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  • Un conte d'été polonais

    (Andrzej Jakimowski / Pologne / 2007)

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    sztuczki.jpgVivant avec sa grande soeur et sa mère dans une petite ville de Pologne, le jeune garçon Stefek traverse la pause estivale en observant son petit monde, en jouant avec le hasard et en se persuadant que son père absent depuis si longtemps est bien là, sur le quai de la gare, et pourrait lui revenir. Un conte d'été polonais (Sztuczki) est basé sur une suite de courtes scènes impressionnistes, souvent humoristiques et sensuelles. Andrzej Jakimowski (réalisateur, producteur et scénariste) place un enfant au centre de son récit, mais de Stefek à la moindre silhouette de clochard, chaque personnage du film, quelque soit son importance, trouve sa place dans un bel équilibre. Le cadre ouvert (pratiquement toutes les scènes se passent en extérieurs) est cependant restreint à la bourgade, ce qui nous épargne les arabesques parfois fatigantes du film d'auteur choral contemporain.

    L'enfance est le sujet premier d'Un conte d'été polonais: l'enfance et cette envie de grandir, l'enfance et ce besoin d'être au contact des jeunes adultes (s'enivrer de vitesse sur la moto du copain de la soeur ou enlacer la plantureuse voisine en maillot de bain). Il en est un deuxième : le hasard. Non pas abordé de façon théorique comme l'avait (si bien) fait le compatriote Kieslowski, ni surexploité dans un entremêlement narratif tendant vers le discours pseudo-philosophique, mais perçu comme un jeu d'enfant. Là réside la principale réussite du film, faire passer ce thème au travers du regard de Stefek. Je place mes soldats de plomb sur les rails et je vois si le train les renverse. Je jette un papier dans le parc et je vois qui le ramasse. De ces expériences et observations précises, naît aussi le plaisir de tester sa capacité à détourner le cours des événements. Stefek se construit un récit qui deviendrait la réalité, il tente tout simplement d'accorder le monde à ses désirs. Cette quête prend de plus en plus d'importance et devient d'autant plus nécessaire à ses yeux quand il s'agit de déplacer litéralement la trajectoire de son père vers le foyer délaissé. On s'aperçoit ainsi, peu à peu, que chaque scène du film est placée sous le signe du hasard ou du choix. L'intelligence de Jakimowski est d'assurer la variété des formes qu'ils prennent : iconographiques (les aiguillages), psychologiques (la mère qui ne sait jamais quoi se mettre), humoristiques (le petit ami et sa moto qui démarre mal ou ses rapports avec la bimbo d'à côté)... De même, séduit la diversité dans l'importance des effets produits et l'absence d'un deus ex machina déshumanisant le récit. Cela assure la subtilité et la crédibilité de l'ensemble.

    Le contentement narratif est assuré par le jeu du hasard. Sur le plan plastique, il vient du goût prononcé des personnages pour la déambulation et de la photogénie inépuisable des déplacements en trains, voiture, moto... La topographie de la ville nous devient très vite familière et l'arbitraire des rencontres s'en trouve fortement atténué. Tous ces mouvements, Jakimowski les fluidifie, notamment lors d'une très belle séquence musicale lors de laquelle le montage alterne trois vitesses différentes : la course de Stefek, la marche tranquille du père et l'attente immobile de Elka. On pense au cinéma de Jerzy Skolimowski, auquel la course train/moto rend peut-être hommage (si l'on se remémore cet extrait, apparu il y a peu chez l'ami Joachim).

    Un joli mouvement de balancier ferroviaire, nocturne et irréel nous mène jusqu'au dénouement de ce qui est bien un conte, avec tout ce que cela comporte de légèreté et de mélancolie (essentiellement portée par le beau personnage de Elka, la soeur). Jakimowski a réussi là un film doux-amer très attachant, doublé d'une ode ensoleillée aux mini-jupes des filles.

