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  • Cahiers du Cinéma vs Positif (2010)

    Suite du flashback 

     

    cahiers du cinéma,positifcahiers du cinéma,positif2010 : Chez les Cahiers comme à Positif, on profite du changement de décennie pour faire un large bilan du cinéma des années 2000 (et consacrer, pour les uns, Mulholland Drive de Lynch, et, pour les autres, Le nouveau monde de Malick), on s'interroge sur Avatar de Cameron et Alice au pays des merveilles de Burton, on rencontre et/ou on soutient Bong Joon-ho (Mother), Samuel Maoz (Lebanon), Olivier Assayas (Carlos), Brillante Mendoza (Lola), Manoel de Oliveira (L'étrange affaire Angélica), Xavier Beauvois (Des hommes et des dieux), Raoul Ruiz (Mystères de Lisbonne), Mike Leigh (Another year), Koji Wakamatsu (Le soldat dieu), on revient vers Jacques Bral et Pierre Etaix.
    Les Cahiers ajoutent à cela des entretiens avec Werner Herzog, Apichatpong Weerasethakul, Luc Moullet (La terre de la folie), Pedro Costa (Ne change rien), Wes Anderson (Fantastic Mr Fox), Claire Denis (White material), Kamen Kalev (Eastern plays), João Pedro Rodrigues (Mourir comme un homme), Yaron Shani (Ajami), Jean-Stéphane Bron (Cleveland contre Wall Street), Andrei Ujica (L'autobiographie de Nicolae Ceaucescu), Abbas Kiarostami (Copie conforme), Mathieu Amalric (Tournée), Michael Rowe (Année bissextile), Darejan Omirbaev (Chouga), M. Night Shyamalan (Le dernier maître de l'air), Gregg Araki (Kaboom), Sergueï Loznitsa (My joy), Mahamat-Saleh Haroun (Un homme qui crie), Xavier Dolan (Les amours imaginaires), Takeshi Kitano (Outrage), ainsi que Paul Vecchiali, Peter Whitehead, Jonas Mekas, Zlavoj Zizek, Bill Viola, Philippe Parreno, Tilda Swinton, Alan Pauls, Edward Pressman. Ils publient des textes sur le cinéma malais, les séries américaines, la façon de filmer les camps, le cinéma d'animation, les nouveaux cinémas français (Rebecca Zlotowski, Quentin Dupieux, Virgil Vernier, Mikhaël Hers...) et allemands (Maren Ade, Christoph Hochhäusler, Benjamin Heisenberg) ou le cinéma japonais et rendent d'amples hommages à Eric Rohmer et Claude Chabrol.
    Aux noms cités plus haut, il faut ajouter du côté de Positif, ceux de Jane Campion, Andrzej Wajda, Nicolas Winding Refn, Paul Greengrass, Lee Chang-dong, Woody Allen, Bertrand Tavernier, David Fincher, Joel et Ethan Coen (A serious man), Clint Eastwood (Invictus), Jacques Perrin (Océans), Todd Solondz (Life during wartime), George Ovashvili (L'autre rive), Ronit Elkabetz (Les mains libres), Stephen Frears (Tamara Drewe), Alejandro Gonzalez Iñarritu (Biutiful), Takeshi Kitano (Achille et la tortue), François Ozon (Potiche), Olivier Schmitz (Le secret de Chanda), Michael Lonsdale et Yun Jung-hee. Dans le même temps, sont proposés des écrits sur Gordon Douglas, la Gaumont, Abbas Kiarostami, Michael Powell, Julien Duvivier, Karel Reisz, Terrence Malick, Robert Siodmak, George Clooney, Robert Mulligan, Wojciech Has, le cinéma iranien, Dennis Lehane, Alexander Kluge. Enfin, les dossiers mensuels portent successivement sur le cirque au cinéma, le son, le cinéma et la peinture, les acteurs français entre théâtre et cinéma, l'animation en France (de Sylvain Chomet à Michel Ocelot), le film de cape et d'épée, Ernst Lubitsch, le décor, les cinémas d'Europe de l'Est et la RKO.
     

