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30.05.2010

Cahiers du Cinéma vs Positif (1985)

Suite du flashback.

 

cdc367.jpgPOS288.JPG1985 : Dans les Cahiers, qui, toujours sous la direction de Serge Toubiana, affichent un comité de rédaction plus resserré (et officialisant l'arrivée de Marc Chevrie et Hervé Le Roux), la part belle est faite aux acteurs : on trouve dans les pages de la revue des propos d'Erland Josephson, de Jean Poiret, de Françoise Lebrun, de Mireille Perrier et de Myriam Roussel, ainsi qu'un dossier sur "les jeunes acteurs français". On revient également sur Orson Welles et on réfléchit au "nouveau maniérisme". Dune (David Lynch) est étudié par Michel Chion et Body double (Brian De Palma) par Olivier Assayas mais sont mieux mis en avant Love streams, Après la répétition, La maison et le monde, Ran, Police, L'année du dragon, Sans toit ni loi et bien sûr Je vous salue Marie de Godard. Des entretiens avec Marguerite Duras, Claude Lanzmann, Otar Iosseliani et Clint Eastwood sont par ailleurs proposés.
Ces deux derniers sont également rencontrés par les rédacteurs de Positif (deux fois en ce qui concerne Eastwood, par Michael Henry) et la revue rejoint sa rivale dans la défense des films de John Cassavetes, Francis Ford Coppola, Ingmar Bergman, Akira Kurosawa et Maurice Pialat. Michel Ciment et Hubert Niogret présentent Lars Von Trier à l'occasion de The element of crime et Robert Benayoun rend hommage à Louise Brooks. Un dossier Lubitsch est concocté et un large retour sur la carrière de Joseph Losey est effectué en juillet. Au fil des sommaires, se croisent les noms de Gérard Brach, Emir Kusturica, Jacques Doillon, Michelangelo Antonioni, Paul Schrader, Théo Angelopoulos, Fernando Solanas, George Miller, Xie Jin, Blake Edwards, Shohei Imamura et, dans une interrogation plus conjoncturelle, ceux de Mark Rydell, Ridley Scott, Roland Joffé et David Puttnam. Cependant, en 85, deux œuvres semblent, pour Positif, se détacher clairement : Brazil et de La forêt d'émeraude.

 

Janvier : Love streams (John Cassavetes, Cahiers du Cinéma n°367) /vs/ Les favoris de la lune

(Otar Iosseliani, Positif n°287)

Février : Les favoris de la lune (Otar Iosseliani, C368) /vs/ Le voyage à Cythère (Théo Angelopoulos, P288)

Mars : Après la répétition (Ingmar Bergman, C369) /vs/ Brazil (Terry Gilliam, P289)

Avril : Poulet au vinaigre (Claude Chabrol, C370) /vs/ Micki et Maude (Blake Edwards, P290)

Mai : Numéro spécial "Scénario" (Détective, Jean-Luc Godard, C371-372) /vs/ La route des Indes (David Lean, P291)

Juin : Rendez-vous (André Téchiné, C373) /vs/ Mishima (Paul Schrader, P292)

Eté : Les enfants (Marguerite Duras, C374) /vs/ La forêt d'émeraude (John Boorman, P293-294)

Septembre : Police (Maurice Pialat, C375) /vs/ Ginger et Fred (Federico Fellini, P295)

Octobre : Hurlevent (Jacques Rivette, C376) /vs/ Ran (Akira Kurosawa, P296)

Novembre : L'année du dragon (Michael Cimino, C377) /vs/ Une histoire immortelle (Orson Welles, P297)

Décembre : Sans toit ni loi (Agnès Varda, C378) /vs/ L'honneur des Prizzi (John Huston, P298)

 

cdc373.jpgPOS289.JPGQuitte à choisir : A mon grand regret, je ne peux juger ni du Bergman, ni du Angelopoulos., ni du Iosseliani, ni du Rivette, ni du Schrader, ni du Edwards. Plusieurs titres me sont agréables  sans m'enthousiasmer particulièrement (le Chabrol, le Pialat, le Fellini, le Kurosawa, le Varda, le Huston) voire me déplaisent (le Godard, le Boorman) et tout se joue donc pour moi entre le Cassavetes, le Téchiné et le Cimino d'un côté et le Gilliam et le Welles de l'autre. Allez, pour 1985 : Avantage Cahiers.

Mise à jour novembre 2010 : La route des Indes, ici.

Mise à jour décembre 2010 : Voyage à Cythère, ici.

...et Avantage Positif.

 

A suivre...

Sources : Calindex & Cahiers du Cinéma

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29.05.2010

En chantant derrière les paravents

(Ermanno Olmi / Italie - France - Royaume-Uni / 2003)

■■■□

paravents15.jpgEn chantant derrière les paravents (Cantando dietro i paraventi en italien) : le titre poétique et mélodieux de ce film, ainsi que la signature qui y est apposée, celle d'Ermanno Olmi, préviennent le spectateur. S'il sera question d'aventures maritimes, la mise en scène ne ressemblera guère à celles ayant donné naissance aux épopées flibustières du cinéma à grand spectacle, qu'il provienne d'Hollywood ou de Cinecitta, qu'il mobilise les foules de figurants du début du siècle dernier ou qu'il court aujourd'hui vers le tout numérique. Olmi nous conte bel et bien une histoire de pirates mais il ne cesse d'en questionner le mode de représentation, proposant un jeu théâtral, un dialogue entre la scène et l'écran, le réel et son imitation, le comédien et le personnage, le conteur et le spectateur.

