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09.07.2008

El Topo

(Alexandro Jodorowsky / Mexique / 1971)

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eltopo.jpgAh ouais, quand même… J’ai déjà vu quelques films de tarés mais dans le genre "on fait n’importe quoi" El Topose pose là. Si la vision du délire culte de Jodorowsky me fût plutôt pénible, en résumer l’argument est cependant un plaisir. Un étrange cavalier, tout de noir vêtu et que l’on nommera au choix El Topo (la Taupe) ou Dieu, sillonne le désert accompagné d’un enfant de sept ans seulement habillé d’un chapeau. En chemin, ils tombent sur un terrible charnier, puis retrouvent les coupables dans un monastère avant de les occire. Au moment de repartir, El Topo abandonne le gamin et emporte sur son cheval une femme qu’il vient de sauver et qui maintenant n’a d’yeux que pour lui. Il la prend violemment dans les dunes. Elle lui répond qu’elle l’aimera plus encore lorsqu’il aura affronté les quatre meilleurs tireurs du désert. Ce qu’il ne tarde pas à faire : trépassent donc l’aveugle rapide, le Russe vivant avec sa mère et son lion, le musicien entouré de centaines de lapins et le vieil ermite dont le filet à papillons détourne les balles de revolver. Malgré tout, la femme le quitte pour une autre beauté rencontrée entre temps et qui porte admirablement la veste de cowboy en laissant entrevoir sa poitrine. Laissé à moitié mort, El Topo reprend ses esprits quelques années plus tard dans une grotte entouré de miséreux le vénérant tel un saint. Il décide d’aider cette communauté de pestiférés en creusant un tunnel qui leur permettrait d’aller vivre dans la ville voisine, tenue toutefois par une horde de vieilles femmes très dignes mais libidineuses et esclavagistes. Notre homme ne pourra éviter un nouveau massacre d’innocents et même si l’enfant qu’il a jadis abandonné ré-apparaît et si sa nouvelle femme naine vient d’accoucher, il s’immole.

De par sa succession de duels, ses scènes de pillage et de violence physique, ses coulées de litres de sang, ses femmes malmenées, El Topoprend la forme d’une parodie de western italien. Leone est directement cité (moqué ?) à l’occasion d’un face à face où l’un des bandits place entre lui et son adversaire un ballon gonflable qui se vide alors de son air dans une longue stridence, clin d’oeil sonore aux expériences musicales de Morricone. La violence, présente du début à la fin, tient du grand guignol et elle se trouve totalement détournée, détachée de toute nécessité, par la volonté graphique et les effets d’un montage à la hache. Comme beaucoup de freaks rencontrés dans le film, les bras nous en tombent, au point de se croire parfois chez les Monty Python. Les lapins sont sans doute les mêmes que ceux de Sacré Graal ! et l’ermite revient dans La vie de Brian (et Alexandro Jodorowsky, qui joue le rôle-titre de son film, a parfois de faux airs de Graham Chapman). Cela ne serait nullement gênant si le comique était toujours volontaire, mais ailleurs, le cinéaste est tellement pompeux avec ses références mystiques, tellement sûr de faire oeuvre poétique et politique (des vieilles bourgeoises ridées et grasses abattent des Noirs comme on tire au pigeon : Attention message !). Tout l’attirail du surréalisme est convoqué : bestiaire étonnant, blasphèmes, corps difformes (sans doute ce qu’il y a de meilleur dans le film), pulsions sexuelles, cruauté… Seulement, une pantalonnade, même surréaliste, reste une pantalonnade.

La dernière partie, qui se déroule entre la grotte et la ville, tire vers une religiosité qui se voudrait forcément ambiguë et qui n’est qu’ennuyeuse. De ces moments interminables ne se détachent que cinq minutes dans l’église quand le prêtre pousse ses fidèles à mettre leur foi à l’épreuve dans un jeu de roulette russe (séquence amorcée par le seul gag véritablement drôle du film : la révélation que le curé, vu de dos en plein recueillement sur son prie-dieu, est en fait en train de picoler). Partant dans tous les sens, mal joué, construit à la va-comme-j’te-pousse et tombant sans arrêt dans le ridicule, El Topo a pour unique qualité une assez belle photographie.

Saurai-je trouver en moi les forces nécessaires à la vision de La montagne sacrée, l'oeuvre suivante de Jodorowsky ? Vous le saurez dans les jours prochains...

Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : jodorowsky, mexique, western, 70s | |  Facebook | |  Imprimer

Commentaires

En grand fan de Jodo je ne puis qu'être surpris à chaque fois de l'extrême division que suscite chez le spectateur la vision de ses films. J'ai beau préférer "La montagne sacrée" justement je te trouve quand même trés dur ici dans ta critique. Pour étudier le tarot et diverses mystiques que convoque l'auteur dans ce film je suis loin de trouver ses références grotesques ou foncièrements lourdingues: ce ne sont même pas des références, ce sont des éléments convoqués avec une grande pureté. Le film ne partage rien avec les Monty Python ou Leone (encore moins Morricone je dirais), il se veut une expérience initiatique qui vaut à la fois pour son auteur qu'une proposition au spectateur. J'ai vraiment du mal à rattacher ce film à la langue du western même dans ses différentes variations. Au mieux à des expériences psychédeliques de l'époque. Le mouvement thétrale "Panique" dont faisait partis l'artiste avec entre autre Fernando Arrabal et Roland Topor est une forme en soit plus théâtrale qui exalte les viscère et le chaos, même si je la trouve très bien servis par le cinéma ici.

