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(John Lasseter et George Ranft / Etats-Unis / 2006)
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Rien à redire sur le plan purement technique. Cars est un régal d'animation dans le rendu des matières, dans la fluidité des mouvements, dans l'homogénéité visuelle de l'ensemble des séquences et Lasseter sait parfaitement créer une dynamique narrative. La carrosserie est donc nickel et le moteur tourne impeccablement. Malheureusement, il n'y a rien ni personne dans l'habitacle.
Le contenu laisse vraiment à désirer, ne proposant qu'un scénario sans réelle surprise et renvoyant finalement par son moralisme récupérateur aux mauvais films pour adolescents des années 80 tels que Karaté Kid, Top Gun ou Footloose. Récit initiatique et prise de conscience du rebelle individualiste : le message se veut forcément sympathique mais l'impression est tenace d'une modération vraiment très relative d'appels à la consommation agressifs et exténuants (la première partie ne dénonce rien d'autre que le comportement égoïste de Flash McQueen et les "habitants" du bled paumé dans lequel il débarque ne pensent trouver leur salut que dans l'arrivée massive de touristes).
Assez pauvre en gags, comparativement à d'autres productions Pixar, le film, compte tenu de son parti-pris de départ, s'impose un anthropomorphisme peu convaincant. Les efforts considérables destinés à rendre vivants ces véhicules par nature peu malléables ont poussé les auteurs à imaginer des situations "quotidiennes" (faire des achats, faire son plein, dormir dans un garage-chambre d'hôtel) qui débouchent sur des séquences qui ne marchent tout simplement pas, au point que l'on espère jusqu'à la fin (en vain) voir sortir de ces voitures un être humain.
Deux bagnoles s'extasient devant la beauté du paysage majestueux traversé par la route 66 et nous viennent à l'esprit toutes ces images publicitaires déversées par des constructeurs automobiles nous prenant régulièrement pour des cons. Cars échoue à faire naître la fascination des moteurs ronflants chez ceux qui se sentent a priori peu concernés et se révèle donc être plus proche d'Auto-Moto que de Two-lane blacktop.
(L'honnêteté me pousse toutefois à dire que mon jugement sévère attriste fortement mon fiston)
Suite du flashback.

Janvier : Le goût du saké (Yasujiro Ozu, Cahiers du Cinéma n°296) /vs/ Le cri du sorcier (Jerzy Skolimowski, Positif n°214)
Mars : Jean Renoir (C298) /vs/ Quintet (Robert Altman, P216)
Avril : Nam June Paik (C299) /vs/ Voyage au bout de l'enfer (Michael Cimino, P217)
Mai : N°300 (par Jean-Luc Godard, C300) /vs/ Allegro barbaro (Miklos Jancso, P218)
Juin : Amour de perdition (Manoel de Oliveira, C301) /vs/ La complainte du sentier (Satyajit Ray, P219)
Eté : Apocalypse now (Francis Ford Coppola, C302) /vs/ Péché mortel (John M. Stahl, P220-221)
Septembre : Playtime (Jacques Tati, C303) /vs/ Apocalypse now (Francis Ford Coppola, P222)
Octobre : Loulou (Maurice Pialat, C304) /vs/ Don Giovanni (Joseph Losey, P223)
Novembre : De la nuée à la résistance (Jean-Marie Straub et Danièle Huillet, C305) /vs/ La luna (Bernardo Bertolucci, P224)
Décembre : 50,81% (Raymond Depardon, C306) /vs/ Le château de l'araignée (Akira Kurosawa, P225)

Quitte à choisir : La pertinence des retours vers le passé n'est guère contestable, d'un côté comme de l'autre (Ozu, Renoir, Tati, Ray, Stahl, Kurosawa). Pour ce qui est de l'actualité, autour du point central Coppola, on se satisfait à égalité des choix de Godard et Pialat et de Rosi et Cimino. Don Giovanni et La luna, bien qu'intéressants, ne m'avaient pas bouleversé mais il reste des propositions intrigantes de part et d'autre (Oliveira, Straub, Depardon, Skolimowski, Altman, Jancso). Equilibre parfait. Allez, pour 1979 : Match nul.
A suivre...
