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10.12.2010

C'était mieux avant... (Décembre 1985)

Novembre s'étant éloigné à une vitesse faramineuse, il est grand temps de reprendre le cours de notre chronique (faussement) nostalgique. Voyons donc ce qui se tramait dans les salles obscures françaises pendant le mois de Décembre 1985 :

santaclaus.jpgFêtes de fin d'année obligent, honneur aux enfants. Deux dessins animés leur étaient destinés : La dernière licorne d'Arthur Rankin Jr. et Jules Bass, et une nouvelle adaptation des BD d'Uderzo et Goscinny, Astérix et la surprise de César, réalisée par Paul et Gaëtan Brizzi. L'arroseuse orange, chronique du Hongrois Zsolt Kezdi-Kovacs datant de 1973 (comme nous le verrons, cette fin d'année fut propice aux rattrapages), pouvait également séduire les plus (ou moins) jeunes, tout comme le conte de Noël de Jeannot Szwarc Santa Claus (avec Dudley Moore et John Lithgow).

Les grands frères (et les grandes sœurs) friands de SF et d'heroic fantasy pouvaient, eux, profiter du savoir faire US grâce aux sorties conjointes des Goonies, aventure spielbergienne signée par Richard Donner, d'Explorers de Joe Dante, gérant l'après Gremlins, et de Kalidor de Richard Fleischer, capitalisant sur Conan le Barbare.

Les ados trouvèrent-ils leur bonheur dans le branché Moi vouloir toi de Patrick Dewolf (avec Gérard Lanvin en animateur de NRJ), dans le fantastico-musical Night magic de Lewis Furey (avec Carole Laure), dans le James-bondien Adieu canaille de Lindsay Shonteff (vieillerie anglaise de 79), dans la farce Maccionesque Pizzaiolo et Mozzarel de Christian Gion (sur un scénario de Wolinski), dans la série B philippine Vendicator de Willie Milan ? Il est permis d'en douter.

Billy-Ze-Kick, la comédie de Gérard Mordillat, Les Féroces, polar transalpin de 76 réalisé par Romolo Guerrieri et Les loups entre eux de José Giovanni (film d'action sur fond de terrorisme international, d'après son propre roman), sans doute destinés à un public plus adulte, ne semblent guère plus enthousiasmants. Baton Rouge, premier long métrage de Rachid Bouchareb, chronique sociale entre la France et les Etats-Unis, doit receler de plus évidentes qualités.

Enfin, pour clore cette première recension par tranches d'âges, n'oublions pas le film pour les vieux : La partie de chasse d'Alan Bridges, un drame britannique à l'allure bien académique  mais bénéficiant tout de même de la présence de James Mason dans ce qui restera son dernier rôle.

silverado.jpgDans cette livraison de décembre, je ne peux cocher que trois titres. En 88, je fus plus que séduit par La petite voleuse de Claude Miller, que je vis alors au moins deux ou trois fois d'affilée. Ensuite seulement je découvris L'effrontée, première collaboration entre le cinéaste et la jeune Charlotte Gainsbourg, qu'il révéla à cette occasion. Cette sensible variation sur les affres de adolescence me paru plaisante sans pour autant me contenter entièrement. Le second événement du mois, du point de vue du cinéma français, était alors l'arrivée sur les écrans du Lion d'or vénitien Sans toit ni loi. Agnès Varda y décrivait de manière elliptique la dérive de Mona, jeune femme sans domicile fixe, incarnée par Sandrine Bonnaire. Beau succès public, le film me laissa personnellement quelque peu insatisfait et distant lorsque je le vis à l'occasion d'une diffusion télévisée, lui préférant d'autres Varda plus "chaleureux". Plus lointain mais plus agréable est le souvenir laissé par Silverado, tentative de revitalisation d'un genre, le western, alors maintenu presque uniquement sous une lumière crépusculaire (celle de Clint Eastwood). Son réalisateur, Lawrence Kasdan, faisait en ce temps figure d'outsider prometteur. La distribution qu'il réunit à cette occasion pourrait presque suffire à évoquer, à elle seule, les petits plaisirs distillés par le cinéma (anglo-)américain de l'époque : Kevin Kline, Scott Glenn, Kevin Costner, Danny Glover, Brian Dennehy, Linda Hunt, Jeff Goldblum, Rosanna Arquette, John Cleese...

nightdreams.jpgIl me reste à lister les titres éveillant en moi quelque curiosité, à commencer par deux italiens, Cuore, nouvelle projection, historique, dans le monde de l'enfance par Luigi Comencini (et version cinéma d'une série télé), et Une saison italienne, de Pupi Avati, relatant un épisode de la vie du jeune Mozart. Tonnerres lointains est généralement reconnu comme l'une des œuvres majeures de Satyajit Ray. Le fait que ce film social et historique de 1973 ait mis douze ans à être distribué en France n'en est que plus surprenant. The way it is or Eurydice in the avenues d'Eric Mitchell est un film indépendant américain entre théâtre et réalité dont l'intérêt ne doit sûrement pas se limiter aux premières apparitions de Vincent Gallo et Steve Buscemi dans des seconds rôles. Drôle de missionnaire de Richard Loncraine est une comédie écrite et interprétée par Michael Palin, ce qui suffit à nous attirer.

Notons pour terminer ce panorama que parmi les produits pornographiques diffusés alors, nous trouvons deux classiques américains du genre (millésimés 1981) qui doivent se distinguer aisément du tout-venant : d'une part, Nightdreams, baptisé ici Journal intime d'une nymphomane, hard expérimental inspiré notamment du Eraserhead de David Lynch et signé par F. X. Pope (auteur de Café Flesh, autre fameux X), et d'autre part, Pandora's mirror, aventure fantastique filmée par Warren Evans et affublée, en guise de titre français, d'un subtil Sodomise-moi jusqu'à la garde.

jeunecinema171.jpgNous ne savons si Nightdreams ou Pandora's mirror fit en décembre 85 la couverture de l'un de ces magazines spécialisés qui, placés sur la rangée du haut de notre marchand de journaux, nous étaient alors encore interdits, mais nous sommes certains que Sans toit ni loi et son actrice principale étaient à l'honneur sur bien des supports, à en juger par les couvertures des Cahiers du Cinéma (378), de Cinématographe (114), de Premiere (105) et de Jeune Cinéma (171). Bernard Giraudeau faisait, lui, la une de Starfix (31), alors que Silverado plaisait à La Revue du Cinéma (411), que L'Ecran Fantastique (63) effectuait un tir groupé avec Explorers, Santa Claus et Les Goonies et que Positif (298) anticipait sur la sortie de L'honneur des Prizzi de John Huston.

Voilà pour décembre 1985. La suite le mois prochain...

 

Pour en savoir plus : Silverado, Les Goonies, Kalidor, Pizzaiolo et Mozzarel et Explorers vus par le consciencieux (et courageux) Mariaque.

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07.11.2010

C'était mieux avant... (Novembre 1985)

Adieu Octobre. Tournons la page et passons au chapitre suivant de notre album-souvenirs pour nous enquérir des sorties cinéma du mois de Novembre 1985 :

colonelredl.jpgLa récolte nous gratifie d'une cuvée de qualité assez élevée, riche d'arômes différents. Trois échantillons se détachent parmi ceux que j'ai pu goûter moi-même. A cette époque-là, Istvan Szabo atteignait le pic de sa renommée internationale grâce à son Colonel Redl, intensément porté par Klaus Maria Brandauer. Dans mon souvenir, ce récit de l'ascension et de la chute d'un militaire dans l'empire austro-hongrois du début du XXe constitue un film glacé et brûlant à la fois, faussement académique. Comme à son habitude, Michael Cimino avec L'année du dragon créait l'événement et la controverse, soupçonné qu'il était de complaisance dans sa façon de montrer la violence et de racisme anti-asiatique dans sa description de la mafia régnant sur Chinatown. Personnellement, nous y vîmes surtout un polar d'une puissance inégalable. Ce que nous ne savions pas, c'est que celui-ci serait le dernier grand film du cinéaste. Tangos, l'exil de Gardel fut pour nous une très belle découverte - bientôt prolongée par celle, toute aussi réjouissante du Sud (1988). Fernando E. Solanas tissait une toile complexe à partir de la création d'un spectacle de tango à Paris. Les niveaux de lectures se multipliaient au gré des allers-retours géographiques et temporels, dans un mélange de genres où l'on nous entretenait à la fois des tracas des éxilés argentins et de la persistance du fantôme de Gardel.

D'autres noms présents sur la liste du mois retiennent l'attention. Si Nikita Mikhalkov n'avait pas encore le statut que ses films de la fin des années 70 (Partition inachevée..., Cinq soirées, Oblomov...) auraient déjà dû lui conférer, il ne lui restait que quelques mois à patienter (Les yeux noirs, 1987). Pour l'heure, nous arrivait tardivement sa comédie satirique de 81, La parentèle. Raymond Depardon avec Une femme en Afrique (Empty quarter) gardait son regard documenté mais se frottait cette fois-ci à la fiction. Wim Wenders, lui, faisait le chemin inverse et livrait son journal filmé, sur les traces de Yasujiro Ozu, Tokyo-Ga. La sortie d'un nouveau film de Nelson Pereira dos Santos, Mémoires de prison, sur la lutte de l'écrivain Graciliano Ramos sous la dictature Vargas pendant les années 30, était accompagnée de celle de Rio, Zone Nord, classique de 1957 mêlant social et samba et annonçant le Cinema Novo des années 60 dont le cinéaste allait être l'un des fers de lance. Ce dernier titre n'était d'ailleurs pas le seul à être tiré de l'oubli par les distributeurs puisque Corbeaux et moineaux de Zheng Junli, incunable de 1949, refaisait également surface. Tourné à Shanghaï, dans une période particulièrement troublée de l'histoire chinoise, ce remarquable film choral avait déjà retenu les leçons du néoréalisme italien et faisait preuve, vu le contexte, d'une étonnante justesse.

