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2010s

  • Fast & Furious 8 (F. Gary Gray, 2017)

    *
    Dernier volet en date d'une série de films oscillant entre divertissement bourrin à peu près acceptable (1 et 5) et machin visuel assommant infusé à la testostérone et l'adrénaline (tous les autres numéros). Ici, on est plutôt dans le premier groupe, uniquement parce que, au milieu d'un océan de débilités, se détachent trois longues séquences assez tarées. La première rend folles une horde de voitures autonomes dans New York, en un soudain délire cartoonesque. La deuxième repose, oui, oui, sur une idée de mise en scène : la caisse de Vin Diesel est harponnée par celles de ses cinq acolytes, ce qui traduit le lien indéfectible faisant tenir leur "famille". La troisième est une course poursuite, sur et sous un lac gelé, entre des bagnoles, des chars et un sous-marin atomique, c'est-à-dire totalement n'importe quoi. 

  • Roulez jeunesse (Julien Guetta, 2018)

    *
    Film sympathique mais qui n'est vraiment pas plus que ça. La comédie sociale, comme on en a déjà vu des tas, s'engage peu à peu sur la pente triste, donnant l'occasion à Éric Judor d'être "sérieux" pour la première fois. Le début amuse sans peine mais l'évolution est tout de même téléphonée, jusqu'à la coda dédramatisante sur le mode archi-classique de "la vie continue et mérite d'être vécue avec le sourire". Rien ne dépasse : il faut voir comment une séquence qui paraît partir en comédie musicale est aussitôt remise sur les rails, au bout de 10 secondes, avec le retour du personnage principal. Par ailleurs, il faudrait vraiment interdire aux réalisateurs de continuer à saloper les chansons de Nick Drake en les collant à leurs scènes larmoyantes. 

  • La Femme des steppes, le flic et l'œuf (Wang Quan'an, 2019)

    ***
    Voilà qui vient à point nommé pour rappeler que le cinéma, c'est du cadre, de la lumière et du temps. Qu'il existe des plans beaux parce qu'ils laissent tout le loisir à un personnage (ou une moto, ou un chameau) de se déplacer d'un bord à un autre, dans toute la longueur. Le film de Wang Quan'an (Le Mariage de Tuya et La Tisseuse, tous deux déjà pas mal, parmi six autres réalisations) dépayse assurément mais son intérêt est loin de tenir seulement à l'exotisme mongol. La fantastique première séquence, d'un seul tenant, comme beaucoup d'autres, donne le ton : tout tiendra en un bel équilibre entre naturel et esthétique. Le cinéaste joue habilement de la distance, qu'il rend variable, parfois dans un même plan, entre documentaire et fiction. Un jeu passant notamment par le son, tantôt loin, tantôt proche, et par des passages de l'image au flou. Il faut parfois s'accrocher mais le récit a le mérite de rester imprévisible (malgré la force visuelle, on craint un petit peu, dans la première demi-heure, de ne se retrouver que devant un décalque d'Il était une fois en Anatolie de Nuri Bilge Ceylan) et plusieurs moments s'incrustent dans la tête pour de bon. 

  • Get Out (Jordan Peele, 2017)

    **
    L'intention politique derrière l'efficace thriller horrifique est claire, nette et précise, sans être simpliste (bonne idée de présenter les salauds blancs sous leurs masques progressistes, amateurs d'Obama et de Tiger Woods). L'image est, elle aussi, d'une limpidité qui se remarque. Sur la tension narrative, quelques facilités empêchent la réussite totale, comme le recours à l'hypnose pour annihiler toute résistance en émettant un seul son. L'état dans lequel est plongé la victime est cependant rendu avec originalité (le surprenant "gouffre de l'oubli"). Le huis-clos, la campagne, la relative brièveté, la violence, le racisme... On pense de plus en plus, au fil du film, à La Nuit des morts vivants, dont Get Out est finalement un rejeton loin d'être indigne. La preuve, c'est que jusqu'à la dernière seconde, on craint que, comme chez Romero, le héros noir se fasse abattre par des "sauveurs". 

