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08.07.2011

L'imaginarium du Docteur Parnassus

gilliam,grande-bretagne,fantastique,2000s

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Bien sûr, on ne peut pas dire que L'imaginarium du Docteur Parnassus soit une éclatante réussite. C'est même, si l'on veut, un ratage. On grimace devant certains choix esthétiques, on entend plusieurs rouages couiner, on s'ennuie parfois, et surtout on observe Terry Gilliam qui bataille ferme, dans l'incapacité de se rapprocher des mémorables Brazil et Munchausen. Mais ce ratage a quelque chose de touchant. Le cinéaste, dès les années 80, n'eut de cesse d'avancer péniblement contre des vents contraires et ici, une nouvelle fois, il fut servi, avec la mort en plein tournage de son acteur principal. Sans doute Gilliam sait-il jouer, par ailleurs, de cette image d'artiste à l'imagination fabuleuse bridée par les financiers et les évènements malchanceux, mais il est intéressant de voir comment cette friction transparaît maintenant assez clairement dans son cinéma (si tant est que cet opus soit représentatif de l'œuvre récente de Gilliam, car je ne connais ni Tideland, ni Les Frères Grimm).

Les scènes introductives montrent la mise en place laborieuse, décalée, incongrue, du petit cirque du Docteur Parnassus. Sa mini-troupe se déplace en roulotte, se pose et monte sa scène désuète et encombrée sur les parkings des night clubs londoniens, créant ainsi, par sa simple apparition dans le paysage, une trouée dans le présent, un saut en arrière dans le temps (et ce que ce spectacle propose est bien sûr plus étonnant encore : un saut dans les rêves de chacun). Cet écart donne tout son sel à la première partie.

La construction de l'ensemble étant particulièrement chaotique, nous sommes menés par la suite vers un long tunnel central moins inspiré (la rencontre du groupe avec le personnage de Heath Ledger) puis vers un dernier segment pas beaucoup plus enthousiasmant. Pour les séquences fantastiques qu'il ne put tourner avec lui, Gilliam a eu l'excellente idée de remplacer Ledger successivement par trois acteurs différents. Il faut dire cependant que notre intérêt, au fil du récit, suit à peu près la même courbe descendante que celle dessinée par ce défilé : on tombe en effet de Johnny Depp à Jude Law puis à Colin Farrell... En revanche, pour rester du côté de l'interprétation, on apprécie sur toute la durée, dans un rôle diabolique, un Tom Waits pas forcément indigne de Walter Huston chez Dieterle, cabotinage effréné compris.

A l'aise pour rendre l'agitation, réussissant plusieurs séquences de cohue, Gilliam fait toutefois, en quelques endroits, pencher dangereusement son véhicule à force de surcharge plastique. Il agglomère quantité d'éléments disparates : le numérique côtoie le trucage à la Méliès, l'imaginaire pur se déploie près des spectacles les plus basiques, archaïsme et modernité s'opposent constamment, le beau succède au laid. Cela ne fonctionne pas toujours, loin de là, et il ne reste parfois que l'imagerie. Ou le ressassement, comme avec ces variations autour d'anciens intermèdes monty-pythonesques à base de destructions soudaines, de policiers en bas résilles et de changements d'échelle. L'usage fréquent, au-delà du nécessaire et du raisonnable, de focales déformantes est plus intéressant. Un certain malaise naît de ces images, la surface, ailleurs un peu trop lisse, prend un étrange relief et la monstruosité n'est pas loin.

Terry Gilliam semble à nouveau nous chanter les louanges des raconteurs d'histoires. Le Docteur Parnassus, comme lui fait remarquer sa charmante fille, ne finit jamais les siennes. Ne pas les finir (ou qu'elles n'aient ni queue ni tête) est une chose mais les commencer n'importe quand et n'importe comment en est une autre. Et Gilliam, sur ce plan-là, n'est guère regardant...

Tout compte fait, la foi et la pugnacité du réalisateur de L'armée des douze singes me lui font pardonner bien des errements narratifs et des impasses esthétiques. Sans doute accentuée par le dédain exprimé depuis quelques années par nombre de commentateurs à son encontre, ma bienveillance, finalement, se rapproche de celle que j'ai pu assumer dans les premiers temps de ce blog à propos d'une autre gloire de la fin du siècle dernier, Emir Kusturica.

 

imaginarium00.jpgL'IMAGINARIUM DU DOCTEUR PARNASSUS (The imaginarium of Doctor Parnassus)

de Terry Gilliam

(Grande-Bretagne - Canada - France / 123 mn / 2009)

Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : gilliam, grande-bretagne, fantastique, 2000s | |  Facebook | |  Imprimer

Commentaires

Vu il ya quelques temps, cet opus me paraît, comme vous, mineur et bancal. Ce dernier adjectif ne constitue-t-il pas d'ailleurs la patte Gilliam ? En cela, L'Imaginarium est bie la suite logique de son oeuvre. Caractérisé par l'imperfection, le film en deviendrait presque par là attachant. Pas vu Tideland mais Les frères Grimm oui, et il en ressort la même sensation. Grimm est d'ailleurs plus cohérent visuellement, là où le décalage produit dans l'Imaginarium n'est pas payant. Pour autant, j'attends toujours le prochain...

Écrit par : Raphaël | 13.07.2011

Merci Raphaël : il faudrait donc que je découvre ces "Frères Grimm" (un petit plus en termes de cohérence visuelle serait en effet appréciable...).

Écrit par : Edouard | 14.07.2011

Pour moi, le problème, c'est le budget. Gilliam a besoin de beaucoup, beaucoup d'argent pour que sa puissance visuelle s'exprime correctement et surtout dans ce genre de film. Et, avec trois fois rien, il ne s'en sort pas trop. D'ailleurs, je trouve les frères Grimm plus réussi esthétiquement (le film a coûté assez cher). Mais, avec le bol légendaire de Terry Gilliam, son oeuvre a été remontée encore et encore pour finir en un sous Sleepy Hollow (ce qui n'est déjà pas mal vu que le film de Tim Burton est une de ses plus grandes réussites - "avant les catastrophes de la décennie 2000" te vois-je en train de penser :)).

Écrit par : nolan | 15.07.2011

Tu m'entends très bien penser ! (Sleepy hollow, dernier grand Burton, exactement)
Chez Gilliam, le budget a effectivement son importance et sur "L'imaginarium", on sent qu'il a du faire des choix difficiles.
Tout cela nous renvoie à "Lost in La Mancha", qui était un documentaire assez fascinant, où l'on voyait tout à fait que le cerveau de Gilliam, les images qui en sortaient, allaient beaucoup trop vite et trop loin pour la logistique, les producteurs etc...

Écrit par : Edouard | 15.07.2011

Les commentaires sont fermés.