affairemorituri.jpgDeux premiers films français singuliers trouvaient à se faufiler dans le programme chargé du mois : L'affaire des divisions Morituri, manifeste post-punk de F.J. Ossang et L'amour ou presque, rappel du réalisme poétique par Pierre Gautier. Le temps détruit de Pierre Beuchot, basé sur la lecture de lettres écrites par les soldats Maurice Jaubert, Paul Nizan et Roger Beuchot, plongés dans la drôle de guerre de 39-40 et Vertiges de Christine Laurent, un jeu entre théâtre et réalité autour des Noces de Figaro de Mozart, pouvaient également piquer la curiosité. En revanche, un tri plus sélectif était sans doute à faire entre Le voyage à Paimpol (drame ouvrier de John Berry avec Myriam Boyer et Michel Boujenah), Le transfuge (de Philippe Lefebvre, film d'espionnage avec Bruno Cremer), Une femme ou deux (de Daniel Vigne, avec Gérard Depardieu et Sigourney Weaver, une comédie sur fond de paléontologie), Les bons débarras (drame canadien de Francis Mankiewicz), L'homme aux yeux d'argent (policier de Pierre Granier-Deferre), Lune de miel (de Patrick Jamain, un thriller franco-canadien qui suit Nathalie Baye à New York) et Passage secret (de Laurent Perrin). De mon côté, j'eus la joie de découvrir en ce temps-là trois films que je ne suis guère enclin à revisiter : Rouge baiser ou l'itinéraire sentimentalo-politique d'une jeune femme des années 50 filmé par Véra Belmont (turbulences adolescentes obligent, je tombais amoureux d'une nouvelle actrice tous les mois : en novembre, elle se nommait Charlotte Valandrey), Scout toujours, deuxième réalisation plutôt anecdotique de Gérard Jugnot, et La cage aux folles III, "Elles" se marient, grosse farce de Georges Lautner, suite très dispensable des aventures du couple Serrault-Tognazzi.

fletch.jpgNous et l'ensemble du grand public étions mieux récompensés par Cocoon signé d'un Ron Howard renouvelant alors la bonne pêche de Splash en contant cette fois-ci l'histoire de trois vieillards (Hume Cronyn, Wilford Brimley et Don Ameche) qui trouvent une seconde jeunesse dans une eau régénérée par des cocons extraterrestres, ainsi que par Fletch aux trousses de Michael Ritchie, polar décontracté bénéficiant de l'abattage de Chevy Chase. Mais nous l'étions sans doute un peu moins par Harem d'Arthur Joffé (ou les aventures exotiques et romantiques de Ben Kingsley et Nastassja Kinski) et Taram et le chaudron magique de Ted Berman et Richard Rich (un Walt Disney lorgnant vers la fantasy). Pour terminer, il serait dommage d'oublier de mentionner Le châtiment de la pierre magique  de Tim Burstall, western en terre aborigène, Exterminator 2 de Mark Buntzmann et William Sachs, série B post-Vietnam prônant l'autodéfense dans les rues mal fréquentées de New York, Monkey Kung Fu contre le Cobra d'or de Joe Law ou Portés disparus n°2 : Pourquoi ? (c'est vrai ça, pourquoi ?) de Lance Hool, nouvelle croisade anti-jaunes de Chuck Norris.

revuecinema410.JPGDans les kiosques, nous pouvions nous apercevoir que deux actrices étaient à l'honneur : Nastassja Kinski et Valérie Kaprisky, la première dans Starfix (30) et la seconde dans Premiere (104), en amorce d'un numéro "Spécial Stars". Positif (297) affichait l'ogre Orson Welles, Jeune Cinéma (170) se penchait sur l'œuvre d'Elem Klimov (annoncée par une photo de Requiem pour un massacre qui n'allait sortir que deux ans plus tard sur nos écrans), les Cahiers du Cinéma (377) et La Revue du Cinéma (410) élisaient L'année du dragon comme film du mois et L'Ecran Fantastique (62) Retour(nait) vers le futur.

Voilà pour novembre 1985. La suite le mois prochain...

 

Pour en savoir plus : Taram et le chaudron magique, L'année du dragon et Portés disparus n°2 vus par Mariaque et encore L'année du dragon par Raphaël.

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12.10.2010

C'était mieux avant... (Octobre 1985)

Septembre est loin derrière nous. Replongeons-nous donc dans les archives et voyons ce qui se trouvait projeté dans les salles de cinéma françaises au mois d'Octobre 1985 :

retourverslefutur.jpgConcernant la majeure partie des films que j'ai pu effectivement voir en ce temps là, ma mémoire me trahit. Mais autant vous dire que cela m'arrange bien... Ainsi, de Hold-up, la comédie policière d'Alexandre Arcady supposée relancer de plus belle la carrière de Jean-Paul Belmondo, il ne me reste que les images de journal télévisé montrant l'accident de dépanneuse de Bébel sur le tournage. Le mariage du siècle, de Philippe Galland, satire des moeurs princières avec Anémone et Lhermitte, ne m'est pas mieux resté en tête. Je peux toutefois avancer, sans prendre de risque, que, aussi faible qu'elle soit, cette comédie reste moins affligeante que le Palais Royal ! de Valérie Lemercier. On ne meurt que deux fois est un ténébreux film-enquête signé Jacques Deray, avec Michel Serrault et Charlotte Rampling. A l'adolescence, il n'est pas spécialement enthousiasmant à découvrir. Et aujourd'hui ? Solide mais manquant quelque peu de personnalité, comme la plupart des Deray ?

La grosse affaire commerciale du mois était le renvoi de notre brave John au Vietnam. Dans ce Rambo II : la mission, au titre bientôt soumis à toutes sortes de parodies, Sylvester Stallone allait casser des Jaunes et des Rouges à tour de bras, préférant oublier les quelques zones d'ombre et ambiguïtés de son premier volet pour mieux aligner les morceaux de bravoures guerriers. Au culte bardé de second degré entourant depuis sa sortie cette expédition punitive, nous préférons celui, plus aimable, attaché à l'aventure spatio-temporelle de Robert Zemeckis, Retour vers le futur. En 85, le plaisir de la découverte fut intense et les visionnages se multiplièrent pendant un certain temps. Cependant, au tournant des années 90, je répondis à l'appel d'un cinéma plus (et parfois trop ?) "sérieux", ce qui ne me poussa ni à profiter des deux suites proposées alors, ni à revoir cet épisode originel.

papaestenvoyage.jpgDernier titre connu de mes services dans le listing du mois : Papa est en voyage d'affaires, le deuxième long-métrage et la première Palme d'or d'Emir Kusturica. La récompense, attribuée par Milos Forman et son jury, était inattendue mais s'avéra méritée, le film, quoique moins irrésistiblement débridé que les suivants, constituant la première œuvre majeure du cinéaste. Notre souvenir n'en est pas très précis mais chaleureux.

Passons aux supputations (sans nous arrêter cette fois-ci au rayon porno, dont les titres recensés tombent définitivement dans le racolage le plus crasse). Nous peinons à croire qu'il y ait quelque chose à sauver de Musclor et She-Ra, le secret de l'épée (dessin animé signé Friedman, Kachivas, Lamore, Reed et Wetzler), des Bêtes féroces attaquent (horreur italienne de Franco E. Prosperi), de Fureur sauvage (documentaire choc d'Arthur Davis) ou de Ne prends pas les poulets pour des pigeons (navet à la Française cuisiné par Michel Gentil), voire même de L'appel de la forêt (de Koozo Morishita, dessin animé d'après Jack London), de Oz, un monde extraordinaire (une production Disney mise en scène par Walter Murch) ou de Space riders (film britannique de Joe Massot sur les courses de motos). Dans la livraison de films de kung fu, il faudrait séparer le bon grain de riz de l'ivraie, ce que je suis personnellement incapable de faire. Je vous laisse donc vous débrouiller seuls avec Masque Infernal contre Panthères du kung fu (Chen Chun Liang), Ninja et les disciples du temple (Robert Tai), La rage mortelle de Shaolin (Ou Yang Chin), Shaolin contre Mantis (Au Yeung Chun) et Shaolin contre Wu Tong (Gordon Liu et Liu Chia Liang).

En montant d'une marche, nous nous retrouvons nez à nez avec Les bourlingueurs (de David Hemmings, aventures en Nouvelle-Zélande avec Lesley Ann Warren, George Peppard et Donald Pleasance), Les envahisseurs sont parmi nous (une série B tendance science-fiction de Michael Laughlin avec Nancy Allen), Porc royal (farce britannique de Malcolm Mowbray avec Michael Palin et Maggie Smith), Elsa, Elsa (de Didier Haudepin) et Le quatrième pouvoir (dénonciation politico-médiatique menée par Serge Leroy).

hurlevent.jpgOn sent que l'on commence peut-être à basculer du bon côté avec Le Roi David (péplum de Bruce Beresford avec Richard Gere), Le dernier jour d'un condamné (de Jean-Michel Mongrédien d'après Victor Hugo) et Que la vérité est amère (documentaire sur l'arrestation de Jean Moulin, réalisé par Alain Brunet et Claude Bal). Puis viennent à nous trois propositions singulières d'auteurs confidentiels mais reconnus. Elle a passé tant d'heures sous les sunlights est un austère essai d'auto-analyse effectué par Philippe Garrel (j'avoue avoir toujours trouvé nul ce titre de film, qui aurait tendance à susciter finalement autant de ricanements que le Rambo II précité...). Hurlevent n'est pas le Rivette le plus aguichant ni le plus convoqué par les admirateurs du cinéaste, mais son sujet (d'après Emily Brontë, bien sûr) et son casting (Fabienne Babe, Lucas Belvaux...) intriguent. De ce petit groupe, peut-être faut-il en fait détacher Trous de mémoire, de et avec Paul Vecchiali, expérience minimaliste à base d'improvisations développées avec Françoise Lebrun.

