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18.11.2008

Katyn

(Andrzej Wajda / Pologne / 2007)

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katyn.jpgAndrzej Wajda souhaitait réaliser ce film sur les massacres de Katynde 1940 depuis des années, lui dont le père, officier polonais, compte parmi les victimes des Soviétiques. Présenté en Pologne dès la fin 2007, Katyn a été là-bas le plus gros succès de l'année.

On suit une poignée de personnages de 1939, date du désarmement de l'armée polonaise par les soviétiques occupant "pacifiquement" l'est du pays quand les nazis sont dans l'ouest (les accords ont été passés entre Hitler et Staline et le pacte de non-agression est donc en vigueur) à 1945, moment où la Pologne doit se reconstruire, sous l'emprise de l'URSS. Si quelques militaires pris dans l'étau se détachent à l'intérieur du récit, le point de vue adopté est plutôt celui des femmes et des enfants, en retrait mais toujours menacés et en attente de nouvelles. Wajda se place donc du côté des vivants et fait le choix, dans un premier temps, de ne pas représenter le massacre, tout en déroulant les faits chronologiquement jusqu'à la sortie de la guerre, tels qu'ils sont (mal) connus à l'arrière.

Nous laissant en suspend, dans l'attente éventuelle d'images de l'horreur, Wajda élabore une narration intéressante, assez adroite dans ses développements et ses culs-de-sacs brutaux, mettant bien en évidence l'importance du traumatisme et le déchirement qu'il induit au sein d'une population prise en otage. En pointant les choix impossibles que doivent faire à la fin de la guerre ces gens, le cinéaste insiste sur la position intenable d'un pays pris éternellement entre le marteau et l'enclume, ballotté par l'histoire et devenu le jouet des grandes nations.

Les premières images liées aux massacres que l'on voit sont celles que l'on connaît du fameux reportage allemand sur la découverte des fosses. Les nazis les montrent à partir de 1941, une fois la guerre à l'URSS déclarée et les territoires polonais entièrement conquis, dénonçant sous la propagande ce qui s'avère être la réalité. En 44 les soviétiques ayant repoussé les allemands ré-ouvrent les fosses et tournent leurs propres images en accusant les nazis. Wajda montre successivement les deux films, dont la confrontation est assez sidérante, en intégrant parfaitement leurs projections à la fiction.

Katyndonne une quantité d'informations qui poussent à explorer plus avant le sujet (le débat qui accompagnait la séance, auquel participait une historienne et un spécialiste de Wajda, fut de ce point de vue fort éclairant). La mise en scène est classique, sans doute trop fonctionnelle mais non dénuée de subtilité. Le dernier quart d'heure est finalement consacré à la représentation de l'un des massacres. Placé ici, il permet bien évidemment, en termes de dramaturgie, de terminer sur le moment le plus fort. Il faut cependant noter que le choix est également cohérent sur le plan narratif : l'arrivée de la séquence (de 1940) concorde avec la remontée à la surface de la vérité aux yeux de l'héroïne (en 1945). Répétition des gestes et efficacité des bourreaux, les scènes sont terribles.

Sans être réellement bouleversant, le film de Wajda remplit sa mission première avec honnêteté et justesse, abordant au-delà du témoignage quelques problèmes passionnants tels que la fidélité envers les siens ou les capacités de résistance et de rébellion de chacun.

Vu au 19e Festival International du Film d'Histoire de Pessac. Sortie française annoncée pour le 21 janvier.

Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : wajda, pologne, histoire, 2000s | |  Facebook | |  Imprimer

Commentaires

Je viens juste de le voir et ça n'a pas été facile. Sur le film, je partage assez ton avis, peut être un peu plus enthousiaste, plus touché. Mais je suis très en colère. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi ce film n'est pas sortit normalement en France. Il semble qu'il n'ai été montré que dans quelques festivals et tu as donc eu de la chance de le voir en salle. Qu'un film de Wajda, de cette qualité et de cet intérêt reste dans les tiroirs, c'est n'importe quoi.

Écrit par : Vincent | 14.12.2008

La date du 21 janvier, que je mentionnais après l'avoir trouvée sur les différents sites d'infos ciné, semble avoir été en effet changée et remplacée par un évasif "prochainement".
Bon film, sujet passionnant et succès en Pologne et à l'étranger : on se demande en effet ce qui se passe. A moins que le souvenir des polémiques autour des Wajda des années 90 et la peur de voir le film accueilli froidement par la plupart des gros bonnets de la critique (qui ne manqueront pas de parler d'académisme et de représentation déplacée de l'horreur), ne fasse reculer les distributeurs...

Écrit par : Ed | 14.12.2008

Les commentaires sont fermés.