  • Les onze fioretti de François d'Assise

    (Roberto Rossellini / Italie / 1950)

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    Carlotta, pour son édition collector des Onze fioretti de François d'Assise (Francesco, Giullare de Dio) met en exergue un propos de Martin Scorsese proclamant qu'il n'a "jamais vu de film qui soit vraiment comparable". Au-delà de la capacité d'accroche, la phrase a sa pertinence. Singulier, l'opus l'est déjà au sein de l'oeuvre de Roberto Rossellini qui s'est surtout construite par cycles successifs : premiers films au service de la propagande mussolinienne, puis célèbre triptyque néo-réaliste, suivi de la période Ingrid Bergman et enfin, productions télévisuelles pédagogiques.

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    Les fioretti dont Rossellini (et son scénariste Federico Fellini) s'est inspiré sont des récits anonymes du XIVe siècle relatant les actes de François d'Assise et de ses disciples. Là où l'on pouvait craindre une simple énumération, le cinéaste nous propose une construction subtile. Découpé par chapitres, le récit n'avance pas par succession d'épisodes s'effaçant les uns derrière les autres mais par accumulation et enrichissement. Chaque motif, chaque élément exposé dans un fioretti a une répercussion sur la suite. Cela va de l'arrivée d'un nouveau disciple à la reprise d'un détail (comme l'habitude que prend le frère Ginepro de donner sa robe aux pauvres qu'il croise : on n'ose pas parler dans ce contexte de running gag, et pourtant...). Les différentes parties ne sont donc pas hermétiques et ne se limitent pas au programme qu'annonce chaque carton introductif. C'est ici qu'entre en jeu la question du réel. Rossellini, avec son François d'Assise, ne trahit nullement le néo-réalisme. Le sujet choisi et la technique mise en oeuvre (quelques beaux travellings accompagnant les marcheurs ou un découpage dynamique), ne font pas changer de chemin, la vision du cinéaste se voulant toujours aussi proche de la réalité : il choisit de véritables moines franciscains comme acteurs et pour filmer le XIIIe siècle, il plante sa caméra en pleine nature.

    La fidélité à l'iconographie religieuse poussait à montrer les petits oiseaux avec lesquels converse François. Seulement, Rossellini les filme à égalité avec la pluie, la boue, le feu... La pluie qui fouette le visage de François, la boue qui alourdit son pas, le feu qui embrase l'habit de son disciple. Car le cinéaste ne filme pas un saint mais un homme. Cette sensation de profonde humanité passe d'abord par l'humour, apporté notamment par le personnage de Ginepro, le disciple zélé et naïf, l'autre pôle du récit (il est le protagoniste principal de la moitié des épisodes). Elle passe ensuite dans le regard porté sur des personnages débarrassés de tous leurs oripeaux et retrouvant ainsi une innocence première, si étrange au premier abord et si touchante au final. Nous nous trouvons vite devant ces moines dans la même position que le tyran Nicolaio : ils nous désarment. Enfin, le travail sur cette pâte humaine passe forcément par la représentation du corps. Des corps heureux, agités, dansants et sautillants, mais aussi, souvent, maltraités. Dans les mains des soldats assiégeant la ville, le frère Ginepro est secoué comme un pantin. Quel mystère se dégage alors de ce corps inerte, se laissant ballotté jusqu'au billot sans chercher à convaincre, ne laissant aucun rictus doloriste se substituer au sourire...

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    Rossellini a réussi un tour de force : son film n'est pas le message envoyé par un prosélyte. Jamais nous ne verrons François ou l'un de ses disciples prêcher (sinon Ginepro, mais son discours est rendu inaudible par la proximité d'une cascade). L'auteur, une fois encore, s'est borné à décrire une certaine réalité, avec la plus grande simplicité possible. Il s'est mis à la hauteur de ses personnages et cette attention permet la montée progressive d'une émotion saisissante . Le sublime arrive dans une dernière séquence où se mêlent beauté de l'image, poésie simple et joueuse des gestes et lyrisme musical. La séparation des moines se fait déchirante. Roberto Rossellini est parti de la religion pour toucher à l'humain. C'est bien dans ce sens que la démarche est la plus honnête et la plus libre, c'est bien ce trajet qui est, pour le cinéphile, le plus stimulant et le plus bouleversant.