Toutefois, notre intuition nous pousserait plutôt à découvrir quatre autres films de cette salve d'octobre : La tentation d'Isabelle, l'un des (nombreux) psychodrames intimistes imaginés par Jacques Doillon, La chair et le sang, la fresque moyenâgeuse de Paul Verhoeven, que l'on suppose faite d'éclats et de réalisme, de bruit et de fureur (les noms se retrouvant en haut de l'affiche étant de surcroît fort attirants : Rutger Hauer et Jennifer Jason Leigh), Raspoutine, l'agonie du bouillant soviétique Elem Klimov, qui se penchait là sur la fin du tsarisme (sorti tardivement, le film date de 1975) et enfin L'éveillé du Pont de l'Alma, rêverie de Raoul Ruiz en compagnie du grand Michael Lonsdale.

starfix29.jpgEn octobre 85, dans la Maison de la presse à côté de chez vous, vous avez alors pu voir avec dépit que Sylvester Stallone s'affichait un peu partout, notamment en une de Starfix (29) et de L'Ecran Fantastique (61). La Revue du Cinéma (409) vous proposait, elle, mais un peu trop tard, de revenir sur le troisième épisode de Mad Max et Positif (296) sur le Ran de Kurosawa (deux films sortis en septembre). Vous avez croisé le regard de Jean-Paul Belmondo en couverture de Premiere (103) et vous avez hésité à acheter les Cahiers du Cinéma (376) qui parlaient de Rivette et de son Hurlevent. Comme vous sortiez d'une séance de Retour vers le futur, vous avez cherché en vain Studio-CinéLive, oubliant que ni l'un ni l'autre n'existaient encore. Et puis finalement, vous avez pris L'Equipe, un paquet de Lucky et une grille de loto...

Voilà pour octobre 1985. La suite le mois prochain...

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05.09.2010

C'était mieux avant... (Septembre 1985)

L'été passé, et notre emploi du temps n'allant pas en s'allégeant, il s'agissait de prendre une décision quant à la continuation de notre série mensuelle. Après mûre réflexion, devant la masse de courriers inquiets émanant de lecteurs fanatiques, nous avons décidé de ne pas saborder cette rubrique qui, en deux ans seulement, est devenue incontournable dans la blogosphère cinéphile internationale et de nous engager dans une Saison 3. Ainsi soulagés, nous pouvons tranquillement nous poser la question rituelle : Mais, Diable, que trouvions-nous donc dans les salles françaises en Septembre 1985 ?

recherchesusan.jpgUne ligne de force inattendue se dégage de ce mois-ci : la célébration des noces du cinéma et de la musique pop-rock. Mad Max, au-delà du dôme du tonnerre, troisième volet de la saga de George Miller créait l'événement. Mel Gibson en partageait l'affiche avec la tigresse soul Tina Turner. Le film fut, dans notre souvenir, reçu de manière assez tranchée, les uns affichant une déception tenant à la débauche spectaculaire et à l'humanisme messianique dont l'auteur chargeait son personnage principal, les autres saluant l'originalité de sa vision et son dépassement formel. Du haut de nos 13 ans et quelques, nous nous étions ralliés alors au deuxième groupe. Y resterions-nous aujourd'hui ?

En 85, le chanteur Sting, ayant déjà trouvé le groupe Police trop contraignant à l'endroit de son ego démesuré, misait autant sur la musique en solo que sur le cinéma. Dans La promise de Frank Roddam, il endossait les habits du Baron Frankenstein pour une variation romantique du mythe (en compagnie, charmante, de Jennifer Beals). Ai-je vu ce film ? Plus aucune idée... Plus fraîchement starisée (Like a virgin, 1984), Madonna jouait de façon plus modeste mais avec finalement un retentissement plus grand devant la caméra de Susan Seidelman pour la comédie urbaine Recherche Susan désespérément. Faute de l'avoir revu depuis, nous qualifierons prudemment le film d'agréablement mode et retiendrons surtout qu'il révéla une actrice particulièrement attachante, Rosanna Arquette (en attendant sa sœur...).

breakfastclub.jpgIl n'est pas jusqu'à James Bond qui n'ait succombé à cette vague. Dangereusement vôtre de John Glen, avec un Roger Moore dangereusement vieillissant (ce serait son dernier effort dans le costume de 007), bénéficiait non seulement d'un titre, bientôt hit mondial (A view to a kill), signé des garçons coiffeurs de Duran Duran, mais aussi de la présence singulière de Grace Jones en bras droit du méchant Christopher Walken. Plus sincèrement et plus profondément lié à la culture musicale contemporaine, porté également par un succès discographique renversant (qui m'est devenu aujourd'hui, pour de multiples raisons, quasiment inécoutable), (Don't you) Forget about me de Simple Minds, Breakfast Club de John Hughes a marqué durablement de nombreux cinéphiles de ma génération (bien qu'assez "secrètement", la plupart d'entre nous, et moi le premier, hésitant à jeter à nouveau un œil sur cette histoire de lycéens astreints à une journée de "colle" dans leur établissement désert).

Pour évoquer les rapports entre pop-rock et cinéma, nous nous arrêterons-là et nous garderons bien de gonfler ce corpus de films en y ajoutant P.R.O.F.S. de Patrick Schulmann au prétexte qu'il met en vedette Patrick Bruel. Si cette suite de sketchs en milieu scolaire n'est peut-être finalement pas si indigne que cela, la carrière musicale de son interprète principal l'est en tous points. Tant que nous sommes au rayon rigolade, passons sans regret sur Double zéro de conduite (italien, de Giuliano Carnimeo) et sur Le gaffeur (de Serge Pénard, avec Jean Lefebvre), mais rappelons le surprenant et historique succès public obtenu par Coline Serreau avec son aimable comédie sociologique Trois hommes et un couffin.

police.jpgDeux grands auteurs étaient au rendez-vous de septembre : Maurice Pialat et Akira Kurosawa. Si nous reconnaissons que Police et Ran tiennent la dragée haute à presque tous les autres films de ce mois-là, nous avouons qu'ils ne font ni l'un ni l'autre partie de nos opus préférés au sein des belles filmographies des deux cinéastes. Venant après les superbes A nos amours et Kagemusha, et malgré leurs beautés respectives, ils peinent légèrement, selon nous, à réussir le grand écart entre un univers singulier et un genre bien défini (le polar) pour le Français et à faire oublier plusieurs longueurs (sur 2h45) et un hiératisme un peu pesant pour le Japonais. A l'inverse, Louis Malle en réalisant Alamo Bay effectuait sans doute son meilleur travail aux Etats-Unis. Très solidement charpenté, son film traitait avec une certaine force du racisme  anti-vietnamien gangrénant une petite communauté de pêcheurs américains (emmenés par Ed Harris).

Dans cette liste mensuelle, d'autres œuvres sont certainement à découvrir : Dance with a stranger de Mike Newell, drame britannique de bonne réputation, situé dans les années 50 ; Dust de Marion Hänsel avec Jane Birkin et Trevor Howard ; Mystère Alexina de René Féret ; Notre mariage, mélodrame forcément distancié puisque signé par Valéria Sarmiento, épouse et collaboratrice de Raoul Ruiz ; Le pouvoir du mal réflexion philosophique de Krzysztof Zanussi ; Orinoko, essai poétique et historique du vénézuélien Diego Risquez. Avec plus de précautions, nous avançons les titres des films de Gérard Vergez (Bras de fer, Giraudeau et Malavoy bataillent sous l'Occupation), de Tobe Hooper (Life force, mélange d'horreur et de SF qui ne semble guère prisé, y compris par les connaisseurs), de Paul Morrissey (Le neveu de Beethoven, biopic franco-allemand), de James Bridges (Perfect, mêlant journalisme et aerobic, avec John Travolta et Jamie Lee Curtis), de Jeff Kanew (Touché, film d'espionnage) et de Yaky Yosha (Le vautour, drame israélien). Et ce n'est que poussé par notre volonté d'exhaustivité que nous mentionnons Les guerriers de la jungle (Ernst Ritter von Theumer), Les huit guerriers de Shaolin (Chou Ming), L'implacable défi (Bruce Le), Ninja III (Sam Firtsbenberg), Les 36 poings vengeurs de Shaolin (Chen Chih Hua), La femme pervertie (Joe D'Amato) ou Les confidences pornographiques de Lady Winter (de José Benazeraf avec Olinka, également à l'affiche de Je t'offre mon corps de Michel Leblanc).

Enfin, n'oublions pas L'homme au chapeau de soie, remarquable film de montage réalisé par Maud Linder en hommage à son père Max, figure aujourd'hui malheureusement bien oubliée du burlesque "primitif".

premiere102.jpgDans les kiosques, du côté des mensuels (Cinéma devenant, pour quelques temps, hebdomadaire), les couvertures se faisaient sur le film de Pialat (Cahiers du Cinéma (375), Cinématographe (113)), celui de Miller (Starfix (28), L'Ecran Fantastique (60), Premiere (102), qui publia par ailleurs un numéro en août avec Alain Delon en vedette (101)), et celui de Roddam (enfin, surtout pour afficher Sting, comme le fit L'Ecran Fantastique pendant l'été (59) et parler du genre, comme La Revue du Cinéma (408)). A Positif (295), on attendait impatiemment la sortie du Ginger et Fred de Federico Fellini (prévue alors seulement pour janvier 86) et chez Jeune Cinéma (169) on célébrait le cinéma indien.

Voilà pour septembre 1985. La suite le mois prochain...

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17.07.2010

C'était mieux avant... (Été 1985)

Comme promis, après la version espagnole, vient la VF.

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Juin n'est déjà qu'un lointain souvenir. Abordons donc les rivages cinématographiques qui s'offraient à nous en Juillet-Août 1985 :

Une fois que le tri est fait, afin de garder le meilleur pour la fin, nous nous retrouvons devant une vague estivale de sous-produits qui commence par donner à ce panorama l'apparence d'un morne catalogue de médiocrités. Anciennes réalisations de metteurs en scène ayant entre-temps rencontré le succès, productions plagiant sans vergogne des réussites antérieures, suites à l'utilité contestable, films de série dont on se débarasse en attendant la rentrée... en cette période, rien n'est épargné au spectateur.

lamourpropre.jpgQu'il vienne de France, d'Angleterre ou des Etats-Unis, le genre comique n'offre a priori rien de remarquable, à en juger par cette série de titres : Le facteur de Saint-Tropez (de Richard Balducci, avec Paul Préboist), L'amour propre (premier film de Martin Veyron), Les débiles de l'espace (de Mike Hodges), Les zéros de conduite (de Neal Israel), Police Academy 2 : Au boulot ! (de Jerry Paris), Porky's contre-attaque (de James Komack), Une défense canon (de Willard Huyck avec Dudley Moore et Eddie Murphy). On suppose tout de même moins insignifiants Comment claquer un million de dollars par jour de Walter Hill (avec Richard Pryor) et les deux premiers longs métrages d'un Robert Zemeckis profitant du récent succès public de son A la poursuite du diamant vert (Crazy day, 1978, chronique autour de la Beatlemania en 64 aux USA et La grosse magouille, 1980, satire de l'Amérique profonde avec Kurt Russell).