Seulement je crois que c'est un cinéma qui va franchement au delà de ses logiques habituelles, cinéphilique du moins, il cherche constamment à dépasser celà dans sa pure forme et appréciation artistique: ça le rapproche mine de rien un peu plus d'un Fellini je trouve que de Bunuel ou de Lynch. De la même façon je ne vois pas chez Jodo de messages vraiment politiques, seulement des envolées carnavalesques qui évidemment moquent et transcendent les figures sociales, mais ça a quelque chose de foncièrement intemporel. Quand on lit ses autobiographies et les récits fantasmé de ses parents immigrés, c'est aussi à l'œuvre de cette manière.

Écrit par : Ishmael | 10.07.2008

Ishmael, il n'est pas si surprenant qu'un film qui rompt aussi ouvertement avec la norme provoque toutes sortes de réactions tranchées. Le mysticisme à l'oeuvre ici ne m'intéresse pas spécialement mais tout est affaire de forme. Je vois ce que tu veux dire en parlant de pureté. Présenter tous ces éléments avec un tel aplomb fait courrir le risque d'être incompris ou de paraître ridicule.
Pour ce qui est du western, je ne vois pas pourquoi on n'y rattacherait pas El Topo puisqu'il en utilise tous les signes et en reprend les principales figures. Pour les détourner bien sûr. Le but n'était pas, j'imagine, de faire une parodie, mais le résultat est pour moi le même. Au départ évidemment, le film n'a rien à voir avec les Monty Python, c'est moi qui y pense devant certaines séquences que je trouve ridicules parce que très sérieuses (l'ermite par exemple). Pour ce qui est de Leone et Morricone (et le western italien en général), en revanche, Jodorowsky ne peut pas ne pas y penser, sinon, il ne reprendrait pas ces types de duels, ces tirs incroyables. Mais c'est sûr, encore une fois, le but de Jodorowsky est tout autre, proche comme tu le dis d'autres expériences de l'époque en rapport avec le psychédélisme. Quant au mouvement "Panique", je n'en connais guère plus que les noms de ses principaux fondateurs.
Je suis d'accord avec toi sur la distance entre Jodorowsky et Bunuel d'un côté et Fellini de l'autre. Si les deux derniers travaillent l'imaginaire, l'un fait un cinéma tourné vers l'intérieur, d'une seule note, quand l'autre déborde de partout vers l'extérieur. La proximité est donc d'abord avec Fellini (j'y ai aussi pensé très précisément pour les séquences de bordel et les images de grosses bourgeoises avides de jeunes noirs).
Mon rejet d'El Topo ne m'empèchera pas de découvrir très prochainement La montagne sacrée et le fait que tu le trouves supérieur me laisse un peu d'espoir.

Écrit par : Ed | 10.07.2008

même ressenti, ça fait plaisir de voir que je ne suis pas seul a rester insensible aux charmes de ce cinéaste très tendance qu'est Jodorowsky.
après un certain choc plastique, je suis tombé dans un ennui profond devant ces délires new age sans queue ni tête.
Axiome: le surréalisme complet au cinéma ne devrait pas excéder un quart d'heure (Un chien andalou).

Écrit par : christophe | 10.07.2008

Hum! Je suis partagé entre la position d'Ed et celle d'Ishmael. Comme toi, Ed, j'ai été plutôt insensible au mysticisme toc de Jodo. Je crois d'ailleurs que c'est encore pire dans "la montagne sacrée"! D'accord aussi avec toi pour les références à Léone et au western qui me paraissent évidentes.
Par contre, comme Ishmaël, je te trouve quand même très sévère pour un film fort beau plastiquement ("la montagne sacrée" me paraît également encore plus réussi esthétiquement parlant), souvent assez drôle et emmené par une verve surréaliste qui me plaît beaucoup (effectivement, c'est assez proche des films d'Arrabal)...

Écrit par : Doc Orlof | 10.07.2008

D'accord avec cet axiome Christophe (effectivement si on précise bien "surréalisme complet"). D'ailleurs si on parle de Bunuel, remarquons comme tous ses films sont maîtrisés en termes de durée et de rythme. Celui de Jodorowsky est bien trop long (plus de 2 heures me semble-t-il).

Doc : je verrai donc bientôt comment s'équilibre le curseur entre "le mysticisme toc" et la beauté plastique de "La montagne sacrée".

Écrit par : Ed | 11.07.2008

Les commentaires sont fermés.