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  • Georges Méliès (coffret dvd 29 films)

    coffretmelies.jpegCe coffret Studio Canal, sorti en 2008, s'il ne donne accès qu'à 1/18ème de la production de Georges Méliès (qui s'élèverait à 520 films), semble toutefois proposer un panel assez représentatif de l'œuvre du cinéaste-inventeur de Montreuil. Son travail est en effet présenté dans sa diversité, non réduit aux seuls appels de la magie et de la féérie.

    Pour réaliser ses films, dès 1896, Méliès s'appuie prioritairement et inévitablement sur sa formation théâtrale, sur son goût et ses dons pour l'illusion. De nombreux ouvrages de cette sélection reposent sur cette compétence particulière. Un homme de têtes (1898, 1'00''), Le chevalier mystère (1899, 1'31''), Le portrait mystérieux (1901, 1'04''), Dislocation mystérieuse (1901, 1'35''), Le mélomane (1903, 2'39''), La sirène (1904, 3'48'') sont autant de films qui procèdent à une transposition des trucs  scèniques du prestidigitateur et à leur amélioration par les moyens propres au cinématographe, les histoires contées se limitant à la réalisation de tours de magie. Bien que plus étoffé, Le cake walk infernal (1903, 4'03'') peut être, lui aussi, considéré comme un simple numéro de revue. Ces courts métrages ne proposent rien de plus que cela mais leur importance est réelle puisque sont inventés et perfectionnés ici plusieurs types de trucages (impressions multiples de la pellicule, arrêt-reprise de la caméra puis montage proprement dit...).

    lechaudroninfernal.jpgCertains dépassent ce stade en trouvant une forme et un rythme plus remarquables. Ainsi dans Sorcellerie culinaire (1904, 4'08''), le crescendo organisé par le montage fait accéder la succession de farces théâtrales et gymnastiques réalisées par quelques diablotins au détriment d'un cuisinier au rang d'objet cinématographique singulier (semblant annoncer notamment, dans son accumulation irrépressible, le célèbre Tango de Zbigniew Rybczynski). Méliès en reprendra d'ailleurs l'idée, avec moins de bonheur, pour une séquence de ses Quatre cent farces du Diable (1906, 17'17''), pantomime plutôt inoffensive et gesticulante, plus laborieuse dans son ensemble. Le Diable l'inspire pourtant souvent, comme l'atteste Le chaudron infernal (1903, 1'44'') court récit coloré et morbide donnant à voir de très beaux fantômes en surimpression. Dans ce genre inquiétant, Une nuit terrible (1896, 1'05'') est en revanche anecdotique.

    Au courant "aventures fantastiques" de l'œuvre du cinéaste, plus "narratif", appartient son film le plus connu : Voyage dans la lune (1902, 12'15''). En même temps que l'on goûte aux charmes de cette science-fiction balbutiante, on peut observer la manière dont Méliès fait vivre ses plans. Dans ce cinéma "primitif", c'est l'agitation dans le cadre qui leur donne leur énergie. L'étonnante profusion (jusqu'à l'entassement) de décors et de figurants s'explique ainsi. Avec le tardif A la conquête du Pôle (1912, 30'56''), Méliès voulait certainement retrouver la grâce du Voyage dans la lune. Malheureusement, le récit est monotone et les effets très hétéroclites.

    Barbebleue.jpgL'illustration de contes est un autre courant important. De Cendrillon (1899, 5'40'') et son remake Cendrillon ou la pantoufle merveilleuse (1912, 27'43''), nous ne retenons pas grand chose. Le premier n'est qu'une suite de tableaux. Le second, plus long et plus lent, est un peu plus intéressant. On y décèle un plan rapproché à l'intérieur d'une séquence, le déroulement de deux actions parallèles, une procession presque absurde par sa durée excessive. Barbe Bleue (1901, 10'18'') apparaît beaucoup plus vif et plus inventif visuellement. Le conte est également plus cruel, captant ainsi plus rapidement notre attention. Cerise sur le gâteau : le film semble assumer de plus en plus nettement au fil de son déroulement son caractère de représentation jusqu'à un baisser de rideau final.

    L'exotisme, qu'il soit temporel ou géographique, est au rendez-vous grâce à L'île de Calypso ou Ulysse et le géant Polyphème (1905, 3'36''), plaisante condensation en une seule séquence de trois épisode de l'Odyssée d'Homère, au Fakir de Singapour (1908, 5'04''), numéro de prestidigitation, et au Génie du feu (1908, 4'53''), fable morale centrée sur un jeune couple trop aventureux.

