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  • Cahiers du Cinéma vs Postif (1984)

    Suite du flashback.

     

    cdc359.jpgPOS276.JPG1984 : La consultation des couvertures et des sommaires de l'année permet de découvrir une nouvelle fois de nombreux points de convergence entre les deux revues rivales. A l'occasion des sorties de leurs films respectifs, Maurice Pialat, Philip Kaufman, Francis Ford Coppola (Rusty James), Sergio Leone, Wim Wenders, Jerzy Skolimowski, Milos Forman, Michael Radford se voient gratifiés de chaque côté d'un entretien et/ou d'une étude en bonne place.
    Les Cahiers publient les propos de Georges Rouquier (Biquefarre), de Jacques Doillon (La Pirate), de Michel Serrault, de James Stewart, de Jane Birkin, de Catherine Deneuve et du directeur de la photographie Giuseppe Rottuno. Charles Tesson écrit sur Sacha Guitry, Pascal Bonitzer sur Frank Capra. A la fin de l'année, sont publiés plusieurs papiers relatant les tournages des films de Paul Schrader, Jacques Rivette, Eric Rohmer, Jean-Marie Straub, Youssef Chahine, Claude Chabrol et Jean-Luc Godard. Enfin, on note une rencontre Garrel-Carax.
    Pendant ce temps, Positif fait le point sur le cinéma britannique contemporain, rend hommage à Robert Aldrich et George Cukor, organise une nouvelle "Semaine" (présentant, entre autres films inédits, Angelo, my love de Robert Duvall et Le Sud de Victor Erice), concocte un dossier Fellini (Et vogue le navire) et des ensembles sur Preston Sturges, Alfred Hitchcock, Douglas Sirk et Fritz Lang. Hubert Niogret présente Mikio Naruse, Robert Benayoun s'entretient avec Woody Allen (à propos de Broadway Danny Rose), Vincent Amiel s'intéresse aux vidéo-clips. La revue publie un long échange entre Marcel Ophuls et Jack Lang, alors ministre de la culture. Au-dessous du volcan de John Huston, Nostlaghia d'Andreï Tarkovski et Maria's lovers d'Andreï Konchalovsky font également partie des films défendus.

    Janvier : A nos amours (Maurice Pialat) & Prénom Carmen (Jean-Luc Godard) (Cahiers du Cinéma n°355) /vs/ Nuages flottants (Mikio Naruse, Positif n°275)

    Février : Fenêtre sur cour (Alfred Hitchcock, C356) /vs/ Meurtre dans un jardin anglais (Peter Greenaway, P276)

    Mars : A mort l'arbitre ! (Jean-Pierre Mocky, C357) /vs/ Polar (Jacques Bral, P277)

    Avril : L'étoffe des héros (Philip Kaufman, C358) /vs/ Carmen (Francesco Rosi, P278)

    Mai : Il était une fois en Amérique (Sergio Leone, C359) /vs/ Un dimanche à la campagne (Bertrand Tavernier, P279)

    Juin : Paris, Texas (Wim Wenders, C360-361) /vs/ Under fire (Roger Spottiswoode, P280)

    Eté : --- /vs/ Le succès à tout prix (Jerzy Skolimowski, P281-282)

    Septembre : "Made in Hong-Kong" (Zu : les guerriers de la montagne magique, Tsui Hark, C362-363) /vs/ Paris, Texas (Wim Wenders, P283)

    Octobre : Les nuits de la pleine lune (Eric Rohmer, C364, ) /vs/ L'amour à mort (Alain Resnais, P284)

    Novembre : Amadeus (Milos Forman, C365) /vs/ Amadeus (Milos Forman, P285)

    Décembre : Stranger than Paradise (Jim Jarmusch, C366) /vs/ 1984 (Michael Radford, P286, )

