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En couverture (#12)

Cahiers du Cinéma, n°458, juillet-août 1992

Ma vie en revue(s)

par le Dr Orlof

(Le journal cinéma du Dr Orlof)

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Je ne me souviens pas avoir ressenti un jour un choc précis en découvrant la couverture d’une revue de cinéma. Rien, du moins, qui aurait pu me faire adhérer d’un bloc à une communauté d’esprit ou à l’une de ces chapelles qui font le charme de l’histoire de la cinéphilie.

Je dois même avouer que si l’aimable hôte de ces lieux ne nous avait pas expressément imposé un choix entre Cahiers du cinéma et Positif, j’aurais volontiers sélectionné aujourd’hui la couverture du n°45 de Mad Movies de Janvier 87.

Jeune adolescent, je ne m’intéresse qu’à l’horreur et au fantastique. Si ce numéro consacré exclusivement au festival d’Avoriaz me semble encore déterminant aujourd’hui, c’est que j’y retrouve à la fois mon goût pour un genre qui marqua mes débuts cinéphiles mais également la découverte de deux cinéastes qui imprimèrent dans mon esprit une empreinte durable : David Lynch (qui présentait alors Blue velvet) et David Cronenberg (qui venait de réaliser le magnifique La mouche). Toutes ces "années Mad Movies" me permirent à la fois d’assouvir une boulimie de cinéma "mal-élevé" (films "gore", séries Z…) et de découvrir qu’au sein même de ce genre, on pouvait aussi distinguer des "auteurs" (outre les deux David, je me passionnai alors pour des gens comme John Carpenter ou Wes Craven).

Je me souviens également d’une très belle notule de Jean-Pierre Putters sur Trop belle pour toi de Bertrand Blier, film vu au cinéma et adoré. Le critique concluait son papier en disant que par sa forme même, le cinéaste parvenait à rejoindre le rivage de ce genre fantastique aimé.

J’ai alors 17 ou 18 ans et je commence à m’intéresser à cet autre type de fantastique qui me conduira vers le surréalisme de Buñuel ou les déconstructions formelles de Godard.

Par ailleurs, la revue m’ennuie lorsqu’elle consacre des dizaines de pages à de gros blockbusters. Je n’aime pas (déjà !) les films de Verhoeven (Robocop, Total Recall) ni le premier Batman et je capitule lorsqu’un numéro est consacré presque exclusivement à Terminator 2.

Ma cinéphilie s’élargissant, j’essaie d’autres revues. Je m’abonne à Starfix (en 1990, si je me souviens bien) et je gagne, par le biais d’un jeu, un abonnement de six mois à Première, magazine que je n’aimerai finalement jamais. Manque de chance, après deux ou trois numéros reçus (je me souviens encore de l’accueil dithyrambique de King of New-York de Ferrara), Starfix interrompt sa publication.

Par chance, mon abonnement se poursuit et je reçois alors la revue qui m’a sans doute le plus marqué : La revue du cinéma. Je commence avec le n°471 (de mai 1991) qui propose alors un grand dossier sur un cinéaste que je ne connaissais pas : Pascal Thomas. Ce qui caractérise cette revue (qui se prolongera après 1992 sous le titre Le mensuel du cinéma : c’est ici que débutera un certain Jean-Marc Lalanne), c’est son éclectisme et la diversité des plumes qui y écrivent. J’y retrouve avec joie des spécialistes du fantastique et du cinéma "bis" (Philippe Ross, Jacques Zimmer, Gérard Lenne) tandis que d’autres me familiarisent avec le cinéma d’auteur le plus exigeant (Raphaël Bassan reste sans doute celui qui me marqua le plus). Les dossiers sur les cinéastes de cette revue me passionnent et j’aime cette manière qu’ont les rédacteurs de parler de TOUS les films (en achetant aux puces des vieux numéros, j’aurai l’occasion de vérifier que La revue du cinéma fut la seule à recenser et critiquer systématiquement tous les films X, par exemple, ou ceux de kung-fu sous la plume d’Yves Alion).

Au début des années 90, ma cinéphilie devient plus "pointue" (je suis fasciné par les œuvres, invisibles pour un provincial comme moi, de Garrel ou de Rivette) et j’achète occasionnellement des numéros des Cahiers du cinéma.

