée sur une réception huppée et alcoolisée et se termine entre une boîte à strip-tease et un appartement abritant un vaudeville adultérin. A cette occasion, Pietro Germi braque sa caméra sur la bourgeoisie vénitienne, avec pas mal de complaisance. En effet, il ne nous épargne rien de la vulgarité, des rires gras, des cris et des gifles qui fusent dans cette petite société. Les femmes y sont souvent belles mais toujours sottes, les hommes tout à fait virils mais invariablement lâches. La vie des riches défile en gesticulations épuisantes et en dialogues saturés de sous-entendus graveleux sur l'infidélité et l'impuissance. Le cinéaste monte court, laisse ses acteurs en faire des tonnes, recouvre ses images d'une ritournelle qui ne semble jamais s'arrêter, bref, nous énerve.

Arrive ensuite une deuxième partie qui, étrangement, délaisse l'aspect choral de la première pour se concentrer sur une rencontre amoureuse impliquant directement un seul des hommes aperçus précédemment, les autres se faisant observateurs amusés (ils ne reprendront leur place centrale qu'à la toute fin de cette deuxième histoire). Comme les mêmes procédés de mise en scène sont reconduits, comme le grotesque, l'hystérie et la mesquinerie sont à nouveau à l'honneur, nous commençons par ne pas croire en la sincérité des deux nouveaux amants. Toutefois, un virage semble être finalement pris. Cette sincérité existait bel et bien chez l'homme marié comme chez la femme au passé honteux et cette histoire, dès lors, devient celle d'une remise en cause réelle des normes sociales, du respect d'une fausse morale, d'une hypocrisie fondamentale, d'une classe et d'un milieu aliénant. Germi fait preuve d'une véritable méchanceté et, à l'écart des soirées mondaines et des coucheries bourgeoises, sa verve et ses excès passent un peu mieux. L'acte rebelle étant assez rapidement stoppé, la vision du cinéaste apparaît dans toute sa noirceur. Portant d'abord sur une classe sociale, elle semble pointer l'humanité entière et tous les systèmes étouffant l'individu.

La troisième et dernière partie est celle du retour de bâton. Concernant à nouveau le groupe, elle nous montre le passage (plutôt glaçant) de bras en bras d'une jeune femme pauvre qui va s'avérer mineure et fille d'un homme prêt à recourir à la justice. La panique s'empare alors de la bourgeoisie locale... La conclusion sera immorale et pessimiste, malgré un ultime détail croustillant (une nouvelle infidélité). La dernière leçon est la suivante : le paysan est un être beaucoup plus cupide qu'intelligent et sa bêtise permet aux bourgeois de s'en sortir sans grands dommages.

Devant Ces messieurs dames, comédie de mœurs à l'Italienne qui crée constamment le malaise, on se dit que l'on atteint vraiment les limites d'un genre, on se demande pourquoi c'est ce titre-là qui le représente dans la liste des Palmes d'or du Festival de Cannes et on comprend les réactions épidermiques de certains à l'époque (voici l'intégralité des lignes que consacra Robert Benayoun à ce film dans son compte-rendu de dix-huit pages du festival, paru dans le n°79 de Positif en octobre 1966 : "Je refuse de dire plus d'un mot sur le demi-grand prix de Cannes Signore et Signori, du toujours fin Pietro Germi. Ignoble.").

 

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germi,italie,comédie,60sCES MESSIEURS DAMES (Signore & Signori)

de Pietro Germi

(Italie - France / 115 min / 1966)

Commentaires

  • C'est très rare,il me semble mais je suis en totale contradiction avec toi.A ce point-là c'est même exceptionnel.

  • Va voir Despuès de Lucia, j'aimerais te lire à ce sujet.

  • Comme Eeguab, je ne partage pas du tout ton point de vue sur ce film. J'ai découvert Germi avec ce film, repris à Cannes il y a quelques années, et depuis je suis devenu très amateur de son cinéma. Pour rester à Cannes, je trouve ce film nettement meilleur que son co-palmé, chabadabada.
    Sur le fond, outre que j'aime la virtuosité de la mise en scène (cette façon de présenter et d’évoluer entre la quinzaine de personnages de la première partie, l'organisation de la scénographie sur la place), je crois que le ton, la cruauté, la peinture assez raide c'est vrai de la société italienne de l'époque, est dans l'essence même de la comédie italienne. Ce malaise que tu décris, je le reconnais dans la plupart des œuvres du genre et même au-delà. L'épithète de Benayoun, je la retrouve dans des critiques sur les films de Sergio Leone, sans même parler du texte de Rivette sur Pontecorvo.

  • Eeguab : Il faut bien avoir quelques désaccords de temps à autre...

    Julien : Peu de chances que j'y aille. Je n'ai encore rien lu à son propos et il n'était pas dans mes prévisions de sortie (pour être tout à fait honnête, il n'y a, en ce moment, pas grand chose qui m'attire a priori dans l'actualité). Ce sera plutôt un rattrapage sur un plus petit écran à l'occasion.

    Vincent : J'aime beaucoup plus le film de Lelouch (même si c'est mal vu de dire ça). Je trouve que Germi a la main trop lourde, qu'il en rajoute sur tous les plans (techniques, (im-)moraux etc...). Bien sûr la vulgarité est présente dans le genre mais ici, non seulement elle s'étale du début à la fin mais, à travers elle, je ne vois pas bien où se trouve vraiment le cinéaste. On met trop longtemps à déterminer si le rire est de connivence ou si il sert à dénoncer.
    Mais bon, c'est vrai que le ton féroce de la comédie italienne la fait marcher sur la corde raide, si on a l'impression que du côté de la mise en scène, des acteurs ou des personnages, cela ne fonctionne pas, on est très vite irrité par le spectacle.
    De Germi, je n'avais vu que "Divorce à l'italienne". Pas aussi énervant mais pas génial non plus, dans ma très vague souvenir. Je crois que ce cinéaste a été très discuté à l'époque, dans la critique, mais que les gens y reviennent un peu plus depuis quelques temps.

  • Bonjour Ed, comme eeguab, je suis en total désaccord avec toi. C'est le premier Germi que je voyais: je l'ai savouré. D'ailleurs, cela m'a donné envie de voir les autres: j'en ai vu 4 autres avec le même plaisir. J'adore le cynisme du réalisateur qui ne se faisait guère d'illusion sur le genre humain. Bonne après-midi.

  • Décidément, vous allez me faire regretter d'être passé à côté...
    Bonne soirée, dasola.

  • Grâce à Kinok j'avais vu deux autres films qui m'avaient emballé "Il ferroviere" et "Meurtre à l'italienne" (qui na pas emballé Christophe si je me souviens bien) mais que je tiens pour un grand film Italien. "Séduite et abandonnée" est assez virtuose aussi, proche de 3Divorce...". Avec le documentaire cannois, il faut avouer que je suis entré dans l'univers de Germi avec quelques clefs sur l'homme, c'était donc plus facile pour le situer. Essaye de nouveau à l'occasion, sa façon de filmer les femmes (et quelles femmes) aide :)

  • Merci Vincent, je lirai avec intérêt ton texte sur Kinok. Il y a eu aussi un dossier Germi dans Positif au milieu des années 90 (les temps avaient changé depuis Benayoun ;)), il faudrait que je le parcours à nouveau.

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