Dans le film d'action, l'heure est au cassage de gueule des Jaunes (Nom de code : Oies sauvages, italo-ouest-allemand d'Antonio Margheriti, avec Lee Van Cleef, Klaus Kinski et Ernest Borgnine ; Gymkata, de Robert Clouse, dans lequel un brave Américain gagne une chasse à l'homme organisée dans un petit royaume d'Asie) et à la dénonciation des Rouges (Goulag de Roger Young, dont le héros est un journaliste sportif, encore une fois américain, qui s'évade d'un camp soviétique). Avec Amazonia, la jungle blanche, l'Italien Ruggero Deodato, réalisateur de Cannibal Holocaust, nous éclaire (?) sur le trafic de drogue en Amazonie, avec La cavale impossible, Stephen Gyllenhaal invente la virée entre femmes bien avant Thelma et Louise, avec Marathon killer, Robert L. Rosen filme un énième survival, avec Même les anges tirent à droite, E.B. Clucher donne une suite (datée de 1974) aux Anges mangent aussi des fayots, avec Prison de femmes en furie, Michele Massimo Tarantini propose une nouvelle variation dans le sous genre... prison de femmes.

legend.jpgAu rayon SF et horreur, nous ne sommes pas mieux lotis avec 2072, les mercenaires du futur (de Lucio Fulci), Diesel (de Robert Kramer, dans lequel Gérard Klein, Agnès Soral, Richard Bohringer et Niels Arestrup jouent à Mad Max), Horror (de Philippe Mora, avec Christopher Lee), Les frénétiques (de David Winters, crimes au Festival de Cannes, vus sous l'angle parodique, dix ans avant Les Nuls) et Vendredi 13 – Chapitre 5 (de Danny Steinmann, où l'on se rend compte que le "chapitre final" sorti quelques mois auparavant n'était donc pas le dernier...). Dans ce désert, ne semblent exister que quatre oasis éventuelles. Dreamscape, de Joseph Ruben, montre un homme, Dennis Quaid, qui se bat dans les rêves des autres. Runaway, l'évadé du futur, de Michael Crichton, conte le combat mené par Tom Selleck contre les robots. De son côté, Ridley Scott, sortant d'Alien et de Blade runner, proposait sa fable médiévalisante et merveilleuse Legend. Derrière le travail visuel époustouflant, perce-t-il quelque chose de consistant ? A vrai dire, ma mémoire me trahit... Enfin, Starman, avec sa trame ET-esque de la créature venue d'ailleurs, ne semble pas vraiment être considéré comme un John Carpenter majeur mais mérite sans doute le détour.

En cet été 85, les polars de série, eux aussi, étaient légion, la plupart du temps ressassant le thème de la vengeance personnelle. Alain Delon était de retour en ex-policier devenu justicier (Parole de flic de José Pinheiro), après les promesses de Tir groupé, Jean-Claude Missiaen continuait de décevoir avec son nouveau polar banlieusard La baston, Michel Gérard se mettait au cinéma "sérieux" en réalisant Blessure, film noir situé dans le milieu du rock et interprété et co-écrit par Florent Pagny (!), tandis que Michel Vianney signait Spécial police. Habitués du genre, Chuck Norris et Burt Reynolds occupaient toujours l'espace, avec, respectivement, Sale temps pour un flic d'Andy Davis et Stick, le justicier de Miami de Reynolds lui-même. Mentionnons également Un été pourri de Phillip Borsos, polar journalistique avec Kurt Russell. En ce qui concerne le film de kung fu, on note, en plus des productions courantes (Les enragés du kung fu et La rage bouddhiste du kung fu de Godfrey Ho, Shaolin contre Mandchou de Marlon Lee, Shaolin, temple de la tradition de Kwok Siu Ho), quelques hybridations trans-continentales entre l'Asie et l'Amérique (Le dernier dragon de Michael Schultz, Le retour du Chinois de James Glickenhaus, avec Jackie Chan qui s'associe à Danny Aiello et va de NY à HK).

rougemidi.jpgDans des démarches plus auteuristes, les propositions de Dominique Crevecœur (le film-rêve Contes clandestins), de Lazlo Szabo (le décousu David, Thomas et les autres, production franco-hongroise avec Trintignant, Rochefort et Cottençon) et de Joy Fleury (Tristesse et beauté, d'après Yasunari Kawabata, avec Charlotte Rampling et Andrzej Zulawski) n'ont guère fait date, mais Pierre Jolivet séduisait avec son premier film, Strictement personnel, polar rêveur avec Pierre Arditti, Alain Tanner poursuivait son singulier parcours avec No man's land (quelques personnages, de part et d'autre de la frontière franco-suisse, exposent leur désir de vivre une autre vie) et Robert Guédiguian faisait déjà preuve d'une belle ambition en contant 50 ans de la vie d'un quartier marseillais dans Rouge midi (avec, bien sûr, Gérard Meylan et Ariane Ascaride). Toutefois, le projet le plus intrigant est à chercher du côté des Etats-Unis : dans Strangers kiss, Matthew Chapman imagine ce qui aurait pu se passer lors du tournage du Baiser du tueur (Killer's kiss, 1955), le deuxième long métrage de Stanley Kubrick, les interprètes vivant dans la réalité, peu ou prou, les mêmes (més)aventures que dans la fiction.

stopmakingsense.jpgPour beaucoup, l'événement de l'été fut la sortie de Pale rider de Clint Eastwood. Ce western à la fois classique et détaché, mythique et réaliste, j'avoue l'avoir apprécié à chaque vision mais jamais "totalement". Le caractère non-chronologique de ma découverte de l'œuvre eastwoodienne y est sans doute pour quelque chose mais j'ai toujours préféré à ce titre Josey Wales ou Impitoyable. Le véritable film-phare de juillet-août 85 serait alors le Sang pour sang de Joel Coen (à peine mentionnait-on à l'époque le prénom de son frère-scénariste Ethan). Le jugement me paraît cependant légèrement biaisé : l'amour que l'on peut lui porter dépendant à mon sens beaucoup plus de ce que l'on connaît de la suite que de la réalité du film lui-même, habile exercice de style annonçant des vertiges plus prononcés. Pour moi, donc, le chef-d'œuvre est ailleurs. Dans la case "Documentaire". Il ne s'agit certes pas de Carné, l'homme à la caméra, hommage plan-plan au réalisateur du Jour se lève par Christian-Jacque, ni de Pumping Iron 2, l'enquête de George Butler sur le culturisme féminin, mais de Stop making sense, indépassable sommet du film-concert. Derrière la caméra : Jonathan Demme (dont le premier film, Cinq femmes à abattre, série B cormanienne de 1974 sortait au même moment). Devant : David Byrne et ses Talking Heads. Scénographie, son, lumières, montage : tout concourt à faire de cette prestation, donnée spécialement pour le film et gardant pourtant la fraîcheur et l'intensité d'un live "classique", le modèle du genre. Le génie du groupe et l'amour du réalisateur pour la musique achèvent de rendre le résultat miraculeux.

Terminons notre survol de façon plus anecdotique en remarquant qu'à côté des (soft) Nuits chaudes de Cléopâtre (de Cesar Todd) et parmi les films X distribués alors mais dont nous rechignons à égrenner les titres, se retrouvent pas moins de six réalisations de José Benazeraf (Olinka, grande prêtresse de l'amour, Le yacht des partouzes, Perverse Isabelle, Orgies révolutionnaires, Le cul des mille plaisirs et Lady Winter, perversités à l'Anglaise).

jeunecinema168.jpgDans les kiosques, hormis Positif (293-294) et La Revue du Cinéma (407) qui mettent le même film en couverture (La forêt d'émeraude de John Boorman, sorti en juin), les revues et magazines font preuve de diversité. Le choix se porte sur le Nostalghia d'Andreï Tarkovski (sorti en mai) pour Cinéma 85 (319-320), sur Les enfants de Marguerite Duras (sorti en mai) pour les Cahiers du Cinéma (374), sur l'Adieu Bonaparte de Youssef Chahine (sorti en mai) pour Jeune Cinéma (168), sur Starman pour L'Ecran Fantastique (58). Du côté de Cinématographe (112), on propose un dossier sur le cinéma beur (avec Abdellatif Kechiche, alors acteur, en couverture) et à Premiere, on fête le centième numéro.

Voilà pour l'été 1985. La suite à la rentrée...

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14.07.2010

Era mejor antes de... (Verano de 1985)

espana.jpgEn hommage à la Roja, championne du monde 2010, je commence par publier ma note mensuelle en espagnol.

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Junio ya es sólo una memoria lejana. Abordemos pues las orillas cinematográficas que se nos ofrecían en julio-agosto de 1985:

En cuanto la selección es hecha, con el fin de guardar la mejor para el fin, nos encontramos delante de una ola estival de subproductos que comienza por dar a este panorama la apariencia de triste catálogo de mediocridades. Al haber encontrado entre tanto antiguas realizaciones de escenógrafos el éxito, las producciones que plagian sin vergüenza éxitos anteriores, séquitos a la utilidad discutible, las películas de serie de las que se débarasse esperando la reapertura en este período, nada es ahorrado al espectador.

lamourpropre.jpgQué venga de Francia, de Inglaterra o de los Estados Unidos, el género cómico no ofrece a priori nada notable, a juzgar por esta serie de títulos : El factor de Saint-Tropez (de Richard Balducci, con Paul Préboist), El amor limpio (la primera película de Martin Veyron), Los endebles del espacio (de Mike Hodges), Los ceros de conducto (de Neal Israel), Policía Academy 2: manos a la obra (de Jerry Paris), De Porky contraataca (de James Komack), Una defensa canon (de Willard Huyck con Dudley Moore y Eddie Murphy). Suponemos sin embargo menos insignificantes Cómo abofetear un millón de dólares al día de Walter Hill (con Richard Pryor) y los dos primeros largometrajes de Robert Zemeckis que saca provecho del éxito reciente y público de sonido A la persecución del diamante verde (Crazy day, 1978, crónico alrededor de Beatlemania en 64 a USA y El chanchullo grueso, 1980, sátira de América profunda con Kurt Russell).