    Janvier : Années 2000 (Mulholland Drive, David Lynch, Cahiers du Cinéma n°652) /vs/ Bright star (Jane Campion, Positif n°587)

    Février : Le genou de Claire (Eric Rohmer, C653) /vs/ Tatarak (Andrzej Wajda, P588)

    Mars : Bad Lieutenant (Werner Herzog, C654) /vs/ Valhalla rising - Le guerrier silencieux (Nicolas Winding Refn, P589)

    Avril : Alice au pays des merveilles (Tim Burton, C655) /vs/ Green zone (Paul Greengrass, P590)

    Mai : Cannes (C656) /vs/ Lady Chatterley (Pascale Ferran, P591)

    Juin : Oncle Boonmee (Apichatpong Weerasethakul, C657) /vs/ L'illusionniste (Sylvain Chomet, P592)

    Eté : Mad men (C658) /vs/ L'aigle des mers (Michael Curtiz) & La princesse de Montpensier (Bertrand Tavernier) (P593-594)

    Septembre : Happy few (Anthony Cordier, C659) /vs/ Poetry (Lee Chang-dong, P595)

    Octobre : Claude Chabrol (C660) /vs/ Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu (Woody Allen, P596)

    Novembre : Cinéastes de demain (C661) /vs/ The social network (David Fincher, P597)

    Décembre : Bilan 2010 (C662) /vs/ Another year (Mike Leigh, P598) 

     

    cahiers du cinéma,positifcahiers du cinéma,positifQuitte à choisir : Le choix des Cahiers d'arborer plutôt des couvertures thématiques ne facilite pas les choses dans mon optique. De mon top 10 de l'époque, je ne retrouve en fait que deux titres, un de chaque côté, mais ce sont les plus marquants de l'année : Bright star et Oncle Boonmee. Ceux de Winding Refn et d'Allen se dégagent également, au milieu d'autres, moins intéressants à mon avis. Pour ce qui est de mes manques, je suis assez curieux de découvrir le Wajda et le Herzog, bien moins le Cordier et le Greengrass. Bref, tout cela me semble équilibré. Allez, pour 2010 : Match nul.

     

    A suivre...

    Sources : Calindex & Cahiers du Cinéma

  • Hors Satan

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    ****

    Bruno Dumont, tout en gardant son esthétique du hiatus qui fait la force de son cinéma, abandonne les discours bi-dimensionnels qui plombaient d'inégales manières ses trois précédents longs métrages : l'ennui profond collé à l'insupportable déchaînement de violence dans Twentynine Palms, l'opposition entre islam et christianisme dans le gênant Hadewijch, la confrontation des jeunes du pays à la guerre au Moyen-Orient et à ses horreurs attendues dans Flandres, meilleur titre de cette période qui aura vu le cinéaste se perdre quelque peu. Avec ce magnifique Hors Satan, c'est donc comme si nous repartions directement après La vie de Jésus et L'humanité.

    Le montage est effectué par Dumont lui-même, qui offre un film plus découpé qu'à l'ordinaire (mais Hadewijch, déjà, amorçait ce mouvement). Quelque chose de très fort se dégage de la façon dont il colle ses plans les uns aux autres, comme en les entrechoquant. Les changements d'échelles sont brusques et se font parfois dans le plan lui-même lorsque, dans le cadre large, s'incruste quelqu'un, cette entrée totalement inattendue créant un "premier plan" qui change notre perception de l'image. De même, le système de champ-contrechamp qui s'organise est absolument fascinant. Dumont s'attarde beaucoup sur les deux personnages principaux qui prient ou qui portent leur regard au loin. Or, entre ce qu'ils voient et ce que voit le spectateur, il y a un flottement. Ce qu'il peut voir ou ce qu'il croit voir, devrais-je dire. Parfois, le contrechamp nous est refusé, une autre fois, il nous semble ne pas être aussi signifiant que doit le penser le personnage supposé s'y perdre, une troisième, il colle parfaitement et nous met en phase. La (première) scène de meurtre procure une sensation encore différente. Quelque chose ne fonctionne pas normalement dans cette articulation entre le plan du tireur et celui de sa victime, se dit-on. Il y a une règle qui n'est pas suivie : l'axe choisi ne peut pas être celui-là.