 Même si les goûts se forgent petit à petit et qu’il est difficile de dater précisément à quel moment les choses "basculent", je dois dire que la diffusion sur France 3 en 1992 d’Itinéraire d’un ciné-fils de Pierre-André Boutang m’a durablement marqué. Je découvre alors Daney, sa pensée lumineuse, son sens de l’humour et son incroyable intelligence. Après l’émission, je me précipite en bibliothèque pour lire des textes de son Ciné-journal ou du Salaire du zappeur. Je suis conquis mais le critique meurt quelques mois après du sida.

J’achète alors le numéro spécial que lui consacrent les Cahiers du cinéma des mois de juillet/aout 1992 (le 458). Je constate avec stupéfaction l’influence que le penseur a pu avoir pour les critiques mais également son rôle auprès des cinéastes du monde entier venus lui rendre hommage (Straub, Duras, Oliveira, Wenders, Garrel et tant d’autres). Même si à l’époque, je me sens encore assez loin de ces textes pointus sur le cinéma, je réalise alors que les Cahiers et les cinéastes invités constituent la véritable "famille" de cet homme que je viens de découvrir et que j’admire : Serge Daney.

Je m’abonnerai à la revue un peu plus tard (en septembre 1993, avec le numéro 471 et Depardieu chez Godard en couverture). Je pesterai lorsque la revue consacrera des dizaines de pages à la Coupe du monde de football de 1998, je hurlerai lorsqu’ils classeront Loft story dans les 10 meilleurs « films » de l’année, je m’éloignerai davantage d’eux lorsqu’ils parleront plus de séries, de jeux vidéos et d’Internet que de cinéma ; enfin je résilierai mon abonnement lorsque Jean-Michel Frodon deviendra rédacteur en chef et citera tous les mois Benoît Jacquot et Olivier Assayas ou tentera de lancer le concept de « cinéma subtil » avec Emmanuel Burdeau.

Malgré tout, depuis ce numéro "spécial Daney", j’ai toujours l’impression d’appartenir à cette "famille Cahiers". Les gens qui m’agaçaient sont partis (je ne citerai pas de noms !), de nouvelles plumes stimulantes sont arrivées (Jean-Sébastien Chauvin, Nicole Brenez, Stéphane du Mesnildot et notre ami Joachim Lepastier) et j’ai repris mon abonnement (je devrais recevoir mon premier numéro le mois prochain)

Il m’arrivera sans doute encore de râler contre certains papiers mais l’essentiel est que l’aventure continue…

 

(Publié le 16/02/2013)

 

Précédents numéros :

Principe

#1, LE MASQUE D'ARGILE DE TIM ROBBINS (Positif, n°377, juin 1992) par Edouard Sivière

#2, LE DOSSIER EASTWOOD (Cahiers du Cinéma, n°674, janvier 2012) par David Davidson

#3, SANDRINE BONNAIRE, UNE FLEUR ROSE DANS LES CHEVEUX (Cahiers du Cinéma, n°353, novembre 1983) par Jean-Luc Lacuve

#4, JAMES STEWART, L'HOMME DE MAINS EN COUVERTURE (Cahiers du Cinéma, n°356, février 1984 / Positif, n°509-510, juillet-août 2003) par Vincent - Inisfree

#5, EN AVANT, JEUNESSE (Cahiers du Cinéma, n°204, septembre 1968) par Griffe

#6, DE CASINO À SCREAM ET DE MARTIN SCORSESE À SKEET ULRICH (Cahiers du Cinéma, n°500, mars 1996 / Cahiers du Cinéma, n°515, juillet-août 1997) par Phil Siné

#7, UN PUBIS EN VITRINE (Positif, n°542, avril 2006) par Fabien Baumann

#8, LE VISAGE DE YUN JUNGHEE (Positif, n°595, septembre 2010) par Oriane Sidre

#9, JAUNE ROHMER (Cahiers du Cinéma, n°322, avril 1981) par Buster

#10, DES COUVERTURES ET TROIS COULEURS : LE BLEU ET LE NOIR, AVEC UN PETIT PAN DE JAUNE par Pascal Manuel Heu

#11, SPÉCIAL CARAX (Cahiers du Cinéma, supplément au n°448, octobre 1991) par Ludovic Maubreuil

Écrit par Edouard S. Lien permanent | Commentaires (0)

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