L'entrée dans le film se fait comme dans un capharnaüm. Tout s'offre à notre regard en même temps, par bribes : le spectacle et sa machinerie, les allées et venues du public et des hôtes, la représentation théâtrale d'un récit et son illustration purement cinématographique, les artistes se donnant en spectacle sur les planches jouant aussi les rôles de la fiction mise en images. Le montage vif, éclatant ainsi les points de vue, semble éclairer les rouages qui mettent en route tout type de récit et s'il commence par déstabiliser, c'est pour mieux souligner que tout conteur doit savoir piquer la curiosité dès son entrée en jeu afin de tenir son auditoire sous sa coupe. Ce désordre apparent montre aussi que la moindre amorce de récit peut capter l'attention.

Parmi les figures présentées dans cette introduction, celle d'un jeune homme à l'allure ecclésiastique se détache jusqu'à paraître se faire le relais du spectateur (il s'avèrera que le film propose en fait toute une série de relais de ce type, de nombreux personnages se retrouvant en train d'écouter parler quelqu'un ou de regarder un autre agir). Petit occidental perdu en Chine, il croit se rendre à l'Institut de Cosmologie lorsqu'il franchit le seuil de ce cabaret faisant également office de bordel. Forcément troublé par le spectacle offert par une magnifique danseuse-pirate exécutant avec grâce, et dans le plus simple appareil, ses adversaires, ainsi que par l'accueil qui lui est réservé par les hôtesses du lieu, il ne tarde pas à abandonner toute idée de résistance et de fuite (ce parfum d'érotisme contaminera tout le film, jusqu'en des moments délicieusement inattendus). Cet abandon coïncide avec la mise en œuvre véritable du récit principal, à tel point qu'il semble en être l'origine. La représentation et la vie se confondent.

Devient alors prédominante à l'écran, juste interrompue ça et là de quelques retours dans le cabaret, l'illustration des aventures de la veuve Ching, pirate sillonnant les mers près des côtes chinoises et défiant la marine de l'Empereur. Depuis ses débuts remontant à la fin des années cinquante, Ermanno Olmi a toujours travaillé l'idée de réalisme en la reliant à un savoir légendaire, à des racines mythologiques, au goût qu'ont les hommes pour les contes (le point d'équilibre ayant été trouvé notamment dans les deux magnifiques films que sont L'arbre aux sabots (1978) et À la poursuite de l'étoile (1983)). Ici, il use avec parcimonie des effets spéciaux (à peine semblent-ils se limiter à quelques plans de flotte navale et ils sont de plus au service d'une vision que nombre de cinéastes devrait s'approprier au lieu de s'épuiser à créer numériquement du grand spectacle, celle d'une "menace fantôme") et aux débordements technologiques, il préfère la recréation par l'artisanat, par la réalité d'un lieu redécouvert, d'un bateau reconstruit, d'un canon dépoussiéré. La sobriété dans l'agencement des éléments apparaissant dans le cadre et la recherche constante d'un certain poids de réel éloigne toute tentation simplement décorative. Ce réalisme est donc au service d'une fable. La façon dont a été présenté cet enchevêtrement de récits et d'illustrations permet d'accepter tous les artifices qui les soutiennent : les personnages chinois sont joués par des Asiatiques de tous horizons et doublés en italien, la mise en scène fait croire que nous voguons près de la Chine alors que le tournage s'est déroulé au Monténégro...

Certes, En chantant derrière les paravents n'est pas une œuvre parfaite. Voilà un film bien plus entraîné par un dynamisme intellectuel que physique (les rares séquences de bataille sont comme filmées "en creux") et qui apparaît par moment un peu trop langoureux. Il reste toutefois hautement stimulant par son jeu narratif célébrant la puissance de la fiction et par la diversité de ses thèmes, tous abordés avec subtilité, comme celui de l'identité féminine dans un monde d'hommes ou comme le questionnement politique autour de la légalité et la notion de révolte juste. Le plus important de tous est celui du pardon. Le renoncement aux armes et au combat devient l'enjeu de la dernière partie. Non seulement ce thème s'impose peu à peu à la suite de la disposition au fil du récit de nombreux éléments scénaristiques importants préparant son déploiement (le changement des règles à bord du navire, l'évolution des rapports entre les pirates et leur "butin humain"...), mais son importance est rendue sensible par la mise en scène elle-même. A la montée en intensité du récit, à la raréfaction des décrochages fictionnels dus aux retours au cabaret, à la promesse d'une bataille, répond finalement une suspension du temps, une longue attente, un intrigant face à face immobile, nous accompagnant pendant la très belle dernière demie-heure du film. Au final, le conteur peut alors revenir sur scène et nous saluer en se félicitant que depuis les temps agités dans lesquels il vient de nous plonger, les mers et les terres du globe connaissent la paix. Il n'en est rien bien sûr, mais le temps d'un récit, nous pouvons croire à tout.

 

Chronique dvd pour logokinok.jpg

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26.05.2010

The dark knight

(Christopher Nolan / Etats-Unis - Grande-Bretagne / 2008)

■□□□

darkknight.jpg"Why so serious ?"

En effet, pourquoi si sérieux ? Car The dark knight, film de la décennie pour les utilisateurs de l'imdb et pointant au vingtième rang du classement des blogueurs cinéma, est à mon sens bien trop sentencieux, bien trop boursouflé, bien trop long, bien trop froid, bien trop concerné...

Le choc initial provoqué par cette vision d'une Gotham City présentant tous les aspects du New York contemporain n'est pas trompeur : Batman est devenu le héros d'un blockbuster tout à fait actuel et se montrant à chaque instant soucieux de l'état du monde à l'aube de ce nouveau millénaire. Il nous est donc rigoureusement impossible d'échapper aux réminiscences du 11 septembre 2001, aux réponses que peuvent donner les démocraties face à la menace terroriste,  à la réflexion sur la tentation du totalitarisme sous couvert de politique sécuritaire, à l'évocation d'un banditisme sans frontières (gangsters noirs, mafiosi, hommes d'affaires chinois, hommes de main d'Europe de l'Est : tous appartiennent à la même nébuleuse). De plus, à l'image de la quasi-totalité des affrontements organisés entre les personnages principaux, chaque séquence importante cache en fait un enjeu moral incommensurable et débouche sur un lourd dilemme. Nous en arrivons alors à trouver particulièrement bête une scène comme celle, bien-pensante, des deux ferries bourrés d'explosifs (les passagers, "simples citoyens" d'un côté et dangereux détenus de l'autre, sont poussés par le Joker à faire exploser le navire d'en face pour sauver le leur).

