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  • Cahiers du Cinéma vs Positif (1985)

    Suite du flashback.

     

    cdc367.jpgPOS288.JPG1985 : Dans les Cahiers, qui, toujours sous la direction de Serge Toubiana, affichent un comité de rédaction plus resserré (et officialisant l'arrivée de Marc Chevrie et Hervé Le Roux), la part belle est faite aux acteurs : on trouve dans les pages de la revue des propos d'Erland Josephson, de Jean Poiret, de Françoise Lebrun, de Mireille Perrier et de Myriam Roussel, ainsi qu'un dossier sur "les jeunes acteurs français". On revient également sur Orson Welles et on réfléchit au "nouveau maniérisme". Dune (David Lynch) est étudié par Michel Chion et Body double (Brian De Palma) par Olivier Assayas mais sont mieux mis en avant Love streams, Après la répétition, La maison et le monde, Ran, Police, L'année du dragon, Sans toit ni loi et bien sûr Je vous salue Marie de Godard. Des entretiens avec Marguerite Duras, Claude Lanzmann, Otar Iosseliani et Clint Eastwood sont par ailleurs proposés.
    Ces deux derniers sont également rencontrés par les rédacteurs de Positif (deux fois en ce qui concerne Eastwood, par Michael Henry) et la revue rejoint sa rivale dans la défense des films de John Cassavetes, Francis Ford Coppola, Ingmar Bergman, Akira Kurosawa et Maurice Pialat. Michel Ciment et Hubert Niogret présentent Lars Von Trier à l'occasion de The element of crime et Robert Benayoun rend hommage à Louise Brooks. Un dossier Lubitsch est concocté et un large retour sur la carrière de Joseph Losey est effectué en juillet. Au fil des sommaires, se croisent les noms de Gérard Brach, Emir Kusturica, Jacques Doillon, Michelangelo Antonioni, Paul Schrader, Théo Angelopoulos, Fernando Solanas, George Miller, Xie Jin, Blake Edwards, Shohei Imamura et, dans une interrogation plus conjoncturelle, ceux de Mark Rydell, Ridley Scott, Roland Joffé et David Puttnam. Cependant, en 85, deux œuvres semblent, pour Positif, se détacher clairement : Brazil et de La forêt d'émeraude.

     

    Janvier : Love streams (John Cassavetes, Cahiers du Cinéma n°367) /vs/ Les favoris de la lune

    (Otar Iosseliani, Positif n°287)

    Février : Les favoris de la lune (Otar Iosseliani, C368) /vs/ Le voyage à Cythère (Théo Angelopoulos, P288)

    Mars : Après la répétition (Ingmar Bergman, C369) /vs/ Brazil (Terry Gilliam, P289)

    Avril : Poulet au vinaigre (Claude Chabrol, C370) /vs/ Micki et Maude (Blake Edwards, P290)

    Mai : Numéro spécial "Scénario" (Détective, Jean-Luc Godard, C371-372) /vs/ La route des Indes (David Lean, P291)

    Juin : Rendez-vous (André Téchiné, C373) /vs/ Mishima (Paul Schrader, P292)

    Eté : Les enfants (Marguerite Duras, C374) /vs/ La forêt d'émeraude (John Boorman, P293-294)

    Septembre : Police (Maurice Pialat, C375) /vs/ Ginger et Fred (Federico Fellini, P295)

    Octobre : Hurlevent (Jacques Rivette, C376) /vs/ Ran (Akira Kurosawa, P296)

    Novembre : L'année du dragon (Michael Cimino, C377) /vs/ Une histoire immortelle (Orson Welles, P297)

    Décembre : Sans toit ni loi (Agnès Varda, C378) /vs/ L'honneur des Prizzi (John Huston, P298)

     

    cdc373.jpgPOS289.JPGQuitte à choisir : A mon grand regret, je ne peux juger ni du Bergman, ni du Angelopoulos., ni du Iosseliani, ni du Rivette, ni du Schrader, ni du Edwards. Plusieurs titres me sont agréables  sans m'enthousiasmer particulièrement (le Chabrol, le Pialat, le Fellini, le Kurosawa, le Varda, le Huston) voire me déplaisent (le Godard, le Boorman) et tout se joue donc pour moi entre le Cassavetes, le Téchiné et le Cimino d'un côté et le Gilliam et le Welles de l'autre. Allez, pour 1985 : Avantage Cahiers.

    Mise à jour novembre 2010 : La route des Indes, ici.

    Mise à jour décembre 2010 : Voyage à Cythère, ici.

    ...et Avantage Positif.

     

    A suivre...