En la película de acción, la hora está en el cassage de boca de los Colores amarillo (Nombre de código: Gansos salvajes, italo-alemán del Oeste de Antonio Margheriti, con Lee Van Cleef, Klaus Kinski y Ernesto Borgnine; Gymkata, de Robert Clouse, en el cual un estadounidense bueno gana una persecución organizada en un pequeño reino de Asia) y a la denuncia de los Rojos (Gulag de Roger Young, que el héroe es un periodista deportivo, una vez más americano, que se evade de un campo soviético). Con Amazonia, la selva blanca, italiano Ruggero Deodato, el realizador de Cannibal Holocaust, nos alumbra (?) sobre el tráfico de droga en Amazonia, con La fuga imposible, Stephen Gyllenhaal inventa la vuelta entre mujeres bien antes de Thelma y Luisa, con Maratón killer, Robert L. Rosen propone un enésimo survival, hasta con Los ángeles tiran a la derecha, E.B. Clucher les da una continuación (fechada de 1974) a Los Ángeles comen también a pelotas, con Prisión de mujeres en furia, Michele Massimo Tarantini propone una nueva variación en él bajo género prisión de mujeres.

legend.jpgAl rayo SF y el horror, no somos loteados mejor con 2072, los mercenarios del futuro (de Lucio Fulci), Diesel (de Robert Kramer, en el cual Gérard Klein, Agnès Soral, Richard Bohringer y Niels Arestrup juegan a Mad Max), Horror (de Philippe Mora, con Christopher Lee), Los frenéticos (de David Winters, crímenes al Festival de Cannes, vistos bajo el ángulo paródico, diez años antes de Los Nulos) y el Viernes, 13 - Capítulo 5 (de Danny Steinmann, donde se da cuenta que el " capítulo final " sacado algunos meses antes no era pues el último). En este desierto, parecen existir sólo cuatro oasises eventuales. Dreamscape, de José Ruben, muestra a un hombre, Dennis Quaid, que se pelea en los sueños de otros. Runaway, el evadido del futuro, de Michael Crichton, cuenta el combate llevado por Territorio de ultramar Selleck contra los robots. Por su parte, Ridley Scott, saliente de Alien y de Blade runner, proponía su fábula médiévalisante y maravillosa Legend. ¿ Detrás del trabajo visual pasmoso, perfora algo consistente? A decir verdad, mi memoria me traiciona... Por fin, Starman, con su trama ET-esque de la criatura venida por otra parte, no parece verdaderamente estar considerado como Juan Carpenter superior sino merece sin duda el rodeo.

En este verano de 85, las novelas de serie también, eran legión, la mayoría de las veces volviendo a cerner el tema de la venganza personal. Alain Delon estaba de vuelta en expolicía vuelto justiciero (Palabra de poli de José Pinheiro), después del prommesses de Tiro agrupado, Jean-Claude Missiaen continuaba decepcionando con su nueva novela a habitante de las afueras El baston, Michel Gérard se ponía en el cine "seriedad" realizando Herida, película negra situada en el medio del rock e interpretada y coescribir por Florencio Pagny (!) Mientras que Michel Vianney firmaba Especial policía. Acostumbrado por el género, Chuck Norris y Burt Reynolds ocupaban siempre el espacio, con, respectivamente, Tiempo de perros para un poli de Andy Davis y Bastón, el justiciero de Míami de Reynolds mismo. También mencionemos Un verano podrido de Phillip Borsos, novela periodística con Kurt Russell. En cuanto a la película de kung fu, anotamos, además de las producciones corrientes (Los fanáticos del kung fu y La rabia budista del kung fu de Godfrey Ho, Shaolin contra manchuriano de Marlon Lee, Shaolin, templo de la tradición de Kwok Siu Ho), algunas hibridaciones transcontinentales entre Asia y América (El último dragón de Michael Schultz, La vuelta de Chino de James Glickenhaus, con Jackie Chan que se asocia con Danny Aiello y va de NY a HK).

rougemidi.jpgEn pasos más auteuristes, las propuestas de Dominique Crevecœur (la película-sueño Cuentos clandestinos), de Lazlo Szabo (deshilvanado David, Thomás y otros, producción franco-húngara con Trintignant, Rochefort y Cottençon) y de Joy Fleury (Tristeza y belleza, según Yasunari Kawabata, con Carlota Rampling y Andrzej Zulawski) apenas hicieron época, sino Pierre Jolivet seducía con su primera película, Estrictamente personal, novela soñadora con Pierre Arditti, Alain Tanner perseguía su trayecto singular con No man's land (algunos personajes, de una y otra parte de la frontera franco-suiza, exponen su deseo de vivir otra vida) y Robert Guédiguian ya daba prueba de una bella ambición, contando 50 años de la vida de un barrio marsellés en Mediodía Rojo (con, por supuesto, Gérard Meylan y Ariane Ascaride). No obstante, el proyecto más intrigante tiene que buscar del lado de los Estados Unidos: en Strangers kiss, Matthew Chapman imagina lo que habría podido pasar en el momento del rodaje del Beso del asesino (Killer's kiss, 1955), el segundo largometraje de Stanley Kubrick, los intérpretes que vivirían en la realidad, poco o mucho, a los mismos arriesgas que en la ficción.

stopmakingsense.jpgPara muchos, el acontecimiento del verano fue la salida de Pala arrugar de Clint Eastwood. Este western a la vez clásico y suelto, mítico y realista, reconozco haberlo apreciado a cada visión pero "jamás "totalmente". El carácter no cronológico de mi descubrimiento de la obra eastwoodienne está allí sin duda para algo pero siempre preferí a este título(acción) Josey Wales o Despiadado. La película-faro verdadera de julio-agosto de 85 sería entonces la Sangre para sangre de Joel Coen (apenas como mencionábamos en la época el nombre de su hermano-guionista Ethan). El juicio ligeramente me parece sin embargo torcido: el amor que se le puede llevarle dependiendo a mi juicio muchos más de lo que conoce de la continuación que de la realidad de la película misma, ejercicio hábil de estilo que anuncia vértigos más pronunciados. Para mí, pues, la obra maestra está en otro lugar. En el compartimiento "Documental". No se trata por cierto de Carné, el hombre a la cámara, homenaje plano-plano al realizador de Día se levanta por Christian-Jacque, ni de Pumping Iron 2, la encuesta de Jorge Butler sobre el culturismo femenino, pero de Stop making sense, infranqueable cumbre de la película-concierto. Detrás de la cámara: Jonathan Demme (el que la primera película, Cinco mujeres que hay que matar, dispone en serie B cormanienne de 1974 salía en el mismo momento). Delantera: David Byrne y su Talking Heads. Escenografía, sonido, luces, montaje: Todo concurre a hacer esta prestación, dada especialmente para la película y que guarda sin embargo toda la frescura y la intensidad de un live "clásico", el modelo del género. El genio del grupo y el amor del realizador para la música terminan de devolver el resultado milagroso.

Acabemos nuestro sobrevuelo de modo más anecdótico observando que al lado de El noches calientes de Cléopâtre (de Cesar Todd) y entre las películas X distribuidos entonces pero que rechazamos égrenner los títulos se encuentran no menos de seis realizaciones de José Benazeraf (Olinka, grande prêtresse del amor, El yate del partouzes, Perversa Isabelle, Orgías revolucionarias, El culo de los mil placeres y Lady Winter, perversidades al Inglés).

jeunecinema168.jpgEn los quioscos, excepto Positivo (293-294) y La Revista del Cine (407) que ponen la misma película en cobertura (El bosque de esmeralda de Juan Boorman, salido en junio), las revistas dan prueba de diversidad. La elección se llevará pues a Nostalghia d' Andreï Tarkovski (sacado en mayo) para Cine 85 (319-320), sobre Los niños de Margarita Duras (salido en mayo) para los Cuadernos del Cine (374), sobre el tercer postigo de Mad Max (a venir en septiembre) para Starfix (28), sobre el Adiós Bonaparte de Youssef Chahine (sacado en mayo) para Joven Cine (168), sobre Starman para La Pantalla Fantástica (58). Del lado de Cinematógrafo (112), proponemos un expediente sobre el cine beur (con Abdellatif Kechiche, entonces actor, en cobertura) y en Premiere, celebramos el centésimo número.

He aquí para el verano de 1985. La continuación a la reapertura...

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16.06.2010

C'était mieux avant... (Juin 1985)

- Vous dites ? Plus de quinze jours de retard pour ma chronique mensuelle ? Mais non !

- Messi !

- Ah ne commencez pas avec le foot ! J'ai déjà perdu assez de temps comme ça.

- Je suis sûr que vous allez retrouver votre rythme de croisière, avec Toulalan qui vous caractérise.

- Vous n'êtes pas drôle.

- Pourtant, Thierry Henry encore...

- Bon, ça va bien maintenant ! Vous n'allez quand même pas en faire une avec Kaka ?

- Non, mais j'en connais une excellente à propos de Schweinsteiger.

- Ecoutez, si vous voulez, vous pouvez repasser un autre jour avec des jeux de mots sur les cinéastes, du genre "Bela Tarr que jamais".

- Mais la Hongrie n'est pas qualifiée...

- Arrêtez. De toute façon, les cinéphiles n'aiment pas le foot.

- Si, il y a Joachim.

- Oui, d'accord. Mais depuis qu'il écrit aux Cahiers, il n'a plus trop le temps...

- Il est pris dans l'Eto'o.