    Les affiches en goguette (1906, 3'14'') est la mise en œuvre d'une fausse bonne idée (les images d'une affiche s'animent toutes seules) soumise à une dérive vers le burlesque. Cette veine n'est d'ailleurs pas celle que je préfère chez Méliès : La cardeuse de matelas (1906, 4'04''), Une chute de cinq étages (1906, 2'54'') ou Les malheurs d'un photographe (1908, 3'19'') me paraissant assez dispensables. Le déshabillage impossible (1900, 2'03'') pourrait y être rattaché mais sa brièveté et la simplicité de son argument (un homme ne parvient pas à se déshabiller, un nouveau vêtement se retrouvant sur lui dès qu'il en ôte un) le rendent original. Le rythme y est vertigineux. Le procédé est le même dans Spiritisme abracadabrant (1900, 1'08''), utilisé toutefois avec moins d'efficacité.

    lesincendiaires.jpgLe premier film de Méliès est Une Partie de cartes (1896, 1'06''). Celle-ci répond bien sûr à celle des Frères Lumière mais elle ouvre aussi une piste que l'on ne pensait pas explorer, celle du documentaire et du film social. Avec Le sacre d'Edouard VII (1902, 5'18'') Méliès effectue la reconstitution d'un événement contemporain, qui s'avèrera finalement une anticipation et une amélioration (la véritable cérémonie ayant été reportée et écourtée). Avec Il y a un dieu pour les ivrognes (1908, 3'54''), en deux plans seulement, un extérieur, l'autre intérieur, il construit un récit édifiant sur les ravages de l'alcoolisme. Mais le film le plus surprenant du lot est titré Les incendiaires (1906, 7'21''). Loin de la féérie, Georges Méliès met en scène successivement un incendie criminel, une riposte policière, un coup de hache sur une tête, une course poursuite en décors réels (les seuls que j'ai remarqué dans ces œuvres). Il enchaîne par une ellipse très cinématographique en passant d'un plan du bandit entre les gendarmes à un autre montrant le même tourmenté dans sa cellule. Puis nous nous retrouvons dans la cour où trône la guillotine. Le plan est d'une longueur étonnante et d'une froideur glaçante: il détaille la préparation, les essais, l'arrivée du condamné, son exécution, sa bascule dans le cercueil, la récupération de sa tête et le nettoyage de la machine. Fin.

  • Mes 10 films préférés de 2010

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    1. BRIGHT STAR (Jane Campion)

    2. ONCLE BOONMEE (Apichatpong Weerasethakul)

    3. COPIE CONFORME (Abbas Kiarostami)

    4. TOY STORY 3 (Lee Unkrich)

    5. THE GHOST WRITER (Roman Polanski)

    6. POLICIER, ADJECTIF. (Corneliu Porumboiu)

    7. A SERIOUS MAN (Joel et Ethan Coen)

    8. MYSTÈRES DE LISBONNE (Raoul Ruiz)

    9. LOLA (Brillante Mendoza)

    10. MOTHER (Bong Joon-ho)

    Puis Valhalla rising, Breathless, City of life and death, Des hommes et des dieux, Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu, Le soldat dieu...

    *****

    Les meilleurs films que je n'ai pas vu : 1. My joy, 2. Achille et la tortue, 3. Enter the void, 4. Les femmes de mes amis, 5. Film Socialisme, 6. Soldat de papier, 7. Chouga, 8. Chantrapas, 9. Nénette, 10. Chloé, 11. Memory lane, 12. Everyone else, 13. Mourir comme un homme, 14. Green Zone, 15. Bad lieutenant : escale à La Nouvelle-Orléans, 16. Rubber, 17. Lignes de front, 18. Tatarak, 19. Unstoppable, 20. Le dernier voyage de Tanya, 21. Tournée, 22. Alice au pays des merveilles, 23. Inception, 24. Avatar,..., 117. Ne change rien,..., 259. Les petits mouchoirs, 260. Homme au bain,..., 523. La rafle.

    *****

    Et en bonus, une liste de 10 albums :

    1. The suburbs - Arcade Fire / 2. The Soft Pack - The Soft Pack / 3. Clinging to a scheme - The Radio Dept. / 4. Your future our clutter - The Fall / 5. July flame - Laura Veirs / 6. Halcyon digest - Deerhunter / 7. Fire like this - Blood Red Shoes / 8. Gorilla manor - Local Natives / 9. Down the way - Angus & Julia Stone / 10. Lost Lost Lost - Les Marquises

  • Les meilleurs films de l'année... 1985

    Avant de vous dévoiler l'inévitable liste de mes dix films préférés de l'année, je sacrifie, de manière non moins traditionnelle, à l'exercice pour le millésime 85, celui dont je vous ai entretenu pendant les douze derniers mois, au fil de ma rubrique "C'était mieux avant...".