    Ces choix sont le signe de la liberté du cinéaste mais ils donnent aussi sa liberté au spectateur. Dans Hors Satan, le vent souffle où il veut et le spectateur voit ce qu'il veut. C'est d'autant plus étonnant que Bruno Dumont donne l'impression de montrer tout, avec sa manière de filmer très frontale. Pourtant, il laisse aussi ouvert. Il n'explique pas, il laisse l'énigme de cette histoire, de ce gars qui tue et redonne la vie, alternativement.

    Tout converge vers ce mec, ce vagabond exorciste. La fille est attirée par lui, une mère de famille accourt le chercher pour qu'il sorte sa gamine de sa catatonie, la routarde nymphomane le hèle du bord de la route, un chien vient à sa rencontre, et forcément les gendarmes finissent par s'intéresser à lui... mais son mystère demeure, il ne peut être percé. Tout converge aussi parce que la mise en scène de Dumont rend sensible ces forces. Surtout grâce au travail sur le son. Ce son est celui de la respiration de l'homme qui marche, le bruit de ses pas et de ses gestes, celui du frottement de ses vêtements. Ainsi, même s'il se trouve éloigné de nous dans l'image, sa présence physique est affirmée.

    L'autre son marquant de ce film dénué de musique est celui du vent, enregistré directement, laissant comme une piste sonore mal nettoyée. Ce vent typique de ces bords de mer s'infiltre partout, balaie les dunes et évacue de l'écran les couleurs trop vives. Soumis à ce souffle, le paysage dunaire renvoie une lumière particulière, qui émane aussi des visages du gars et de la fille (David Dewaele et Alexandra Lematre sont admirablement dirigés et deviennent inoubliables). Hors Satan est sans doute le film le plus beau, plastiquement, qu'ait signé le cinéaste.

    Mais il n'en est pas moins perturbant. A cause notamment de cette balance constante entre la douceur et la violence, entre le sacré et le banal, entre la sordidité du fait divers et la nudité de la spiritualité. Et ce double mouvement ne cesse de s'accentuer jusqu'à la fin, en passant par une dernière demie-heure qui n'en finit pas de proposer des fins possibles, où Dumont tente des choses incroyables et parvient à désamorcer au fil de ses séquences des équations risquées (comme : femme = démon) en ne comptant que sur notre ressenti. Domptant toutes ces forces contradictoires, Hors Satan dégage une puissance cinématographique vraiment hors norme.

     

    horssatan00.jpgHORS SATAN

    de Bruno Dumont

    (France / 110 min / 2011)

  • L'horrible Docteur Orlof & Une vierge chez les morts vivants

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    Il est assez amusant de découvrir L'horrible Docteur Orlof après La piel que habito, tant la parenté entre les deux semble évidente. L'idée de base, celle du "savant fou" travaillant en secret pour trouver une "nouvelle peau" à sa femme, est exactement la même (on pense également, bien sûr, aux Yeux sans visage de Franju). Toutefois, autant le film d'Almodovar est une variation glacée, insidieuse et tournoyante, autant celui de Franco est une tentative expressionniste, directe et syncopée.

    Le recul vers un passé situé en 1912 et le choix du noir et blanc donnent un certain cachet esthétique à ce film, l'un des premiers signés par Jess Franco (puisqu'il semble être le 11ème d'une série, en cours, de 185 titres). Ambiances nocturnes et humides, orgues et percussions, cadrages déroutants à la Orson Welles... malaise, vertige et surprise sont recherchés. L'œuvre est construite autour de plusieurs fulgurances, au point que certains plans déboulent tout à coup, venus d'on ne sait où, comme celui qui nous donne à mater furtivement, sans préavis ni suite, une paire de seins gigotant sous des mains ennemies. Le montage est effectué à la hache. A l'intérieur même des séquences, nous avons l'impression de sauter d'un endroit à un autre, dans l'espace du film.