- S'il vous plaît... Il faut vraiment que je lance ma chronique. Je vais encore perdre une place au classement wikio.

- C'est peut-être dû à l'habillage du blog. Refaites la Deco.

- Sortez !

- Pffff..., Cissé comme ça que vous le prenez, la discussion est Klose. Espèce de Buffon !

*****

Mai est déjà très loin et il est plus que temps de revenir sur les sorties cinéma du mois de Juin 85 :

Autant le dire tout de suite, la livraison n'a pas grand chose d'exaltant et la désagréable impression de toucher le fond se fait ressentir lorsque l'on observe ce corpus par le biais des genres cinématographiques.

phenomena.jpgIl en va ainsi, en premier lieu, de la comédie avec Les anges se fendent la gueule de Jamie Uys (soit 1h35 de caméra cachée), Y a pas le feu de Richard Balducci et Gros dégueulasse de Bruno Zincone (d'après Reiser avec Maurice Risch dans le rôle titre). Derrière un tel tiercé, on en arriverait presque à être tenté par Patrouille de nuit de Jackie Kong (parodie américaine de film policier) ou Drôle de samedi de Bay Okan (suite franco-suisse de saynètes humoristiques ciblant le quotidien, avec Francis Huster, Carole Laure, Jacques Villeret, Michel Blanc, Jean-Luc Bideau...).

Au rayon SF, Starfighter de Nick Castle n'a pas l'allure d'un classique et, côté fantastique, le Phenomena de Dario Argento est, la plupart du temps, présenté comme une simple resuçée de Suspiria.Le spectateur friand d'action n'est guère mieux servi avec Destructor de Max Kleven (un sous-Rambo tirant vers la parodie), L'enfer en quatrième vitesse d'Antonio Margheriti (une série B italienne sur les courses de bagnoles), Cocaïne (un film de gangs new yorkais étrangement signé par Paul Morrissey), Portés disparus de Joseph Zito (l'un des pires films sur l'après-Vietnam, avec l'intense Chuck Norris) ou La rage de tuer de René Cardona Jr. (un polar bis italo-mexicain). En serait-il réduit, le spectateur, à chercher le salut dans les produits importés de Hong-Kong (Les douze piliers de Shaolin de Chian Lien, Ninja fury de Godfrey Ho, Shaolin contre Léopard de Cheng Hung Man, Les guerriers du temple maudit de William Lan) ?

Malheureusement, force est de constater qu'il est aussi peu probable que l'extase soit au rendez-vous devant les productions plus "sérieuses", qu'il s'agisse d'Aspern d'Eduardo de Gregorio (film portugais d'après Henry James, avec Bulle Ogier), du Consul honoraire de John Mackenzie (d'après Graham Greene, film que l'on devine tenu essentiellement (uniquement ?) par les acteurs : Michael Caine, Richard Gere, Bob Hoskins), de Desiderio d'Anna-Maria Tato (un premier film italien, avec Fanny Ardant), de French lover de Richard "Jedi" Marquand (une chronique de l'infidélité située à Paris et qui n'a pas peur des clichés, avec Karen Allen et Thierry Lhermitte), de Marjorie de Martin Ritt (biopic académique (pléonasme ?) sur l'écrivain Marjorie Kinnan Rawlings) ou des Poings fermés de Jean-Louis Benoit (les traumatismes de la guerre étudiés sous l'angle du symbolisme).

chinablue.jpgCertes, il y a bien dans le lot quelques titres plus connus que ces derniers mais aucun ne m'a laissé de souvenir impérissable. Le baiser de la femme-araignée d'Hector Babenco est un assez fameux film à tiroirs sur les maux de l'Amérique latine, bénéficiant de l'interprétation de William Hurt, récompensé à Cannes, et de Raul Julia. Choose me est une ronde moderne et altmanienne d'Alan Rudolph, lequel m'a quelque fois intéressé sans jamais me passionner réellement, y compris à cette occasion (malgré Geneviève Bujold et Keith Carradine). Escalier C de Jean-Charles Tacchella connut un beau succès mais cette vue en coupe d'un immeuble parisien dans lequel se croisaient entre autres Robin Renucci, Jacques Bonnaffé et Jean-Pierre Bacri, débouche-t-elle sur autre chose qu'un "film sympathique" ? A l'opposé de ce registre de demi-teinte, nous pouvons placer Les jours et les nuits de China Blue du provocateur Ken Russell, qui filmait là Kathleen Turner en train de mener sa double vie dans les quartiers chauds. Cette virée nocturne et allumée s'offrait à nous, adolescents, nimbée de scandale. Vingt-cinq ans après, l'odeur de souffre persiste-t-elle ? Je n'en sais absolument rien, faute d'avoir revu le film depuis. Ce que j'ai fait en revanche pour La forêt d'émeraude de John Boorman, entreprise ambitieuse, spectaculaire et poétique, évènement du mois, probablement. Sauf que... La puissance visuelle et narrative libérée par cette aventure amazonienne m'avait soufflé à quinze ans, puis fortement agacé à vingt-cinq. Peut-être aurais-je dû m'y replonger à trente-cinq, histoire de voir si le balancier se remettait à l'équilibre, bien que la carrière de Boorman me paraisse aussi accidentée qu'un manège à sensations, passant du très haut au très bas sans s'arrêter à mi-chemin.

repoman.jpgFinalement, dans la jungle de ce mois de juin 85, mieux vaut peut-être chercher son bonheur dans les marges. Profiter de la reprise d'un mélodrame indien réputé de 1957 (Assoiffé de Guru Dutt). Se laisser tenter par l'inclassable Repo man d'Alex Cox (avec Harry Dean Stanton et Emilio Estevez), récit passant par le prisme de divers genres, du film noir à la SF, par Des terroristes à la retraite, documentaire signé Mosco sur le groupe Manouchian, sorti alors en salles à la sauvette et diffusé à la télévision après bien des péripéties (les obstacles rencontrés étant dus à une volonté de protéger l'image du Parti Communiste, mis en cause dans l'affaire) ou par Visages de femmes de l'Ivoirien Désiré Ecaré. Voire, pour les plus aventureux, se frotter à l'improbable drame secouant le milieu de l'aérobic conté par Lawrence Dane dans Heavenly Bodies, au film de prison chaud-bouillant américano-ouest-allemand Chaleur rouge de Robert Collector (Linda Blair y est emprisonnée par le KGB et subit les sévices de Sylvia Kristel, le tout étant à l'époque interdit aux moins de 18 ans), à l'érotique Joy et Joan de Jacques Saurel (pour voir Brigitte Lahaie ailleurs que dans du X). Ou bien, en désespoir de cause, se reporter sur Colossale débauche pour une femme frigide de Youri Berko, porno se distinguant de la production courante au moins par son titre.

starfix27.jpgDans les kiosques, la plupart des revues proposaient alors des dossiers sur le Festival de Cannes. Cinéma 85 (318) et les Cahiers du Cinéma (373) mettaient en valeur Rendez-vous d'André Téchiné, Starfix (27) un quatuor de films composé de Mishima (Paul Schrader), Pale rider (Clint Eastwood), Witness (Peter Weir) et d'un autre non identifié. Cinématographe (111), qui rendait hommage aux acteurs, affichait Miranda Richardson, alors que Premiere (99) célèbrait la rencontre entre Sigourney Weaver et Gérard Depardieu (dans le film de Daniel Vigne, Une femme ou deux). Positif (292) et La Revue du Cinéma (406), choisissaient pour orner leur couverture Mishima (sorti en mai, comme le Téchiné cité précédemment), Jeune Cinéma (167) Au-delà des murs d'Uri Barbash (sorti en avril) et enfin L'Ecran Fantastique (57) Starfighter.

Voilà pour juin 1985. La suite le mois prochain...

 

Pour en savoir plus : Starfighter, La forêt d'émeraude & Phenomena vus par Mariaque.

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21.05.2010

Cannes, revu et corrigé (6/6)

(partie 1 - partie 2 - partie 3 - partie 4 - partie 5)

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2000

inthemoodforlove.jpg

In the mood for love de Wong Kar-wai

Au palmarès aussi : Esther Kahn (Arnaud Desplechin), Tabou (Nagisa Oshima), Code inconnu (Michael Haneke), Eurêka (Shinji Aoyama), Kippour (Amos Gitai), Chansons du deuxième étage (Roy Andersson)

Fiabilité : 65  % [23 films en compétition, Palme d'or : Dancer in the dark (Lars Von Trier)]

*****

2001

mulhollanddr.jpg

Mulholland Drive de David Lynch

Au palmarès aussi : The barber (Ethan et Joel Coen), La chambre du fils (Nanni Moretti), Roberto Succo (Cédric Kahn), Je rentre à la maison (Manoel de Oliveira), No man's land (Danis Tanovic), Kandahar (Mohsen Makhmalbaf)

Fiabilité : 69  % [23 films en compétition, Palme d'or : La chambre du fils (Nanni Moretti)]

*****

2002

hommesanspassé.jpg

L'homme sans passé d'Aki Kaurismäki

ou bien Le sourire de ma mère (Marco Bellocchio)

Au palmarès aussi : Plaisirs inconnus (Jia Zhangke), All or nothing (Mike Leigh), Ten (Abbas Kiarostami), Le pianiste (Roman Polanski), Punch-drunk love (Paul Thomas Anderson), Intervention divine (Elia Suleiman)

Fiabilité : 86  % [22 films en compétition, Palme d'or : Le pianiste (Roman Polanski)]

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2003

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Elephant de Gus Van Sant

Au palmarès aussi : Dogville (Lars Von Trier), Les invasions barbares (Denys Arcand), Mystic river (Clint Eastwood), Uzak (Nuri Bilge Ceylan)

Fiabilité : 50  % [20 films en compétition, Palme d'or : Elephant (Gus Van Sant)]

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2004

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Old boy de Park Chan-wook

Au palmarès aussi : La femme est l'avenir de l'homme (Hong Sang-soo), 2046 (Wong Kar-wai), Carnets de voyage (Walter Salles), La vie est un miracle (Emir Kusturica)