Ambitieux, The dark knight n'a finalement pas grand chose à voir avec un film de super-héros. Il se rapproche bien plus, selon les moments, du thriller, de l'espionnage (une escapade à Hong-Kong inutile), voire, dans la construction du personnage du Joker, du film de serial killer (les séquences de commissariat). Se voulant éminemment politique, il commence par nager dans les eaux troubles de la criminalité économique et s'y noie régulièrement (je n'ai pas saisi la teneur de plusieurs séquences dans cette première partie) avant de recentrer avec plus de bénéfices son récit sur les trois ou quatre figures principales.

La noirceur du film et la dualité de Batman ont été applaudi sans mesure. Remarquons qu'il ne s'agit ici que d'un phénomène d'amplification, Nolan ne faisant que pousser le curseur un peu plus loin. Mettre à jour l'ambiguïté et les douleurs nichées dans le coeur du super-héros a tout du programme minimum depuis le travail de Tim Burton (sinon celui de Richard Lester qui pouvait par exemple faire provoquer par son Superman des accidents involontaires et lui faire rater ses sauvetages). La violence, quant à elle, monte également d'un cran, essentiellement véhiculée par la tonalité des séquences de combats ou de tortures, bien que Nolan reste tout de même dans des limites très strictes, de peur de s'aliéner une partie du public de la série, en suspendant les gestes au dernier moment ou en les reléguant dans le hors-champ. Surtout, l'ensemble ne propose guère de singularité stylistique : le cinéaste du plaisant mais limité Memento nous ressert à plusieurs reprises un travelling circulaire pour filmer des conversations et lorsqu'il a la possibilité de créer du décalage, il revient aussitôt dans les rails (quand le Joker est tenu dans le vide par Batman, la tête en bas, la caméra pivote sur elle-même pour le cadrer "à l'endroit").

Tout n'est heureusement pas dépourvu d'intérêt dans The dark knight : la notion d'enfantements successifs de monstres est assez saisissante, la séquence introductive du hold-up est impressionnante par sa nervosité et celle, centrale, de la poursuite en véhicules blindées est un morceau de bravoure bluffant. Mais derrière l'actualisation à marche forcée du mythe, souffrant ici de l'absence d'une émotion autre que victimaire et d'un déficit de poésie noire, je regrette fortement que transparaisse la défaite de l'imaginaire.

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21.05.2010

Cannes, revu et corrigé (6/6)

(partie 1 - partie 2 - partie 3 - partie 4 - partie 5)

*****

2000

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In the mood for love de Wong Kar-wai

Au palmarès aussi : Esther Kahn (Arnaud Desplechin), Tabou (Nagisa Oshima), Code inconnu (Michael Haneke), Eurêka (Shinji Aoyama), Kippour (Amos Gitai), Chansons du deuxième étage (Roy Andersson)

Fiabilité : 65  % [23 films en compétition, Palme d'or : Dancer in the dark (Lars Von Trier)]

*****

2001

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Mulholland Drive de David Lynch

Au palmarès aussi : The barber (Ethan et Joel Coen), La chambre du fils (Nanni Moretti), Roberto Succo (Cédric Kahn), Je rentre à la maison (Manoel de Oliveira), No man's land (Danis Tanovic), Kandahar (Mohsen Makhmalbaf)

Fiabilité : 69  % [23 films en compétition, Palme d'or : La chambre du fils (Nanni Moretti)]

*****

2002

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L'homme sans passé d'Aki Kaurismäki

ou bien Le sourire de ma mère (Marco Bellocchio)

Au palmarès aussi : Plaisirs inconnus (Jia Zhangke), All or nothing (Mike Leigh), Ten (Abbas Kiarostami), Le pianiste (Roman Polanski), Punch-drunk love (Paul Thomas Anderson), Intervention divine (Elia Suleiman)

Fiabilité : 86  % [22 films en compétition, Palme d'or : Le pianiste (Roman Polanski)]

*****

2003

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Elephant de Gus Van Sant

Au palmarès aussi : Dogville (Lars Von Trier), Les invasions barbares (Denys Arcand), Mystic river (Clint Eastwood), Uzak (Nuri Bilge Ceylan)

Fiabilité : 50  % [20 films en compétition, Palme d'or : Elephant (Gus Van Sant)]

*****

2004

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Old boy de Park Chan-wook

Au palmarès aussi : La femme est l'avenir de l'homme (Hong Sang-soo), 2046 (Wong Kar-wai), Carnets de voyage (Walter Salles), La vie est un miracle (Emir Kusturica)

Fiabilité : 47  % [19 films en compétition, Palme d'or : Fahrenheit 9/11 (Michael Moore)]

*****

2005

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Caché de Michael Haneke

Au palmarès aussi : Three times (Hou Hsiao-hsien), Election (Johnnie To), Bataille dans le ciel (Carlos Reygadas), Last days (Gus Van Sant), A history of violence (David Cronenberg), Trois enterrements (Tommy Lee Jones)

Fiabilité : 62  % [21 films en compétition, Palme d'or : L'enfant (Jean-Pierre et Luc Dardenne)]

*****

2006

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Volver de Pedro Almodovar

ou bien Les lumières du faubourg (Aki Kaurismäki)

Au palmarès aussi : Le vent se lève (Ken Loach), Flandres (Bruno Dumont), Le labyrinthe de Pan (Guillermo Del Toro), La raison du plus faible (Lucas Belvaux)

