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  • Pater

    cavalier,france,2010s

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    Dans Pater, Alain Cavalier propose à Vincent Lindon de réaliser un film dans lequel ils joueraient respectivement le Président de la République et le nouveau Premier Ministre. La fiction se met en marche, avec comme fil directeur l'établissement d'une loi imposant à toutes les entreprises françaises de ne pas dépasser un certain écart entre les plus faibles et les plus hauts salaires.

    Cette fable est racontée dans le style maintenant habituel d'Alain Cavalier qui utilise ses petites caméras, travaille sans équipe technique et tourne dans les propres maisons et appartements de ses "acteurs". Naturellement, à l'intérieur de ce récit s'insèrent des intermèdes plus purement documentaires, sans qu'aucun bouleversement esthétique ne les signalent à l'attention.

    Ce film est donc politique, mais là n'est pas, selon moi, l'essentiel. Ce n'est pas en tout cas la raison principale de mon attachement. Certes, la blague est plus fine qu'il n'y paraît car les scénarios imaginés ont leur pertinence (le refus par le peuple d'une loi objectivement "bonne") et le stratagème final, au moment de l'élection présidentielle, nourrit habilement le thème de la filiation et de la trahison possible du père, mais il manque peut-être des noms de partis et d'hommes politiques pour échapper à la théorie et produire un discours plus offensif.

    Toutefois, la question de la différence entre les revenus résonne très fortement et, ce qui rend le film plus passionnant encore, le rapport de chacun à l'argent est plus ou moins directement mais régulièrement éclairé. Ainsi, à côté de propos intéressants mais parfois vagues et généralistes, l'attention se porte sur l'économie même du film en train de se faire et sur les positions personnelles du cinéaste et de l'acteur. Il y a là la recherche d'une transparence, recherche qui s'accorde avec la simplicité du cinéma de Cavalier.

    Ce qui épate, c'est donc, notamment, l'honnêteté de Lindon, à tous points de vue (sur la morale, l'engagement, la notoriété, l'argent...). Paradoxalement, ce film qui semble constamment "tricher" s'ouvre à nous avec une franchise incomparable. On pourrait croire qu'il propose au spectateur un jeu autour du vrai et du faux. Et effectivement, on peut essayer de déterminer le niveau de réalité de chaque séquence puisque le personnage et la personne réelle sont parfois clairement distinguées, puisque tel moment est fort parce qu'il est vrai et tel autre est remarquable parce que bien réfléchi. Mais cet exercice me semble totalement vain. Qui nous dit que cette discussion sur le vif n'est pas jouée ? Que cette scène bien calée n'est pas entièrement improvisée ? En fait, réalité et fiction coexistent à chaque instant. Devant la caméra de Cavalier, cela devient une même chose et cela fait, à mon sens, le grand intérêt de Pater. D'autres lui sont attachés. Le rapport qui s'établit entre le Président et son protégé redouble clairement celui existant entre le metteur en scène et son interprète, en particulier dans les indications, la direction données, et Pater est également un beau portrait d'acteur.

    Beaucoup ont loué ce film pour sa nature "d'ovni" et je ne nierai absolument pas sa singularité. Mon tempérament étant ce qu'il est, j'ai tout de même cherché à le rapprocher de quelque chose et plutôt qu'à certains vrais-faux documentaires plus ou moins récents, j'ai étrangement pensé aux films iraniens de Kiarostami et Makhmalbaf, Close up (1990) et Salaam Cinema (1994). 

     

    cavalier,france,2010sPATER

    d'Alain Cavalier

    (France / 105 mn / 2011) 

  • Cahiers du Cinéma vs Positif (2001)

    Suite du flashback 

     