     

    cdc366.jpgPOS285.JPGQuitte à choisir : Forman et Wenders font logiquement le doublé et l'équilibre se fait entre Naruse et Hitchcock, Pialat et Bral, Jarmusch et Greenaway, Rohmer et Resnais, Kaufman et Radford. Pour moi, s'équilibrent aussi, en milieu de tableau le Mocky et le Tavernier, et en bas de l'échelle, le Tsui Hark et le Rosi. Même Godard et Skolimowski pourraient être mis en vis-à-vis (je ne connais ni l'un ni l'autre de leurs titres de l'année). Alors quoi, match nul ? Non, car Positif a commis en juin l'impardonnable faute de goût de mettre en couverture l'estimable Under fire à la place du chef d'œuvre de Leone. Allez, pour 1984 : Avantage Cahiers.

     

    A suivre...

    Sources : Calindex & Cahiers du Cinéma

  • Baby Cart 1 & 2

    Baby Cart : Le sabre de la vengeance (Kozure Okami : Ko wo kashi ude kashi tsukamatsuru) (Kenji Misumi / Japon / 1972) ■□□□

    Baby Cart : L'enfant massacre (Kozure Okami : Sanzu no kawa no ubaguruma) (Kenji Misumi / Japon / 1972) ■□□□

    babycart.jpgBon, je n'aime pas beaucoup ça...

    Le premier volet de la série, afin de poser les bases, est laborieusement charcuté pour intégrer le long flash-back nous éclairant sur ce qui a poussé le grand samouraï Ogami Itto à devenir un mercenaire errant avec son enfant en landau. Ainsi, le récit principal, réduit à la portion congrue, n'avance jamais et le mot "fin" arrive en laissant un goût d'inachevé. Est-ce pour mieux façonner les caractères et déployer une narration plus ample par la suite ? Absolument pas. Le deuxième film reprend le schéma qui sera, semble-t-il, reproduit dans toute la série : le héros monnaye ses talents de bretteur à travers le pays pour quelque mission dangereuse alors que, dans le même temps, des hommes de main au service du clan qui veut sa mort s'acharnent sur lui.

    Ici, tout est au-delà de la caricature, jusqu'au ridicule pour ce qui est des personnages. Comment deviner l'issue d'un affrontement ? Celui qui grimace sans cesse est le méchant, il finira coupé en deux. Celui qui reste impassible est le bon, il s'en sortira en un éclair. Trouvant leur origine dans un célèbre manga, les films illustrent des cases sans aucun souci de progression dramatique. L'effet le plus désagréable est ressenti lors de la séquence interminable et effectivement cartoonesque des traquenards successifs tendus au samouraï, le long d'un seul chemin, par un groupe de ninjas féminins.

    Misumi pousse ainsi le film de sabre vers la parodie, tout en se prenant très au sérieux et c'est, je pense, cette position intenable qui me dérange. Rions avec les connaisseurs qui se repaissent du second degré et laissons les spectateurs basiques se satisfaire du premier... Le recours au gore se fait dans le même état d'esprit : en fonction du public, l'hyper-violence peut rebuter ou faire rire. Il est toujours possible de laisser flotter cette incertitude, mais au moins, celle-ci doit déboucher sur une réflexion, être intégrée au discours produit par le film, ce qui n'est pas le cas ici. De la même façon, Misumi expérimente constamment dans les cadrages, le rythme, la lumière et la bande-son mais se moque-t-il du cinéma moderne ou veut-il en faire partie ?

    Forcément, au milieu de ce feu d'artifice aussi vain que désordonné, il est arrivé qu'une idée, une composition, plus rarement une scène entière (celle du combat autour du puits dans le deuxième épisode, par exemple), me plaisent. Mais je ne peux guère m'intéresser à ce type d'ouvrage exclusivement pensé en termes de "trucs" de mise en scène ou de scénario.

    Arte a diffusé ces jours-ci les six épisodes de la série. Epuisé au bout du deuxième, j'ai déclaré forfait pour le reste...