  • L'Œuvre sans auteur (Florian Henckel von Donnersmarck, 2018)

    *
    FHVD a peut-être cru avoir en lui le talent nécessaire à la réalisation d'une fresque historique bouleversante du type Heimat ou Nos meilleures années. Son film de 3 heures se termine d'ailleurs de façon ouverte, en nous prenant de court (mais du coup, assez agréablement) tant ce qui précédait incitait à penser que les boulons seraient bien resserrés en bout de course. Ce cinéma se veut classique, efficace et lisible. Les plans sont d'une clarté aveuglante et chaque séquence souligne sa "nécessité", ploie sous la "signification". Il y a parfois des idées (de scénario plus que de mise en scène) intéressantes mais elles sont toujours encombrées de cette recherche incessante du sens. Ainsi, des gestes pourraient se distinguer, surprendre, sembler échapper, être vrais, mais ils sont inévitablement rendus "révélateurs" ou "parlants", par le cadrage ou le montage. Le résultat est donc bien lourd (ces scènes "revécues", ces simplifications sur le grand sujet de l'Art...) et le réalisateur trop obsédé par l'idée de faire du cinéma humaniste (aucun salaud ici, ni même chez les nazis et leurs sympathisants, et lorsque le père endosse ce rôle, le film ne le suit pas assez pour donner l'ampleur maléfique nécessaire au personnage). Cela dit, on ne s'ennuie pas plus que ça, on s'intéresse même par moments, presque uniquement pour des raisons liées à l'Histoire, avec un grand H. 

  • Monrovia, Indiana (Frederick Wiseman, 2018)

    ***
    Le rendez-vous, quasi-annuel, de dessillement a été à nouveau honoré par Wiseman (90 ans cette année). Encore une fois l'impression de voir des images neuves, claires et vraies, de choses a priori banales (activités professionnelles, cérémonies, assemblées, réunions...), assemblées en un montage merveilleux, net, rythmé par des plans de transition de toute beauté mais pourtant jamais esthétisants et servant à la fois à respirer et à avancer d'un endroit à un autre. Les habitants de la ville filmée ici ont voté pour Trump à 76%. Mais ça, c'est le distributeur du film qui le dit. Wiseman, lui, s'en garde bien. Libre à nous de déceler dans ses images et ses sons, des signes de cet état de fait et d'esprit. Le cinéaste esquive, peut-être un sourire en coin mais sans jamais "laisser penser que...". Et c'est heureux qu'il évite ainsi la réduction au message, à la dénonciation (restant en cela, de toute façon, totalement fidèle à sa démarche habituelle). Cependant, son film intéresse constamment, étonne, fascine, mais il inquiète également. Il interroge par la façon dont il donne à voir ces instantanés : non reliés entre eux (sinon bien sûr géographiquement). La société y apparaît donc sous forme de cellules non communicantes. En coupant net avant et après, en ne revenant que rarement une deuxième fois sur un lieu, en ne présentant personne dans un autre environnement que celui dans lequel nous le rencontrons, Wiseman donne à sentir la réalité d'une société de communautés indépendantes. Et en même temps, sa manière de faire pousse à s'interroger à chaque moment : qu'est-ce que ce fragment peut nous dire de ces gens et de cet endroit ? Peut-on lui accoler une signification particulière ? Comme il est très difficile de répondre, on se dit que le cinéma de Wiseman est décidément celui qui dialogue le plus intensément avec la réalité, tout en restant admirablement organisé.

  • Détective Dee : La Légende des rois célestes (Tsui Hark, 2018)

    **
    Cette suite du deuxième volet (et donc toujours prequel du premier) est un peu plus digeste bien que tout autant numérique et chargée. L'arrivée de nouveaux personnages ne change guère la donne au niveau scénaristique, c'est toujours la même mécanique des luttes de pouvoir, des trahisons, des vengeances et des revirements. On s'en moque pas mal. L'intérêt légèrement supérieur vient du fait que Tsui Hark lâche les chevaux cette fois en assumant pleinement, en accentuant la dimension purement magique de l'univers décrit. Les exagérations visuelles passent mieux ainsi. D'autant qu'elles reposent aussi sur une réflexion, certes peu poussée mais présente, autour de la perception des choses et des illusions. 

