Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

80s - Page 2

  • La Messe est finie (Nanni Moretti, 1986)

    ***
    Moretti convertit l'essai Bianca, pas totalement abouti à mes yeux, dans lequel il commençait à prendre de la distance avec la dimension éminemment autobiographique de ses premiers films. Il choisit d'abord le contre-pied dans sa composition d'un personnage a priori calme et non violent, à l'opposé des précédents. Mais le doute, l'angoisse, le poids de la solitude le rattrappent vite, assombrissant le film, finalement aussi désenchanté que les autres. Aussi drôle également, notamment grâce aux brusques changements de vitesse dont est capable Moretti acteur dans un même plan. Le sujet rapproche La Messe est finie du Nazarin de Bunuel : un prêtre veut faire le bonheur de son entourage et enregistre échec sur échec. La mise en scène en apparence simple de Moretti fait d'autant plus merveille ici qu'elle vient en appui d'une narration bien plus serrée qu'auparavant. Prêt pour les grands films à venir. 

  • Opéra (Dario Argento, 1987)

    **
    "Dernier grand film" ou "catastrophe restée justement inédite" ? Opéra n'est finalement pas si mauvais que ça. Il a son intérêt, et par moments, sa beauté, entre deux aberrations (ou deux idioties : ces réactions des personnages après chaque meurtre, franchement). En fait, il n'est pas trop inférieur aux si fameux titres argentesques des 70s. Son absence d'enjeu lui donne son charme, le fait que tout cela ne rime à rien le rendrait presque fascinant. Argento s'épuise à se tenir trop longtemps et trop souvent à ses principes voyants de mise en scène, jusqu'à l'absurde (à ce point là, peut-on vraiment parler de "caméra subjective" ?) mais lorsqu'il arpente sans pouvoir s'arrêter un décor au son de Verdi, c'est assez beau. Quand il met du métal sur les images de meurtre, en revanche, ça l'est moins. Cristina Marsillach n'était peut-être pas la meilleure actrice du moment mais elle est très agréable à regarder, qu'elle soit, ou pas, en souffrance. 

  • Goshu le violoncelliste (Isao Takahata, 1982)

    **
    Un petit conte moral sur l'abnégation et l'ouverture d'esprit nécessaires à un jeune musicien pour atteindre l'excellence au sein d'un orchestre. Destiné avant tout aux enfants, ce Takahata est cependant représentatif d'un style, qui n'hésite pas à mêler plusieurs techniques de dessin, et de préoccupations, qui sont liées au quotidien, aux petites choses, aux histoires à échelle réduite. Le film est court mais certaines séquences, qui font intervenir successivement des animaux, sont longuettes. En revanche, c'est une belle approche de la musique, non simplifiée (de façon réaliste, la différence entre une exécution parfaite et une moins bonne n'est guère perceptible par l'oreille du non-musicien) et dont les correspondances visuelles sont bien trouvées par le cinéaste. 

  • Arizona Junior (Joel & Ethan Coen, 1987)

    ***
    Peut-être le fait de le revisiter régulièrement accentue-t-il l'impression (et encore, ce n'est pas énorme, trois ou quatre visionnages sur, déjà !, 32 ans) mais le 2ème Coen apparaît décidément remarquablement cohérent. Miraculeusement, même, peut-on dire, tant les références, clins d'œil, hommages et influences qu'il brasse sont nombreuses. Un univers est créé immédiatement sous nos yeux, dans ce coin désertique d'Amérique, grâce, entre autres, au fameux (long) prologue, irrésistible et ébouriffant. La réussite tient en particulier à l'écriture (on a tendance à l'oublier, pensant d'abord le cinéma des deux frères en termes d'images), qui donne une œuvre certes à l'apparence plaisamment "déjantée" mais restant finalement très tenue jusque dans ses explosions. Le rythme est si travaillé que le film semble aussi bon dans la vitesse folle que dans la pause (c'est peut-être en cela qu'il est le plus tex-averyen). Le plaisir continu fait également que les trucs de mise en scène, les plans ostensiblement bizarres ne paraissent pas gratuits mais participant à la constitution de cet univers. Univers qui, ultime exploit, tient un équilibre des plus surprenants : entre l'ironie et la sincérité, entre la caricature et l'émotion réelle. Cela en grande partie aussi grâce au couple Hunter-Cage, ce dernier donnant peut-être là, dans ce registre d'ahuri allumé en tout cas, sa meilleure prestation.

