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Drôle d'idée qu'a eu Fellini d'offrir à "sa" Giulietta son 8 1/2, sachant pertinemment qu'il aurait du mal à épouser véritablement son point de vue. Dès lors, nous aussi, nous restons souvent extérieurs à une histoire à la base trop simple (un couple plongé dans une crise à cause de la liaison adultère du mari - Mario Pisu en ersatz de Mastroianni) et artificiellement gonflée des visions qui assaillent une petite bourgeoise casanière. Chaque plan révèle une composition travaillée à l'extrême (jeux de couleurs constants, ombres et lumières, jours et contre-jours, caches, costumes et chapeaux extravagants...), suscitant tantôt l'admiration tantôt l'ennui. La plupart des scènes, si belles soient elles esthétiquement, semblent tourner à vide faute d'enjeu narratif réel et à cause d'un trouble psychologique trop convenu chez l'héroïne. Heureusement, les trois longues séquences qui se succèdent dans la dernière partie, la montée orgiaque chez la voisine, la réception dans le jardin qui déraille puis la claustration hallucinatoire de Giulietta, finissent chacune par emporter dans ces délires tournoyants que seul Fellini sait si mystérieusement produire. Cela étant, on ne peut que remarquer la faible marge de liberté qu'il laisse à son personnage. Giulietta ne se libère qu'en retrouvant en elle-même la petite fille qu'elle était, ce qui est un peu court et facile, alors que l'opportunité lui a été donnée juste avant de vivre enfin ses fantasmes, au lieu de les regarder passer, puis d'envoyer balader tout le cirque bourgeois, choses qu'elle s'est prudemment refusée à faire, par culpabilité mal placée.