    Sources : Calindex & Cahiers du Cinéma

  • En chantant derrière les paravents

    (Ermanno Olmi / Italie - France - Royaume-Uni / 2003)

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    paravents15.jpgEn chantant derrière les paravents (Cantando dietro i paraventi en italien) : le titre poétique et mélodieux de ce film, ainsi que la signature qui y est apposée, celle d'Ermanno Olmi, préviennent le spectateur. S'il sera question d'aventures maritimes, la mise en scène ne ressemblera guère à celles ayant donné naissance aux épopées flibustières du cinéma à grand spectacle, qu'il provienne d'Hollywood ou de Cinecitta, qu'il mobilise les foules de figurants du début du siècle dernier ou qu'il court aujourd'hui vers le tout numérique. Olmi nous conte bel et bien une histoire de pirates mais il ne cesse d'en questionner le mode de représentation, proposant un jeu théâtral, un dialogue entre la scène et l'écran, le réel et son imitation, le comédien et le personnage, le conteur et le spectateur.

    L'entrée dans le film se fait comme dans un capharnaüm. Tout s'offre à notre regard en même temps, par bribes : le spectacle et sa machinerie, les allées et venues du public et des hôtes, la représentation théâtrale d'un récit et son illustration purement cinématographique, les artistes se donnant en spectacle sur les planches jouant aussi les rôles de la fiction mise en images. Le montage vif, éclatant ainsi les points de vue, semble éclairer les rouages qui mettent en route tout type de récit et s'il commence par déstabiliser, c'est pour mieux souligner que tout conteur doit savoir piquer la curiosité dès son entrée en jeu afin de tenir son auditoire sous sa coupe. Ce désordre apparent montre aussi que la moindre amorce de récit peut capter l'attention.

    Parmi les figures présentées dans cette introduction, celle d'un jeune homme à l'allure ecclésiastique se détache jusqu'à paraître se faire le relais du spectateur (il s'avèrera que le film propose en fait toute une série de relais de ce type, de nombreux personnages se retrouvant en train d'écouter parler quelqu'un ou de regarder un autre agir). Petit occidental perdu en Chine, il croit se rendre à l'Institut de Cosmologie lorsqu'il franchit le seuil de ce cabaret faisant également office de bordel. Forcément troublé par le spectacle offert par une magnifique danseuse-pirate exécutant avec grâce, et dans le plus simple appareil, ses adversaires, ainsi que par l'accueil qui lui est réservé par les hôtesses du lieu, il ne tarde pas à abandonner toute idée de résistance et de fuite (ce parfum d'érotisme contaminera tout le film, jusqu'en des moments délicieusement inattendus). Cet abandon coïncide avec la mise en œuvre véritable du récit principal, à tel point qu'il semble en être l'origine. La représentation et la vie se confondent.

    Devient alors prédominante à l'écran, juste interrompue ça et là de quelques retours dans le cabaret, l'illustration des aventures de la veuve Ching, pirate sillonnant les mers près des côtes chinoises et défiant la marine de l'Empereur. Depuis ses débuts remontant à la fin des années cinquante, Ermanno Olmi a toujours travaillé l'idée de réalisme en la reliant à un savoir légendaire, à des racines mythologiques, au goût qu'ont les hommes pour les contes (le point d'équilibre ayant été trouvé notamment dans les deux magnifiques films que sont L'arbre aux sabots (1978) et À la poursuite de l'étoile (1983)). Ici, il use avec parcimonie des effets spéciaux (à peine semblent-ils se limiter à quelques plans de flotte navale et ils sont de plus au service d'une vision que nombre de cinéastes devrait s'approprier au lieu de s'épuiser à créer numériquement du grand spectacle, celle d'une "menace fantôme") et aux débordements technologiques, il préfère la recréation par l'artisanat, par la réalité d'un lieu redécouvert, d'un bateau reconstruit, d'un canon dépoussiéré. La sobriété dans l'agencement des éléments apparaissant dans le cadre et la recherche constante d'un certain poids de réel éloigne toute tentation simplement décorative. Ce réalisme est donc au service d'une fable. La façon dont a été présenté cet enchevêtrement de récits et d'illustrations permet d'accepter tous les artifices qui les soutiennent : les personnages chinois sont joués par des Asiatiques de tous horizons et doublés en italien, la mise en scène fait croire que nous voguons près de la Chine alors que le tournage s'est déroulé au Monténégro...