    Photos : dvd Carlotta

    (Chronique dvd pour Kinok)

  • Sergent York

    (Howard Hawks / Etats-Unis / 1941)

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    Sergent York (Sergeant York) c'est une histoire de famille, de religion, de patriotisme et d'héroïsme. C'est une histoire morale qui fait craindre l'insupportable. A tort. Car cette histoire passe par une forme simple et souveraine, une forme qui fait toute la grandeur du cinéma classique hollywoodien.

    "- Va chercher ton frère, il est à l'auberge de la frontière." (La Mère York à son plus jeune fils).

    Ramené ivre au bercail, Alvin York (Gary Cooper) se plante devant l'entrée et prend un air de chien battu. Devant sa mère, il baisse les yeux, enlève son chapeau et saisit le col de sa veste des deux mains dans un geste de protection. On se dit que Hawks et Cooper veulent ainsi signifier que Alvin est dans la peau du petit garçon pris la main dans le sac et tenaillé par le remords. Or la scène se termine par le déversement d'un grand sceau d'eau sur la tête de Cooper, auquel il s'attendait manifestement. Sa position n'était donc pas uniquement signifiante mais reposait sur la vérité du geste. Hawks, comme tous les grands classiques, a le génie du gestuel, des petits détails comportementaux, qu'ils soient professionnels (York qui passe son doigt humecté sur l'extrémité de son fusil avant chaque tir) ou intimes (en repartant du pré en compagnie de son amoureuse, York ne peut s'empêcher de se retourner brièvement pour un dernier regard sur ce lopin de terre qu'il rêve d'acquérir). Dans tous les registres, Gary Cooper est extraordinaire.

    "- La guerre fait monter les prix... - Quelle guerre ? - La guerre en Europe ! - Nous, on est chez nous." (un colporteur de la ville et un vieux fermier).

    Elle semble bien loin cette guerre des tranchées vue depuis ce petit morceau du Tennessee. Les gens ont déjà assez à faire avec leurs soucis de récoltes difficiles et les conflits entre fermiers. C'est à coups de poings au bar ou en se regroupant dans l'église que les problèmes sont résolus dans la communauté. Avec humour et émotion, patiemment (plus de la moitié du récit étalé sur 2h20), Hawks use de toute la palette pour peindre son Amérique profonde. Mais arrive un moment où l'engagement est inévitable. Et pour convaincre ces hommes de traverser l'Atlantique, il faudra leur parler de cette liberté si chèrement acquise et si fragile. Le film date de 1941. Roosevelt pousse alors son pays à entrer dans le deuxième conflit mondial. Nous, nous pouvons réfléchir une fois encore au terme de "guerre juste".

    "- Je repasserai vous voir bientôt. - J'espère bien !" (Alvin York et Gracie lors de leur première rencontre).

    Entre Alvin et Gracie, tout semble tout de suite coller, malgré le comportement frustre de celui-ci et le trouble de celle-là. Il sait ce qu'il veut, mais elle ne le sait pas moins à voir son empressement à répondre aux questions et ses regards en coin qui semblent à la fois lui échapper et la contenter. Plusieurs fois il faudra qu'elle lui assure, jusqu'au reproche, que ce n'est pas un bout de terre fertile qu'elle veut épouser, mais un homme : lui. Hawks brosse encore un portrait de jeune femme qui n'a rien du doux faire-valoir.

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    "- J'attends que Dieu me fasse un signe." (Alvin York au pasteur).

