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2010s

  • Thunder Road (Jim Cummings, 2018)

    *
    Écrit, réalisé et interprété par le même homme, Thunder Road est aussi singulier qu'agaçant, tout à l'image du personnage principal qui bouffe le film, expulsant violemment tous les autres du cadre. C'est particulièrement sensible dans les plans séquences ostensiblement tournés et joués par Cummings, basés sur la performance expressive. Comme la même note est tenue d'un bout à l'autre, celle des larmes contenues mêlées à la colère, l'effet lasse vite. De plus, les longs plans font place régulièrement à un filmage plus traditionnel (mais pas désagréable), ce qui interroge sur la véritable volonté de l'auteur de tout renverser. Dommage, il y avait de quoi inquiéter plus profondément avec ce personnage de flic au bord de la crise de nerfs. 

  • Les Éternels (Jia Zhang-ke, 2018)

    **
    Dans la lignée des deux précédents, c'est un film ample, épousant plusieurs rythmes et registres, sautant les années et les kilomètres. En construisant ainsi par chapitres, Jia prend le risque de l'inégalité des parties et par là du décrochage temporaire. Un peu plus accessibles, ses films sont plus découpés qu'auparavant et les incises deviennent plus importantes que les plans séquences. Par ailleurs, ils font intervenir maintenant des éléments (ou des dialogues) plus signifiants. Ce n'est pas dépourvu de beauté et l'on sent tout à fait la présence d'un cinéaste de premier ordre mais je continue à regretter quand même sa première période, de Xiao Wu à The World

  • Dumbo (Tim Burton, 2019)

    °
    Pourtant une nouvelle fois prêt à faire l'effort, je finis totalement découragé et je ne cherche même pas à comprendre les raisons de la fracture burtonienne, qui paraît définitive : est-ce le numérique, le gigantisme, le sentimentalisme, l'absence d'humour, la noirceur devenue uniquement de surface (c'est-à-dire dans une image généralement sombre), la narration sur des rails ? Quoi qu'il en soit, si Burton fait l'éloge in fine du cirque à taille humaine, son cinéma en reste à l'opposé. 

  • Us (Jordan Peele, 2019)

    *
    De l'horreur au "message" actuel mais plutôt vintage dans sa mise en scène, ancrée (à l'image du prologue situé en 1986) dans les années 80 de Carpenter, De Palma, Spielberg etc., ce qui évite la surenchère numérique et le montage-saucissonnage de l'action. Mais la progression du récit est du coup tout à fait conventionnelle, ne s'affranchissant d'aucune règle, allant du trauma initial en suspension jusqu'au twist final qui fait relire tout ce qui précède. L'intention de ne pas filmer de nouveaux morts-vivants a poussé à dégainer cette histoire de doubles maléfiques et puissants plutôt fumeuse et dont n'est guère tiré de trouble, ne serait-ce qu'esthétique. Tantôt sérieux, tantôt humoristique, changeant d'échelle temporairement et sans conviction, le film ne rime pas à grand chose. Pas terrible.

  • La Chute de l'empire américain (Denys Arcand, 2018)

    ***
    La présentation publicitaire (titre, affiche, appariement pour faire passer pour une fin de trilogie) est trompeuse et dessert le film. C'est un très bon divertissement à base sociale, policière et financière. On y retrouve ce qu'Arcand fait de mieux : un scénario bien construit, des scènes bien écrites, des dialogues plein d'humour sans trop souligner les mots d'auteur et surtout la création de personnages attachants. La mise en scène est dans le bon tempo, ni trop speed ni trop lente, ce qui fait que l'on ne s'ennuie jamais. Elle est efficace pour le côté polar et distille de jolis petits échos ailleurs. Même si l'on en passe par quelques clichés, l'aspect choral est une force, menant à la constitution d'une communauté inattendue, solidaire, généreuse et touchante après avoir utilisé les armes du pouvoir pour aller au bout de son utopie. Sur l'argent, thème principal, Arcand, à la fois tape fort et touche juste (notamment dans l'idée exposée d'entrée, que l'intelligence, l'honnêteté, la lucidité empêchent obligatoirement la réussite financière). 