Sources : Calindex & Cahiers du Cinéma
(Alain Cavalier / France / 2009)
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A l'aide de sa petite caméra numérique, Alain Cavalier filme autour de lui tout ce qui peut évoquer Irène, sa compagne décédée il y a près de quarante de cela. Il cadre des objets, du mobilier, des pièces, des paysages susceptibles de se recharger de sa présence. Se situant à l'une des extrémités du spectre du cinéma, le film contient tout de même, en son centre, une sorte de morceau de bravoure (preuve qu'il y a bien, malgré les apparences, une dramaturgie) : le récit de ce terrible après-midi de janvier 1972, au cours duquel Alain Cavalier perdit sa femme. La séquence est bouleversante au point de nous faire dire qu'une telle chose, si proche de l'indicible, ne peut finalement être racontée et partagée que comme cela, en passant par une remémoration clinique des faits et des gestes dans les lieux inchangés du traumatisme. Cette déambulation dans un salon sous-éclairé et vide de toute présence humaine autre que celle du cinéaste derrière sa caméra dit tout de l'absence et traduit très précisément l'interrogation insoutenable et paralysante, la montée de l'angoisse et l'incompréhension.
Irènedécrit tout d'abord les tentatives du cinéaste souhaitant réincarner la disparue. Il avance sur ce chemin progressivement : la forme prise par une couette de lit lui rappelle une posture de sa femme, puis il semble la retrouver dans une silhouette passant sur la plage ou sur des affiches publicitaires. Il est même tenté par une incarnation cinématographique, songeant contacter Sophie Marceau ou filmer une belle jeune femme rencontrée récemment. Cette dernière sera la seule personne, hormis Cavalier, réellement présente à l'écran, pendant un court instant, mais ce "coup de théâtre" marque en fait un point de non-retour. Le cinéaste renonce en effet brutalement et s'ensuit un brouillage du récit, une divagation aux effets amplifiés par une chute et des pépins physiques. Un regard peint par Manet paraît proposer une nouvelle réincarnation possible mais, ici, le tableau pré-existe à Irène. Il ne reste donc plus qu'à revenir à l'essentiel, aux écrits, aux photos (qui nous étaient jusque là refusées, établissant une sorte de suspense) et, puisque tout "refroidit" avec le temps, à se placer face à soi-même, passer de l'autre côté, dans un autre état peut-être, afin de mieux plonger à l'intérieur de soi et d'y extirper ce qui doit sortir.
Alain Cavalier va assez loin dans l'aveu impudique, transgressant, en deux ou trois occasions les règles généralement posées par le contrat tacite entre spectateur et cinéaste. Pour autant, rien n'est gênant ni déplacé (entre autres grâce à l'humour qui perce ici ou là) et, au contraire, il devient impossible de ne pas se rapprocher, de ne pas se projeter vers cette histoire singulière puisque Cavalier, entre ses souvenirs émus et ses déclarations d'amour et d'admiration, ose dire tout haut ce qui peut à l'occasion traverser l'esprit de chacun : ces pensées terribles, inexprimables, qui peuvent venir à nous brièvement, quelle que soit l'estime ou l'amour que l'on porte à la personne en face de nous.
Enfin, Irène est un film qui, à tout point de vue, apprend des choses, fonctionnant presque comme un outil d'éducation au cinéma. Au-delà des informations biographiques qu'il fournit, c'est bien sûr son côté "film en train de se faire" qui passionne : Cavalier construit son récit au fur et à mesure (les objets l'illustrent-ils ou en sont-ils à l'origine ?), il organise sous nos yeux sa mise en scène (voir la scène des boules-miroir et des cailloux sur le lit). Sans aucun filtre, les mots, les mouvements, les pensées du cinéaste viennent à nous.
Preuve de la grandeur de ce petit film, ces approches toutes très différentes et menant pourtant à des conclusions comparables : Dr Orlof, Balloonatic, Goin' to the movies, Rob Gordon, La petite marchande de bombes, Une fameuse gorgée de poison
Franchement, vous avez envie, vous, de vous déplacer pour le biopic de Sfar après avoir vu ça ? Cette promesse d'un récit bien balisé, de l'enfance à la vieillesse, alternant les moments "historiques" connus et l'illustration des fêlures intimes, sans même parler du piège de l'incarnation...