    cahiers du cinéma,positifcahiers du cinéma,positif2001 : Les Cahiers du Cinéma fêtent leurs 50 ans (un numéro spécial propose notamment des témoignages de Bernardo Bertolucci, Youssef Chahine et Arnaud Desplechin) et accueillent dans leur rédaction Charlotte Garson, Jean-Philippe Tessé et Stéphane Delorme. Ils enquêtent sur la "Maison du Cinéma", sur la mondialisation (auprès de 50 cinéastes), sur la production et sur la restauration des films, ils défendent Loft Story et ils rencontrent Maggie Cheung, Charlotte Rampling, Jean-Christophe Averty, Jacques Derrida, Renato Berta, Sean Penn, René Vautier et Pierre Clément. Des hommages à Johan van der Keuken et Gérard Blain voisinent avec des textes sur Mikio Naruse, Raoul Walsh et George A. Romero, sur la restauration des Bonnes femmes de Claude Chabrol, sur Roberto Rossellini et la télévision, sur le cinéma et la guerre,  sur le cinéma indépendant new-yorkais des années 60 et sur Hitchcock et la peinture. Au fil des mois, les "événements" ne sont pas toujours liés à des films ou des cinéastes, même si l'on peut trouver dans les premières pages des entretiens avec Pascal Thomas (Mercredi, folle journée !), Philippe Faucon (Samia), Nanni Moretti (La chambre du fils), Jean-Luc Godard (Eloge de l'amour), Eric Rohmer, André Téchiné (Loin), Claude Lanzmann (Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures), Nobuhiro Suwa (H story), Philippe Garrel (Sauvage innocence), Francis Ford Coppola, Youssef Chahine (Silence... on tourne) et John Carpenter (Ghosts of Mars) ou une analyse croisée de Mulholland Drive et Millenium mambo (Hou Hsiao-hsien). Pour avoir une vision globale des goûts, il faut aller voir quels films ouvrent le "Cahier critique" de chaque numéro. Soit : Parole et utopie (Manoel de Oliveira), Après la réconciliation (Anne-Marie Miéville), Sous le sable, Seul au monde (Robert Zemeckis), Le pacte des loups (Christophe Gans), Toutes les nuits (Eugène Green), Profils paysans (Raymond Depardon), Kaïro (Kiyoshi Kurosawa), La traversée (Sébastien Lifshitz), Betelnut beauty (Lin Cheng-sheng) Liberté-Oléron (Bruno Podalydès), Trouble every day (Claire Denis), Shrek (Andrew Adamson et Vicky Jenson), Operai, contadini (Jean-Marie Straub et Danièle Huillet), La pianiste (Michael Haneke), Va savoir (Jacques Rivette), Highway (Sergueï Dvortsevoy), Ce vieux rêve qui bouge (Alain Guiraudie), Le souffle (Damien Odoul), Tosca (Benoît Jacquot), 17 rue bleue (Chad Chenouga), Time and tide (Tsui Hark), Christmas (Abel Ferrara)...
    ... ainsi que plusieurs films mis également à l'honneur par Positif, entretiens à l'appui : La ville est tranquille, Le cercle, Traffic, Les démons à ma porte (Jiang Wen), Intimité, Roberto Succo, Mundo grua (Pablo Trapero), The tailor of Panama, Je rentre à la maison (Manoel de Oliveira), Platform (Jia Zhangke), Et là-bas, quelle heure est-il ? (Tsai Ming-liang), Dans la chambre de Vanda (Pedro Costa), L'emploi du temps (Laurent Cantet), De l'eau tiède sous un pont rouge.
    Positif, qui publie de même des entretiens avec Moretti, Coppola, Hou Hsiao-hsien et Lynch et qui revient sur Walsh et Hitchcock, se distingue de sa concurrente par la place laissée à La jeune maîtresse (Chen Kaige), De l'histoire ancienne (Orso Miret), A ma sœur ! (Catherine Breillat), Nuages de mai (Nuri Bilge Ceylan), Quills (Philip Kaufman), Mes voisins les Yamada (Isao Takahata), Uttara (Buddhadeb Dasgupta), Carrément à l'ouest (Jacques Doillon), The mission (Johnnie To), La chambre des officiers (François Dupeyron), Betty Fisher et autres histoires (Claude Miller), The barber (Joel et Ethan Coen) et Le sortilège du scorpion de jade (Woody Allen). Il y est également question des inédits et des inachevés d'Orson Welles, du cinéma fantastique contemporain, de L'homme d'Aran de Robert Flaherty, de Solaris d'Andreï Tarkovski, d'Edgar G. Ulmer, de Jack Arnold, de William Wyler, de Max Ophuls américain, d'Hiroshi Teshigahara, de Louis Feuillade, de Dusan Makavejev, d'Im Kwon-taek, du cinéma soviétique (de Boris Barnet à Sergueï Paradjanov), du documentaire (entretiens avec Alain Cavalier et Denis Gheerbrant), des producteurs, du nouveau cinéma argentin et du livre de cinéma. Quant au numéro d'été, il s'agit d'un spécial Claude Sautet.

     

    Janvier : Maggie Cheung (Cahiers du Cinéma n°553) /vs/ La ville est tranquille (Robert Guédiguian, Positif n°479)

    Février : Charlotte Rampling (Sous le sable, François Ozon, C554) /vs/ Le cercle (Jafar Panahi, P480)

    Mars : Raoul Walsh (C555) /vs/ Traffic (Steven Soderbergh, P481)

    Avril : 50 ans (C556) /vs/ Intimité (Patrice Chéreau, P482)

    Mai : Jeanne Balibar (C557) /vs/ Roberto Succo (Cédric Kahn, P483)

    Juin : Apocalypse now redux (Francis Ford Coppola, C558) /vs/ The tailor of Panama (John Boorman, P484)

    Eté : L'Anglaise et le Duc (Eric Rohmer, C559) /vs/ Claude Sautet (P485-486)

    Septembre : Sean Penn (C560) /vs/ The mission (Johnnie To, P487)