  • Lazybones

    (Frank Borzage / Etats-Unis / 1925)

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    lazybones.jpgLazybones, "le paresseux", est un jeune homme vivant avec sa mère dans une petite bourgade des Etats-Unis. Il est surnommé ainsi notamment par les voisins plus aisés, qui ne voient en lui qu'un bon à rien. Suite à un concours de circonstances, notre homme vient à adopter un bébé, celui que lui a confié, déséspérée, Ruth, la sœur de sa propre petite amie, Agnes. Il élève donc Kit, cette petite fille, tout en gardant le secret de ses origines et acceptant par conséquent de voir Agnes s'éloigner de lui. Les années passent, jusqu'à ce qu'il parte à la guerre en 1917 et en revienne pour se retrouver face à Kit, devenue une belle jeune femme.

    L'introduction du récit et quelques gags récurrents entraînent vers la comédie, le scénario tient plutôt du mélodrame, la géographie et l'humeur sont celles de la chronique rurale, l'ensemble est une petite merveille d'équilibre, tantôt souriante, tantôt bouleversante.

    L'art de Borzage peut déjà s'apprécier à travers le traitement du personnage de Lazybones. Puisque tous, à l'exception de sa mère, le prennent pour un fainéant, nous nous attendons, selon la convention, à ce qu'un coup d'éclat démontre le contraire à l'ensemble de la population. Or, au lieu d'opérer un retournement mécanique du point de vue, Borzage reste dans la continuité, laissant Lazybones garder son attitude de retrait tout en faisant sentir que celle-ci n'a rien de contradictoire avec le maintien d'une droiture et d'une détermination morales. Ainsi, le sauvetage de Ruth emportée par les eaux se fait sans témoins et l'acte héroïque effectué sur le front résulte d'un petit accident. Si l'homme est jugé avec condescendance par ses concitoyens, le spectateur, lui, accepte entièrement sa manière d'être.

    Ce film solaire (seules la scène de guerre et celle du bal, lors de laquelle se brise le dernier espoir de Lazybones, se déroulent de nuit) est d'une simplicité d'exécution confondante. Le jeu des comédiens est d'une justesse constante (une habitude chez Borzage), prolongé qu'il est par de multiples détails. A son retour, non annoncé, du front, Lazybones prend tout son temps pour traverser son petit jardin et franchir le seuil de sa maison afin de retrouver sa mère et sa fille adoptive. Cette suspension permet de laisser passer une vibration, une émotion qui se mêle à un effet de vérité, et dans le même temps, elle consolide encore le récit en jouant sur la "lenteur" reprochée au héros et en apportant une nouvelle variation au gag du portail, ici enfin réparé.

    Il y a ainsi derrière l'apparente simplicité de la mise en scène de Borzage, tant de choses qui résonnent... On peut citer encore, à ce titre, la dernière séquence du film qui nous montre un Lazybones vieillissant s'adonner une nouvelle fois à son loisir préféré, la pêche. Un clin d'œil est adressé au spectateur puisque le héros finit par tomber comiquement à l'eau mais la scène provoque également une émotion délicate par le retour à l'exact endroit (cadré de manière identique) où l'événement déclencheur du drame s'était réalisé, des années plus tôt. Là où l'on pouvait s'attendre à un certain dénouement, les retrouvailles tardives de Lazybones et d'Agnes, cette fin reste ouverte.

    Entre-temps, se seront écoulés plus de vingt ans. Si les transitions entre les différentes phases du récit sont remarquables, le passage du temps sur les personnages ne se fait pas de façon totalement homogène, certains paraissant parfois trop vieux ou trop jeunes. Autre petite faiblesse, la dernière partie du film prend un étrange tour incestueux, avec des réactions plus prévisibles. Ces menues réserves sont cependant loin de porter ombrage au reste, à l'interprétation magnifique de Buck Jones ou de Zasu Pitts (quelle expressivité chez cette dernière !), au dosage parfait élaboré par le cinéaste entre l'humour et le sublime (de nombreuses séquences sont réellement déchirantes, sans jamais en rajouter dans le pathos et Lazybones, en consolant sa fille adoptive trouve les mots qui résument tout : "La mort, c'est simple... les gens sont fatigués... ils sont juste rappelés").