    Alvin est un "bon à pas grand-chose", buveur et bagarreur. Sa mère ne le blâme pas mais s'en afflige et elle pense que le pasteur pourrait discuter avec Alvin, histoire de le remettre un tant soit peu sur le droit chemin. L'homme de foi (Walter Brennan, merveilleux) enlève son col blanc quand il sent qu'il doit passer à des propos plus terre à terre pour qu'Alvin l'écoute vraiment, sans être pour autant totalement convaincu. C'est un soir de tourments que notre homme croira sentir la main de Dieu. Un éclair viendra le projeter à terre, blesser sa jument et faire fondre son fusil. Sous la pluie battante, dans la boue, Alvin et son cheval se relèvent (plans magnifiques). La main droite est engourdie après le choc, de la même façon qu'elle l'avait été après la bagarre avec l'autre prétendant de Gracie (bien évidemment, cela, aucun gros plan ne vient nous l'asséner et c'est bien toute la beauté de ce cinéma-là : dire les choses comme en passant, en laissant avant tout les corps agir). La luminosité est étrange et une musique sacrée se fait entendre. Mais après tout, l'église est juste à côté... York y rentre, sans doute pour la première fois. Les fidèles y sont réunis, chantant en coeur. Le pasteur aperçoit Alvin et lui fait un petit signe de la main, la ferveur du chant ne fait que s'amplifier jusqu'à ce York s'agenouille, entouré de la communauté. Cette scène de conversion sans paroles laisse au bord des larmes jusqu'au plus farouche des athées (car moi-même...). Si la foudre tient de l'imagerie, de la légende, la soudaineté de l'engagement religieux de York n'est qu'apparent, car il vient ponctuer une série de résolutions fermes et radicales, prises bien avant et lui permettant déjà de changer de mode de vie : travailler jour et nuit, acheter une terre meilleure, épouser la femme qu'il aime.

    "- Je cherche juste à être un bon soldat, sans poser de problèmes..." (Alvin York à ses camarades appelés).

    Une fois entré dans l'armée, Alvin York suscite la méfiance chez ses supérieurs à cause de ses convictions religieuses (sur le champ de bataille, se battra-t-il ?). Or, l'objecteur de conscience se révélera vite comme étant le meilleur tireur du bataillon. Hawks n'aime pas les généralités, il filme un individu, un parcours singulier. Au cinéma, le cadre de la caserne est souvent prétexte au pire comique troupier. Hawks, avec sa caméra attentive et à hauteur d'homme, ne verse jamais dans cette facilité. Quand York dévoile sa naïveté de campagnard par sa méconnaissance du mot "métro", ses camarades rient tranquillement mais lui expliquent aussitôt chaleureusement le principe de ce train circulant sous terre.

    "- Là-haut je ne pensais pas à la Bible mais à sauver la vie de mes copains." (Alvin York après son acte de bravoure).

    York, qui s'efforçait depuis quelques temps de bannir toute idée de violence de sa tête, a donc été forcé de s'engager dans l'armée. Sa foi n'est pas remise en cause mais elle se retrouve à l'épreuve du réel. Comment conjuguer les commandements de la Bible et les impératifs de la guerre ? La question est au centre d'une série de discussions entre Alvin et son pasteur ou son commandant. La simplicité des échanges éloigne tout sentiment de bavardage. De leur côté, soeur, frère, mère et fiancée s'inquiètent du sort d'Alvin. Surtout Gracie. La Mère York tente de la rassurer : "Il est sous la protection du Seigneur". Hawks coupe là brutalement et raccorde sur un immense champ de bataille. Il semble bien qu'Alvin va devoir oublier Dieu pendant quelques temps...

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    "- York a capturé le Kaiser !" (Un soldat à un autre).

    En pleine bataille des Ardennes (la guerre des tranchées vu par Hawks est d'une tension et d'une sobriété remarquables), le soldat York tue en une seule action d'éclat, comme à la chasse, une vingtaine d'Allemands, fait taire les mitrailleuses décimant les rangs américains et, avec l'aide de sept autres camarades, ramène 132 prisonniers. Le fait de guerre, difficile à croire, est avéré (ou presque, voir lien plus bas). Conscient de son énormité, après avoir laissé respectueusement toute la place à l'exploit, Hawks s'amuse à montrer le chemin de l'information au sein des bataillons, dans le style du téléphone arabe, le nombre d'Allemands capturés augmentant régulièrement d'une bouche à l'autre. Toujours attaché aux faits et aux gestes, il filme également les demandes d'explication du Général à York, sur les lieux  mêmes du coup de force.