L'hommage juste et définitif date en fait de 2005. Il entremêle génialement le passé et le présent, la reprise et la création, l'intime et l'universel. Il se passe d'accompagnement visuel puisqu'il n'a aucun mal à faire naître des images. Il dure 5'30 :
Serge - The Herbaliser feat. Katerine (album Take London, 2005, Ninja Tune)
(Nicolas Winding Refn / Grande-Bretagne / 2009)
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Retraçant l'histoire du "prisonnier le plus dangereux d'Angleterre", "ce film est basé sur des événements réels". Bien avant le terme des quatre-vingt dix minutes, on se dit pourtant que non seulement Nicolas Winding Refn a pris un malin plaisir à bousculer les règles du biopic traditionnel, mais qu'il a surtout réussi à éviscérer le genre, à le vider littéralement de sa morale, de son idéologie, de ses visées édifiantes. Le cinéaste danois n'est bien évidemment pas le premier à jouer au déconstructeur de biographie. En revanche, l'ironie féroce avec laquelle il recouvre le passage obligé des souvenirs d'enfance et d'adolescence démontre bien le peu de cas qu'il fait de la recherche d'un éclairage psychologique sur son héros. De plus, le véritable Michael Peterson, alias Bronson, est devenu une personnalité reconnue exposant ses œuvres dans les musées internationaux. Or, la dernière partie du film substitue à la découverte salvatrice et apaisante de l'art plastique un happening violent et absurde.
Pas d'étude psychologique donc, mais une approche kaléidoscopique d'un personnage en constante représentation. Ce Bronson-là, en nous relatant ses exploits, ne cesse de se mettre en scène et de se (la) raconter. Il mène le récit sur le ton de la confidence en témoignant sur un fond noir ou sur celui, échevelé, du showman virtuose sur une scène de théâtre imaginaire. L'illustration de sa première incarcération dans laquelle nous le voyons pleurer est aussitôt raccordée avec un éclat de rire tonitruant et une vigoureuse apostrophe : "Vous y avez cru, hein ?". Nous sommes bien dans un espace mental, là où aucun récit n'a plus de réalité qu'un autre.
L'acteur Tom Hardy se plonge corps et âme dans son rôle et semble changer constamment de visage, par les masques qu'il arbore (maquillage du maître de cérémonie, corps nu du prisonnier enduit de graisse ou de peinture, lunettes de soleil de l'artiste), par sa capacité stupéfiante à passer en un clin d'œil d'une expression à une autre, par la création de postures très différentes (lourde démarche en canard à l'extérieur, explosivité incontrôlable en prison, fluidité gestuelle sur scène...), par la diversité des jeux de lumière et des cadrages qu'impose le metteur en scène. Bronson est insaisissable, se soustrayant à notre emprise comme à celle des matons venant de temps à autre le tabasser. Bien plus instinctif qu'intelligent, lorsqu'il réalise une prise d'otage, il ne parvient à formuler aucune revendication, ne sachant que faire ou qui devenir sinon le prisonnier le plus célèbre du pays. Tout flamboyant qu'il est, il ne peut que tourner en rond dans sa prison.
Ne cherchons pas dans Bronson le moindre message, le monde carcéral étant essentiellement décrit sous le mode du trip hallucinatoire. On peut y voir une limite du film, mais aussi profiter pleinement d'un show brillantissime évacuant avec panache toute question morale. Ceux qui ont déjà fréquenté le cinéma de Nicolas Winding Refn à l'occasion de son épatante trilogie des Pusher (1996, 2004 et 2005) savent que celui-ci est capable de donner d'impressionnants coups à l'estomac du spectateur. Malgré son sujet, Bronson n'est toutefois ni scandaleux ni spécialement dérangeant, bâti qu'il est sur de multiples ruptures de tons et de rythme - Winding Refn, et c'est l'une des ses forces, ayant la capacité de rendre certains moments de calme plus inquiétants et plus déséquilibrés qu'un déchaînement de violence.
L'ultra-violence est passée à la moulinette de la distanciation par l'impact visuel d'une mise en scène hyper-expressive et par l'assemblage, pour la bande-son, d'un mélange musical jouissif allant de la pop synthétique des Pet Shop Boys et de New Order aux partitions de Wagner et de Verdi. Par cet exercice de jonglage sonore, par l'omniprésence de la voix-off, par l'alternance entre des plans courts et d'autres beaucoup plus longs, par l'usage régulier de travellings si majestueux qu'ils en deviennent ironiques quant à la sublimation qu'ils donnent à voir, Bronson ne se cache pas longtemps d'être un hommage à Orange mécanique (l'image a été confiée à Larry Smith, responsable de celle d'Eyes wide shut). Michael Peterson se rêvait en Charles Bronson et Nicolas Winding Refn l'a filmé comme Kubrick. C'est encore mieux, non ?
