Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

23.11.2007

Capitaine de Castille

(Henry King / Etats-Unis / 1947)

■■■□

926ee6529b10aad78fb386fe3c18f573.jpgDans les années 50/60, Henry King, qui était à la fin d'une prolifique carrière entamée au temps du muet, passait généralement pour un cinéaste académique ou au mieux pour un artisan consciencieux. Son oeuvre a par la suite été sérieusement re-évaluée par quelques critiques, certains le plaçant même auprès des plus grands réalisateurs de l'âge d'or hollywoodien. Il faudrait donc certainement voir un jour, au hasard, Le brigand bien-aimé (avec Henry Fonda et Tyrone Power en frères James), La cible humaine, Le cygne noir... , d'autant plus que ce Capitaine de Castille (Captain from Castile) aiguise particulièrement la curiosité. Ce film d'aventures se révèle même être, tout simplement, l'un des meilleurs du genre.

Dans l'Espagne du début du XVe siècle, nous voyons le beau Pedro de Vargas et toute sa noble famille tomber dans les griffes de l'Inquisition. La mort de sa jeune soeur, soumise à la "question", le pousse à se venger de leur tortionnaire, à s'évader et à partir, en compagnie de son ami Garcia et de Catana, une fille de taverne, pour le Nouveau Monde. Il participe donc à la Conquête, aux cotés de Cortez. Le récit, émaillé de nombreux rebondissements et empruntant quantité d'éléments au mélodrame, raccroche bien le film au genre. Plusieurs composantes lui donnent cependant une singularité affirmée. Dès l'introduction, une chasse à l'esclave à l'aide de deux molosses canins, il semble évident que l'ambiance ne sera pas festive. Henry King filme la quasi-totalité de son histoire en décors naturels, utilisant une magnifique lumière de fin du jour et des éclairages subtils pour les scènes intérieures. Le réalisme, le cinéaste l'obtient également par des petites touches comportementales (voyez le chuchotement charmeur que Cortez adresse en passant, en plein discours guerrier, à sa traductrice à propos de son collier), en dirigeant parfaitement ses comédiens, tous remarquables. Dans le rôle de Vargas, Tyrone Power, acteur fétiche de King, est d'une modernité étonnante. Sa mélancolie semble contaminer tout le film. Jean Peters (qui sera notamment La flibustière des Antilles de Tourneur) fait ici ses débuts à l'écran et a bien plus que son vertigineux décolleté à offrir. Le moment de la déclaration d'amour, brillamment reporté jusque là par King, arrive magnifiquement, passant par la mise à jour d'un sortilège et une danse sensuelle (rendue touchante par le fait que manifestement, les deux acteurs ne sont pas de grands danseurs, mais qu'ils arrivent à faire passer toute l'intensité de l'instant). Surtout, une séquence proprement sublime suit peu après. Dans l'attente d'une révolte indienne, scandée par les tambours environnants, Catana, Garcia et Vargas se reposent à l'ombre de leur habitation. Vargas, épuisé, s'endort dans les bras de Catana. Elle déclare alors à Garcia qu'elle porte dans son ventre un enfant de son homme, qui l'ignore encore pour l'instant, et lui fait part de ses espoirs. Une musique s'élève, le visage de Jean Peters s'illumine, mais les tambours sont encore bien perceptibles...

Cette inquiétude diffuse qui émanne des personnages, elle s'accorde avec le sentiment plus général de la perte d'une certaine innocence. La seconde guerre mondiale n'est terminée que depuis peu : l'arbitraire et la violence des exactions des inquisiteurs les rapprochent des nazis, comme le montre la scène saisissante de la mort de la soeur (composée entièrement sur la profondeur de champ, de l'inquisiteur de dos au premier plan, jusqu'à la petite porte du fond, d'où parviennent les cris de la malheureuse, et entre les deux, le père, la mère et le fils, immobilisés par les gardes et bientôt foudroyés en deux phrases sêches : "La fille s'est évanouie" puis "La fille est morte"). Sans les états d'âmes habituellement prêtés aux héros, Vargas accomplira sa vengeance brutalement, embrochant de son épée son adversaire désarmé, dans la pénombre de sa geôle. Quand le film aborde les rivages des Amériques (subitement, faisant l'économie du moindre plan de traversée), il insiste autant sur la grandeur des conquistadors que sur la bassesse de leurs motivations. Le personnage de Cortez (interprété par Cesar Romero) est à cet égard assez fascinant : militaire à la psychologie complexe, surtout attiré par les belles femmes et l'or de ses interlocuteurs.