Fiabilité : 47  % [19 films en compétition, Palme d'or : Fahrenheit 9/11 (Michael Moore)]

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2005

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Caché de Michael Haneke

Au palmarès aussi : Three times (Hou Hsiao-hsien), Election (Johnnie To), Bataille dans le ciel (Carlos Reygadas), Last days (Gus Van Sant), A history of violence (David Cronenberg), Trois enterrements (Tommy Lee Jones)

Fiabilité : 62  % [21 films en compétition, Palme d'or : L'enfant (Jean-Pierre et Luc Dardenne)]

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2006

volver.jpg

Volver de Pedro Almodovar

ou bien Les lumières du faubourg (Aki Kaurismäki)

Au palmarès aussi : Le vent se lève (Ken Loach), Flandres (Bruno Dumont), Le labyrinthe de Pan (Guillermo Del Toro), La raison du plus faible (Lucas Belvaux)

Fiabilité : 60  % [20 films en compétition, Palme d'or : Le vent se lève (Ken Loach)]

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2007

paranoidpark.jpg

Paranoid Park de Gus Van Sant

Au palmarès aussi : Import Export (Ulrich Seidl), 4 mois, 3 semaines et 2 jours (Cristian Mungiu), No country for old men (Ethan et Joel Coen), Zodiac (David Fincher), Boulevard de la mort (Quentin Tarantino), Une vieille maîtresse (Catherine Breillat)

Fiabilité : 64  % [22 films en compétition, Palme d'or : 4 mois, 3 semaines et 2 jours (Cristian Mungiu)]

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2008

valseavecbachir.jpg

Valse avec Bachir d'Ari Folman

Au palmarès aussi : Entre les murs (Laurent Cantet), Gomorra (Matteo Garrone), Un conte de Noël (Arnaud Desplechin)

Fiabilité : 50  % [22 films en compétition, Palme d'or : Entre les murs (Laurent Cantet)]

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2009

brightstar.jpg

Bright star de Jane Campion

ou bien Les herbes folles (Alain Resnais)

Au palmarès aussi : Thirst, ceci est mon sang (Park Chan-wook), Le temps qu'il reste (Elia Suleiman), Un prophète (Jacques Audiard)

Fiabilité : 55  % [20 films en compétition, Palme d'or : Le ruban blanc (Michael Haneke)]

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11.05.2010

C'était mieux avant... (Mai 1985)

Il est loin, déjà, le mois d'Avril... Reprenons donc le cours de notre voyage dans le temps pour voir ce que nous proposaient les exploitants des salles de cinéma françaises en Mai 1985 :

witness.jpgBirdy fit sur mon cerveau d'adolescent autant impression que Subway le mois précédent (Luc Besson est tout au long des années 80, un petit frère possible d'Alan Parker). Au fur et à mesure des révisions, il eut tendance à s'alourdir (sur de nombreux plans : le jeu de Nicholas Cage, la vision du Vietnam, les envolées de la caméra, les percussions de Peter Gabriel, la pirouette finale) jusqu'à en devenir pénible. Objectivement, cela doit pourtant rester comme l'un des films les plus regardables du cinéaste. Witness fut aussi fort apprécié par ma jeune personne. Peter Weir, autre réalisateur culte de l'époque, filmait là un polar chez les Amishs, s'assurant au moins l'originalité du cadre. La présence d'Harrison Ford et de Kelly McGillis n'était alors pas étrangère à mon attachement. Aujourd'hui, l'œuvre doit toujours se révéler de bonne facture... L'autre film du mois vu au moment de sa sortie en salles est Le thé au harem d'Archimède, succès-phénomène de société de Mehdi Charef, d'après son propre livre autobiographique. De cette histoire de banlieue, j'avoue malheureusement ne pas me rappeler grand chose.

De ce mois de mai assez relevé, je pointe quatre autres titres bien connus mais dont la découverte fut plus tardive. Rendez-vous constitue mon premier et meilleur souvenir lié à André Téchiné, cinéaste qui, par la suite, m'a souvent laissé de marbre. Fiévreuse, violente, charnelle (hystérique ont déploré certains), l'œuvre m'avait beaucoup marqué lors d'une lointaine diffusion télévisée. Le film réunit Lambert Wilson, Wadeck Stanczak et Jean-Louis Trintignant et s'est vu récompensé d'un prix de la mise en scène à Cannes, mais Rendez-vous, c'est bien sûr, avant tout, Juliette Binoche. De son côté, Jean-Luc Godard faisait à nouveau parler de lui en embauchant le couple star Nathalie Baye - Johnny Halliday. Derrière l'écran de fumée médiatique, un film, Détective, pénible. Bien plus réjouissante fut la livraison annuelle de Woody Allen. Si chacun peut éventuellement désigner dans la filmographie du new yorkais un film supérieur à celui-là, qui n'est pas tombé sous le charme de La rose pourpre du Caire ? Prolongeant la réflexion du Sherlock Jr de Keaton en inversant son postulat (cette fois, c'est le personnage de fiction qui quitte l'écran pour entrer dans la réalité), Allen proposait là un spectacle irrésistible et particulièrement émouvant pour tout spectateur sujet à la fascination des images cinématographiques.

nostalghia.jpgToutefois, le très grand film du mois était dû à quelqu'un qui n'en aura guère été avare dans sa carrière malgré la relative faiblesse quantitative de sa production. Avec Nostalghia, Andreï Tarkovski, exilé en Italie, sondait en effet les profondeurs de l'âme avec une puissance émotionnelle et esthétique toujours aussi impressionnante. J'y avais trouvé pour ma part des visions sidérantes (l'ultime plan du film) et une expérience du temps inédite (le plan-séquence de la bougie portée d'un mur à l'autre).

Parmi les autres sorties du mois, il subsiste encore de nombreux titres retenant l'attention. Pour son Adieu Bonaparte, Youssef Chahine enrôlait Michel Piccoli et Patrice Chéreau pour traiter de la campagne d'Egypte. Le tournage de Ran d'Akira Kurosawa avait été suivi par Chris Marker, ce qui donnait le "making-of" A.K. (si tant est que le terme, réducteur, puisse s'appliquer à un film de Marker). Avec Mishima, Paul Schrader se risquait à une évocation de l'écrivain japonais (il semble que la réussite ait été au rendez-vous, au moins au niveau plastique). Le méconnu John Byrum s'attaquait lui à Somerset Maugham pour adapter Le fil du rasoir, avec l'aide de son comédien principal et co-scénariste Bill Murray. Après le désastre du Bon Roi Dagobert, Dino Risi se tournait vers le désert de Lybie en l'an 1940 et remettait le couvert avec Coluche pour Le fou de guerre (cette fois-ci, avec apparemment plus de conviction). Série noire pour une nuit blanche, de John Landis, est réputé pour être un excellent et insolite polar, dans lequel on suit Michelle Pfeiffer et Jeff Goldlum et on croise, entre autres, Don Siegel, David Cronenberg, Vera Miles, Roger Vadim et David Bowie. Steaming est l'ultime réalisation de Joseph Losey, un "film de femmes" à l'origine théâtrale.

parking.jpgMoins indispensables mais pas négligeables pour autant semblent être Les enfants de Marguerite Duras (un "enfant" à l'apparence d'adulte acquiert toutes les connaissances possibles sans la moindre éducation), Split image (L'envoûtement) de Ted "Rambo" Kotcheff (mise en garde contre les sectes que l'on imagine déroulée avec efficacité), That's dancing de Jack Haley Jr. (troisième volet d'une anthologie de séquences de comédies musicales, produit par Gene Kelly), Le retour des morts-vivants de Dan O'Bannon (variation que l'on dit plutôt digne par rapport au modèle posé par Romero). En revanche, Parking est une œuvre de Jacques Demy rarement défendue, même par les admirateurs du cinéaste. Cette réactualisation du mythe d'Orphée serait notamment plombée par l'interprétation de Francis Huster (ce qui n'est pas une surprise) et une partition très moyenne de Michel Legrand (ce qui l'est déjà un peu plus).

Mask, mélodrame à succès de Peter Bogdanovitch (avec Cher), ne m'a jamais vraiment attiré. Born to be bad est un drame de Nicholas Ray, réputé mineur, datant de 1950 et interprété par Joan Fontaine et Robert Ryan. Toxic de Michael Herz et Samuel Weil est le "fleuron" des productions Troma, spécialisée dans le gore énorme et fauché. Pour être complet, je dois également citer : Nasdine Hodja au pays du business (de Jean-Patrick Lebel, enquête sur les Maghrébins de Seine-Saint-Denis), La cage aux canaris (film soviétique intimiste de Pavel Tchoukhraï), Marco Polo, le guerrier de Kublai Khan (du fameux Chang Cheh), Les quatre vengeurs de Shaolin (de Tsui Wing Fok), Gigolo (de David Hemmings, film ouest-allemand sur le Berlin des années 20, avec David Bowie et la présence furtive de Kim Novak, Maria Schell et Marlene Dietrich, rien que ça !), Divorce à Hollywood (de Charles Sheyer), Le meilleur de la vie (de Renaud Victor, mélodrame avec Sandrine Bonnaire et Jacques Bonnafé), Voleur de désirs (de Douglas Day Stewart) et Baby, le secret de la légende oubliée (production Disney de B.W.L. Norton sur le thème "on a trouvé des dinosaures en Afrique").