(Chronique dvd pour Kinok)
Nous sommes à peine à la mi-décembre et les listes des meilleurs films de l'année commencent déjà à apparaître sur la blogosphère, se doublant cette fois-ci de celles des meilleurs films de la décennie. Télérama, de son côté, campe sur son absurde position lorsqu'il s'agit de poser la question du bilan annuel à ses lecteurs : désireux de publier les résultats au moment des fêtes, l'hebdomadaire, coincé par les délais de bouclage, impose de choisir seulement parmi les titres sortis avant le mois de décembre (voire plus avant, certains spectateurs n'ayant pas encore eu le temps ou la possibilité de voir par chez eux les films d'octobre ou de novembre). Plus gênant encore, s'il vous vient à l'esprit d'économiser un timbre et de voter sur leur site internet, vous tomber sur une liste d'une centaine de titres mais "fermée" (ce qui me ferait personnellement écarter l'un de mes quatre ou cinq favoris). Bref, si vous désirez prendre connaissance prochainement de la liste finale des lecteurs de Télérama, que ce soit pour vous informer ou pour en rire, il faut que vous sachiez qu'elle est complètement biaisée.
Pour ne pas me départir de ma rigueur habituelle (et ayant encore deux ou trois films prometteurs à découvrir d'ici le 31), je ne publierai mes deux "tops", l'annuel et le décennal, que dans les derniers jours de décembre, voire les premiers de janvier (notez que, pour les œuvres de la décennie, vous pouvez envoyer votre liste, avant le 25 de ce mois, à la revue Positif qui établira un bilan dans l'un de ses prochains numéros).
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Histoire de patienter, je vous propose une liste qui a beaucoup moins de chances d'être amendée dans les jours qui viennent. M'appuyant sur ma chronique mensuelle "C'était mieux avant..." et comme je l'avais déjà fait l'an dernier à la même époque pour les films de 1983, j'énonce ci-dessous...
...mes dix films préférés de 1984 :

1- Meurtre dans un jardin anglais (Peter Greenaway)
2- Il était une fois en Amérique (Sergio Leone)
3- Paris,Texas (Wim Wenders)
4- Et vogue le navire (Federico Fellini)
5- Amadeus (Milos Forman)
6- L'étoffe des héros (Philip Kaufman)
7- L'amour à mort (Alain Resnais)
8- Les nuits de la pleine lune (Eric Rohmer)
9- S.O.B. (Blake Edwards)
10- Rusty James (Francis Ford Coppola)

J'invite bien évidemment chacun de mes lecteurs à dresser sa liste personnelle et à la déposer en commentaires de cette note ou sur son blog éventuel. Pour éviter les recherches trop fastidieuses, je vous rappelle les principales sorties de cette cuvée 84 (pour l'exhaustivité, je vous renvoie, sous le nom de chaque mois, à la note correspondante) :
Janvier : Retenez-moi ou je fais un malheur, La nuit des juges, Rue Barbare, Ronde de nuit, Canicule, Le Choix des seigneurs, L'éducation de Rita, 2019 après la chute de New York, Le bon plaisir, La foire des ténèbres, Le jour d'après, Christine, Prénom Carmen, Et vogue le navire.
Février : Rusty James, Meurtre dans un jardin anglais, A mort l'arbitre !, La ville des pirates, S.O.B., Brainstorm, La quatrième dimension, Krull, L'ascenseur, Un amour de Swann, Star 80, Gorky Park, La femme flambée, To be or not to be, Tricheurs, Le garde du corps, Gwendoline, Mesrine.
Mars : Risky business, Les copains d'abord, Daniel, Le crime de Cuenca, Femmes de personne, Sans témoin, Les Morfalous, Le Temps suspendu, Permanent vacation, Local hero, Carmen, Dead zone, Scarface, Polar.
Avril : L'étoffe des héros, L'addition, Les fauves, Osterman Weekend, Retour vers l'enfer, Un dimanche à la campagne, Streamers, Biquefarre, L'habilleur, L'affrontement, Le temps de la revanche, Guerres froides, L'ange, Un homme parmi les loups, Cent jours à Palerme, Vent de sable, La diagonale du fou, Les voleurs de la nuit, Tendres passions, Yentl, Viva la vie !.