Fiabilité : 60  % [20 films en compétition, Palme d'or : Le vent se lève (Ken Loach)]

*****

2007

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Paranoid Park de Gus Van Sant

Au palmarès aussi : Import Export (Ulrich Seidl), 4 mois, 3 semaines et 2 jours (Cristian Mungiu), No country for old men (Ethan et Joel Coen), Zodiac (David Fincher), Boulevard de la mort (Quentin Tarantino), Une vieille maîtresse (Catherine Breillat)

Fiabilité : 64  % [22 films en compétition, Palme d'or : 4 mois, 3 semaines et 2 jours (Cristian Mungiu)]

*****

2008

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Valse avec Bachir d'Ari Folman

Au palmarès aussi : Entre les murs (Laurent Cantet), Gomorra (Matteo Garrone), Un conte de Noël (Arnaud Desplechin)

Fiabilité : 50  % [22 films en compétition, Palme d'or : Entre les murs (Laurent Cantet)]

*****

2009

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Bright star de Jane Campion

ou bien Les herbes folles (Alain Resnais)

Au palmarès aussi : Thirst, ceci est mon sang (Park Chan-wook), Le temps qu'il reste (Elia Suleiman), Un prophète (Jacques Audiard)

Fiabilité : 55  % [20 films en compétition, Palme d'or : Le ruban blanc (Michael Haneke)]

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20.05.2010

Cannes, revu et corrigé (5/6)

(partie 1 - partie 2 - partie 3 - partie 4)

*****

1990

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Sailor et Lula de David Lynch

Au palmarès aussi : Cyrano de Bergerac (Jean-Paul Rappeneau)

Fiabilité : 50  % [18 films en compétition, Palme d'or : Sailor et Lula (David Lynch)]

*****

1991

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Barton Fink d'Ethan et Joel Coen

ou bien Van Gogh (Maurice Pialat)

Au palmarès aussi : La belle noiseuse (Jacques Rivette), La double vie de Véronique (Krzysztof Kieslowski), Le pas suspendu de la cigogne (Théo Angelopoulos)

Fiabilité : 47  % [19 films en compétition, Palme d'or : Barton Fink (Ethan et Joel Coen)]

*****

1992

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The player de Robert Altman

ou bien Simple men (Hal Hartley)

Au palmarès aussi : La sentinelle (Arnaud Desplechin), Le songe de la lumière (Victor Erice), Une vie indépendante (Vitali Kanevski), Crush (Allison McLean), Les enfants volés (Gianni Amelio)

Fiabilité : 62  % [21 films en compétition, Palme d'or : Les meilleures intentions (Bille August)]

*****

1993

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Naked de Mike Leigh

ou bien La leçon de piano (Jane Campion)

Au palmarès aussi : Le maître de marionnettes (Hou Hsiao-hsien), Libera me (Alain Cavalier), Raining stones (Ken Loach), Adieu ma concubine (Chen Kaige)

Fiabilité : 43  % [23 films en compétition, Palme d'or : Adieu ma concubine (Chen Kaige), La leçon de piano (Jane Campion)]

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1994

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Au travers des oliviers d'Abbas Kiarostami

Au palmarès aussi : Journal intime (Nanni Moretti), Exotica (Atom Egoyan), Trois couleurs : Rouge (Krzysztof Kieslowski), Pulp fiction (Quentin Tarantino), Un été inoubliable (Lucian Pintilie), Vivre ! (Zhang Yimou)

Fiabilité : 61  % [23 films en compétition, Palme d'or : Pulp fiction (Quentin Tarantino)]

*****

1995

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Underground d'Emir Kusturica

Au palmarès aussi : Good men, good women (Hou Hsiao-hisen), Kids (Larry Clark), Ed Wood (Tim Burton), La haine (Mathieu Kassovitz), Waati (Souleymane Cissé), Land and freedom (Ken Loach)

Fiabilité : 62  % [24 films en compétition, Palme d'or : Underground (Emir Kusturica)]

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1996

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Breaking the waves de Lars Von Trier

ou bien Crash (David Cronenberg)

Au palmarès aussi : Trois vies et une seule mort (Raoul Ruiz), Fargo (Ethan et Joel Coen), Comment je me suis disputé... (ma vie sexuelle) (Arnaud Desplechin), Un héros très discret (Jacques Audiard), Au loin s'en vont les nuages (Aki Kaurismäki), Trop tard (Lucian Pintilie)

Fiabilité : 73  % [22 films en compétition, Palme d'or : Secrets et mensonges (Mike Leigh)]

*****

1997

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Le goût de la cerise d'Abbas Kiarostami

Au palmarès aussi : De beaux lendemains (Atom Egoyan), Happy together (Wong Kar-wai), L'anguille (Shohei Imamura), Western (Manuel Poirier), La femme défendue (Philippe Harel)

Fiabilité : 50  % [20 films en compétition, Palme d'or : Le goût de la cerise (Abbas Kiarostami), L'anguille (Shohei Imamura)]

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1998

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Fleurs de Shanghaï d'Hou Hsiao-hsien

Au palmarès aussi : The hole (Tsai Ming-liang), Festen (Thomas Vinterberg), Le Général (John Boorman), La vie rêvée des anges (Erick Zonca), Dance me to my song (Rolf De Heer), Claire Dolan (Lodge Kerrigan)

Fiabilité : 77  % [22 films en compétition, Palme d'or : L'éternité et un jour (Théo Angelopoulos)]

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1999

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Le temps retrouvé de Raoul Ruiz

Au palmarès aussi : L'humanité (Bruno Dumont), Tout sur ma mère (Pedro Almodovar), Rosetta (Jean-Pierre et Luc Dardenne), Ghost Dog (Jim Jarmusch), Pas de lettre pour le colonel (Arturo Ripstein), L'été de Kikujiro (Takeshi Kitano)