Enfin, nous noterons la poursuite et l'amplification du racolage par les titres-chocs effectué par les distributeurs de pornos, étranglés par les pouvoirs publics et bientôt expulsés vers la vidéo : Bouche à bouche (sexe à sexe) (Joseph W. Sarno), Chaudes écolières (Frank Hover), Education spéciale pour collégiennes expertes (Joanna Morgan), Initiations anales pour sodomaniaques (Reine Pirau), OLAH (Orgasme, lesbiennes, anal, homo) (anonyme), Petites fesses juvéniles (pour membres bienfaiteurs) (anonyme), Petites vicieuses pour doubles partenaires très musclés (James H. Lewis), Prépare ton cul, je bande... (James H. Lewis, bis), Pucelles pour salle de garde (James H. Lewis, ter), Putes déchaînées (Joanna Morgan) et j'en passe un ou deux... A ce compte-là, Marilyn mon amour de Michel Leblanc n'a pas dû attirer beaucoup de monde...

cinematographe110.JPGAu rayon presse, nous pouvions trouver un numéro exceptionnel des Cahiers du Cinéma (371-372) consacré au scénario dans le cinéma français (avec l'abonné Godard en couverture) et un "spécial Cannes" dans Premiere (98, Clint Eastwood, Harrison Ford, Juliette Binoche & Wadeck Stanczak, Claude Chabrol et Nathalie Baye & Johnny Halliday se partageant la une). L'Ecran Fantastique (56) fêtait Harrison Ford et Witness alors que Starfix (26) rencontrait Isabelle Adjani à l'occasion de de Subway. Comme ce dernier film, La maison et le monde de Satyajit Ray et La route des Indes de David Lean venaient de sortir le mois précédent. Ils se retrouvaient en couverture, respectivement, de Cinéma 85 (317) et de Positif (291). Cinématographe (110) ornait la sienne d'une photo tirée de Rendez-vous. Enfin, La Revue du Cinéma (405) anticipait sur l'arrivée de Pale rider sur les écrans en s'entretenant avec Clint Eastwood.

Voilà pour mai 1985. La suite le mois prochain...

 

Pour en savoir plus : Détective vu par Christophe, Le fou de guerre et Série noire pour une nuit blanche vus par Mariaque (quelque part sur son nouveau blog), Parking vu par le Dr Orlof et encore Détective vu par Shangols.

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04.04.2010

C'était mieux avant... (Avril 1985)

Mars ? Déjà de l'histoire ancienne... Hâtons-nous donc de reprendre le cours de notre exercice mémoriel et rappelons-nous des sorties en salles françaises du mois d'Avril 1985 :

terminator.jpgBien que ces aveux soient aujourd'hui un brin douloureux, commençons par ce qui nous attirait réellement en ce temps-là. Pensant tomber sur un Outsiders à la Française, nous nous étions précipités à la projection de Hors-la-loi, de Robin Davis. Une dizaine de jeunes rebelles sans cause, parmi lesquels Clovis Cornillac, Wadeck Stanczak et Isabelle Pasco, s'y trouvaient pourchassés par la police et quelques paysans de Lozère. Sans encore y connaître grand chose, il nous était tout de même apparu que l'ensemble n'était pas vraiment du niveau de Coppola. En revanche, à l'âge de 13 ans, coincé au stade cinéphile débutant et uniquement informé par Première, il était difficile de ne pas succomber à l'épate de Luc Besson et de son Subway, de ne pas trouver ça génial, de ne pas y revenir plusieurs fois et de ne pas en retenir toutes les répliques. Ayant par la suite opéré une volte-face par rapport au cinéma du nounours barbu, étant passé à un rejet total, à la violence proportionnelle à l'amour porté auparavant (devrai-je porter plainte pour avoir été ainsi abusé en ces années d'innocence ?), il m'est impossible aujourd'hui de juger cet objet sereinement.

Tout aussi barbu, James Cameron proposait un film bientôt tout aussi culte. Terminator fit bien sûr son effet sur nous aussi, essentiellement en raison de sa violence (le poing de Schwarzie qui traverse le corps du pauvre biker : succès assuré dans la cour du collège). Pas revue depuis, pas même au moment de la sortie d'un deuxième volet que nous ne goûtâmes guère, cette série B carrée propulsa le cinéaste dans une autre dimension, sur le plan économique en tout cas. Quatrième titre coché à l'époque : Le jeu du faucon de John Schlesinger avec les vedettes pour ados qu'étaient Timothy Hutton et Sean Penn en apprentis-espions. Je n'en ai plus aucun souvenir.

eijanaika.jpgPlus marquants sont trois autres films de ce mois, découverts plus tardivement. Les 613 minutes de Shoah représentent une expérience physique unique, vertigineuse et étouffante. Le documentaire de Claude Lanzmann sur l'extermination des Juifs d'Europe dans les camps nazis est d'une grande importance historique et provoque quantité de réflexions sur l'esthétique et la morale. Un fois que ceci a été rappelé, on peut regretter que cette œuvre monumentale ait été à l'origine de l'établissement d'un dogme et de la formulation d'un interdit, celui de la représentation, interdit constamment réaffirmé depuis par l'auteur et ses admirateurs inconditionnels.

Dans un registre bien plus léger, avec Poulet au vinaigre, Claude Chabrol et son acteur Jean Poiret donnaient vie sur l'écran à l'Inspecteur Lavardin, dont un second volet cinématographique et une mini-série télévisée allaient ensuite continuer de nous conter les aventures. Réjouissant et caustique, l'opus, s'il n'est pas le plus admirable de la longue carrière du cinéaste, est savoureux. Plus enthousiasmant encore, selon moi, est l'incroyable film du grand Shohei Imamura, Eijanaïka. En plein XIXe, se déroule un récit ébouriffant, complexe et vivifiant, un conte historique ballottant les maîtres et la populace pour déboucher sur une réflexion politique limpide.

Il me semble être tombé une fois à la télévision sur Faster Pussycat, Kill ! Kill ! de Russ Meyer, tourné en 1966 mais seulement exploité dans les salles françaises en ce mois d'avril 85. Je me souviens d'un beau noir et blanc, de cadrages étonnants et de poitrines généreuses. Rien de plus. De même, il n'est pas impossible que se soient trouvés sous mes yeux, un soir de désœuvrement télévisuel, Blanche et Marie de Jacques Renard (Miou-Miou et Sandrine Bonnaire en résistantes), 2010 de Peter Hyams (suite du 2001, de Kubrick, toujours d'après Arthur C. Clarke et pari forcément insensé), La nuit porte-jaretelles de Virginie Thévenet (film-mode autour de Pigalle), Le kid de la plage de Garry Marshall (comédie anodine au service de la star Matt Dillon) ou Liberté, égalité, choucroute de Jean Yanne (dont il est difficile de trouver un défenseur).

lepactole.jpgUne fois ces titres énoncés, il en reste, parmi ceux qui me sont inconnus, de très tentants : en premier lieu, Micki et Maude de Blake Edwards (Dudley Moore, coincé entre Amy Irving et Ann Reinking, y devient bigame), puis La balade inoubliable du discret mais sensible Pupi Avati, Brother de John Sayles (l'histoire d'un esclave noir échappé d'une autre planète et aterrissant à New York, poursuivi par deux chasseurs de primes), La maison et le monde, l'un des derniers longs-métrages de Satyajit Ray (encore une fois adapté de Rabindranath Tagore et traitant de la confrontation entre valeurs indiennes et occidentales), Marlene, un documentaire de Maximilian Schell sur Dietrich (présente sur la bande son mais ayant refusé de se laisser filmer), La route des Indes du revenant David Lean (nouvelle fresque historique d'après E.M. Forster) et enfin Le pactole, énième fable immorale de Jean-Pierre Mocky.

Plus risquées me semblent les découvertes d'Adieu blaireau, polar sophistiqué de Bob Decourt avec Philippe Léotard, d'Au-delà des murs de l'Israélien Uri Barbash (un film de prison appelant à la réconciliation entre Juifs et Palestiniens), des Bostoniennes, drame de faible réputation de James Ivory (avec Christopher Reeve et Vanessa Redgrave), du Combat des maîtres (un "Shaw Brothers" de Liu Chia Liang), de Country - Les moissons du cœur de Richard Pearce (un nouveau regard sur la campagne américaine, avec Jessica Lange et Sam Shepard), du Déclic de Jean-Louis Richard, d'après la BD érotique de Milo Manara, d'Electric dreams du clippeur Steve Barron (l'ordinateur d'une jeune femme devient humain), de Mata-Hari de Curtis Harrington (avec Sylvia Kristel), de Mojado power de et avec le Mexicain Alfonso Arau (l'immigration clandestine vers les USA vue de manière humoristique), de Monsieur de Pourceaugnac de Michel Mitrani, d'après Molière avec Michel Galabru, d'Un printemps sous la neige (film franco-canadien de Daniel Petrie avec Liv Ullmann et le jeune Kiefer Sutherland, un mélo social sur les années 30), des Plaisirs interdits de Salvatore Samperi (la passion incestueuse entre un frère et une sœur), d'Onde de choc de Nico Mastorakis (film de serial killer avec un héros aveugle) et de Vidas (film-choc sur la société portugaise par Antonio da Cunha Telles). Mais, on le voit, même dans ce lot, une bonne surprise n'est pas à exclure, ce qui donne finalement à ce mois-là une couleur très intéressante.

Il nous reste toutefois à lister les produits venant de Hong-Kong (Les jeunes bonzes du temple de Shaolin de Tang Cheng Da, Le tigre de Shaolin d'Au Yeung Chuen, Le karatéka au poing d'or de Pasan) et à mentionner l'étonnante prééminence de la thématique du vice dans les pornos du mois (Apprenties vicieuses de Youri Berko, Ballets roses pour couples vicieux de Johana Morgan et Le vice de Madame, non signé).

premiere97.jpgPour les revues et magazines de cinéma, c'est surtout 2010 qui crée l'évènement en avril de cette année. Le film de Peter Hyams se retrouve en effet en couverture de Cinéma 85 (316), de Starfix (25) et de L'Ecran Fantastique (55). Les Cahiers du Cinéma (370) choisissent de poursuivre le dialogue avec Chabrol (Poulet au vinaigre est à la une) et Positif (290) avec Blake Edwards (Micki et Maude). La Revue du Cinéma (404) élit La petite fille au tambour de George Roy Hill et Jeune Cinéma (166), Louise l'insoumise de Charlotte Silvera, tous deux sortis en mars. Cinématographe (109) illustre son numéro sur les "Chocs de cultures" par une photo du Fleuve de Jean Renoir. Enfin, Premiere (97) rencontre Yves Montand, bientôt à l'affiche dans le Jean de Florette de Claude Berri.

Voilà pour avril 1985. La suite le mois prochain...

 

Pour en savoir plus : Electric dreams, Poulet au vinaigre, Terminator et 2010 vus par Mariaque.

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