Mai : Footloose, Il était une fois en Amérique, Contre toute attente, Videodrome, Notre histoire, La femme publique, La pirate, La forteresse noire, Céleste, Le succès à tous prix, Le sang des autres, Fort Saganne, L'homme aux fleurs.
Juin : Under fire, Mississippi blues, Pinot simple flic, La clé, Mes chers amis N°2, Quartetto Basileus, Reckless, Looker, Le mystère Silkwood, Les moissons du printemps, Paris vu par... 20 ans après, Bonjour les vacances, Le Bounty.
Juillet-Août : A la poursuite du diamant vert, Xtro, Les années déclic, L'homme à femmes, New York, deux heures du matin, Frankenstein 90, La smala, Bon Roi Dagobert, Le retour de l'inspecteur Harry, Les nuits de la pleine lune.
Septembre : Paris, Texas, L'amour à mort, Au-dessous du volcan, Le futur est femme, Hotel New Hampshire, Top secret !, Indiana Jones et le temple maudit, Les Ripoux, Le meilleur, Le moment de vérité, Besoin d'amour, La fille en rouge, C'est la faute à Rio, Le Tartuffe, Journal intime, Jazz band, La garce.
Octobre : Joyeuses Pâques, Le jumeau, La tête dans le sac, Marche à l'ombre, The hit, Rive droite, rive gauche, Greystoke, la légende de Tarzan, seigneur des singes, Splash, Supergirl, Les nuages américains, Cinématon, Le montreur d'ours, Broadway Danny Rose, Amadeus, Maria's lovers, Les yeux la bouche, Baara, L'amour par terre, Amerika/Rapports de classe, Liberté, la nuit.
Novembre : L'année des méduses, Les rues de feu, L'histoire sans fin, La vengeance du serpent à plumes, L'arbalète, Quilombo, Reuben, Reuben, ou la vie d'artiste, Cal, 1984, Boy meets girl.
Décembre : Gremlins, S.O.S. Fantômes, Paroles et musique, La septième cible, Réveillon chez Bob, Le matelot 512, Le pays où rêvent les fourmis vertes, Bayan Ko.
(Michael Moore / Etats-Unis / 2009)
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Capitalism : a love story est bien sûr moins passionnant que les trois premiers documentaires de Michael Moore, il est même moins intéressant, du point de vue des tiraillements que provoquent les méthodes et les choix du cinéaste, que Sicko mais il se laisse voir plus sereinement que le trop vanté Fahrenheit 9/11.
Marchant avant tout à l'émotion, Moore, qui sait pourtant mener des enquêtes efficaces et donner de nombreuses informations, a tendance à laisser de côté tout ce qui pourrait attester de la rigueur de sa démarche. Sur le plan purement documentaire, la même gêne que celle qui nous tenaille devant certains reportages télévisés peut affleurer ici ou là, le cinéaste ne lésinant pas sur les petits arrangement avec la réalité, notamment celle de la temporalité, que permet le montage (par exemple, les images des salariés de l'usine que l'on voit dans la première partie ont manifestement été tournées au moment de la grève que l'on nous décrit à la fin, alors que cette captation nous est présentée comme un retour de l'équipe sur les lieux). Malgré un découpage très (trop) vif, le film se traîne quelque peu sur ses deux heures, semblant s'éloigner de temps à autre du sujet, essentiellement par maladresse (le passage sur les pilotes d'avion). Les témoignages appellent un peu trop les larmes, ce que contrebalance heureusement quelques analyses éclairantes de spécialistes.
S'il manque de véritables moments de cinéma comme Moore a pu en proposer auparavant, il faut reconnaître que les séquences de détournements d'images sont irrésistibles : l'introduction comparant la chute de l'empire romain à la situation actuelle des Etats-Unis, le discours rassurant de George W. Bush avec son arrière-plan truqué signifiant l'écroulement de l'économie ou la vie de Jésus en inventeur du capitalisme. Cette dernière séquence s'insère dans une partie qui a été injustement décriée (c'est même l'une des plus intéressantes), celle où l'on interroge des hommes d'église sur leur vision du système économique dominant.