Fiabilité : 73  % [22 films en compétition, Palme d'or : Rosetta (Jean-Pierre et Luc Dardenne)]

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19.05.2010

White material

(Claire Denis / France - Cameroun / 2010)

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whitematerial.jpgRévoltes, coups d'états, guerres civiles, génocides : l'Afrique n'en finit pas de sombrer et tout cela n'a pas de sens. Des causes, oui, mais pas de sens. Pas plus que n'en a le comportement de Maria Vial, gérante d'une vaste plantation qui, au moment où rebelles et militaires prennent la région en étau, refuse d'être évacuée avec l'armée française, continue à embaucher des gens lorsque ses ouvriers fuient, et nie le danger devant tout le monde, ses employés et sa famille. L'héroïne de White material refuse de voir et Claire Denis se sert de cette cécité pour faire passer à l'écran l'impression de dissolution du sens, la difficulté qu'il y a à saisir (aussi au sens de la rattraper) cette Afrique qui s'écroule. Ainsi, abondent les plans obstrués, la vision se trouvant gênée par la végétation, les grillages, la poussière soulevées par les hélicoptères, les vitres des véhicules. Toujours, quelque chose fait écran.

La sensation d'observer un pays qui part à vau-l'eau est amplifiée par la construction chaotique du récit. L'avancée s'y fait sans repères politiques (le pays n'est jamais nommé; groupes rebelles, armée régulière et milices sont impossibles à différencier au premier abord), ni temporels (l'histoire ne se déroule que sur une poignée de jours mais la chronologie est bousculée et si l'on distingue bien un large flash-back, constituant l'essentiel du film, certaines séquences restent difficiles à situer). De même, il faut souvent attendre sa troisième ou quatrième intervention pour comprendre le statut de tel ou tel personnage.

Pour faire tenir ensemble ces séquences flottantes, la cinéaste utilise l'art le moins figuratif qui soit : la musique. La superbe partition est signé des Tindersticks, collaborateurs maintenant réguliers de Claire Denis, et sa qualité étonnera ceux qui, comme moi, sont devenus au fil des ans plutôt indifférents à la routine discographique du groupe. Cependant, à la valoriser ainsi, à la laisser épouser si parfaitement le flux des images, à faire qu'elle soit garante de l'unité esthétique des séquences, la réalisatrice courre le risque de creuser un écart entre les séquences musicales et les autres, ces dernières apparaissant tout de suite plus ingrates et plus explicatives.

Car si Claire Denis joue avec talent de l'ellipse, de l'ombre et de la suspension, elle ne s'appuie pas moins sur des situations et des personnages qui sont autant d'archétypes. Et ces modèles finissent par poser problème. La figure mythique populaire (le "boxeur"), le chien fou, le vieux maître... Bankolé paraît sacrifié, Duvauchelle incompréhensible, Subor monolithique, Lambert réduit à apporter les éclaircissements dramatiques jugés nécessaires. Les éléments éparpillés par le montage trouvent finalement leur place logique dans la narration et l'ordonnancement déçoit. Comme nous le pressentions, tout était donné d'avance, dès l'introduction du film, celui-ci apparaissant au final refermé sur lui-même. La mise en scène escamote la montée en puissance que l'on serait en droit d'attendre, préférant verser dans un symbolisme appuyé. White material perd de sa force au fur et à mesure qu'il avance, dans un mouvement inverse à celui espéré. La fin était au début. Certes, cette dévitalisation redouble celle des personnages et du pays entier qui semblent se vider sous nos yeux mais la conscience de ce lien entre la mise en scène et le sujet n'empêche malheureusement pas de trouver que le film ne tient pas toutes ses promesses.

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17.05.2010

Cannes, revu et corrigé (4/6)

(partie 1 - partie 2 - partie 3)

*****

1980

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Loulou de Maurice Pialat

ou bien Mon oncle d'Amérique (Alain Resnais)

Au palmarès aussi : Kagemusha (Akira Kurosawa)

Fiabilité : 26  % [23 films en compétition, Palme d'or : Que le spectacle commence (Bob Fosse), Kagemusha (Akira Kurosawa)]

*****

1981

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La porte du paradis de Michael Cimino

Au palmarès aussi : Excalibur (John Boorman), Regards et sourires (Ken Loach)

Fiabilité : 32  % [22 films en compétition, Palme d'or : L'homme de fer (Andrzej Wajda)]

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1982

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La nuit de San Lorenzo de Paolo et Vittorio Taviani

Fiabilité : 27  % [22 films en compétition, Palme d'or : Missing (Costa-Gavras), Yol (Yilmaz Güney et Serif Gören)]

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1983

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L'argent de Robert Bresson

Au palmarès aussi : Furyo (Nagisa Oshima), Nostalghia (Andreï Tarkovski), La ballade de Narayama (Shohei Imamura), La valse des pantins (Martin Scorsese), Chaleur et poussière (James Ivory), Le sens de la vie (Terry Gilliam et Terry Jones)

Fiabilité : 50  % [22 films en compétition, Palme d'or : La ballade de Narayama (Shohei Imamura)]

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1984

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Paris, Texas de Wim Wenders

Au palmarès aussi : The element of crime (Lars Von Trier)

Fiabilité : 21  % [19 films en compétition, Palme d'or : Paris, Texas (Wim Wenders)]

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1985

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Colonel Redl d'Istvan Szabo

Au palmarès aussi : Rendez-vous (André Téchiné), Papa est en voyage d'affaires (Emir Kusturica)

Fiabilité : 35  % [20 films en compétition, Palme d'or : Papa est en voyage d'affaires (Emir Kusturica)]