Henry King oppose clairement la religion personnelle à celle qui se met au service d'un groupe totalitaire. C'est cette réflexion (et le réalisme historique et géographique) qui fait passer plus facilement les bondieuseries assénées par le personnage positif du prêtre accompagnant les conquistadors. De même, malgré le plan final, la Conquète n'est pas vraiment glorifiée. Certes, on voudrait que Vargas ouvre entièrement les yeux, rejette complètement l'imposture du christianisme, prenne conscience de la violence faite aux indigènes. Les scènes finales, aux rebondissements expédiés un peu trop vite (mais le film dure déjà plus de 2 heures), ne prennent pas ce chemin. Il n'empêche, aussi bien dans la bonne société espagnole que dans la glorieuse armée colonisatrice, quelque chose cloche, on l'a bien senti. Réelle intension du cinéaste ou interprétation personnelle ?

Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : king, etats-unis, aventures, 40s | |  Facebook | |  Imprimer

27.09.2007

Master and commander

(Peter Weir / Etats-Unis / 2003)

■■□□

a5ae7533441439480c412ab1ae7565d3.jpgMaster and commander retrace la course poursuite, pendant les guerres napoléoniennes, entre le commandant d'un vaisseau anglais et un corsaire français. J'avoue être sorti lessivé par les embruns, les tempêtes et les abordages. Le genre des aventures maritimes est certes modernisé mais Weir nous inflige toujours les ordres incompréhensibles criés d'un bout à l'autre du bateau toutes les cinq minutes, les réflexions sur le code de l'honneur et le sens du devoir. Septembre 2001 est tout proche, il faut donc aussi faire passer des allusions aux temps difficiles que traverse l'Amérique et à la nécessité de se serrer les coudes. Peter Weir sait mettre en images mais chaque scène doit absolument faire ressentir au spectateur une émotion au premier degré, tout doit être parlant. Cela simplifie grandement les problèmes psychologiques (Le cinéaste se retrouve bien loin de l'inquiétude de Picnic à Hanging Rock, voire même de ses films des années 80 avec Harrison Ford).

Notons également que marins et pirates du début du XIXe siècle se battent aussi efficacement que n'importe quel militaire moderne : la guerre est filmée toujours de la même façon, quelque soit l'époque abordée. Russell Crowe fait son travail. Les nombreux figurants s'activent tous très correctement dès que la caméra tourne et les panoramiques descriptifs font très "Musée de la Marine". Je pousse un peu, car il est vrai que l'on a rarement vu la vie sur un voilier de cette façon, en particulier la promiscuité incroyable. Dommage que le film soit trop violent pour mon petit, ce document sur la vie des pirates l'aurait intéressé.

Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : weir, etats-unis, aventures, 2000s | |  Facebook | |  Imprimer

08.08.2007

Tarzan, l'homme-singe

(W.S. Van Dyke / Etats-Unis / 1932)

■■□□

732a845f1349c174cc82a1ef3c70767b.jpgRevoir ce Tarzan, des années après, c'est replonger dans le cinéma hollywoodien des débuts du parlant. A cet égard, le film est passionnant en tant que symbole de cet art-là : simple, populaire, très "premier degré". Au-delà du jugement, une certaine nostalgie affleure : celle que l'on éprouve en se disant que l'on appartient sans doute à la dernière génération qui aura grandit aussi avec ces films-là. La télévision rejetant dorénavant toute diffusion de film ancien, nul doute que pour le jeune public actuel, Tarzan n'a plus les traits de Johnny Weissmuller ni Robin des Bois ceux d'Errol Flynn.

Techniquement, le début est très gênant. Transparences et raccords sont grossiers, telle la promenade de Jane et son père devant des tribus africaines. Cet abus d'écrans pour des scènes manifestement tournées en studio, si déroutant, autant broder dessus : cela matérialiserait donc le refus par les occidentaux du contact avec l'autre. Petit à petit, ils prendront conscience et intégreront le même plan que les animaux et les indigènes. Tarzan, lui, se bat avec de vrais fauves, dans le même cadre, et non à distance de fusil, aidé par les coupures du montage, à la façon des explorateurs repoussant l'attaque de leurs radeaux par les hippopotames.

Signe de l'époque, le racisme sous-jacent apparaît ça et là. Les Noirs sont traités comme des Indiens de western. La charge finale des éléphants sur le village des méchants pygmées, c'est la cavalerie qui arrive. Un dialogue énorme lorsqu'un porteur noir chute dans le vide entre deux explorateurs :

- Que contenait la malle ?

- Des médicaments !

- Pauvre diable...

- On ne peut plus rien pour lui.

Mais il reste, en plus du charme du primitivisme et de l'iconographie, la belle séquence centrale de l'enlèvement de Jane. L'impossibilité de l'échange par la parole et la fascination pour le sauvage sont remarquablement rendus. Ces moments de sensualité cristallisent ce fantasme d'une femme pour un corps fort et non civilisé. Pas d'extrapolation ici, revoyez le film : Jane s'offre et veut clairement se faire un homme-singe.

Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : van dyke, etats-unis, aventures, 30s | |  Facebook | |  Imprimer