    Le récit souffre d'une alternance entre l'enquête ennuyeuse d'un inspecteur de police et les méfaits du Docteur Orlof tenant sous sa coupe un ancien condamné à mort aveugle mais d'une redoutable efficacité lorsqu'il s'agit d'enlever les jeunes femmes esseulées. Jess Franco n'hésite pas à emprunter des tunnels explicatifs longs comme la mort et à laisser dérouler des dialogues au ras du pavé luisant, dialogues à travers lesquels absolument tout est exposé, passé ou présent.

    Les femmes sont imprudentes, crient et meurent. Elles sont souvent portées à bout de bras, à la fois proies et déesses. Elles sont toujours belles. La fin est expédiée.

    Plus raide encore est Une vierge chez les morts vivants. Là, des prétentions artistiques à la Marguerite Duras s'installent dans un cadre narratif et une économie de série Z. Le film "raconte" l'histoire de Christina, jeune femme venant à la rencontre de membres de sa famille qu'elle ne connaît pas, dans un château inhabité. Bien vite, nous nous aperçevons, sans trop savoir si l'héroïne en est elle-même consciente ou pas, que ceux-ci sont tous, non pas des morts vivants, mais des fantômes, malgré leur apparence très charnelle. Soumise à des visions d'horreur et d'érotisme, Christina va perdre la raison et la vie.

    Jess Franco expérimente à tout va. Malheureusement, il le fait dans la répétition improductive. Chez lui, une séquence repose sur une idée de mise en scène (à partir de l'usage du zoom, souvent) reproduite jusqu'à son terme au fil des plans qui la compose, générant parfois un sentiment d'absurdité. Dès lors, le déroulement narratif, qui paraît totalement aléatoire, issu d'un scénario capricieux et informe, se voit entrecoupé par des moments de stagnation, des séquences figées ou tournant sur elles-mêmes selon l'effet qui y est répété. Comme dans L'horrible Docteur Orlof, nous est réservée une explication in extenso concernant un événement supposé s'être passé précédemment.

    Il faut admettre que quelques divagations ou déplacements au cœur de la nature ont leur beauté propre, même si ces passages sont souvent gâchés, à un moment ou à un autre, par un zoom inconcevable, un recadrage impromptu (sur un nénuphar ?!?), un tremblé, un raccord dont le qualificatif "faux" sonne encore trop faiblement pour en rendre compte correctement. Plus que les délires érotico-fantastiques mis en images, pas bien méchants, c'est donc bien ce "style" qui rend le film si bizarre et qui retient par conséquent d'en parler comme d'un navet absolu. A moins que ce ne soit l'abondance de jolies filles dénudées pour un oui ou pour un non par leur metteur en scène tout puissant.

    Je frémis tout de même à l'idée que ces deux DVD que l'on m'a gracieusement prêté renferment deux films parmi les plus réputés et donc probablement les meilleurs de Jess Franco (avec tous le respect que je dois, notamment, au descendant de l'Horrible Docteur)...

     

    franco,erotisme,fantastique,france,espagne,belgique,60s,70sfranco,erotisme,fantastique,france,espagne,belgique,60s,70sL'HORRIBLE DOCTEUR ORLOF (Gritos en la noche)

    UNE VIERGE CHEZ LES MORTS VIVANTS (ou CHRISTINA CHEZ LES MORTS VIVANTS ou CHRISTINA, PRINCESSE DE L'ÉROTISME)

    de Jess Franco

    (Espagne - France, Belgique - France - Italie - Liechtenstein / 90 min, 76 min / 1962, 1973)