  • Grâce à Dieu (François Ozon, 2019)

    *
    Remarquable pendant 30-45 minutes. On se dit qu'Ozon va échapper aux pièges du dossier, va proposer un vrai film psychologique au bon sens du terme en traitant d'un cas particulier pour s'attaquer à son grave sujet, va oser jusqu'au bout cette répétition, cette avancée à tout petits pas presque uniquement rendue par des échanges de messages lus en voix-off, va décrire ainsi de façon touchante les sentiments contradictoires d'un homme victime pourtant resté fervent catholique et fort bien interprété par Melvil Poupaud. Mais soudain, celui-ci disparaît du récit pour un bon moment. Et donc, non, ce n'était que la première partie. On a bien un film choral, faisant défiler des victimes différentes pour autant d'acteurs vedettes d'aujourd'hui. Les contradictions ne sont plus posées dans l'esprit d'un personnage mais sont incarnées par des oppositions de caractères. Les limites du film-dossier réapparaissent (simplifications, représentativité, moments de crise signifiants, etc.) et l'histoire finit par ne plus intéresser du tout, Ozon ne tentant finalement rien d'original, ni dans son esthétique ni dans sa conduite narrative. C'est interminable. Mais comme Jusqu'à la garde, le film aura certainement le César du meilleur film...

  • Passion (Brian De Palma, 2012)

    ***
    Un film qu'il est très difficile d'évaluer et de noter (1, 2, 3 ?). Toute la première moitié de Passion se présente avec une fadeur étonnante. De Palma montre sans effet marquant, sans émotion, sans invention, une vie de bureau et d'appartement vouée à l'artifice, à l'image de surface. On se croit presque dans un simple téléfilm vaguement policier ou faussement vénéneux et on se frotte les yeux devant une histoire à priori dénuée d'intérêt. Et soudain, De Palma fait tout basculer, y compris son cadre. Effet connu mais qui dure si longtemps qu'il déstabilise complètement. Tout à coup, le film épouse l'esprit tordu de son héroïne et devient particulièrement excitant. La caméra s'est penchée et tout part à la renverse. Le spectateur perd ses repères et la trame policière, enfin installée, agrippe. Or, ce n'est pas vraiment un vertige émotionnel ou narratif qui est provoqué mais un questionnement inattendu sur le film lui-même, donc sur le cinéma et les images (sans non plus perdre l'apparence très "premier degré"). Objet des plus étranges, donc, quasi-expérimental pour le coup, d'abord vain puis brillant, paraissant meilleur après que pendant et déclenchant bien des réflexions.

  • La Caméra de Claire (Hong Sang-soo, 2017)

    ***
    C'est peut-être un mal pour un bien de devoir laisser passer quelques années entre deux découvertes de films de Hong Sang-soo. Cela évite probablement la sensation de monotonie et certainement la pesée perpétuelle des uns et des autres. On profite alors pleinement du charme de son cinéma. Même lorsqu'il se présente sous forme de miniature comme avec ce conte moral aussi limpide que profond, aussi cruel qu'attachant. La "nudité" de la mise en scène n'empêche pas l'impression de mise en abîme, au contraire, elle semble même l'impliquer. En tout cas, Hong Sang-soo, avec trois fois rien et en à peine plus d'une heure, développe une narration étrange (on se demande par moment si la chronologie est respectée) et donne une vraie densité à ses personnages et ses décors (un simple coin de terrasse de bar filmée deux fois devient un endroit presque fascinant). 

  • La Mule (Clint Eastwood, 2018)

    **

    Petit Eastwood sympathique et simple, un peu trop même, avec un scénario assez prévisible (la malheureuse coïncidence entre la "dernière course" et l'hospitalisation de la femme du héros) et quelques facilités dans le jeu autour du choc des générations (l'usage contraint du téléphone portable). Ce n'est pas bouleversant, mais ce n'est heureusement jamais ennuyeux. L'un des mérites est, compte tenu du sujet, un certain refus du spectaculaire (notamment en créant plusieurs ellipses), auquel est préférée l'attention aux petites choses et aux proches. Par ailleurs, avec les années, il est amusant de voir ainsi changé le rapport du personnage eastwoodien aux autres, aux antagonistes qu'il affronte. Il y a 40 ans, il les balayait souvent. Aujourd'hui, il les ré-humanise (et les désarme presque).

  • Diamantino (Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt, 2018)

    **
    Fable politique des plus improbables et d'une liberté narrative toute portugaise. Le duo de cinéastes raconte l'histoire d'une star du foot aux traits de Cristiano Ronaldo qui se retrouve le jouet d'un parti de fachos et des services de renseignement, au moment où il décide d'arrêter sa carrière et d'adopter un jeune réfugié. On baigne dans l'insolite par convocation des extrêmes (bonté d'âme et méchanceté, pauvreté et richesse, modernité et mythologie...) et mélange des genres et des esthétiques sans complexe, jusqu'au comble du kitsch. C'est donc inégal, tantôt ennuyeux, tantôt inspiré, toujours bizarre et barré. Le problème est l'incapacité à déterminer le degré choisi, premier ou deuxième, innocence ou parodie. Si on tient jusqu'au bout, on est récompensé par vingt dernières minutes belles et attachantes.