    Certes, En chantant derrière les paravents n'est pas une œuvre parfaite. Voilà un film bien plus entraîné par un dynamisme intellectuel que physique (les rares séquences de bataille sont comme filmées "en creux") et qui apparaît par moment un peu trop langoureux. Il reste toutefois hautement stimulant par son jeu narratif célébrant la puissance de la fiction et par la diversité de ses thèmes, tous abordés avec subtilité, comme celui de l'identité féminine dans un monde d'hommes ou comme le questionnement politique autour de la légalité et la notion de révolte juste. Le plus important de tous est celui du pardon. Le renoncement aux armes et au combat devient l'enjeu de la dernière partie. Non seulement ce thème s'impose peu à peu à la suite de la disposition au fil du récit de nombreux éléments scénaristiques importants préparant son déploiement (le changement des règles à bord du navire, l'évolution des rapports entre les pirates et leur "butin humain"...), mais son importance est rendue sensible par la mise en scène elle-même. A la montée en intensité du récit, à la raréfaction des décrochages fictionnels dus aux retours au cabaret, à la promesse d'une bataille, répond finalement une suspension du temps, une longue attente, un intrigant face à face immobile, nous accompagnant pendant la très belle dernière demie-heure du film. Au final, le conteur peut alors revenir sur scène et nous saluer en se félicitant que depuis les temps agités dans lesquels il vient de nous plonger, les mers et les terres du globe connaissent la paix. Il n'en est rien bien sûr, mais le temps d'un récit, nous pouvons croire à tout.

     

    Chronique dvd pour logokinok.jpg

  • The dark knight

    (Christopher Nolan / Etats-Unis - Grande-Bretagne / 2008)

    ■□□□

    darkknight.jpg"Why so serious ?"

    En effet, pourquoi si sérieux ? Car The dark knight, film de la décennie pour les utilisateurs de l'imdb et pointant au vingtième rang du classement des blogueurs cinéma, est à mon sens bien trop sentencieux, bien trop boursouflé, bien trop long, bien trop froid, bien trop concerné...

    Le choc initial provoqué par cette vision d'une Gotham City présentant tous les aspects du New York contemporain n'est pas trompeur : Batman est devenu le héros d'un blockbuster tout à fait actuel et se montrant à chaque instant soucieux de l'état du monde à l'aube de ce nouveau millénaire. Il nous est donc rigoureusement impossible d'échapper aux réminiscences du 11 septembre 2001, aux réponses que peuvent donner les démocraties face à la menace terroriste,  à la réflexion sur la tentation du totalitarisme sous couvert de politique sécuritaire, à l'évocation d'un banditisme sans frontières (gangsters noirs, mafiosi, hommes d'affaires chinois, hommes de main d'Europe de l'Est : tous appartiennent à la même nébuleuse). De plus, à l'image de la quasi-totalité des affrontements organisés entre les personnages principaux, chaque séquence importante cache en fait un enjeu moral incommensurable et débouche sur un lourd dilemme. Nous en arrivons alors à trouver particulièrement bête une scène comme celle, bien-pensante, des deux ferries bourrés d'explosifs (les passagers, "simples citoyens" d'un côté et dangereux détenus de l'autre, sont poussés par le Joker à faire exploser le navire d'en face pour sauver le leur).

    Ambitieux, The dark knight n'a finalement pas grand chose à voir avec un film de super-héros. Il se rapproche bien plus, selon les moments, du thriller, de l'espionnage (une escapade à Hong-Kong inutile), voire, dans la construction du personnage du Joker, du film de serial killer (les séquences de commissariat). Se voulant éminemment politique, il commence par nager dans les eaux troubles de la criminalité économique et s'y noie régulièrement (je n'ai pas saisi la teneur de plusieurs séquences dans cette première partie) avant de recentrer avec plus de bénéfices son récit sur les trois ou quatre figures principales.

    La noirceur du film et la dualité de Batman ont été applaudi sans mesure. Remarquons qu'il ne s'agit ici que d'un phénomène d'amplification, Nolan ne faisant que pousser le curseur un peu plus loin. Mettre à jour l'ambiguïté et les douleurs nichées dans le coeur du super-héros a tout du programme minimum depuis le travail de Tim Burton (sinon celui de Richard Lester qui pouvait par exemple faire provoquer par son Superman des accidents involontaires et lui faire rater ses sauvetages). La violence, quant à elle, monte également d'un cran, essentiellement véhiculée par la tonalité des séquences de combats ou de tortures, bien que Nolan reste tout de même dans des limites très strictes, de peur de s'aliéner une partie du public de la série, en suspendant les gestes au dernier moment ou en les reléguant dans le hors-champ. Surtout, l'ensemble ne propose guère de singularité stylistique : le cinéaste du plaisant mais limité Memento nous ressert à plusieurs reprises un travelling circulaire pour filmer des conversations et lorsqu'il a la possibilité de créer du décalage, il revient aussitôt dans les rails (quand le Joker est tenu dans le vide par Batman, la tête en bas, la caméra pivote sur elle-même pour le cadrer "à l'endroit").

    Tout n'est heureusement pas dépourvu d'intérêt dans The dark knight : la notion d'enfantements successifs de monstres est assez saisissante, la séquence introductive du hold-up est impressionnante par sa nervosité et celle, centrale, de la poursuite en véhicules blindées est un morceau de bravoure bluffant. Mais derrière l'actualisation à marche forcée du mythe, souffrant ici de l'absence d'une émotion autre que victimaire et d'un déficit de poésie noire, je regrette fortement que transparaisse la défaite de l'imaginaire.