    Si le cœur vous en dit, vous pouvez bien évidemment proposer votre propre Top '85 en commentaire. Pour vous faciliter la tâche, je récapitule, à la suite de mon classement, les principaux films sortis chaque mois de cette année et je mets en lien mes onze notes détaillées correspondantes.

    *****

    Mes 10 films pour 1985 :

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    1- Brazil (Terry Gilliam)

    2- Stranger than Paradise (Jim Jarmusch)

    3- Nostalghia (Andreï Tarkovski)

    4- Shoah (Claude Lanzmann)

    5- La rose pourpre du Caire (Woody Allen)

    6- Tangos, l'exil de Gardel (Fernando Solanas)

    7- Element of crime (Lars von Trier)

    8- Cotton Club (Francis Ford Coppola)

    9- Stop making sense (Jonathan Demme)

    10- Voyage à Cythère (Théo Angelopoulos)

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    Janvier : Boléro, Les saints innocents, Le Pape de Greenwich Village, Les amants terribles, Another country, Le crime d'Ovide Plouffe, Philadelphia experiment, Razorback, La compagnie des loups, La corde raide, Kaos (Contes siciliens), Cotton Club, Je vous salue Marie, Love streams, Stranger than paradise, Element of crime.

    Février : Body double, Brazil, Dune, A la recherche de Garbo, Les saisons du cœur, Purple rain, Gwen, le livre de sable, Péril en la demeure, La vie de famille, L'amour braque, L'amour en douce, Rouge-gorge, Les favoris de la lune, Heimat, La déchirure.

    Mars : Après la répétition, Voyage à Cythère, Le baiser de Tosca, Jusqu'à un certain point,  Le témoin, Partir revenir, Les spécialistes, Le flic de Beverly Hills, Les griffes de la nuit, Ladyhawke, la femme de la nuit, La rivière.

    Avril : Hors-la-loi, Subway, Terminator, Le jeu du faucon, Shoah, Poulet au vinaigre, Eijanaïka, Faster Pussycat, Kill ! Kill !, Blanche et Marie, 2010, La nuit porte-jaretelles, Micki et Maude, La balade inoubliable, Brother, La maison et le monde, Marlene, La route des Indes, Le pactole, Adieu blaireau, Au-delà des murs, Bostoniennes, Country - Les moissons du cœur, Electric dreams.

    Mai : Birdy, Witness, Le thé au harem d'Archimède, Rendez-vous, Détective, La rose pourpre du Caire, Nostalghia, Adieu Bonaparte, A.K., Mishima, Le fil du rasoir, Le fou de guerre, Série noire pour une nuit blanche, Steaming, Les enfants, Split image (L'envoûtement), That's dancing, Le retour des morts-vivants, Parking, Mask.

    Juin : Phenomena,  Marjorie, Le baiser de la femme-araignée, Choose me, Escalier C, Les jours et les nuits de China Blue, La forêt d'émeraude, Repo man.

    Juillet-Août : Comment claquer un million de dollars par jour, Crazy day, La grosse magouille, Dreamscape, Runaway, l'évadé du futu, Legend, Starman, Strictement personnel, No man's land, Rouge midi, Strangers kiss, Pale rider, Sang pour sang, Stop making sense.

    Septembre : Mad Max, au-delà du dôme du tonnerre, La promise, Recherche Susan désespérémen, Dangereusement vôtre, Breakfast Club, P.R.O.F.S., Trois hommes et un couffin, Police, Ran, Alamo Bay, Dance with a stranger, Dust, Notre mariage, Le pouvoir du mal, Bras de fer, Life force, Le neveu de Beethoven, L'homme au chapeau de soie.

    Octobre : Hold-up, Le mariage du siècle, On ne meurt que deux fois, Rambo II : la mission, Retour vers le futur, Papa est en voyage d'affaires, Le Roi David, Elle a passé tant d'heures sous les sunlights, Hurlevent, Trous de mémoire, La tentation d'Isabelle, La chair et le sang, Raspoutine, l'agonie, L'éveillé du Pont de l'Alma.