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1986

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Thérèse d'Alain Cavalier

Au palmarès aussi : Le sacrifice (Andreï Tarkovski), After hours (Martin Scorsese), Down by law (Jim Jarmusch), Tenue de soirée (Bertrand Blier)

Fiabilité : 40  % [20 films en compétition, Palme d'or : Mission (Roland Joffé)]

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1987

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Les ailes du désir de Wim Wenders

Au palmarès aussi : Yeelen, la lumière (Souleymane Cissé), Prick up your ears (Stephen Frears), Les yeux noirs (Nikita Mikhalkov)

Fiabilité : 45  % [20 films en compétition, Palme d'or : Sous le soleil de Satan (Maurice Pialat)]

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1988

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Drowning by numbers de Peter Greenaway

Au palmarès aussi : Tu ne tueras point (Krzysztof Kieslowski), Le Sud (Fernando E. Solanas), Bird (Clint Eastwood)

Fiabilité : 28  % [21 films en compétition, Palme d'or : Pelle le conquérant (Bille August)]

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1989

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Le temps des gitans d'Emir Kusturica

Au palmarès aussi : Sweetie (Jane Campion), Sexe, mensonges et vidéo (Steven Soderbergh), Trop belle pour toi (Bertrand Blier), Do the right thing (Spike Lee), Jésus de Montréal (Denys Arcand), Pluie noire (Shohei Imamura)

Fiabilité : 45  % [22 films en compétition, Palme d'or : Sexe, mensonges et vidéo (Steven Soderbergh)]

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16.05.2010

Cannes, revu et corrigé (3/6)

(partie 1 - partie 2)

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1970

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Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon d'Elio Petri

Au palmarès aussi : MASH (Robert Altman), Leo the last (John Boorman), Les choses de la vie (Claude Sautet)

Fiabilité : 24  % [25 films en compétition, Palme d'or : MASH (Robert Altman)]

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1971

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Raphaël ou le débauché de Michel Deville

Au palmarès aussi : Le messager (Joseph Losey), Mort à Venise (Luchino Visconti), Johnny s'en va-t-en guerre (Dalton Trumbo), Panique à Needle Park (Jerry Schatzberg)

Fiabilité : 24  % [25 films en compétition, Palme d'or : Le messager (Joseph Losey)]

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1972

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Solaris d'Andreï Tarkovski

Au palmarès aussi : Psaume rouge (Miklos Jancso), Les visiteurs (Elia Kazan), Abattoir 5 (George Roy Hill)

Fiabilité : 28  % [25 films en compétition, Palme d'or : La classe ouvrière va au paradis (Elio Petri), L'affaire Mattei (Francesco Rosi)]

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1973

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La maman et la putain de Jean Eustache

Au palmarès aussi : La grande bouffe (Marco Ferreri), La planète sauvage (René Laloux), L'épouvantail (Jerry Schatzberg)

Fiabilité : 25  % [24 films en compétition, Palme d'or : La méprise (Alan Bridges), L'épouvantail (Jerry Schatzberg)]

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1974

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Conversation secrète de Francis Ford Coppola

Fiabilité : 16  % [25 films en compétition, Palme d'or : Conversation secrète (Francis Ford Coppola)]

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1975

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Profession : Reporter de Michelangelo Antonioni

Au palmarès aussi : L'énigme de Kaspar Hauser (Werner Herzog), A touch of zen (King Hu), Parfum de femme (Dino Risi), Lenny (Bob Fosse)

Fiabilité : 23  % [22 films en compétition, Palme d'or : Chronique des années de braise (Mohammed Lakhdar Hamina)]

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1976

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Mr. Klein de Joseph Losey

ou bien Taxi driver (Martin Scorsese)

Au palmarès aussi : Le locataire (Roman Polanski), Cria cuervos (Carlos Saura), La Marquise d'O (Eric Rohmer), Au fil du temps (Wim Wenders)

Fiabilité : 45  % [20 films en compétition, Palme d'or : Taxi driver (Martin Scorsese)]

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1977

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L'ami américain de Wim Wenders

Au palmarès aussi : Une journée particulière (Ettore Scola), Padre Padrone (Paolo et Vittorio Taviani), La communion solennelle (René Féret), La dentellière (Claude Goretta)

Fiabilité : 26  % [23 films en compétition, Palme d'or : Padre Padrone (Paolo et Vittorio Taviani)]

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1978

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L'arbre aux sabots d'Ermanno Olmi

Au palmarès aussi : L'empire de la passion (Nagisa Oshima)

Fiabilité : 23  % [22 films en compétition, Palme d'or : L'arbre aux sabots (Ermanno Olmi)]

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1979

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Les moissons du ciel de Terrence Malick

ou bien Apocalypse now (Francis Ford Coppola)

Au palmarès aussi : Série noire (Alain Corneau), La drôlesse (Jacques Doillon), Le tambour (Volker Schlöndorff)

Fiabilité : 33  % [21 films en compétition, Palme d'or : Apocalypse now (Francis Ford Coppola), Le tambour (Volker Schlöndorff)]