    Octobre : World Trade Center, 11 septembre 2001 (C561) /vs/ La chambre des officiers (François Dupeyron, P488)

    Novembre : Mulholland Drive (David Lynch, C562) /vs/ The barber (Joel et Ethan Coen, P489)

    Décembre : Youssef Chahine (C563) /vs/ De l'eau tiède sous un pont rouge (Shohei Imamura, P490) 

     

    cahiers du cinéma,positifcahiers du cinéma,positifQuitte à choisir : Cette formule des Cahiers ne facilite décidément pas les choses. Oui, j'aime bien Maggie Cheung, Charlotte Rampling, Jeanne Balibar et Sean Penn. Mais que dire de plus ? Que je n'ai pas été véritablement bouleversé par la Révolution Rohmer ? En face, ne pas consacrer de couverture à Mulholland Drive pourrait valoir une pénalité si d'une part l'erreur n'avait pas été réparée quelques mois plus tard et surtout si le reste n'avait pas été au niveau. Or je vois dans cette liste les meilleurs Panahi, Chéreau, Kahn, Johnnie To, accompagnés par d'excellents Guédiguian, Soderbergh, Boorman, Coen, Imamura (du coup, "l'estimable" Dupeyron jure quelque peu). Allez, pour 2001 : Avantage Positif.

     

    A suivre...

    Sources : Calindex & Cahiers du Cinéma

  • Batman begins

    nolan,etats-unis,2000s

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    Bon, évidemment, je n'en attendais pas monts et merveilles mais j'espérais au moins ne pas trouver ça plus mauvais encore que The dark knight. Et bien si, ça l'est ! Le deuxième volet Nolanien des aventures de Batman marque en fait un progrès, c'est dire à quel niveau on se place... Si les maigres qualités de l'épisode suivant sont absentes de ce Batman begins liminaire, les défauts les plus criants y sont en revanche déjà aisément repérables. Décidément, ce cinéma ne semble avoir à offrir à notre regard que ses boursouflures et son sérieux déséspérant.

    Il est fort possible de réaliser un grand film sans humour ni distance, mais cela implique que l'on ne se cantonne pas à glisser sur la surface des choses. Christopher Nolan, prenant en main le destin cinématographique de l'homme-chauve-souris, s'en tient à un premier degré désarmant. Comme si personne ne savait maintenant que notre héros est l'un des plus complexes, des plus torturés et des plus troubles qui soient, le cinéaste écrit à nouveau sa légende noire en s'appliquant à illustrer consciencieusement toute une série de thématiques "adultes" : la dualité, l'ambivalence, la différence entre justice et vengeance, les réponses à donner face à l'anarchie et la violence. Dans un style pompeux, surchargé de dialogues lourds comme le plomb, l'univers de Batman est tiré vers le nôtre, l'auteur espérant que cette approche plus réaliste passe pour un fantastique geste politique.

    La première partie s'éloigne trop du contexte de Gotham City et s'abîme trop dans les affres du film d'action standardisé (sur le terrain asiatique des ninjas) pour que la curiosité ne s'évanouisse pas aussitôt. Le parcours décrit confine à la stupidité, sous le coup des clichés sur la formation virile et des revirements du disciple face à son maître trop puissant pour être honnête. Parallèlement, la mise en scène et en récit du double traumatisme fondateur de Bruce Wayne, sa chute dans la grotte aux chauves-souris et l'assassinat de ses parents, n'est parcourue par aucune tension et ne donne accès à aucune véritable terreur enfantine.

    Nolan échoue toujours à toucher juste, à aller au-delà du cliché, à craqueler son plan, à faire naître une émotion. Le final en apporte une nouvelle preuve. L'idée d'un déchaînement auto-destructeur de la population par le biais d'une résurgence soudaine des peurs les plus intimes de chacun était prometteuse mais en lieu et place de la galerie d'horreurs et d'hallucinations souhaitée nous n'avons droit qu'à quelques visages triturés numériquement et à des yeux phosphorescents. Rien ne prend jamais forme et d'une présence aussi singulière que celle de Cillian Murphy (le Dr Crane / l'épouvantail), Christopher Nolan ne fait strictement rien. Son film se noie au son d'une musique assommante, se gonfle jusqu'à atteindre 140 minutes au chronomètre, donne la plupart du temps une impression de confusion totale et impose à intervalles réguliers des morceaux de bravoure dans lesquels un plan sur deux est illisible.

    Je suis donc quasiment certain que, malgré leur réputation peu flatteuse, il y a plus de choses à retenir des deux épisodes confiés à Joel Schumacher à la fin des années 90. Il faudrait que je vérifie un jour... De même, je vais devoir en passer par Inception avant, parti comme c'est, de tracer un trait définitif sur le nom de Christopher Nolan.

     

    nolan,etats-unis,2000sBATMAN BEGINS

    de Christopher Nolan

    (Etats-Unis - Grande-Bretagne / 140 mn / 2005)