    Lazybones est un très beau Borzage (ce qui a tout l'air d'être un pléonasme, que l'on se place n'importe où dans la période 1925-1940 du cinéaste).

  • Country teacher

    (Bohdan Slama / République Tchèque - France - Allemagne / 2008)

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    country1.jpgBohdan Slama semble avoir retrouvé, en partie, le secret du cinéma tchèque (ou tchécoslovaque) des années soixante (à moins que celui-ci n'ait jamais été perdu, mais de cela il est bien difficile de juger, compte tenu de la distribution en France pour le moins limitée des œuvres de cette contrée). Country teacher (Venkovsky ucitel), troisième long-métrage du cinéaste, possède ainsi un charme qui renvoie aux sensations éprouvées devant les films de Forman, Passer, Menzel ou Jires. Ce charme provient de la douceur de la lumière naturelle, de l'approche sensible des êtres humains, de l'étude souriante des qualités et des défauts des diverses populations, du goût pour la musique, l'alcool et les fêtes improvisées jusqu'au petit matin. En faisant de son héros un professeur d'école ayant quitté Prague pour s'installer à la campagne, Bohdan Slama semble tout d'abord nous proposer une chronique de village, l'observation d'un milieu particulier à travers les yeux d'un personnage déplacé, en retrait, entre bienveillance et tristesse.

    Slama opère discrètement, tournant autour des comédiens lors de plans-séquences enveloppants. Sans ostentation, la caméra glisse, parfaitement calée sur le rythme des dialogues et des gestes et c'est comme par hasard si le cadre dévoile à certains moments des perspectives inattendues. Ces ouvertures sur le paysage arrivent sans effort visible, dans la continuité de ce qui est donné à voir au premier plan. La rareté de la musique, laissant la place aux bruits de la campagne, accentue l'impression de calme. Progressivement, cependant, l'accompagnement musical va se faire plus important, entraînant dans son sillage une gravité certaine.

    Une conversation entre le directeur de l'établissement et le professeur laissait sous-entendre que le choix de mutation de ce dernier pouvait être dû à une raison peu avouable. Mais de secret, il n'y en a plus  au bout d'une demie-heure. Bohdan Slama place en effet, en cet endroit assez étrange du point de vue narratif, une séquence familiale explicative. La légèreté de ton employé jusque là se trouve alors quelque peu encombrée par plusieurs dialogues appuyés. Le film en son entier se voit soudain lesté de psychologie et va dès lors constamment flirter avec le danger d'être aspiré par son sujet puisque tout s'articule, à partir de là, autour du problème de mœurs qui nous a été dévoilé.

    A la liberté narrative que l'on nous a fait miroiter, à une certaine suspension de la marche du temps et des événements, se substitue donc une trame déroulée de manière un peu trop volontariste. Certes, nous restons le plus souvent dans l'énonciation à demi-mots mais le "vouloir dire" du cinéaste transparaît trop aisément. Son sujet a tendance à faire écran et le symbolisme des derniers plans, bien que véhiculé avec une retenue stylistique appréciable, lasse au lieu de transporter. Trop évident apparaît ainsi l'écho formulé en reprenant à la fin l'une des séquences introductives. Le professeur avait, devant ses élèves, élaboré une réflexion à partir d'une coquille d'escargot, une coquille vide, à l'image de sa vie sociale et affective. Passées bien des épreuves, il leur présentera plus tard la même chose mais en insistant cette fois-ci sur la merveilleuse capacité qu'à la nature à créer des êtres toujours absolument différents les uns des autres.

    Cet acceptation de soi et des autres passe par un enchaînement bien connu : faute, culpabilité, expiation, pardon. Le lourd débat de société n'est pas très loin, qui pourrait s'appuyer sur cette description d'une conduite particulière débouchant sur un dilemme moral. Finalement, c'est surtout cela qui fait de cet estimable Country teacher un film d'aujourd'hui et non de 1965.

     

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