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15.05.2010

Coffret Lionel Rogosin

On the Bowery (Lionel Rogosin / Etats-Unis / 1957) ■■■□

Come back, Africa (Lionel Rogosin / Etats-Unis / 1959) ■■

Good times, wonderful times (Lionel Rogosin / Grande-Bretagne / 1966) ■■■□

L'écriture de l'histoire du cinéma est soumise depuis toujours à des mouvements alternatifs de flux et de reflux : au gré des marées, disparaissent et ré-apparaissent des œuvres. L'édition DVD vient aujourd'hui compléter ou remplacer l'activité des ciné-clubs et des cinémathèques pour favoriser les redécouvertes. Nous disons bien redécouverte. Existe-t-il en effet une seule grande œuvre qui, en son temps, n'ait été vue, aimée et analysée par personne ? Rogosin, depuis plusieurs années, n'était plus qu'un nom associé à deux titres de films devenus invisibles. Cette inaccessibilité, la fidélité à un genre (le documentaire) moins étudié que les autres et la maigreur d'une filmographie réduite à une poignée d'entrées, expliquent par exemple qu'entre 1965, année de la présentation de Good times, wonderful times à Venise, et 2005, année de la projection à Bologne d'une copie restaurée de Come Back, Africa, le cinéaste brille par son absence dans les colonnes des deux principales revues françaises de cinéma que sont les Cahiers et Positif, revues qui rendirent pourtant compte, parfois avec enthousiasme, de ses travaux dans la période précédente. En poursuivant l'effort réalisé par la Cinémathèque de Bologne, les éditions Carlotta contribue de manière exemplaire à tirer de l'oubli une figure jadis célébrée en tant que chef de file d'une nouvelle école documentaire américaine faisant le lien entre le néo-réalisme italien et le cinéma de John Cassavetes. Preuve de la nécessité de cette remise à jour : chacun des trois films constituant ce coffret suscite un questionnement différent relatif à l'importance que l'on peut reconnaître à une œuvre cinématographique.

Du jamais-vu...

bowery2.jpgLa vision d'On the Bowery procure une sidérante impression de jamais vu et les images tournées par Lionel Rogosin dans ce quartier de New York peuplé de clochards provoquent aisément le choc. En effet, qu'il soit américain ou autre, le cinéma n'avait pas, à l'époque, en 1956, l'habitude de montrer aussi crûment la déchéance humaine. Les effets de la misère et de l'alcool sur les hommes et les femmes du Bowery sont imposés au regard sans filtre édulcorant et, par rapport à ce qui est montré ailleurs dans le cinéma contemporain, on peut véritablement parler d'envers du décor. Toutefois, si On the Bowery se limitait à aligner, sans autre souci que celui d'estomaquer le spectateur, les séquences documentaires sur des corps titubants, s'il se réduisait à l'enregistrement informe d'une réalité sordide, il ne vaudrait pas mieux qu'un reportage à sensations. Or ce premier film d'un autodidacte de 32 ans est tout autre chose qu'un brouillon jeté à la figure.

Rogosin s'est imprégné du lieu pendant plusieurs mois, y séjournant sans tourner, prenant le temps d'arrêter les principes qui allaient gouverner la réalisation : acteurs non-professionnels, enregistrement en son direct de conversations juste aiguillées, intégration d'une mini-fiction à la trame documentaire... Cette préparation porte ses remarquables fruits d'un bout à l'autre. Les plans sont composés avec sûreté, laissant voir une réalité qui est captée sans donner l'impression d'être volée, et la qualité technique est égale quelque soit le sujet et le lieu filmés. Le scénario, qui retrace le parcours d'un homme débarquant tout juste dans le quartier, est minimaliste, volontairement relâché, ponctué d'événements qui le sont si peu (le personnage principal se fait voler ses affaires dès la première nuit mais si l'on voit qui lui soustrait sa valise, cela ne constitue nullement ce qu'il convient d'appeler un nœud dramatique). Ce sont essentiellement des rencontres, des discussions et des déambulations qui sont mises en scène par un Rogosin qui ne transforme pas le besoin irrépressible de témoigner en leçon de morale intimidante et qui sait se mettre à l'écoute et laisser s'écouler le temps. Son film a une force que l'on retrouvera bien plus tard dans ces deux grands documentaires sur l'humanité en souffrance et son environnement que sont Dans la chambre de Vanda de Pedro Costa et En construction de José Luis Guerin.

Du nécessaire...

africa5.jpgSelon les propos du cinéaste lui-même, On the Bowery aurait été conçu avant tout comme un essai avant de se lancer dans l'aventure d'un grand film dénonçant le régime d'apartheid sévissant en Afrique du Sud. Devant la caméra de Rogosin, une nouvelle fois, une réalité méconnue voire ignorée va en effet être éclairée et une population n'ayant pas voix au chapitre ni droit à l'image va se retrouver porteuse d'un récit. Come back, Africa est une date capitale dans l'histoire artistique du continent africain, ce qui en fait le titre le plus connu de Lionel Rogosin. Pour autant, un film important historiquement peut laisser un peu moins de satisfaction au spectateur que d'autres, et cela d'autant plus que le temps de sa conception s'éloigne.

Bien plus fermement scénarisé que le film précédent, celui-ci est aussi beaucoup plus didactique et, malgré un ancrage toujours aussi fort dans le réel, penche très clairement du côté de la fiction. Les deux registres se différencient plus facilement et leur alternance produit quelques effets de plaquage. Cela n'est cependant pas dû aux contraintes techniques (Rogosin parvenant là aussi, dans des conditions difficiles de tournage, à effectuer un travail impeccable), mais au ton des diverses séquences. Lorsque Rogosin décrit les malheurs de son héros, le film paraît plus appliqué : la succession des embûches dans la recherche d'un travail et des petites humiliations par les employeurs blancs est là pour délivrer un message clair. Clair et argumenté car sont exposées minutieusement, à travers la fiction, les différentes causes de la misère des Noirs d'Afrique du Sud. De ce peuple, Rogosin a tenté de propager le grondement. Aujourd'hui, malgré la puissance que libère le montage des dernières séquences, son film se révèle quelque peu entravé et moins impressionnant que sa première tentative.

De la provocation...

times3.jpgCe n'est que six ans plus tard que Rogosin réalisera son troisième long métrage, ce Good times, wonderful times, titre reprenant à son compte l'expression d'une vieille baderne rencontrée dans un hôpital britannique et qualifiant ainsi le temps de la première guerre mondiale. Là encore, il s'agit d'aller droit au but mais par un tout autre moyen. Good times..., œuvre violemment pacifiste et anti-nucléaire, se construit à partir d'un procédé que l'on pourra juger facile mais auquel on ne peut nier une diabolique efficacité : le cinéaste entrecoupe le déroulement d'une party entre bourgeois londoniens d'images d'archives des différentes guerres et autres fléaux du vingtième siècle.