Le mérite de Michael Moore est en tout cas de faire un cinéma d'intervention, un cinéma sur le présent (je suis curieux de voir s'il va faire quelque chose touchant de près ou de loin à la présidence d'Obama, dont ne sont bien sûr évoqués ici que les débuts). Cette position, le nez sur la vitre, n'est certes pas la meilleure lorsqu'il s'agit de se coltiner à de vastes problématiques mais la dénonciation des agissements ahurissants des grandes entreprises et de leurs dirigeants (clairement nommés), qui tiennent le pouvoir politique en laisse, reste des plus salutaires. Comme l'est, malgré ses évidentes limites, l'ensemble de cette charge faussement naïve, donnant à voir quelques alternatives revigorantes et se faisant parfois étonnemment vigoureuse dans ses tentations de révolte.
Faut-il rappeler qu'en France le pamphlétaire à succès se nomme Yann Arthus-Bertrand ?
A lire aussi : les avis du Dr Orlof et de Rob Gordon.
Suite du flashback.

1978 : Les Cahiers réduisant progressivement la part des écrits théoriques, on note plusieurs points de rencontre avec la revue rivale. Dans l'année, nous trouvons en effet de part et d'autre des ensembles sur Ozu, un soutien apporté aux nouvelles œuvres de Marker, Ferreri, Oshima, Cassavetes et Schrader et la redécouverte de Tod Browning. Les entretiens avec Jean Eustache, Raoul Ruiz ou Johan van der Keuken ne dépareilleraient pas non plus dans le Positif de l'époque.Janvier : Rêve de singe (Marco Ferreri, Cahiers du Cinéma n°284) /vs/---
Mars : Voyage à Tokyo (Yasujiro Ozu, C286) /vs/ Une passion (Ingmar Bergman, P204)
Avril : La chambre verte (François Truffaut, C287) /vs/ Fin d'automne (Yasujiro Ozu, P205)
Mai : L'empire de la passion (Nagisa Oshima, C288) /vs/ Stay hungry (Bob Rafelson, P206)
Juin : L'enfant aveugle (Johan van der Keuken, C289) /vs/ Insiang (Lino Brocka, P207)
Eté : La femme gauchère (Peter Handke, C290-291) /vs/ The big kick (Warren Doane, P208-209)
Septembre : Hitler, un film d'Allemagne (Hans-Jürgen Syberberg, C292) /vs/ Fedora (Billy Wilder, P210)
Octobre : Opening night (John Cassavetes, C293) /vs/ L'homme de marbre (Andrzej Wajda, P211, là)
Novembre : Perceval le Gallois (Eric Rohmer, C294) /vs/ La vie d'Oharu, femme galante (Kenji Mizoguchi, P212)
Décembre : Flammes (Adolfo G. Arrieta, C295) /vs/ Blue collar (Paul Schrader, P213)

Quitte à choisir : Je n'ai pas une passion débordante pour ce Ferreri-là et j'ai beaucoup de réticences devant le Truffaut. Je serai en revanche curieux de découvrir le Van der Keuken, le Handke, le Schrader, le Brocka et le Syberberg. De plus, je ne connais toujours pas le Rohmer ni le Boorman. Peu de munitions donc, mais il me reste à jouer les classiques entre eux (Chaplin, Mizoguchi et les deux Ozu), puis Oshima et Cassavetes contre Bergman et Wajda. Allez, pour 1978 : Match nul.
Mise à jour juin 2010 : Blue collar, ici.
Mise à jour août 2010 : L'hérétique, ici.
A suivre...
Sources : Calindex & Cahiers du Cinéma
(Miklos Jancso / Hongrie / 1968)
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Dans une ferme en pleine campagne hongroise vivent deux jeunes femmes, le mari de l'une et l'amant de l'autre, plus ou moins caché. Autour, des soldats et des policiers vont et viennent, surveillent les populations, exécutent certains hommes. Au détour d'une brève conversation, nous devinons que le pays a été repris en main après un épisode révolutionnaire et que le régime en place s'est appuyé sur des forces étrangères. L'introduction du film, un montage d'images d'archives de défilés militaires, nous avait fait auparavant situer l'action autour des années 20. Pour en savoir plus, il faut être hongrois et connaître l'histoire de son pays ou lire par ailleurs les entretiens d'époque de Miklos Jancso. En 1919 s'était instalée une république révolutionnaire (la République hongroise des Conseils). Elle ne perdura que quelques mois, étranglée qu'elle fut entre les puissances voisines (notamment la Roumanie) et les velléités de l'ancienne classe dirigeante. L'amiral Horthy finit par prendre le pouvoir et par entamer la répression envers les révolutionnaires.