    "- Il vous suffira de dire que vous manger tous les jours de son vermicelle. - Mais je ne l'ai jamais goûté ! - L'ensemble pourrait vous rapporter 250000 dollars. - Dîtes-moi. Tout ça, c'est pour ce que j'ai fait en France ?" (Alvin York au conseiller militaire)

    Ainsi naît le mythe du Sergent York. Le retour en Amérique est triomphal. Seulement, Alvin York reste le même et Hawks montre bien la vanité des remise de médailles, le décalage entre l'image projetée du héros et la simplicité d'un homme comme les autres, la gêne devant le faste quand on a connu la boue des tranchées, l'agacement de voir les retrouvailles familiales constamment repoussées... Tout cela, Clint Eastwood avait mis une moitié des 2h30 de ses Mémoires de nos pères pour nous l'expliquer. Hawks prend 15 minutes. Grandeur du cinéma classique hollywoodien vous disais-je...

     

    Vu au 19e Festival International du Film d'Histoire de Pessac.

    A lire sur DVDClassik et sur Critikat.

    Et un retour sur les faits réels dans L'Express.

    Photos : dvdbeaver.com

  • Katyn

    (Andrzej Wajda / Pologne / 2007)

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    katyn.jpgAndrzej Wajda souhaitait réaliser ce film sur les massacres de Katynde 1940 depuis des années, lui dont le père, officier polonais, compte parmi les victimes des Soviétiques. Présenté en Pologne dès la fin 2007, Katyn a été là-bas le plus gros succès de l'année.

    On suit une poignée de personnages de 1939, date du désarmement de l'armée polonaise par les soviétiques occupant "pacifiquement" l'est du pays quand les nazis sont dans l'ouest (les accords ont été passés entre Hitler et Staline et le pacte de non-agression est donc en vigueur) à 1945, moment où la Pologne doit se reconstruire, sous l'emprise de l'URSS. Si quelques militaires pris dans l'étau se détachent à l'intérieur du récit, le point de vue adopté est plutôt celui des femmes et des enfants, en retrait mais toujours menacés et en attente de nouvelles. Wajda se place donc du côté des vivants et fait le choix, dans un premier temps, de ne pas représenter le massacre, tout en déroulant les faits chronologiquement jusqu'à la sortie de la guerre, tels qu'ils sont (mal) connus à l'arrière.

    Nous laissant en suspend, dans l'attente éventuelle d'images de l'horreur, Wajda élabore une narration intéressante, assez adroite dans ses développements et ses culs-de-sacs brutaux, mettant bien en évidence l'importance du traumatisme et le déchirement qu'il induit au sein d'une population prise en otage. En pointant les choix impossibles que doivent faire à la fin de la guerre ces gens, le cinéaste insiste sur la position intenable d'un pays pris éternellement entre le marteau et l'enclume, ballotté par l'histoire et devenu le jouet des grandes nations.

    Les premières images liées aux massacres que l'on voit sont celles que l'on connaît du fameux reportage allemand sur la découverte des fosses. Les nazis les montrent à partir de 1941, une fois la guerre à l'URSS déclarée et les territoires polonais entièrement conquis, dénonçant sous la propagande ce qui s'avère être la réalité. En 44 les soviétiques ayant repoussé les allemands ré-ouvrent les fosses et tournent leurs propres images en accusant les nazis. Wajda montre successivement les deux films, dont la confrontation est assez sidérante, en intégrant parfaitement leurs projections à la fiction.

    Katyndonne une quantité d'informations qui poussent à explorer plus avant le sujet (le débat qui accompagnait la séance, auquel participait une historienne et un spécialiste de Wajda, fut de ce point de vue fort éclairant). La mise en scène est classique, sans doute trop fonctionnelle mais non dénuée de subtilité. Le dernier quart d'heure est finalement consacré à la représentation de l'un des massacres. Placé ici, il permet bien évidemment, en termes de dramaturgie, de terminer sur le moment le plus fort. Il faut cependant noter que le choix est également cohérent sur le plan narratif : l'arrivée de la séquence (de 1940) concorde avec la remontée à la surface de la vérité aux yeux de l'héroïne (en 1945). Répétition des gestes et efficacité des bourreaux, les scènes sont terribles.

    Sans être réellement bouleversant, le film de Wajda remplit sa mission première avec honnêteté et justesse, abordant au-delà du témoignage quelques problèmes passionnants tels que la fidélité envers les siens ou les capacités de résistance et de rébellion de chacun.

    Vu au 19e Festival International du Film d'Histoire de Pessac. Sortie française annoncée pour le 21 janvier.