Entre les deux types d'images, la coupe est volontairement franche et elle devient même le véritable moteur du film puisque toutes les réflexions provoquées le sont par la confrontation violente imposée par le montage. La masse d'archives compilées est impressionnante, les documents, pour une partie inédits à l'époque, sont souvent terribles. Mais c'est avant tout le régime auquel ceux-ci sont soumis qui surprend : le montage entrechoque des plans jusqu'à la provocation (rapprochant un instant foules transportées par le spectacle du nazisme et jeunesse dorée anglaise), la répétition d'images et de sons crée un certain vertige (les séquences interminables montrant ce peuple allemand acclamant le Fuhrer et sa clique paradant dans les villes du pays), le mixage propose mieux qu'un accompagnement sonore, il s'érige en commentaire. Rogosin nous bouscule, allant jusqu'à illustrer musicalement des images de camps de la mort. Il use de ralentis, de reprises, de chevauchements, dans une démarche rappelant par endroits celle de Godard. Il fonce tête baissée et par cette mise en forme particulièrement ambitieuse déploie une œuvre beaucoup plus profonde et ambiguë que son postulat de départ ne le laissait penser.

Il faut d'ailleurs préciser que les séquences de soirée ont toute l'élégance, la vivacité et l'esprit requis pour croquer cette société basculant dans la folie du Swinging London. Cela ne fait pas oublier, loin de là, que les propos entendus, émanant de ces conservateurs à la mode sixties, "jouant" leur propre rôle avec un naturel confondant, sont plus d'une fois effarants (la simple confrontation de ceux-ci avec les images d'archives, que ne manque jamais de faire, à intervalles réguliers, Rogosin, suffit à les disqualifier aussitôt). Or, ce fourvoiement idéologique n'est pas incompatible avec le sens de l'humour, ni avec le charme, et chose toute aussi déstabilisante, on remarque que l'un des participants à la fête est joué par Rogosin lui-même. Veut-il dire par là qu'il aurait pu faire partie de ce groupe-là ? En faisons-nous, nous aussi, inconsciemment, par manque d'engagement, partie ? Entre deux images d'explosions atomiques ou de cadavres d'enfants, l'éternel retour de ces visages maquillés et hilares, de ces verres de champagne ou de whisky qui se cognent, provoque l'étourdissement et si une place est laissée in extremis aux révoltes des jeunes japonais, au discours de Martin Luther King et à la marche anti-nucléaire sur Londres, c'est bien un goût de cendres que laisse ce film fascinant, signé par un réalisateur oublié et décidément à redécouvrir d'urgence.

 

Chronique dvd pour logokinok.jpg

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14.05.2010

Cannes, revu et corrigé (2/6)

(1ère partie ici)

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1960

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La dolce vita de Federico Fellini

ou bien L'avventura (Michelangelo Antonioni)

Au palmarès aussi : Le trou (Jacques Becker)

Fiabilité : 21  % [29 films en compétition, Palme d'or : La dolce vita (Federico Fellini)]

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1961

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Viridiana de Luis Buñuel

Au palmarès aussi : Mère Jeanne des Anges (Jerzy Kawalerowicz)

Fiabilité : 16  % [31 films en compétition, Palme d'or : Une aussi longue absence (Henri Colpi), Viridiana (Luis Buñuel)]

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1962

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L'ange exterminateur de Luis Buñuel

ou bien L'éclipse (Michelangelo Antonioni)

Au palmarès aussi : Cléo de 5 à 7 (Agnès Varda), La déesse (Satyajit Ray), Les innocents (Jack Clayton)

Fiabilité : 23  % [35 films en compétition, Palme d'or : La parole donnée (Anselmo Duarte)]

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1963

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Le guépard de Luchino Visconti

Au palmarès aussi : Les fiancés (Ermanno Olmi), Qu'est-il arrivé à Baby Jane ? (Robert Aldrich)

Fiabilité : 15  % [26 films en compétition, Palme d'or : Le guépard (Luchino Visconti)]

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1964

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La femme du sable d'Hiroshi Teshigahara

Au palmarès aussi : La peau douce (François Truffaut), Les parapluies de Cherbourg (Jacques Demy)

Fiabilité : 24  % [25 films en compétition, Palme d'or : Les parapluies de Cherbourg (Jacques Demy)]

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1965

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L'obsédé de William Wyler

Au palmarès aussi : Le moment de la vérité (Francesco Rosi), Le knack... et comment l'avoir (Richard Lester)

Fiabilité : 15  % [26 films en compétition, Palme d'or : Le knack... et comment l'avoir (Richard Lester)]

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1966

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Suzanne Simonin, la Religieuse de Jacques Rivette

Au palmarès aussi : Les sans espoir (Miklos Jancso), Pharaon (Jerzy Kawalerowicz), La faim (Henning Carlsen), Un homme et une femme (Claude Lelouch)

Fiabilité : 28  % [25 films en compétition, Palme d'or : Un homme et une femme (Claude Lelouch), Ces messieurs dames (Pietro Germi)]

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1967

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Mouchette de Robert Bresson

Au palmarès aussi : Jeu de massacre (Alain Jessua), Blow-up (Michelangelo Antonioni)

Fiabilité : 17  % [24 films en compétition, Palme d'or : Blow-up (Michelangelo Antonioni)]

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1968

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Mai 68, arrêt du Festival, dommage pour Rouges et blancs de Miklos Jancso

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1969

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Ma nuit chez Maud d'Eric Rohmer

Au palmarès aussi : Dillinger est mort (Marco Ferreri)

Fiabilité : 31  % [26 films en compétition, Palme d'or : If... (Lindsay Anderson)]

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