    Novembre : Colonel Redl, L'année du dragon, Tangos, l'exil de Gardel, La parentèle, Une femme en Afrique (Empty quarter), Tokyo-Ga, Mémoires de prison, L'affaire des divisions Morituri, L'amour ou presque, Le temps détruit, Vertiges, Le voyage à Paimpol, Une femme ou deux, Les bons débarras, L'homme aux yeux d'argent, Rouge baiser, Scout toujours, Cocoon, Fletch aux trousses, Harem, Taram et le chaudron  magique.

    Décembre : Les Goonies, Explorers, Kalidor, L'effrontée, Sans toit ni loi, Silverado, Cuore, Une saison italienne, Tonnerres lointains, Drôle de missionnaire.

  • Another year

    (Mike Leigh / Grande-Bretagne / 2010)

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    anotheryear.jpgEncore sous le coup du traumatisme causé par Be happy, j'ai eu du mal à m'enthousiasmer totalement pour Another year, œuvre qui semble pourtant combler une majorité de critiques et de spectateurs. L'heure n'est donc pas encore tout à fait, pour moi, à la réconciliation avec le cinéma de Mike Leigh. Je reconnais toutefois plusieurs qualités au nouveau film de l'auteur de Naked.

    La construction en est plutôt habile, bien que s'appuyant classiquement sur les quatre saisons d'une année, déroulées du printemps à l'hiver et colorant le récit en fonction. Habile dans sa manière de faire dériver à petits pas son point de vue, le "couple modèle" au centre de l'attention n'agissant en fait que comme révélateur et s'effaçant presque, au final, devant l'un des personnages lui tournant autour. Leigh reste par ailleurs un remarquable observateur des comportements et son regard est toujours des plus perçants - même si la façon dont il redonne vie à ce que capte son œil, n'est ici pas toujours pleinement satisfaisante.

    Another year est avant tout un film de conversations, familliales ou amicales, qui joue complètement le jeu. C'est-à-dire que, sans hésitation ni roublardise, y sont évoqués quelques noms et plusieurs anecdotes que le spectateur ne peut connaître et ne connaîtra jamais véritablement. A l'image de la saisissante introduction, des pistes s'ouvrent qui ne sont pas empruntées par la suite. Au moins dans la première partie, se remarquent l'absence d'enjeux dramatiques et la banalité des propos avancés, des gestes effectués dans les cuisines, les salles à manger et les couloirs. Le film est plutôt intéressant dans le sens où il ne semble bâti que sur ces échanges sans importance mais qui, sous leur apparente petitesse et par leur répétition, en disent long, à la fois sur les personnages et sur l'état d'esprit de l'auteur.

    En même temps, l'impression de bavardage est là et les instants que l'on apprécie le plus sont ceux qui se glissent "entre" ou "après" les mots, quand le cinéaste leur laisse la place. Il en va ainsi, par exemple, de la séquence centrée sur les regards que portent Gerri et Mary sur le pauvre Ken lors du barbecue.

    En d'autres temps souvent stimulant, le paradoxe d'un réalisme retrouvé en empruntant les chemins du théâtre est dans Another year quelque peu pénalisant. Les croisements dans le lieu principal du récit et la technique de jeu des comédiens font parfois tiquer. Il y a dans bien des interprétations du sur-expressif et du faux naturel. Avec ce type de film choral, ou du moins réunissant plusieurs individus à l'importance comparable, et dépendant à ce point des acteurs, l'un des risques est de laisser le spectateur juger un à un ces derniers, et leurs personnages, selon ses préférences et sa sensibilité. Ainsi, la nouvelle petite amie du fils, jugée si "marrante" par le père, me ferait personnellement fuir à toutes jambes. Un peu plus embarassant, la composition de Lesley Manville, qui a semble-t-il impressionné tout le monde ou presque, m'a plutôt fatigué, malgré la force indéniable du final qui lui est consacré.

    Cette force, que l'on peut d'ailleurs ressentir dans le quatrième chapitre, "hivernal", à partir de la séquence de l'enterrement, pose en quelque sorte problème. Il y a en effet, dans ces moments, une certaine insistance de la mise en scène, qui en dit alors trop quand, ailleurs, elle en disait très peu. Sans doute est-ce là une conséquence du léger déplacement narratif évoqué plus haut mais j'aurai aimé observer un travail moins inégal sur la durée.

    Ainsi, je vois bien, dans la filmographie de Mike Leigh, quatre ou cinq opus supérieurs à cet Another year estimable mais un peu boiteux.