S'il nous échappe, compte tenu de l'absence d'explications, nous savons tout de même que le contexte historique de Silence et cri (Csend és kialtas) est tout à fait précis. Jancso traite ainsi d'un moment bien particulier de l'histoire hongroise mais le fait accéder en même temps à une représentation beaucoup plus universelle, à une réflexion très large sur la guerre, la violence et la domination. L'avantage qu'il en tire est notamment celui de ne pas tomber dans le même travers que Bergman avec La honte (1968 également) : un hermétisme et une théorisation excessive trop détachée du réel.

Dans Silence et cri, les données auxquelles le spectateur peut s'agripper sont rares, autant que le sont les dialogues. Ceux-ci sont la plupart du temps purement fonctionnels, se limitant souvent à exprimer un ordre ou au mieux une demande : "Ouvrez votre veste", "Montez", "Descendez"... Ils peuvent constituer les seules expressions entendues au cours d'une longue scène et, lorsqu'ils commandent une mise en mouvement, entraîner celui du cadre, soutenant une dynamique constante. Ces ordres proférés ne sont pas l'apanage des militaires car les civils en usent aussi, bien que moins fermement.
L'approche de Jancso concernant les statuts de victimes et de bourreaux est bien plus profonde et dérangeante que la simple dénonciation d'actes d'oppression exercés dans une période difficile. Le cinéaste se garde bien de faire croire que tout se vaut et que la lutte pour un idéal est inutile, mais il fait très bien sentir la possibilité d'une réversibilité des situations (cela étant inscrit dans la forme même du film, par l'usage des figures circulaires ou par le retour de certains événements et de certaines compositions) et de la reconduction, à l'intérieur de l'un et de l'autre camp, des rapports de domination. Refusant toute approche psychologique des personnages, se plaçant à la même distance de chacun, s'appuyant avant tout sur la mise en scène de l'espace pour expliciter les rapports entre les individus, laissant planer régulièrement l'incertitude sur la finalité des actions entamées, Miklos Jancso excelle à décrire cette terrible zone grise dans laquelle évoluent les êtres en proie à la guerre (et en particulier la guerre civile, la guerre de "voisinage").

Cette démarche s'appuie sur une esthétique très particulière et d'une beauté à couper le souffle. Tout en plans séquences, l'art de Jancso est d'autant plus époustouflant qu'il ne vire jamais à l'esthétisme gratuit, au procédé systématique, à l'emprisonnement du regard du spectateur. Ces plans sont, dans leur grande majorité, des plans d'extérieur (quand ils ne le sont pas, la caméra profite des ouvertures pour faire entrer le hors-champ visuel ou sonore), ils suivent des individus toujours en mouvement et se croisant, le plus souvent en marche, ils ménagent sans cesse, aidés par le caractère elliptique des dialogues, la surprise des vis-à-vis, des entrées et des sorties de champs, ils se répondent l'un à l'autre (quand le premier du film montre l'exécution d'un partisan, le dernier démarre de la même façon mais l'axe de la caméra est opposé : le dénouement en sera donc différent), ils bruissent des frémissements de la nature et de la présence des chevaux, ils s'enchaînent par des raccords impeccables qui gomment gracieusement les larges sauts dans le temps et l'espace.
Le formalisme de Jancso ne dévitalise rien. Si ses travellings tracent d'innombrables cercles, ils n'enferment pas le spectateur. Seuls les personnages semblent ne pas pouvoir trouver d'échappatoire. C'est que leur lutte doit être mener sur place, malgré l'appel d'un horizon infini et l'incitation à la fuite qui émane de la platitude du paysage. Jancso, ici comme ailleurs, aime à composer des plans séquences dans lesquels un homme commence à courir vers le lointain avant de rebrousser chemin devant l'arrivée de cavaliers ou tout simplement de lui-même.

Silence et cri se pose en quelque sorte, à la suite des Sans-espoir (1965) et de Rouges et blancs (1967), comme le troisième volet d'une admirable trilogie. Mon chemin (1965) et Psaume rouge (1972) recélent des beautés équivalentes. Il doit forcément y en avoir, dans la riche filmographie de Miklos Jancso, beaucoup d'autres.
Photos : capture dvd Clavis