  • La Chasse (William Friedkin, 1980)

    ***
    L'un de ces quelques films généralement mal-aimés de Friedkin, pourtant absolument passionnant à découvrir aujourd'hui. Le problème n'est plus tellement de connaître son degré de vérité sur le milieu gay et hardcore new-yorkais, ni de savoir si son auteur a appuyé sur le sordide en le spectacularisant. Le fait est que ce Cruising est assez impressionnant, dans son apparence documentaire donnée par la répétition des séquences de virées nocturnes d'un flic dont l'enquête ne semble pas avancer, dans sa bande son underground, dans sa vision d'une ville sale et inquiétante, dans l'ambiguïté qui habite son héros, ambiguïté qui explose littéralement dans une fin ouverte sur une éventuelle culpabilité (et ce petit flic infiltré, "au départ" hétéro, dit bien ne pas enquêter pour "faire chier les homos" : Friedkin n'est jamais anti-gays). Un film qui, comme Crash plus tard, sent le cuir et le sperme, et dans lequel Pacino, comme souvent, est totalement fascinant à regarder jouer. 

  • La Nuit des traquées (Jean Rollin, 1980)

    *
    Approximatif dans la narration et l'interprétation, comme souvent, ce Jean Rollin ne pèse pas bien lourd et ennuie assez. C'est dû aussi, en grande partie, au fait que les séquences paraissent toutes beaucoup trop lentes et trop longues. L'enjeu peine à se dévoiler, à l'intérieur de celles-ci comme dans l'ensemble du film (l'explication au mystérieux mal frappant les protagonistes, une perte immédiate de toute mémoire, est balancée à la fin, en deux lignes de dialogues). Deux choses permettent cependant d'aller au bout. Premièrement, Rollin délaisse pour un temps cimetières et châteaux en ruines pour les tours de la Défense. L'univers glacé qu'il dépeint évoque alors celui de Romero ou du Cronenberg des débuts, sans faire preuve du même talent bien sûr. Et deuxièmement, on peut longuement admirer Brigitte Lahaie.

  • Peggy Sue s'est mariée (Francis Ford Coppola, 1986)

    **
    Évidemment pas le meilleur Coppola, Peggy Sue souffre d'une mise en scène étonnamment peu affirmée (à l'image des premiers et derniers plans qui reposent sur un trucage de traversée de miroir par la caméra avec doublures réalisé très imparfaitement et sans grande conviction), de l'une des plus mauvaises prestations de Nicolas Cage (pas aidé, il est vrai, par son personnage ni par le maquillage) et, après sa longue pirouette temporelle, d'une retombée sur ses pieds absolument conventionnelle. Cependant, une fois l'héroïne plongée dans son propre passé, toutes les scènes sont intéressantes et "disent" quelque chose. Ce qui tient donc d'abord du scénario. Deux dimensions importantes sont bien abordées : le désir de transgression, surtout sexuel, que la situation permet, et l'émotion des retrouvailles avec les personnes disparues. Dans cette émotion, et partout ailleurs, Kathleen Turner est magnifique.

  • Superman IV (Sidney J. Furie, 1987)

    °
    Sans surprise, Sidney Furie ne parvient pas à redresser la barre que Richard Lester avait déjà échoué à bouger malgré ses intentions burlesques. La série, particulièrement faible, s'achève donc sur cet épisode co-écrit par Christopher Reeve lui-même, aventure anodine, à la fois humaniste (Superman veut dénucléariser le monde) et patriotique (il prend soin de redresser le drapeau américain après s'être bastonné sur la lune), bâclée dans ses effets spéciaux, laissant Gene Hackman s'agiter mollement aux côtés de son super-méchant parmi les plus ridicules jamais créés. 