  • Détective Dee II : La Légende du dragon des mers (Tsui Hark, 2013)

    *
    Tsui Hark ne déroge pas à la règle qui exige qu'un deuxième volet en propose toujours plus (plus long, plus bruyant, plus spectaculaire) par rapport au premier, bien qu'il s'agisse d'un prequel (et un peu comme avec les trilogies Star Wars, le monde d'avant apparaît dès lors, de manière contradictoire, plus sophistiqué et moderne que celui d'après). La rapidité de l'exécution provoque cette fois la fatigue, assez rapidement. Dans le rôle titre, Mark Chao est loin d'avoir le charisme d'Andy Lau et du côté des femmes, on perd sérieusement en vivacité, en charme et en sensibilité, en passant de Bingbing Li à Angelababy. De plus, alors qu'une grande partie de l'intérêt du premier épisode tenait au dialogue constant qu'y entretenaient le rationnel et l'irrationnel, ici, l'impossible règne, avec la bénédiction du numérique. Sur le plan politique, le scénario ne manque pas de resservir, comme presque toujours dans le cadre chinois, le thème de la rebellion individuelle mais dans le respect de l'ordre. Le film ne se joue de toute façon pas sur son scénario, il va trop vite pour ça. Une seule scène se singularise et rivalise presque avec celle du marché fantôme du N°1, en parvenant vraiment à mêler beauté visuelle et tension dramatique : celle, toute en gris, du combat contre les rochers, au-dessus du gouffre. 

  • Ne croyez surtout pas que je hurle (Frank Beauvais, 2019)

    °
    Frank Beauvais parle comme s'il lisait son journal intime sur des images des films des autres, ne laissant d'autre son que celui de sa voix. Les extraits choisis ne vont que rarement au-delà de 4 ou 5 secondes et refusent généralement de montrer quelque visage que ce soit. Même si l'on connaît le film, il est difficile et donc très rare que l'on parvienne à l'identifier (la liste est déroulée au générique de fin). Ainsi l'image ne résonne qu'avec le texte dit et la brièveté empêche de réfléchir au sens nouveau qui est donné, sinon à quelques saillies ironiques. Au contraire de ce qu'il se passe avec Godard ou Marker, ici, il n'y a pas de triple échange entre le cinéaste-monteur, le film qu'il retravaille et le spectateur. L'image est mise au seul service de l'auteur Beauvais (dont le film tient finalement plus lieu du record que d'autre chose, puisqu'il nous prévient qu'il a vu 400 films en 6 mois). Et nous sommes sommés de choisir : soit scruter les images et ne pas pouvoir ecouter les mots, soit bien tendre l'oreille et abandonner toute réflexion sur le support visuel. Donc, forcément, au bout d'un moment, on choisit le texte. Celui-ci contient évidemment des aveux touchants et exprime parfois une rage comprehensive. Sauf qu'elle trahit souvent un profond mépris pour tout ce qui n'appartient pas au cercle du cinéaste et qu'elle donne lieu à une leçon de morale en forme de partage bien tranché. Il faut donc préférer Paris, vivante et métissée, au village, enfermé dans ses vieilles croyances et avec ces gens qui se ressemblent tous (la campagne n'est vivable comme lorsque Françoiz Breut vient y chanter). Il faut savoir distinguer la bonne de la mauvaise foule : la bonne est celle de Nuit Debout, la mauvaise est celle des supporters de foot, forcément avinés, racistes et machistes. La vie ne vaut d'être vécue qu'avec nos mêmes, c'est-à-dire avec les amis du monde cultivé, en repoussant les autres qui, de toute façon, ne pensent qu'à bader leurs enfants et leur petite maison, au lieu d'exprimer quotidiennement leur dégoût du néo-capitalisme et leur indignation face au sort des réfugiés. Il ne faut côtoyer que les personnes de goût, pour pouvoir parler en paix d'Eugène Green et de Bonnie "Prince" Billy. 

  • Buñuel après l'Âge d'or (Salvador Simo, 2018)

    °
    Si l'on n'a jamais vu Terre sans pain/Las Hurdes et si l'on ne connaît pas l'histoire de son tournage ni la trajectoire globale de Buñuel, ce making of en animation peut éventuellement intéresser, à la manière d'un cours élémentaire. En revanche, ayant les connaissances minimales, passée la curiosité initiale pour un projet étonnant, on s'agace rapidement devant l'académisme de la narration qui fait alterner le présent du tournage et la visualisation des peurs connues du cinéaste en proie aux cauchemars, l'animation sans éclat, le fait que la simplification inhérente au dessin semble provoquer aussi celle des dialogues, des réflexions, des échanges et des rapports, la facilité des traits humoristiques et des montées d'émotion (la musique débordant parfois sur les images réellement tournées par Buñuel et modifiant leur sens), le peu de portée des questions de décalage entre documentaire et réalité, etc. Je n'ai absolument rien appris de nouveau devant ce film, qui ne m'a donc été d'aucune utilité.