Depuis la fin de l'année dernière, que ce soit au cinéma ou dans les lecteurs dvd, le couple Varda-Demy est à la fête. Saisissons donc l'occasion pour faire un bref survol de leur carrière respective, en commençant par Madame.
Agnès Varda a le goût du coq-à-l'âne. Cela se ressent à l'intérieur de chaque film mais aussi d'une oeuvre à l'autre, avec les déceptions que cela peut induire. J'étais ainsi complètement passé à côté du Bonheur, incapable de comprendre les choix esthétiques de la cinéaste. Mais le premier que j'ai vu d'elle doit être Sans toit ni loi. J'ai le souvenir, peut-être faussé, d'un film froid et sec, à l'image du climat qui enserre ses dernières séquences.
Ses fictions commémoratives (Les cent et une nuits), ses portraits (Jane B par Agnès V) et ses hommages à Demy (à l'exception du très beau et plus "reserré" Jacquot de Nantes) ont le charme et les limites du bricolage amusé. Mes réticences face aux récentes Plages d'Agnès viennent de là, accentuées par l'impression de redîte (il faut dire aussi qu'Agnès Varda est devenue, passé l'échec des Cent et une nuits, intouchable, le moindre de ses travaux prenant inévitablement, dans la presse, des allures de chef-d'oeuvre de sensibilité et d'invention).
Les documentaires où elle part à la rencontre des autres, ne laissant passer sa propre biographie que par les interstices, sont en revanche bouleversants et donnent de passionnantes photographies de la société (Daguerréotypes, les deux Glaneurs, Noirmoutier).
Reste Cléo, celle qui fait oublier tous les autres. Je pourrai refaire le trajet indéfiniment aux côtés de Corinne Marchand dans ce film à la musicalité extraordinaire, dans ce Paris si vivant, capté sur le vif ou balayé de merveilleux travellings. Oeuvre à la fois inquiète et joyeuse, Cléo de 5 à 7 est la plus belle ode à la déambulation et à la rencontre amoureuse que je connaisse.
Mes préférences, donc :
**** : Cléo de 5 à 7 (1961)
*** : Daguerréotypes (1975), L'une chante l'autre pas (1977), Jacquot de Nantes (1991), Les glaneurs et la glaneuse (2000), Deux ans après (2002), Quelques veuves de Noirmoutier (2006)
** : Murs murs (1981), Sans toit ni loi (1985), Jane B par Agnès V (1987), Les demoiselles ont eu 25 ans (1993), Les cent et une nuits (1994), L'univers de Jacques Demy (1995) et quelques courts-métrages (Oncle Yanco, 1967, Lesdites Cariatides, 1984)
* : Le bonheur (1964), Les plages d'Agnès (2008)
o :
Pas vu : La pointe courte (1956), Les créatures (1966), Lion's love (1970), Documenteur (1981), Kung-fu master (1987)
N'hésitez-pas à faire partager les vôtres...
Quittant la réserve où ils sont confinés, un groupe d'indiens Guarani décide de reprendre possession des terres dont leurs ancêtres ont été chassés. Ils installent donc un campement de fortune en bordure d'un vaste champ cultivé, propriété d'un riche fermier de la région. D'autres indigènes se joignent à eux. Malgré les tensions, des liens se tissent avec les gardes, les ouvriers ou la fille du patron, mais l'intransigeance de ce dernier demeure.
Khmyr est un jeune paysan survivant misérablement dans la Russie tsariste, aux côtés de sa femme. A la recherche d'un bonheur illusoire, il pense voir enfin la chance lui sourire en tombant par hasard sur un porte-monnaie bien rempli. Mais la belle récolte qu'il peut ensuite produire grâce à ce petit pécule est vite réduite à néant après le passage des oppresseurs de tout type, réclamant taxes et impôts : militaires, fonctionnaires, ecclésiastiques. Construisant alors son propre cercueil, Khmyr se voit même nié le droit de se donner la mort. Des années plus tard, on le voit brisé au point de ne pas pouvoir profiter des bienfaits de la révolution communiste. Pris pour un fainéant alors que sa femme, grande travailleuse, fait les beaux jours d'un kolkhoze où tout n'est que joie et abondance, il ne parvient pas à s'adapter. Les camarades en viennent même à le renvoyer, après lui avoir maintes fois laissé sa chance. Khmyr finira pourtant par prouver sa valeur en déjouant la énième tentative malfaisante d'un vieux profiteur.
Victor tombe à son réveil sur une lettre de sa femme lui annonçant qu'elle le quitte. Le temps de mettre ses enfants dans le train pour des vacances d'hiver avec Mamie, il se retrouve au bureau où une seconde lettre l'attend, celle de son licenciement. Victor va donc passer son temps à chercher dans son entourage une oreille attentive, mais chacun sera trop absorbé par ses propres problèmes. Seul Michou, pauvre gars de Saint-Denis, pas très fin et pot de colle, rencontré dans un bar, saura l'écouter vraiment et, en retour, lui fera prendre conscience de ses défauts.