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En couverture (#6)

Cahiers du Cinéma, n°500, mars 1996
Cahiers du Cinéma, n°515, juillet-août 1997

De Casino à Scream et de Martin Scorsese à Skeet Ulrich

par Phil Siné

(La Cinémathèque de Phil Siné)

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Mars 1996. Encore lycéen et toujours un peu short niveau argent de poche pour me payer ma séance de cinéma hebdomadaire d’une vingtaine de francs au Ciné-Lumière du coin, je trouvais quand même le moyen de m’offrir le numéro 500 événement des Cahiers du cinéma (50 nouveaux francs tout de même, une fortune à l’époque !), "dirigé par Martin Scorsese", que l’on retrouve d’ailleurs en costume et en noir et blanc sur la couverture… Si ce numéro se révèle en effet exceptionnel de part son invité de marque, il l’est aussi pour moi dans la mesure où c’était la toute première fois que j’achetais et que je lisais ce magazine de cinéma mythique ! Je me contentais jusqu’alors de la concurrence acharnée que se livraient les médiocres Première et Studio Magazine, toujours plein de jolies photos mais au contenu et à l’intérêt éditorial généralement bien maigre…

Sur près de 75 pages, le dossier sur l’un des réalisateurs que j’admirais le plus à l’époque (et qui accessoirement m’a donc pour la première fois convaincu de me convertir aux Cahiers) en jette carrément ! A l’occasion de la sortie de Casino ("Le gouffre aux chimères" pour le critique Nicolas Saada, "Un processus de démolition" selon Serge Toubiana), Scorsese se livre ici à un entretien fleuve passionnant, à travers lequel je prenais conscience de ce que c’était que de VRAIMENT parler cinéma et mise en scène ! Un peu plus loin, il évoque sa collaboration sans faille avec Robert DeNiro, passant au crible chacun des huit films qu’ils ont réussis à transformer en chef-d’œuvres ensembles… C’était bien avant l’aventure passionnée qu’il mènerait avec un autre grand acteur américain dans les années 2000 : Leonardo DiCaprio, qui allait justement devenir à l’époque selon certains critiques "le nouveau DeNiro" ! Au fil des pages toutes plus fascinantes les unes que les autres, le cinéaste parle de "notre génération", celle qu’il forme avec Francis Ford Coppola, Brian de Palma, Steven Spielberg ou encore George Lucas, avant d’interroger quelques réalisateurs de la "nouvelle génération" à travers cinq questions pertinentes : John Carpenter, Abel Ferrara, Alain Resnais, John Woo, Takeshi Kitano se livrent, entre autres, à l’exercice…

Mais Scorsese, non content de livrer des clés de sa propre cinématographie, se lance également dans une évocation passionnée de sa cinéphilie la plus intime ! "Je me souviens qu’enfant, on m’emmenait au cinéma et que ma première sensation fut de pénétrer dans un monde magique." Des souvenirs intimement liés à l’histoire du cinéma et des références par dizaines : de Duel au soleil aux Chaussons rouges, du Magicien d’Oz au Troisième homme… John Ford, Orson Welles, John Cassavetes, Alfred Hitchcock, Jean Renoir, les noms défilent, tous impressionnants, au fil des pages… "J’ai toujours pensé que le film représente la réponse à une vieille question que se pose l’humanité : le désir de partager une mémoire commune, un héritage" : Scorsese m’expliquait pourquoi j’étais alors en train de devenir le cinéphile que je suis aujourd’hui !

Une quinzaine de mois plus tard, par un bel après-midi de juillet, alors que je sortais tout excité d’une séance quasi déserte de Scream, j’achetais dans un kiosque le numéro 515, parce que la couverture exhibait ce beau garçon dont j’étais tombé amoureux au cours de la projection : Skeet Ulrich, que l’on voit enjamber la fenêtre de l’adolescente Neve Campbell, dont le personnage de Sidney allait nous faire "hurler" jusqu’en 2011 pour un quatrième volet de la saga encore bien vert ! Outre mon goût déjà prononcé pour les garçons un peu psychopathes (Ulrich incarne l’un des tueurs du film), cet achat me révélait aussi que les Cahiers du cinéma pouvaient trouver le cinéma de genre intelligent et ambitieux, assumant parfaitement une cinéphilie de la marge : pour leur aisance à passer sans complexe de Martin Scorsese à Wes Craven, je sus alors à cet instant précis qu’une grande histoire d’amour se nouait entre la "revue mythique" finalement très accessible et moi...

 

(Publié le 03/06/2012)

 

Précédents numéros :

Principe

#1, LE MASQUE D'ARGILE DE TIM ROBBINS (Positif, n°377, juin 1992) par Edouard Sivière

#2, LE DOSSIER EASTWOOD (Cahiers du Cinéma, n°674, janvier 2012) par David Davidson

#3, SANDRINE BONNAIRE, UNE FLEUR ROSE DANS LES CHEVEUX (Cahiers du Cinéma, n°353, novembre 1983) par Jean-Luc Lacuve

#4, JAMES STEWART, L'HOMME DE MAINS EN COUVERTURE (Cahiers du Cinéma, n°356, février 1984 / Positif, n°509-510, juillet-août 2003) par Vincent - Inisfree

#5, EN AVANT, JEUNESSE (Cahiers du Cinéma, n°204, septembre 1968) par Griffe

Écrit par Edouard S. Lien permanent | Commentaires (0)

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