  • Green Green Grass of Home (Hou Hsiao-hsien, 1982)

    La vie quotidienne dans un village taïwanais accueillant un nouvel instituteur. Réalisé en 1982, ce film de jeunesse de Hou Hsiao-hisen est une chronique de campagne en mode mineur, excessivement optimiste mais affichant un naturel régulièrement désarmant.

    Green green grass of home marque un premier virage dans l’œuvre de Hou Hsiao-hisen, qui en était là, en 1982, à son troisième long métrage. Il clôt un cycle, constitué de comédies populaires sans prétention, tout en permettant l’éclosion, encore discrète mais sensible, d’un style. Chronique de la jeunesse en milieu rural, le film aligne les petits moments, cocasses ou attendrissants, sous forme de saynètes sans grandes conséquences, cherchant juste à donner, le plus souvent dans la bonne humeur, l’impression de l’écoulement naturel de la vie. L’aspect répétitif ou fragmenté que peut revêtir ce choix est atténué par une narration commençant à faire preuve d’une belle fluidité et par une réalisation caractérisée par son calme et l’attention portée aux paysages (qui aide à bien saisir la topographie du lieu) ainsi qu’aux personnages. Axé sur un groupe d’écoliers et un couple d’amoureux, le récit arrive à surprendre assez régulièrement et crée des effets d’échos et de rimes entre la vie des enfants du village et celle de leurs parents, le lien communautaire se faisant sentir également grâce à une mise en scène qui réunit délicatement dans le cadre les différentes générations. Cette histoire d’instituteur parvenant à trouver sa place loin du brouhaha de la ville se suit donc sans déplaisir, malgré quelques facilités humoristiques (non, à l’époque, Hou Hsiao-hsien ne recule pas devant une chute burlesque ni un gag scatologique) et la formulation d’un message positif et souriant à l’excès, balayant toutes les ombres dramatiques dans l’élan d’un plaidoyer pour la bienveillance, l’éducation et l’écologie.

    (Texte paru dans L'Annuel du Cinéma 2017)

  • Cute Girl (Hou Hsiao-hsien, 1980)

    Les débuts du grand cinéaste taïwanais Hou Hsiao-hsien ont de quoi surprendre. Datant de 1980, Cute Girl est une comédie romantique, facile et musicale, ne dégageant qu’un charme intermittent et ne donnant à voir une fameuse esthétique qu’à l’état embryonnaire.

    Premier film de Hou Hsiao-hsien, qui en a également rédigé le scénario, Cute Girl (autrement dit « fille charmante ») s’inscrit dans le cadre bien délimité de la comédie romantique. Dépeignant un milieu taïwanais aisé, il ne bouleverse nullement les codes commerciaux pour conter l’histoire de la jeune femme promise à un inconnu par sa riche famille mais tombant amoureuse d’un autre, en apparence plus simple et plus aimable. Coup de foudre, malentendu, réconciliation… Le jeu du chat et de la souris consentante se déroule en chemin tout tracé, parsemé de gags plus ou moins subtils et de chansons pop sucrées si envahissantes qu’elles tirent parfois l’ensemble vers la comédie musicale. Appliqué à suivre la convention, le scénario n’est pas des plus resserrés (problématique sociale esquissée dans l’épisode paysan mais aussitôt évacuée, informations importantes longtemps cachées pour permettre les rebondissements...). La mise en scène est heureusement plus soignée. C’est à ce niveau seulement que l’on entraperçoit le talent naissant du futur Maître Hou, dans les compositions larges qui laissent palpiter la vie sur les bords et qui captent avec justesse l’arrière-plan citadin ou campagnard, ainsi que dans les traits humoristiques reposant sur la gestion de l’espace. Cependant, nous sommes encore loin des petites merveilles que seront Un temps pour vivre, un temps pour mourir (1985) ou Poussières dans le vent (1987), pour ne rien dire des chefs-d’œuvre suivants, et ces traces restent infimes au sein d’une comédie-bulle de savon qui vient, du fond des années quatre-vingt, nous rappeler que les grands aussi ont commencé petits.

    (Texte paru dans L'Annuel du Cinéma 2017)